64_page #31
INTERVIEWS DES NOUVELLES AUTRICES & NOUVEAUX AUTEURS du 64-page #31 Lectures – Cultures
Juliette BUN, France, An 2076
Interview Gérald Hanotiaux
Rencontre aujourd’hui avec Juliette, qui nous propose France, An 2076, une dystopie humoristique où il est question de publication en papier, comme notre revue, et d’intelligence artificielle, ici pas du tout, 64_page étant garantie 100 % sans IA… Juliette désire rire, à partir, hélas d’une actualité triste à pleurer.
Gérald Hanotiaux. Pour démarrer, pourrais-tu te présenter brièvement à nos lecteurs et lectrices ?
Juliette Bun. Je suis francilienne, ni jeune ni vieille – ou mi-jeune mi-vieille, selon la manière dont on voit les choses – et, un soir de canicule, j’ai décidé de prendre un stylo pour mettre sur papier mon mécontentement… Avec humour, bien entendu !
Tu proposes dans notre nouveau numéro France, An 2076. Comment présenterais-tu ce travail pour allécher les lecteurs et lectrices ?
France, An 2076 se présente comme la prédiction d’un futur proche : il reste 25 arbres et tous sont la propriété d’Arnaud Arnault, douzième descendant de Bernard Arnault, roi de France. Ce dernier règne sur ce qu’il reste du pays, c’est-à-dire 89 personnes réparties dans la dernière zone vivable de l’hexagone, la Champagne, désormais nommée Moët County. On y suit ce qu’il reste d’une société s’accrochant coûte que coûte au capitalisme, dans toute son absurdité… Avec, cependant, l’espoir toujours latent d’une révolte.
Comment as-tu abordé la thématique de l’intelligence artificielle, pour avancer vers l’histoire finalement proposée ?
Je suis de près l’actualité, dans l’idée de la détourner pour l’intégrer dans mon histoire, un exemple avec cette idée de livres détruits pour nourrir l’IA… En effet, des entreprises d’intelligence artificielle ont acheté des millions de livres rares ou anciens d’occasion, pour ensuite les numériser. Pour ce faire, les employés devaient déchirer les pages et les scanner une par une, pour ensuite les détruire. Dans la continuation de ce fait, j’imagine que chaque fascicule insignifiant, dans ce contexte, aurait désormais une grande valeur. En tirant ce fil, j’en suis venue à créer « les pagistes ».
Techniquement, comment as-tu travaillé sur cette page ?
J’utilise simplement un cahier, au format A5, dans lequel je réalise d’abord un crayonné, pour ensuite le repasser au stylo à pointe fine… Je scanne, je recadre et c’est fini !
T’arrive-t-il de dessiner dans d’autres styles, avec d’autres outils… ?
Oui, à la base je dessine des histoires plus proches de la Fantasy, dans un style plutôt manga/webtoon, à l’aide d’une tablette graphique et du logiciel Clip Studio Point.

Tu évoques l’intelligence artificielle, que penses-tu de l’arrivée de cette technologie ? Et plus précisément des risques qu’elle fait peser sur le travail des artistes ?
L’arrivée de l’intelligence artificielle est pour moi une sorte de baroud d’honneur du capitalisme. Ce n’est pas tellement pour les artistes que je m’inquiète, car on remarque que l’art fait par IA n’impressionne personne, voire il répugne carrément… Cela pourrait même avoir tendance à rendre l’art humain plus précieux. Je m’inquiète surtout pour la « modification du réel » : avec l’existence de photos générées par IA, certains partent du principe que chaque news, chaque image choc est potentiellement fausse. Le cerveau humain s’en trouve selon moi totalement anesthésié, le risque existe qu’au lieu de s’émouvoir, on se dise désormais « de toute manière, c’est certainement faux ». N’est-ce pas une manière bien efficace de contrôler les masses ?
Comment imagines-tu le rôle d’une revue comme la nôtre, dans un paysage éditorial où la plupart des revues de prépublication ont disparu ?
Je vois ça comme un acte de résistance ! Le milieu de l’édition, en tout cas en France, est assez intimidant et hermétique, du point de vue d’un ou une artiste désireux de se lancer. Cette publication représente un beau coup de pouce.
Pourrais-tu citer les autrices et auteurs de référence pour toi, en bande dessinée, qui t’ont donné envie de t’exprimer de cette manière, mais aussi plus largement ceux que tu aimes ? De même, pourquoi pas, pour d’autres disciplines… ?
