© Patrice RÉGLAT-VIZZAVONA
et Celia DUCAJU

 

22! Que fait 64_page ?

30 interviews des auteur.e.s de notre spécial POLAR !

Le 64_page POLAR sera disponible au Festival d’Angoulême 128 pages dont 99 de BD, 28 BD inédites et 6 cartoons, 34 auteur.e.s. Des auteur.e.s qui venu.e.s de partout qui ont le besoin ancré au coeur de leur vie de RACONTER DES HISTOIRES ! 64_page #22 POLAR est en prévente (www.64page.com/abonnements/) au prix de 12€50 (frais de port offerts si commandé avant l’ouverture du Festival d’Angoulême le 26 janvier 2022).

Découvrir !

16. Maximilien VAN DE WIELE pour Une balle au cœur 

Interview Philippe Decloux

Maximilien

VAN DE WIELE

Franco-belge né à Anvers. Après des études supérieures passées à Saint-Luc (Bruxelles), en section bande dessinée, un stage au sein d’une galerie d’art spécialisée dans les originaux de bandes dessinées, sans compter les petits boulots çà et là, je continue à m’investir dans ce que j’aime faire par-dessus tout, à savoir raconter des histoires.Plusieurs projets sont en cours, dont une fiction avec pour toile de fond ma ville natale.

https://maxvdwiele.wixsite.com/pencilssmoker

Instagram :maxvandewiele

Philippe : On sent que tu aimes travailler le noir et blanc… je me trompe? Quelle est ta technique?

Maximilien : Le noir et blanc est un confort, je travaille avec l’encre de chine depuis un bon bout de temps maintenant et je ne risque pas de le lâcher avant de m’en lasser pour de bon. J’ai encore beaucoup à expérimenter avec et la majorité de mes visuels dépendent régulièrement de contrastes assez fort pour être mis en scène. Par ailleurs, c’est souvent en y intégrant de la couleurs que je me rends compte de l’évidence.

Une balle au cœur © Maximilien VAN DE WIELE

Philippe : Peux-tu nous faire le pitch de ton récit?

Maximilien : Un inconnu se retrouve à l’intérieur d’un train sans que l’on sache trop le pourquoi du comment, et une apparition lui propose un marché. Je ne sais pas si j’ai besoin d’être plus précis.

Philippe : Comment t’es venue l’inspiration?

Maximilien : Je ne sais plus précisément comment m’est venue l’idée, je vivais encore à Anvers quand l’annonce du prochain magazine 64_page de Janvier 2022 m’était annoncé par mail. Je me rappelle cependant que je voulais réécrire l’histoire précédente du spécial western d’une autre manière et y insérer des éléments et émotions plus « soutenue », ou autrement dit c’est un peu une excuse pour revoir ma copie.

Philippe : Trois pages, c’est court… aimerais-tu développer cette histoire plus en amont? On sent que tu as quelques idées!

Maximilien : Je n’ai pas l’intention d’aller plus loin dans cette histoire.

Ces 3 pages sont d’abord un 1er essai, dans le sens où je cherchais d’abord à introduire des éléments graphiques et débuter dans le processus d’écriture dans une fiction.

Je suis content du résultat malgré tout, j’ai pu y ancrer des éléments et des émotions que je cherchais à mettre en scène sur papier, et si c’est à refaire, je compte bien le rendre différent de ce qu’on a jusqu’à présent.

Philippe : As-tu des projets de publication?

Maximilien : Rien de concret en l’état, beaucoup de petits comme de gros projets par-ci par-là, dont un en particulier qui est en cours depuis longtemps maintenant et qui a pas mal changé de forme durant sa gestation.

J’espère pouvoir vous présenter les 3 premiers chapitres de cette future bd fin d’année prochaine sous leurs meilleurs formes.

 




15. Patrice RÉGLAT-VIZZAVONA & Celia DUCAJU pour la double couverture 

Interview croisée de Gérald Hanotiaux

Patrice Réglat-Vizzavona

Patrice RÉGLAT

 

-VIZZAVONA 

L’onglet « Auteurs » du site de 64_page nous rappelle deux de ses travaux parus au début de la revue : Herser, quatre pages dans le numéro 4, et Le crible, quatre pages également, dans le numéro 8. Ces pages sont également visibles sur le site 64page.com, sous l’onglet « Revue ». Depuis, Patrice a publié son premier album, Le passager, un pavé en noir et blanc aux ambiances troubles et oppressantes, publié en 2019 chez Warum. Aujourd’hui, il travaille à son second album, à paraître courant 2022 chez Delcourt : Djemnah, les ombres corses, sur un scénario de Philippe Donadille.

Instagram de Patrice Réglat-Vizzavona : patricerv
Instagram de Philippe Donadille : donaphi_bd

Celia Ducaju

Celia DUCAJU

La dessinatrice de la quatrième de couverture a plusieurs cordes à son arc. D’un côté, elle travaille dans le domaine de l’illustration scientifique, de l’autre elle poursuit différents projets dans le dessin artistique et la peinture. Elle a déjà publié Sauvage, une histoire de quatre pages dans le numéro 19 de 64_page. Cette histoire est visible sur notre site, sous l’onglet « Revue ». Pour en savoir plus sur l’auteure, le lecteur pourra aussi se reporter à l’onglet « Auteurs-Interviews », pour découvrir un entretien détaillé autour de son parcours. Celia travaille actuellement sur un projet de bande dessinée avec la scénariste Céline Pieters.

www.behance.net/CeliaDucaju

Instagram : celiaducaju

Making-of d’une double couv’

Ce numéro spécial polar présente une double couverture, le dessin situé à l’arrière de la revue répondant à son dessin situé en une. Avec le duo d’artistes formé pour l’occasion, nous avons voulu en savoir plus sur l’emballage somptueux de ce numéro 22.

Tout bon polar – édité en DVD, pour notre comparaison – est suivi d’un onglet intitulé « Bonus », présentant différents documents liés à l’œuvre cinématographique principale gravée sur l’objet. Parmi ces bonus, il n’est pas rare de trouver un « Making-of », document dévoilant les coulisses de la réalisation, souvent marqué d’interviews des différents protagonistes du film… Nous pratiquons ici le même type d’exercice avec Patrice RéglatVizzavona, dessinateur de la une, et Celia Ducaju, dessinatrice de la quatrième de couverture.

Gérald pour 64_page. Pour vos deux illustrations, au premier regard, on pourrait imaginer une réalisation en deux temps, chronologiquement, le premier dessin précédant le second dans sa réalisation. Qu’en est-il ?

Patrice Réglat-Vizzavona : Justement, la réalisation ne s’est pas déroulée de cette manière, car nous avions dès le début défini ensemble une trame narrative.

Étude pour la couv’

 

© Patrice RÉGLAT

-VIZZAVONACelia Ducaju : Nous avons vraiment essayé de construire le projet ensemble, du départ avec le partage de nos références, jusqu’à l’arrivée avec la couleur du titre. Cela nous paraissait important pour une collaboration de ce type, afin d’être le plus cohérent possible. Et puis, c’était l’occasion de vraiment échanger entre auteurs, pour justement ne pas simplement créer l’image 1, suivie de l’image 2.

Gérald : Comment avez-vous procédé, pratiquement ?

  1. Celia : Après plusieurs échangespar e-mail, nous avons eu un rendez-vous téléphonique avec partage d’écran, pour fixer au mieux les éléments. Nous avions notre idée principale et les différents échanges ont permis de faire une sélection dans nos croquis, de choisir les couleurs et de vérifier que la séquence des deux images faisait sens.
  2. Patrice : Une fois fixés ces choix, nous avons réalisé chacun notre partie, pour ensuite les rassembler et accorder un peu mieux les couleurs et quelques détails. Graphiquement, j’ai réalisé un crayonné, ensuite encré au pinceau. Après avoir scanné le résultat, j’ai ajouté une seconde couche de valeurs, numériquement, grâce à des textures « maison », pour coloriser le tout ensuite.

Gérald : Une illustration unique peut raconter une histoire, on connaît également le format du strip, généralement constitué de trois ou quatre images avec une chute. Ici, vous êtes dans un format intermédiaire, constitué de deux images…

  1. Patrice : L’exercice était intéressant. Très vite, nous sommes tombés d’accord sur le fait d’essayer de raconter quelque chose entre ces deux images. Plutôt qu’une séquence linéaire classique, nous avons choisi de représenter un seul instant sous deux angles différents. De manière générale, même si ce n’est pas à tous les coups possibles, j’essaye de composer des images qui soient graphiquement porteuses de sens, et pas uniquement un support pour le texte. Ce type de vignette laisse plus de place au lecteur, en apportant un complément, par exemple des indices invisibles au premier coup d’œil, mais qui peuvent permettre de résoudre une énigme. Dans ce projet, le plus plaisant était d’accorder nos univers pour créer une ambiance générale, tout en gardant une fenêtre faisant écho au travail de l’autre. On ne peut pas raconter quelque chose de très compliqué en deux images, mais on peut instaurer une ambiance intrigante et alléchante. Cela dit, le côté « archétypal » de la thématique nous a cadrés dès le départ…
  2. Étude couv'
    © Celia DUCAJU

     

    Celia : Comme je l’évoquais, nous avons au départ échangé sur nos références classiques du polar, des livres, affiches de films, ou autre… Nous désirions un effet un peu Fenêtre sur cour, le film d’Hitchcock bien connu, dans lequel James Stewart observe le voisinage avec une longue-vue. Patrice voulait éviter l’image du détective à l’ancienne, masculin… Mais on n’a pas réussi à lâcher le cliché de la cigarette ! Au final, si l’exercice n’est pas si facile, il rend la tâche intrigante. On se pose beaucoup de questions sur le regard du lecteur, la lisibilité et l’histoire qui peut se créer avec seulement deux images. Une couverture ne se construit pas comme une page pleine ou une case de BD, c’était pour moi une vraie nouveauté.

 

La revue 64_page #22 "Polar" proposera d'autres recherches et études 
de Patrice et Celia.
Revue en prévente (sortie mi-février). 128 pages, 30 BD complètes, 
36 auteures et auteurs à découvrir.

 


14. Romain EVRARD pour Enfants des villes

Interview Philippe Decloux

Romain EVRARD

Fraîchement diplômé de Saint-Luc Liège. Le jour, je travaille sur mes BD et peintures afin de pouvoir un jour en vivre. Mais quand vient le soir, je range mes pinceaux et mon encre pour apprendre à devenir professeur d’art plastique.

Insta : @romin_evrar

Site : www.romain-evrard.be

 

Philippe : Raconte-nous ton parcours de jeunes créateurs BD?

Romain :  J’ai commencé par faire des études secondaires artistiques à Saint-Luc Bruxelles. Là-bas, j’ai eu un exercice ou je devais faire une BD. J’ai tellement adoré ce travail que j’ai recommencé mes planches 3 fois après la remise, juste pour moi.
Il a fallu encore quelques mois de réflexion, mais je me suis décidé : je voulais faire de la bande dessinée !

Enfants des villes © Romain EVRARD

Une fois mon CESS obtenu j’avais enfin la possibilité d’étudier la bande dessinée. J’étais enjoué, personne ne doutait de mes capacités.
La douche fut d’autant plus froide lorsque vint la réponse de l’ESA St-Luc Bruxelles : refusé.
Je m’étais lamentablement raté durant l’entretien oral.

On m’avait conseillé Preparts, une école qui prépare aux examens d’entrée. Malheureusement, elle coûtait très cher. Ma mère avait épargné 18 ans pour mes études et j’allais presque tout dépenser en un an. J’étais déprimé, prêt à tout abandonner…

C’est la volonté de ma mère qui souhaitait que je n’abandonne pas ainsi que la colère d’une de mes anciens professeurs qui m’a poussé à m’inscrire dans cette école privée. Là-bas, on nous a conseillé d’aller voir les écoles dans d’autres villes pour trouver un établissement qui nous corresponde. J’ai donc lâché mon dévolu sur Saint-Luc Liège.

J’ai aujourd’hui 25 ans, je viens de finir mon bachelier et avec quelques ami.e.s rencontré.e.s durant ces 3 ans nous avons décidé de nous rassembler en collectif : « la confrérie du portemine ».