J’ai eu la chance de lire dès mon enfance les Rubrique-à-brac de Gotlib. Je suis tombée totalement fan de ses expressions faciales incroyablement bien maîtrisées et de son humour absurde, presque à l’anglaise. Plus grande, j’ai découvert Pascal Brutal de Riad Sattouf, source de grandes rigolades également. De manière plus générale, j’ai grandi en regardant religieusement chaque épisode des Simpsons, ce qui a renforcé ma passion pour l’humour absurde dessiné. J’ai aussi énormément lu de bandes dessinées et de mangas pas forcément humoristiques, qui m’ont fait rêver et m’ont motivée à travailler mon coup de crayon : notamment la sublime série Sky Doll, d’Alessandro Barbucci et Barbara Canepa, immense source d’inspiration. Plus récemment, Le Château des Animaux de Félix Delep et Xavier Dorisson, représente un très gros coup de cœur.
Quels sont tes projets en bande dessinée, tes envies, largement, mais aussi les projets concrets sur lesquels tu serais occupée à travailler ?
Je vais continuer à traiter l’actualité à travers mes comic strips, notamment en regard de l’année chargée politiquement qui nous attend en France, via mon compte Instagram juliette.bun. J’aimerais également développer l’univers de France, An 2076, sous forme de recueil. Et dans un tout autre style, j’ai un projet de Webtoon Fantasy : La Clé des Dieux, que j’espère bien poursuivre, voire adapter sous forme de roman. Donc plein de projets !
Un mot de la fin ?
Lapin !
Merci Juliette !
Les travaux de Juliette sont à découvrir dans notre numéro 31 et sur internet : www.instagram.com/juliette.bun
Ben TERRAS, Le bibliophile
Interview Gérald Hanotiaux
Nous rencontrons aujourd’hui l’auteur, dans notre numéro 31, d’une histoire de quatre pages en couleur, teintée d’anticipation, de technologie et de système totalitaire… Une parfaite plongée dans les thématiques squattant les actualités au quotidien.
Gérald Hanotiaux. Pour démarrer, pourrais-tu te présenter brièvement à nos lecteurs et
lectrices ?
Ben Terras. J’ai une quarantaine d’années. Mon profil est assez commun je pense, celui du fan de bande dessinée, adepte de la pratique du dessin depuis tout petit, avec le rêve de publier… L’envie de bande dessinée a toujours été là, le temps à y consacrer pas forcément. Après le bac, j’ai réalisé des études « sérieuses », ma pratique de la bande dessinée s’est alors quelque peu engourdie mais je suis resté un lecteur compulsif.
Par la suite, j’ai progressivement repris mon cheminement, sans plan précis mais de manière un peu plus volontaire. À l’époque, Instagram a joué un rôle important dans cette « remise en route » car, même avec peu d’audience, mes publications trouvaient un débouché concret, en tout cas pour les dessins jugés réussis. J’ai de cette manière retrouvé les « sensations du dessin », et j’ai pu me fixer des défis, comme une participation au Prix Raymond Leblanc en 2021. C’est d’ailleurs à cette occasion que je dois ma découverte de la revue 64_page.
Tu nous proposes Le bibliophile, une histoire de quatre pages en couleurs. Comment présenterais-tu ce travail pour allécher les lecteurs et lectrices ?
Ne désirant pas trop en dévoiler, je dirai simplement qu’il s’agit d’une petite fable, évoluant dans le futur. Un futur qui, par certains aspects, est très proche de nous. Cette histoire reflète mon ressenti sur l’air du temps et j’espère, pourquoi pas, qu’elle puisse contribuer à faire réfléchir certains lecteurs…
Comment es-tu arrivé vers notre revue ?
J’avais réalisé une première version de cette histoire sur mon compte Instagram, dernière d’une petite série appelée Les Pessimythes, sabordée lorsque Xavier Bouyssou a sorti Le livre oracle, j’ai réalisé avoir été involontairement trop inspiré par son travail… En découvrant l’histoire inachevée, ma compagne m’a encouragé à la terminer. Une fois publiée sur internet, au cœur de l’été, elle a été appréciée et correspondait au cadre fixé pour le prochain numéro de 64_page, j’y ai vu l’opportunité d’une toute première publication. J’ai un peu remanié l’histoire, en lui ajoutant une introduction, histoire de bien prendre le lecteur par la main, et j’ai tout redessiné.
Techniquement, justement, comment as-tu travaillé sur ces pages ?