Philippe : Tu nous proposes un extrait d’une histoire longue. Tu rends de façon très efficace la vie de ces enfants des villes. L’ambiance, le langage, la gestuelle, les émotions… Parle-nous de la préparation et de tes recherches préliminaires pour accomplir ce projet ?

Romain : Pour la création d’un univers, je passe un long moment à faire des recherches sur le sujet. Je cherche des moments de vie qui pourront nourrir mon histoire. Je rassemble aussi des œuvres qui vont bien dans l’ambiance. Je crée souvent une playlist de musique qui me suivra pendant toute la production de la BD. J’imagine quelle musique irait pour quel personnage, cela donne à chacun un certain rythme et un langage.

J’utilise souvent des phrases que j’entends autour de moi. Je trouve que c’est le meilleur moyen d’être proche de l’absurde du réel. C’est aussi pourquoi j’utilise souvent un langage châtié.
J’ai dû faire très attention pour certaines scènes, car j’utilisais un argot qui peut être incompréhensible pour le lecteur lambda. C’était un travail de jongle entre parler réel et compréhension du lecteur. J’ai souvent dû demander si j’utilisais bien certains mots, car ils venaient d’autres langues et je voulais être sûr de les placer correctement.

Je voulais aussi que les personnages vivent dans un environnement réel. J’ai donc pris mon appareil photo et j’ai sillonné pendant une journée complète le quartier du midi et ses environs.

Philippe : Comment crées-tu tes personnages ? Comment tu travailles leur personnalité pour leur donner une épaisseur, une existence psychologique ?

Romain : J’ai beau être quelqu’un de très visuel, je m’occupe en premier lieu d’écrire l’histoire. Je cherche les moments forts du récit, ceux qui possèdent le plus de force. C’est ces moments qui me permettent de créer les émotions des personnages. Je me dis « Si ce personnage s’énerve à cet instant, pourquoi le fait-il ? Est-ce qu’il le fait, car il est colérique ? Ou, car il se retient depuis longtemps ? …» . De ces questions découlent les points d’évolution du personnage et les relations avec les autres.
C’est souvent après avoir fait mon découpage que je commence à créer les charadesigns.

Philippe : Quels sont tes projets ? Pour demain, après-demain et plus loin dans l’avenir …

Romain : Je pense que je vais ouvrir un club de musculation sur le thème de l’humour, cela s’appellera « Bisco’Toto ».
Plus sérieusement, je suis occupé à passer un CAP pour devenir professeur d’Art plastique en secondaire. Parallèlement je travaille sur une nouvelle BD dans un univers rock.

 


13. Élodie ADELLE pour Mystère fleuri

Interview Philippe Decloux

Élodie ADELLE

Après être partie à la conquête de l’Ouest américain, puis, à la recherche du bonnet de la petite Lucie dans mon premier album jeunesse « Le bonnet vert » (aux éditions Atramenta), me voilà embarquée dans un sujet plus sombre. Je retourne dans une histoire en noir et blanc avec une touche de couleur.

www.instagram.com/elodieadelle

Philippe : Tu es une des bonnes plumes de 64_page, tu nous as déjà proposé des BD, des cartoons, tu es présente quand on propose une activité, qu’est-ce que t’apporte 64_page? 

Élodie : Ça fait toujours plaisir de voir son travail terminé. Pour chaque histoire que j’ai faite pour le magazine 64_page, j’ai pris ça pour un défi. Puis, j’ai pu faire de chouettes rencontres lors des précédentes expositions et fêtes de la BD, autant avec les auteurs que les organisateurs du magazine.

Mystère fleuri © Élodie ADELLE

Philippe : Rappelle-nous ton parcours d’artiste et les étapes qui t’ont amenés à Bruxelles ?

Élodie : Ayant toujours voulu faire des études d’art, j’ai donc été à l’Erg à Bruxelles, j’ai fait de la bd et de l’illustration. Depuis, j’ai fait pas mal de choses : de l’illustration pr enfants, Kamishibaï, de la coloration de BD, de la BD, …

Philippe : Tu as publié, l’an dernier, un très chouette et très coloré livre pour enfants Le bonnet vert, d’un style très différent de tes BD qui sont souvent en noir et blanc, avec des personnages mystérieux. Tu as donc deux personnalités, peut-être plus, il y en a sûrement que nous ne connaissons pas encore ! Développe tes façons de travailler, de concevoir et de raconter un récit pour enfant et pour adulte ?

Élodie : Je suis nostalgique, je pense beaucoup à l’enfance. C’est pour cela que de temps en temps j’aime me plonger dans cet univers. Pour « Le bonnet vert », mon but était de faire une histoire dans la neige, j’y réfléchissais depuis pas mal de temps.
Et à l’opposé, je suis fan de films d’horreur, c’est 2 univers très différents. Je pars souvent d’un élément qui en emmène un autre, ainsi dessuite. En art, je suis une touche à tout, comme en narration.

Philippe :  Comment t’est venue l’inspiration pour Mystère fleuri et le subtil jeu de noir et blanc avec une couleur qui s’impose comme l’indice principal de cette enquête ?

Élodie : L’inspiration m’est venue en me baladant. Je suis passée devant une fontaine et je me suis dit : « c’est là que se passera ma prochaine histoire ! ». Et à partir de cela, j’ai commencé à écrire, à imaginer ce qu’il aurait pu s’y passer.
Quand j’ai trouvé l’idée de la fleur, j’ai pensé au rouge… puis en travaillant le texte, je me suis rendue compte que le bleu pourrait être un bon fil conducteur vu les éléments de l’histoire.

Philippe : Quels sont tes projets et tes objectifs à court et moyen termes ?

Élodie : J’ai toujours des histoires sous le coude. Notamment une nouvelle histoire pour enfants est en cours. C’est un conte.
Puis, j’ai un nouveau projet qui concerne toujours le dessin mais différemment. J’ai fait une formation, il y a peu de temps, pour commencer à tatouer.



12. Yana KNIGHT pour Bunny Bones, histoire d’ordures 

Interview Philippe Decloux

Yana KNIGHT

Yana Knight est une artiste et illustratrice anglo-russe qui vit à Bruxelles où elle peint, dessine des BD, enseigne l’art et se promène beaucoup. Parfois avec des gants au poulet rôti, parfois sans. Tu peux suivre ses aventures sur Instagram.