Je dessine pas mal sur ipad, mais comme l’histoire initiale avait été réalisée sur papier, cela me semblait naturel de garder cette technique pour la nouvelle version. Je voulais être à la hauteur de la publication dans la revue. Pour cette version « premium », je me suis d’ailleurs imposé un encrage à la plume plutôt qu’au feutre. Tout n’a pas forcement bien marché du premier coup, les originaux ont quelques rustines… Comme ceux des grands dessinateurs, cela dit ! La couleur, par contre, a été réalisée à l’ipad, un élément avec lequel je ne suis pas encore très à l’aise… D’ailleurs, comme j’ai tendance à penser mon dessin en noir et blanc, j’ai beaucoup tâtonné pour trouver les bonnes ambiances. Ces planches ont été réalisées il y a presqu’un an, en les revoyant je pense avoir posé les bons choix.

T’arrive-t-il de travailler dans d’autres styles ? Avec d’autres outils ?
Je dessine spontanément dans un style semi-réaliste assez élastique qui, selon le ton de l’histoire, va plutôt faire ressortir mes influences plus comiques, avec un dessin plus lâché et rond, ou plutôt mes envies de réalisme… Mais ça restera toujours sur un fond « école de Marcinelle », hérité de mes lectures du journal Spirou des années 90. Pour produire plus rapidement des images propres et colorisées, j’utilise principalement l’ipad, mais cela ne remplace évidemment pas la satisfaction d’un dessin réussi sur papier. Il peut d’ailleurs aussi bien m’arriver d’encrer à l’ipad un crayonné réalisé sur papier, ou au contraire encrer sur papier un crayonné issu du numérique.
Tu utilises un pseudonyme, transformation légère de tes patronymes, pourquoi ce choix ?
C’est ma façon de séparer mon activité de dessinateur, débordant peu à peu de la sphère purement privée, de mon activité professionnelle salariée, laquelle ne me donne pas le même rôle mais contient cependant des connexions avec la bande dessinée. Si je tiens à ne pas mélanger les deux activités, il ne s’agit pas pour autant de me créer une « identité d’artiste », d’où ce pseudonyme plutôt transparent. Peut-être que ça évoluera. Pour la première fois, j’ai récemment dédicacé, je me suis rendu compte avoir signé de mon vrai prénom, pas très cohérent…
Tu parles d’une première publication, c’est toujours intéressant, au sein d’un parcours, de tenir son travail imprimé en main, ça rend les choses concrètes. Comment vois-tu le rôle d’une revue comme la nôtre, à une époque où les principaux organes de prépublication ont disparu… ? Comment faire connaître son travail aujourd’hui ?
Je suis vraiment hyper fier d’être publié dans 64_page, c’est d’ailleurs idiot de ne pas avoir osé proposer des histoires plus tôt. En tant que « vieux-jeune auteur » il y a une forme de timidité, de syndrome de l’imposteur à vouloir être publié… Cette publication a libéré quelque chose en moi, à une époque où chacun est dans son coin, à tenir sa petite vitrine virtuelle sur les réseaux sociaux. Avoir l’opportunité d’être imprimé, d’être feuilleté, lu par des inconnus, est une énorme chance.
Au-delà de l’espace de pré-publication, qui laisse le droit à l’imperfection ou aux expérimentations, l’intérêt est également de voir ses planches intégrées au milieu d’autres, de styles si différents. Voilà la véritable force d’une revue : proposer sur un même support la diversité de tout ce que peut être la bande dessinée. Pour nous, auteurs débutants, c’est une expérience éditoriale en conditions réelles, mais pour le lecteur il y a également un véritable intérêt : la garantie de se laisser porter et surprendre, de lire des choses vers lesquelles on ne serait peut-être pas allé spontanément. Voilà pourquoi 64_page est si précieuse, à mon sens. De plus, vous avez le bon goût d’accepter les non-Belges !
Plus largement, comment perçois-tu le monde de l’édition en bande dessinée aujourd’hui ?
Question compliquée. Je connais les maux actuels du marché, ses acteurs, mais dans les faits je n’ai jamais vraiment eu de contact avec des éditeurs à proprement parler. Je n’ai encore jamais envoyé de dossier à un éditeur, ou placé dans une relation contractuelle, donc je ne perçois pas vraiment les choses de l’intérieur. Pour moi, ça reste encore un peu une boîte noire…
Ton histoire peut être qualifiée d’anticipation, légère, Explore-tu souvent ce genre ? Quels univers voudrais-tu explorer en bande dessinée ?