Mon site: www.storyofyana.com,

instagram: https://www.instagram.com/yana_knight/

 

Philippe : Raconte-nous ton parcours de vie et d’artiste ? Quelles sont tes passions ?

Yana : Je suis un artiste russo-britannique, j’habite à Bruxelles depuis 2014. En tant qu’artiste, je suis autodidacte – l’art est apparu dans ma vie alors que j’étais sur une route ‘légèrement’ différente, faisant mon doctorat en Artificiel Intelligence il y a environ 7 ans et m’a changée le cours de vie. Des que j’ai réalisé que je pouvais dessiner et peindre c’est vite devenue tout ce que je voulais faire. Et pendant les années qui ont suivi, c’était tout ce que j’ai fait de ma vie.

Bunny Bones, histoire d’ordures ©Yana KNIGHT

Je suis passionnée par la vie quotidienne et par la possibilité de créer des choses. C’est un peu comme, écoute, j’ai un corps, qu’est-ce que je peux en faire dans ce monde, comment puis-je l’utiliser, que puis-je créer? Oh, et attends, il semble y avoir un cerveau quelque part ici, qu’est-ce que cette chose fait?  La vie est pleine de matières premières pour l’art, il se passe tellement de choses autour de nous et je trouve incroyablement intéressant de regarder ces petites mais énormes choses, découvrir combien il y a de beauté partout, transformer en quelque chose d’artiqtique, partager avec les autres…

Philippe : Comment as-tu découvert la revue 64_page ? Et qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer dans cette BD polar ?

Yana : J’ai découvert la revue grâce à une connaissance qui m’a montré le spécial Western. Quand j’ai vu l’appel pour le Polar, je l’ai noté, puis je me suis assise quelques jours avant le deadline pour voir si une histoire aimerait paraître. Et si quelque chose voulait sortir, cela le ferait, et sinon, tant pis. Une fois que j’ai vu une histoire émerger, j’ai décidé de continuer; tout a été dessiné en un jour ou deux.

Philippe : Tu as un style très personnel. Explique nous comment tu conçois un récit, une BD ?

Yana : Ma façon de travailler est liée aux mes inspirationes et passiones, je pars en voyage d’épongement où je ne fais beaucoup de travail productif, à part éponger des choses, entendre, écouter des histoires de gens, regarder autour de moi, essayer des trucs, faire subir à mon corps des sortes d’expériences différentes. Mes inspirations sont rarement purement visuelles. Je trouve beaucoup de choses très belles et intéressantes, je les enregistre de toutes les manières possibles. Je ne fais aucune planification, je commence à dessiner et l’histoire commence à apparaître, et parfois pas, mais pour moi l’histoire vie dans le dessin et je dois l’aider à sortir. Alors je m’assois devant une feuille de papier vide que je trouve très excitante, et je dis, OK, voyons ce qui se passe, qui est dans mon cerveau aujourd’hui, qui a quelque chose à dire, qui veut sortir nous parler ? Je commence par le première cadre, je dessine ce qui me vient à l’esprit, puis je me demande, d’accord, où est-ce que cela me mène, où cela pourrait-il me mener, qui est là maintenant…? Et maintenant? Les matériels sont souvent aussi trouvés de cette façon dans cette exploration, je travaille en technique mixed.

C’est comme cela que j’ai fait cette bande dessinée. J’ai dessiné la poubelle dans le premier cadre et puis lentement l’histoire a commencé à apparaître, à se dérouler. Cela vient de ma frénésie de poubelles il y a quelques années quand il y a eu une fois une grève des poubelles ou quelque chose du genre et la ville en était remplie, partout où vous allez. J’ai commencé à les connaître, à les visiter et à les revisiter, à remarquer leurs personnalités, imaginer leurs histoires personnelles, alors qu’ils restaient allongés là pendant des semaines, et j’en faisais des enregistrements.

Philippe : Quels sont tes projets ? Comment vois-tu ton avenir de créatrice ?

Yana : Eh bien, j’aimerais travailler sur plus d’histoires et de livres, j’ai déjà auto-édité deux romans graphiques et j’illustre actuellement un livre pour enfants. Je vois mon avenir dans les livres et histoires, à la fois pour les enfants et les adultes, les romans graphiques et les bandes dessinées, à ma façon spontanée, imprévisible, avec leur vie propre, laissant les histoires filtrer à travers moi et sortir. D’autre côte, je vais toujours continuer mes grandes peintures en toiles, qui sont crées dans la même façon. J’enseigne également mon approche aux autres, en aidant les gens à découvrir leur créativité sur la vie quotidienne, je trouve cela trés important.

 


 

11. Olivier LAMBERT pour ses Cartoons

Interview Philippe DECLOUX

Olivier LAMBERT

Olivier ne dessine que des caricatures d’humour et de presse, ses dessins sont publiés uniquement sur sa page FaceBook et d’autres pages comme ≪L’Hebdo déchaîné≫, ≪Vive la presse satirique libre≫.

https://www.facebook.com/olivier.lambert.5
 

Philippe : Tu es un habitué de 64_page, en quelques mots rappelle-nous ton parcours de cartoonist ?

Olivier : J’ai fait des études d’art graphique à St Luc liège et à l’académie royal de liège dans les années 80, je suis un touche à tout graphique, j’ai fait de la peinture, j’ai bossé dans la publicité ainsi que dans l’illustration.

J’ai seulement découvert la caricature humoristique et satirique début 2010, qui est devenu ma réel passion et je ne dessine plus que ça chaque semaine.

© Olivier LAMBERT

Philippe : Tu animes une page Facebook, « le semainier », où tu publies tes amis cartoonists. Cette page est internationale et très libre, souvent hors des actualités et des « tendances à la mode » du dessin de presse. Explique-nous votre philosophie éditoriale. Comment sélectionnez-vous les dessins publiés ? Vous arrive-t-il de censurer certains dessins ?

Olivier : J’ai fondé « Le Semainier » sur Facebook, il y a un peu plus de deux ans, j’avais envie de faire de la caricature de presse différente de ce que l’on nous serre quotidiennement. J’ai tout de suite contacté mes 3 amis dessinateurs (Jimm, Alain Rorive et Papybic) pour participer à l’aventure. J’ai juste demandé à mes amis de faire des dessins noirs et blancs avec une touche de couleur.

Nous traitons l’actu, avec l’œil critique et neutre, nous ne sommes pas politisés.

Nous dessinons aussi des dessins justes d’humour pour le plaisir du rire

Actuellement nous sommes 13 dessinateurs belges, français, argentins, anglais : Olivier de Wispelaere, Quentin Chaillez, Jimm, Papybic, Sob, Banx, Alain Rorive, Kripto Pablo, Alejandro Becares, Maxence Granger, Vin’s Tezwin, Pati Adrian Franco et Olivier Lambert. Chaque auteur est administrateur de la page et publie à son rythme… Oui je sais il y a des paresseux et des bosseurs (hahaha) mais on s’entend tous très bien et longue vie à au Semainier

Philippe : Comment te viennent tes idées? Es-tu un boulimique de l’info quotidienne? 

Olivier : Mes idées viennent quand je ne fais rien et que je regarde le plafond ou alors quand je roule en voiture en écoutant la musique ou les infos de la première.

Quand je n’ai vraiment pas d’idées, je vais sur des sites d’infos et je cherche l’info qui me parle le plus et c’est souvent la plus loufoque.

Philippe : Quels sont tes projets personnels ?

Olivier : J’ai toujours en tête de publier un bouquin format livre de poche.


10. Gilles PROUST pour Un plan parfait

Interview Gérald HANOTIAUX

 

Gilles PROUST

Dans le numéro 22 de 64_page, Gilles Proust propose trois pages flamboyantes et très lumineuses intitulées Un plan parfait. Nous discutons avec lui de ces pages, et de biens d’autres choses…

 

 

 

Gérald : Pourrais-tu te présenter en quelques lignes… ? De manière générale, en tant que personne, mais aussi au niveau du parcours dans le dessin.

Gilles : Je suis né à Lyon, il y a un peu plus de 50 ans, et j’y habite toujours. Depuis tout petit, j’aime la bande dessinée, j’aime dessiner, ainsi que créer mes propres personnages et univers. Si certains aiment chanter sous la douche, moi j’ai plutôt tendance à concevoir des histoires et des univers pour les personnages que je conçois graphiquement.

Gilles PROUST : Un plan parfait

Au niveau des lectures, il y eut d’abord Tintin et Lucky Luke, puis les comics US, et enfin Partie de chasse, de Bilal et Christin, Corto Maltese de Hugo Pratt, Den de Richard Corben, Druuna de Paolo Eleuteri Serpieri, Torpedo de Jordi Bernet et bien d’autres, les mangas aussi. En 2019, j’ai décidé de crée ma propre structure, Gilles Proust Comics, pour enfin m’auto-publier et ainsi connaître la gloire et la fortune… Non, plus sérieusement, j’avais envie de partager ce que je faisais, et de rencontrer peut-être mon lectorat. Cette même année, grâce à une campagne de financement participatif réussi sur Kickstarter, j’ai publié mon 1er comics en anglais Ayaka Slash #1. La version française n’avait pas été financée sur Ulule, aussi j’ai tenté l’expérience anglo-saxonne. Enfin j’ai un peu triché, vu que c’était un comics sans dialogue. J’en ai écoulé une petite centaine.

L’aventure se poursuit en 2020, avec un second comics en français financé de justesse sur Ulule : SuperBlaster #1 composé de trois histoires courtes, avec des dialogues cette fois-ci. Je n’ai pas trouvé mon lectorat. Peut être que ces deux comics étaient trop expérimentaux, et qu’il n’y a plus de place pour les récits un peu « couillus » dans le monde de la bande dessinée d’aujourd’hui. Pour ces deux comics, j’avais utilisé de la 3D soignée et hyper réaliste, et pour beaucoup cela n’a rien d’artistique, ce qui est plutôt hypocrite vu que la plupart des auteurs de bande dessinée dessinent maintenant sur tablette. Aux USA, les gens n’ont pas ce genre de limitation, on peut faire des comics avec tout ce que l’on veut comme technique, seul compte le résultat final. La seule règle, c’est qu’il n’y a pas de règle. J’ai eu une période 3D de quatre ans environ. En fait, je sais faire pas mal de choses différentes, mais je me lasse assez vite et je suis toujours à la recherche du Saint Graal : un style qui rencontre toutes mes exigences artistiques, qui m’amuse et me procure des sensations et des surprises, tout en me permettant d’être très productif.

Au début, je ne faisais que du noir et blanc dans un style proche de ce que faisait Miller sur Sin City. Sauf qu’il n’avait pas encore fait Sin City, et que si j’étais arrivé a ce style, c’était tout simplement que j’étais un piètre encreur, masquant mes défauts en les recouvrant par beaucoup d’aplat de noir et de blanc correcteur, jusqu’à ce que cela devienne vraiment artistique. Ensuite l’outil informatique m’a beaucoup aidé pour la couleur, qui n’était pas quelque chose de facile pour moi à aborder, mais finalement j’y suis arrivé.

Gérald : Tu évoques l’autopublication dans ton parcours, que penses-tu du monde de l’édition en bande dessinée aujourd’hui ?

Gilles : Ayant découvert la bande dessinée dans les années quatre-vingt, je dirais qu’aujourd’hui il y a un réel manque d’ambition et de prise de risque de la part des gros éditeurs. Les différents publics sont identifiés et on leur ressert toujours la même soupe. Après, à défense des éditeurs, pour vendre, il faut aussi coller à l’air du temps, suivre le mouvement et la mode est toujours plus facile que de les créer, ou de proposer une alternative. Beaucoup d’auteurs manquent également d’ambition et ne font pas dans la prise de risque, ils s’autocensurent ou, tout simplement, ils n’ont pas un niveau nécessaire pour cela. Le monde de l’édition représente une équation à trois compliquée, impliquant l’auteur, l’éditeur et le lecteur… Au niveau du lectorat, il y a les « vieux nostalgiques » dont je fais partie, les « bobos », les « LGBT », les « jeunes » ou que sais-je encore, chacun réalisant son propre lobbying pour placer son travail, un lobbying plus ou moins passif ou activiste.