J’ai exploré l’anticipation sur les trois autres petites histoires des Pessimythes… Je ne m’éclate pas nécessairement à imaginer des vaisseaux spatiaux ou des extraterrestres bizarres, en dehors d’un mode parodique. J’ai tendance à glisser facilement un peu d’absurde dans mes histoires, tel que dans une histoire intitulée Commando Tuyaux, racontant l’histoire d’un service secret dont le canal d’information passe par les toilettes, c’est empli de clins d’œil… Ce registre de la comédie me permet de proposer un large éventail de mes envies de dessinateur. J’aimerais à présent davantage me frotter à un récit plutôt premier degré, dans un contexte contemporain, et plus tard pourquoi pas au genre historique. De la bande dessinée en costumes d’époque, j’adorerais.
Pourrais-tu citer les autrices et auteurs qui t’ont marqué, font référence pour toi ? Tant en bande dessinée que, pourquoi pas, dans d’autres disciplines ?
Je suis plutôt un mono-maniaque de la bande dessinée, restons dès lors sur ce domaine… Trop de noms me viennent à l’esprit ! Si je regarde mes pages, je suis conscient de certains tics graphiques ou narratifs, fortement inspirés par les Spirou et Fantasio de Tome et Janry et les Soda de Bruno Gazzotti. Adolescent, les découvertes d’André Juillard et de Bernard Yslaire ont été très importantes pour moi. Ensuite, je citerais Trondheim. Bajram, également. Aujourd’hui, s’il fallait choisir j’aimerais dessiner comme Frederik Peeters, ce serait parfait ! Mon obsession graphique la plus récente tient dans le travail de Manuele Fior. J’ai vécu une épiphanie, tardive mais radicale, pour son œuvre.
Quels sont tes projets, de long terme, ce vers quoi tu voudrais aller, mais aussi concrètement sur lesquels tu travailles en ce moment ?
J’ai bouclé cet été mon histoire de Commando Tuyaux, évoquée ci-dessus, auto-éditée en petit format comics. Je suis très content d’avoir réalisé une histoire complète de 28 pages, qui tient la route… J’aime beaucoup cet univers et les personnages, mais je ne sais pas encore si je me lancerai dans une suite. À court terme, je vais plutôt essayer de réaliser une nouvelle histoire courte pour un prochain 64_page, mais surtout dessiner enfin une histoire tournant dans mon esprit depuis plusieurs années : un thriller fantastique. Le moment est venu de me lancer !
Un mot de la fin ?
Simplement un immense merci de publier mon histoire !
Merci Ben !
Les travaux de Ben Terras sont à découvrir dans notre numéro 31 et sur internet : www.instagram.com/benterras
Nadia BERZ : Le restaurant
Interview : Gérald Hanotiaux
Nadia propose dans notre dernier numéro une histoire de cinq pages en noir et blanc, intitulée Le restaurant, il y est question de nourriture, mais aussi d’allergie… Nadia s’est mise depuis peu à la bande dessinée, suivant le conseil d’amis lui suggérant de coucher sur papier ses histoires « abracabradantesques »…
Gérald Hanotiaux. Pour démarrer, pourrais-tu te présenter brièvement à nos lecteurs et
lectrices ?
Nadia Berz. Depuis de nombreuses années, je me suis expatriée à Bruxelles. Afin d’y manger des frites, bien entendu, mais, accessoirement, pour également y suivre des études d’illustration à l’Institut Saint-Luc. M’étant trouvé un joli k-way pour la pluie, je suis restée à Bruxelles pour continuer des études en art-thérapie, et finalement décider d’y poser ma vie. Je réalise principalement des travaux d’illustration, mais depuis quelques années, un projet de bande dessinée, dont je publie un extrait dans 64_page, occupe une certaine place dans ma vie.
Comment présenterais-tu ces cinq pages, intitulées Le restaurant, pour allécher les lecteurs et lectrices ?
Alléchant, pour parler d’un restaurant, bien trouvé ! Bien malheureusement, les choses ne se passent pas toujours comme prévu … Si vous voulez en savoir plus, il va falloir lire mes cinq pages !
La nourriture a toujours été culturelle. Je trouve intéressant qu’en plus de représenter une culture locale, d’un point de vue géographique, on puisse également aborder le thème de l’alimentation sous un angle sociologique. Ici, il s’agit d’un restaurant que j’ai qualifié de « bobo », cela indique un chemin, une orientation vers laquelle se diriger au début de l’histoire, on comprend rapidement que ce qualificatif va jouer un rôle dans le récit… Cette histoire est un extrait d’une – beaucoup – plus longue histoire sur laquelle je suis en train de travailler, dont le thème général est l’allergie.