Lobbying : j’adore ce mot. Aujourd’hui, par ce biais, on peut parler de n’importe quoi, et le placer tellement facilement, dans le secteur adéquat… Bref, si l’équation à trois est très compliquée, l’auto-édition la réduit à une équation à deux. Cela dit, l’offre n’a jamais été aussi vaste, aussi chacun devrait y trouver son compte… Je lis presque de tout, des comics, de la bande dessinée européenne et du manga, et j’arrive toujours à m’enthousiasmer et à dénicher des pépites.

Gérald : Parmi ce monde de l’édition, la plupart des revues de prépublication, autrefois nombreuses, ont disparu, faut-il passer par l’auto-publication pour se faire connaître ?

Gilles : Les réseaux sociaux et le financement participatif ont totalement changé la donne de l’auto-édition, ils offrent une certaine visibilité que n’avaient pas à la base les petites structures. Le financement participatif est très simple à utiliser, et rend l’auto-édition accessible à tous. C’est une révolution. Cela est évidemment un très bon outil pour se faire connaître. Mais pas que, il y a aussi des auteurs connus qui l’utilisent pour s’affranchir de l’éditeur, pour avoir plus de liberté et de maîtrise de leurs créations, ou tout simplement pour avoir une part plus importante « du gâteau ». C’est bien sûr beaucoup plus facile si l’on a énormément de followers ou une réputation établie. En partant de zéro, c’est un peu plus difficile. Il me semble que cela s’est un peu durci avec la crise du covid. Je me suis moi-même « durci », j’ai soutenu une centaine de projets de bande dessinée sur une plateforme française, et je vais bientôt atteindre les 250 sur une plateforme US. Ce qui est quelque part un peu désolant, c’est que ces plateformes mettent en avant un supposé esprit de communauté, mais qu’au final il n’y en a pas. Les gens sont là pour faire égoïstement leur business, ensuite pour ce qui est de renvoyer l’ascenseur, ils ne savent pas vraiment ce que ça veut dire… S’auto-éditer demande du temps et de l’énergie, qu’un auteur peut préférer passer à créer. Dès lors, je pense  également que les éditeurs ne vont pas mourir… Par ailleurs, ils pourront toujours se reposer sur leurs fond historique.

Gérald : Outre le plaisir à la réaliser, 64_page est née aussi pour pallier ce manque d’organe de publication. Comment es-tu arrivé vers nous ?

Gilles : Indirectement, par la revue Casemate ou je suis tombé sur la pub pour le prix Raymond Leblanc 2021. J’ai participé au concours, ce qui me donnait le droit de participer aux rencontres éditeurs à Bruxelles. Trop compliqué pour moi de m’y rendre pour une seule demi-journée, surtout que le délai pour se décider et s’organiser était plutôt court. Mais j’ai quand même parcouru la liste des éditeurs présents. 64_page, que je ne connaissais pas, était dans la liste et sur leur site, il y avait cet appel à création pour le #22 sur le thème du polar, un thème très inspirant. Et je suis vraiment très heureux de faire partie de l’aventure.

Gérald : La thématique de ce numéro fait-elle partie de tes préoccupations habituelles, ou tu t’es adapté à celle-ci ?

Gilles : Western, polar et SF sont les principaux fantasmes de la plupart des auteurs de bande dessinée. Ce sont aussi les genres cinématographiques qui m’attirent le plus. L’adaptation personnelle s’est plutôt faite au niveau du format, quatre pages maximum, c’est vraiment très court pour correctement raconter une histoire. Surtout que je mets peu d’illustrations par page et que le format de la revue va également dans ce sens.

Gérald : Comment présenterais-tu à nos lecteurs ton histoire de trois pages, « Un plan parfait » ?

Gilles : Une histoire avec une héroïne sexy, en slow action, dans la veine de Sin City pour le côté cynique et désabusé. Mais beaucoup de polar le sont, en fait. Sin City de Miller a été ma principale inspiration pour ce récit.

Gérald : Les pages sont extrêmement lumineuses, les couleurs sont flamboyantes. Comment as-tu procédé, au niveau du style graphique ?

Gilles : Au départ, je voulais illustrer mon histoire en noir et blanc, parce que cela va parfaitement bien pour du polar. J’ai même dessiné une page et demie de cette manière, avec un encrage de type « plume » nerveux, rehaussé d’un lavis gris. Et puis, à un moment, je me suis dit « Merde ! Les opportunités d’être publié sont très rare, tu pourrais quand même proposer quelque chose de plus flamboyant ! ».

Depuis le début d’année, je me suis trouvé un style « peinture », un peu nerveux, sale et gras, qui me convient pas mal. Et je me suis alors dis : « C’est ça qu’il faut utiliser pour mettre en valeur ce récit ». En plus, ça permettait un test intéressant pour moi. La luminosité n’est sans doute pas très réaliste, mais je voulais retranscrire le contraste entre le huit-clos dans la semi-obscurité et le soleil extérieur, avec sa chaleur et sa luminosité écrasantes. Dans les récits de Miller, il y a pas mal de scènes en huit-clos intérieurs, avec des stores à travers desquels on arrive à percevoir l’ambiance extérieure. Pour rendre la luminosité un chouïa réaliste, je lui ai donné un ton bleuté, et ça fonctionne pas trop mal. Avec cette nouvelle technique, je ne suis pas toujours satisfait du résultat, et il y a pas mal de choses que je n’arrive pas à réaliser… Mais la plupart du temps je m’éclate. Comme c’est quelque chose de nouveau, je suis souvent surpris par le résultat, parfois en bien, parfois en mal. Mais c’est important d’être surpris pour éviter la lassitude et avoir du plaisir. Quand je dessine, je n’ai pas envie d’avoir le sentiment de travailler.

Le projet que j’ai proposé pour le prix Raymond Leblanc utilisait aussi ce style, mais j’ai découvert le concours un mois avant sa clôture, dès lors ce que j’ai proposé était en partie bâclé sur la dernière moitié, car j’étais parti de rien, à part l’illustration de couverture déjà existante. Mais ce genre de challenge me motive, ou me motivait… J’ai maintenant envie de réaliser un album avec ce style. Je vais prendre le temps qu’il faudra, et si un jour j’arrive à l’achever, on verra alors pour le faire éditer. L’auto-édition n’a pas été un succès pour moi, ça m’a demandé trop d’effort par rapport au résultat, et apporté beaucoup de déception. Je préfère la création à la commercialisation.

Gérald : Outre cette envie d’album, travailles-tu en ce moment sur d’autres projets en bande dessinée ?

Gilles : Non. J’ai une activité professionnelle qui me prend pas mal de temps et d’énergie. Et puis ma compagne est très compréhensive par rapport à ma passion, mais il ne faut quand même pas non plus en abuser… Ma principale résolution pour 2022 est d’éviter de me disperser. J’ai passé le cap de la cinquantaine, il faut que j’arrête de déconner et que je reste focalisé sur mes objectifs. Cela dit, si on me proposait de faire une histoire très courte pour le nouveau Métal Hurlant, peut-être que j’y réfléchirais à deux fois ! Je ne dis jamais « plus jamais ». Parfois j’aime bien avoir de petites récréations, si c’est très motivant et que ça peut-être « vite fait bien fait »… Je suis plutôt efficace sur ces coups-là. Mais ça ne sera pas ma priorité.

Gérald : À plus long terme, pourrais-tu nous parler de tes projets dans le dessin et la bande dessinée, ce vers quoi tu voudrais aller ?

Gilles : Aujourd’hui, mon seul objectif est de réaliser un album complet et de le faire éditer par un vrai éditeur. Ça devrait être de l’heroic-fantasy lorgnant vers Robert Howard, il y a quelque chose de viscéral et puissant dans ses récits. Je suis sur le design des personnages et sur la finalisation de mon récit. C’est un tout nouveau projet. J’ai des tas de projets dans mes cartons, mais la plupart sont trop ambitieux, à la fois graphiquement et également au niveau du récit, impossible à faire tenir cela en un one-shot. Beaucoup d’éditeurs sont désormais demandeur de one-shots. Le risque est moins grand pour eux, ainsi que pour le public.

De mon côté, je ne veux pas passer les dix prochaines années de ma vie sur ce premier album. Je veux quelque chose de simple, beau et efficace, je veux avancer rapidement sans me prendre la tête tout en m’amusant. Dès lors, après réflexion, j’ai décidé que ce thème serait le plus adéquat. Le récit est ensuite venu de lui-même, en un week-end, et ça ne sera pas quelque chose que l’on a vu cinquante mille fois, enfin je l’espère… Après cette étape du premier album franchie, j’ai comme je l’ai dit beaucoup de cartons. Dedans, il y a pas mal de comics grim and gritty (ndr. Littéralement : « sinistre et graveleux »), un style et une période initiés par Alan Moore et Frank Miller en 1986 avec Watchmen et The Dark Knight returns, bien qu’il y ait eu quelques prémices un peu plus tôt… Il y a aussi de la science-fiction, du western et du thriller fantastique.

Si un jour j’arrive à produire et faire publier rien qu’un seul album dans chacun de ces genres, je serais alors plus que comblé…

Merci Gilles !

 

Vous pouvez voir le travail de Gilles Proust sur :

1/Art of Gilles Proust | Facebook

2/ Sketchbook 2021 – Ulule

3/ Super Blaster #1 – Ulule

4/ Ayaka Slash #1 by Gilles Proust — Kickstarter


9. PAMANCHA pour Il faut apprécier son métier (pour les raisons qu’on a)

Interview Jacques Schraûwen

PAMANCHA

Vit à Bruxelles, qui lui inspire images et mots variés. Il est sorti de l’Institut Saint-Luc de Bruxelles avec une formation en bande dessinée et édition, ainsi qu’une passion encore accrue pour le médium (si cela était encore possible, bien sûr).

www.instagram.com/pamanchathebelgianartist

Avec une formation en bande dessinée et en édition, ce Bruxellois use de moyens

graphiques proches du style « dessin de presse », s’inscrivant ainsi dans une tradition bd dans laquelle se sont illustrés quelques grands noms comme Bretécher, Wolinski ou Reiser.

Mais ce ne sont, finalement, que des jalons dans son parcours.

« Je peux simplement dire que si ce sont les anciens qui m’inspirent, ce sont les nouveaux – mes amis, mes collègues et mes contemporains – qui me motivent le plus. »

Pour lui, l’humour est un vecteur important, une sorte de révélateur qui peut permettre à l’anecdote d’un « polar » de s’ouvrir à de nouvelles émotions : « L’humour est une forme malléable et subjective, et pris sous le bon angle, beaucoup d’éléments du polar peuvent s’y rapporter. Le sang, l’horreur… des émotions fortes que l’on peut retrouver dans un cadre banal, qui nous met à distance de notre propre vie, et nous en fait apprécier la tragédie de plus belle. »



8. Daran & Marc DESCORNET pour Doudouble

Interview Marianne Pierre

Daran & Marc DESCORNET

Daran a 14 ans. Il aime dessiner, comme son papa, Marc. À deux, ils se racontent des histoires et aiment surtout en imaginer. Au petit déjeuner ou dans le tram, les idées fusent et rebondissent d’un cerveau à l’autre, pour finalement donner naissance à de chouettes gags ou, comme dans ce numéro, des BD plus sombres.

www.instagram.com/xiaoba_labdenbulles

 

Marianne :  Comment est-ce de travailler à deux? Et surtout en tant que père et fils? Qui écrit? Qui dessine? Et comment en êtes-vous arrivés à collaborer?

Marc : Je vais également répondre pour mon fils, Daran (14 ans). Nous prenons une idée de départ que nous développons par émulation réciproque. Il y a une complicité unique. Nous savons que chaque idée émise va générer quelque chose d’intéressant chez l’autre. Nous nous sommes mis à collaborer de manière naturelle. Depuis des années, on se raconte des histoires. Daran est un grand fan de Gaston et, quand il avait 8 ans, dans le tram pour aller à l’école, nous imaginions ensemble des nouveaux gags inspirés du gaffeur, que nous avons relooké et renommé Gaspar. Daran m’a aussi donné des idées pour mon personnage Abelard N. Nombrill. Pour le numéro spécial polar de 64_Page, nous avons voulu surprendre le lecteur par un contre-pied.

Doudouble © Daran et Marc DESCORNET

Marianne : Le noir et blanc est très sombre, c’est plutôt du noir et gris! Quelle est la technique utilisée? Et faites-vous aussi de la couleur? 