Techniquement, comment as-tu travaillé sur ces pages ?
Dans cette histoire, mes planches sont toutes travaillées au crayon noir. La version longue contiendra également des pages au feutre, une manière de marquer par la technique des allers-retours entre le présent et le passé. Il se trouve que le crayon représente le passé. Et ça s’est vraiment passé !
Personnellement, j’adore les bandes dessinées au crayon, et en général voir les crayonnés préparatoires des dessinatrices et dessinateurs, avant encrage, est également toujours très enthousiasmant. Avant ce résultat final au crayon, réalises-tu beaucoup de crayonnés préparatoires ?
Oui, je réalise généralement des crayonnés. Pour ce projet-ci, j’ai réalisé un storyboard et plusieurs croquis de personnages. J’ai également fait de nombreux tests de techniques, pour finalement me décider pour le crayon.

T’arrive-t-il de travailler dans d’autres styles, avec d’autres outils ?
Oui, j’adore choisir l’outil en regard du projet prévu. Bien sûr, j’ai mes préférences, et le crayon en fait partie, mais il m’arrive également de travailler au feutre, à la peinture, ou en mixant les techniques… Généralement, j’opte pour des techniques marquant la texture. À côté de cela, je suis une passionnée de techniques d’impression, et j’expérimente depuis de nombreuses années en gravure, lithographie, monotype…
Tu réponds à ces questions en étant en résidence d’artiste, si ce n’est pas indiscret pourrais-tu nous en dire plus ?
Oui, bien sûr. Je réside actuellement aux Ateliers du Toner, à Bruxelles, pour la réalisation d’un livre en risographie. Ma sortie de résidence a lieu le 16 octobre et je serai très heureuse d’y présenter mon livre Microb, un livre pour enfants évoquant la solidarité et les relations de voisinage… Il s’agit d’un projet initialement réalisé entièrement en gravure. (1)
Que penses-tu des publications comme 64_page, où l’on peut se lancer et présenter des premiers travaux, tester des choses, dans un temps où la plupart des revues de pré-publication ont disparu ?
Bien entendu, c’est super intéressant, notamment pour la diversité des styles proposés par les auteurs et autrices. L’existence de ce genre de publication est selon moi indispensable, pour donner de la voix à celles et ceux rencontrant parfois des difficultés pour émerger…
Que dirais-tu, plus largement, de l’état de monde de l’édition aujourd’hui ? Et des possibilités d’y faire sa place ?
C’est la grosse déprime ! En tant qu’autrice, c’est hyper difficile de faire sa place et de « vendre » ses projets, dans un contexte où les plus grands groupes d’édition écrasent les petits. L’uniformisation n’est heureusement pas arrivée au bout de toutes les chouettes initiatives, réjouissons-nous déjà de cela…
Pourrais-tu citer les autrices et auteurs qui font référence pour toi, celles et ceux qui t’auraient donné envie de dessiner ou dont simplement le travail te plaît? Aussi, pourquoi pas, au sujet d’artistes d’autres disciplines… ?
En vrac : Mattotti, Art Spiegelman, Escher, Niki de Saint Phalle, Chagall, les estampes japonaises… Dans l’illustration jeunesse : Elzbieta, Frédéric Clément, Anne Brouillard, Anne Herbauts, Kveta Pacovska…
Tu nous as parlé d’un travail plus long, au sujet de l’allergie, dans la suite de ces pages du numéro 31… mais au-delà, quels sont tes projets ? À long terme, ce vers quoi tu voudrais aller, mais aussi au sujet d’autres travaux que tu serais également occupée de développer ?
Si tout se passe comme prévu, je devrais en effet cette année continuer cette bande dessinée sur l’allergie… J’ai également envie de continuer à expérimenter en gravure. À long terme, je me vois bien sauter de projets d’illustration en projets de bande dessinée, d’expos en interventions dans différents milieux, tout est envisageable… On verra comment la culture survit à cette période politique peu propice.
Un mot de la fin ?
Un grand merci et vive les récits graphiques !
Merci Nadia !
(1) Le vernissage a lieu à 18 h le vendredi 16 octobre, au numéro 150 de la chaussée de Wavre à Bruxelles. Allez découvrir son travail ! Plus d’informations sur le site des Ateliers du Toner : www.ateliersdutoner.com/ Les travaux de Nadia Berz sont à découvrir dans notre numéro 31 et sur internet : www.instagram.com/nadiaberz