Marc : Nous voulions donner à cette histoire les codes du polar de façon très prononcée, et j’ai donc opté –  je dessine seul sur ce projet – pour un traitement graphique vraiment sombre et une narration qui provoque une tension dramatique. Les quatre planches se sont élaborées de manière assez particulière, d’abord autour d’images clés, puis les intermédiaires, presque toutes dessinées au crayon, scannées et travaillées sur ordinateur pour obtenir le rendu final, avec une mise en page équilibrée. J’ai hésité à ajouter de la couleur, mais ça aurait été un choix monochrome, comme des variations de sépia. Finalement, les niveaux de gris conviennent très bien.

Marianne : Le dessin me fait penser à Crumb, entre autres! Quelles sont vos influences, vos inspirations? 

Marc : Je suis un grand lecteur de BD et mes influences sont multiples. Je connais le travail de Crumb, mais je lis très peu de comics. Je me fie surtout à mon instinct. Selon l’ambiance du récit, j’expérimente de nouvelles façons de faire. Du coup, mes réalisations peuvent paraître un peu éclectiques, comme vous pouvez en avoir un aperçu dans les précédents numéros de 64_Page (un western, un hommage à Louis Joos, un strip d’Abelard N. Nombrill, du cartoon aussi). Je préfère dire « multiple »; je peins également.

Marianne : Peut-on dire que cette histoire sent le vécu?

Marc : Cette BD est inspirée de faits réels. Nous sommes partis d’une histoire vraie, que nous avons détournée, je dirais que nous l’avons… polarisée. Nous jouions à cache-cache. Daran devait avoir 5 ou 6 ans. Il s’est caché dans la penderie et y a découvert son doudou. Bizarre. Il est ressorti pour aller vérifier dans sa chambre, et son doudou y était… aussi. Il a ainsi réalisé qu’il y avait deux doudous. Dans la BD, l’histoire, les lieux et les personnages sont différents. A noter que, pour l’enfant qui parle, j’ai utilisé l’écriture de mon fils. Et pour le papa… c’est celle de mon papa, décédé en octobre dernier. J’espère qu’il aurait apprécié, car il suivait mes créations avec admiration, mais n’a pas pu voir celle-ci.

 


7. Zélie GUIOT pour Pigments écarlates

Interview Philippe Decloux

Zélie GUIOT

Comme beaucoup d’artistes, je pense être née avec des crayons en main ! Peu après, je me suis lancée dans des études de bande dessinée à Saint-Luc à Liège. J’ai toujours aimé créer des histoires et des personnages (et parfois des décors). J’aime user de la couleur et notamment de l’aquarelle, pour qu’à elle seule, elle raconte une partie de l’histoire.

instagram : @zoou_ze     Sur Facebook : Zou
 

Philippe : Présente-toi ! Dis nous quel est ton parcours. Ce qui te passionne dans la BD et quelles sont tes autres passions ?

Zélie : Je m’appelle Zélie, j’ai 21 ans et je viens tout juste de terminer un bachelier en bande dessinée à l’ESA Saint-Luc à Liège. Après mon bachelier, je voulais en connaitre davantage sur le milieu des maisons d’édition, et toute la chaine du livre. Je me suis donc lancée dans un master en communication visuelle et graphique en spécialisation édition, et je peux dire que ça me plait beaucoup !

Pigments écarlates – © Zélie GUIOT

Je pense que comme beaucoup d’auteur.e.s et dessinateur.ice.s, j’ai toujours trouvé un moyen de créer une histoire rocambolesque. En une illustration, je pouvais conter l’aventure de mes personnages ! C’est ce qui me plait le plus dans la bande dessinée, la possibilité de narrer à un lecteur.ice une multitude d’histoire qui fera voyager.

Mais je n’ai pas que le dessin et la narration dans la vie (même si j’y consacre 95% de mon temps !), je m’intéresse aussi à l’histoire, aux arts picturaux et cinématographique. Mais tous ces centres d’intérêts se retrouveront inévitablement dans mes récits, et j’espère faire partager mes passions à d’autres.

Philippe : Comment as-tu découvert la revue 64_page et qu’est-ce qui t’a décidée à te lancer dans ce défi ?

Zélie : J’ai découvert la revue par l’intermédiaire d’un ami. Avec d’autres de nos amis, nous avons créé un collectif et il avait partagé le « concours ». On était plusieurs à être emballé par le thème donc je me suis lancée. Qui ne tente rien n’a rien comme on dit !

Philippe : Tu places ta BD dans un contexte historique, une exposition des surréalistes à Paris et tu y mets à travers la narratrice Rose, une touche autobiographique. Raconte-nous la genèse de cette belle idée ?

Zélie : Depuis que j’ai commencé ma formation en bande dessinée, j’ai toujours inclus mes travaux dans une époque historique ou un lieu bien précis, que ce soit Venise, les années 50 ou la construction du mur de Berlin en 1961. Donc tout naturellement j’ai inscrit cette histoire dans un Paris des années 20, époque qui me charme tout particulièrement. Je voulais vraiment retranscrire l’ambiance typique de ce début du siècle.

C’était important pour moi d’y inclure un personnage féminin, indépendante et déterminée, dans le récit. Sûrement que j’inclue une partie de ma personnalité dedans, mais je sais que Rose est beaucoup plus déterminée à trouver le véritable assassin !

Philippe : Quels sont tes projets ?

Zélie : Pour le moment, je me concentre sur mes études, mais j’ai plusieurs projets qui me trottent dans la tête. J’aimerais développer un petit fanzine avec notre collectif, donc c’est un sacré défi que je me lance ! Mais bien évidemment, je n’abandonne pas Rose et Helena. Leurs aventures parisiennes ne font que commencer !


6. Noelia DIAZ IGLESIAS (SylloDiaz) et Xan HAROTIN pour J’ai couru, couru,…

Interview Angela Verdejo

Noelia DIAZ

 

IGLESIAS

Deux autrices-illustratrices bruxelloises que nous connaissons bien à 64_page, leur travail a été repéré et publié à plusieurs reprises par notre revue. Nous avons donc grand plaisir de les retrouver en tandem pour ce spécial polar de 64_page. Elles sont connues toutes deux dans le monde de l’illustration de la littérature de jeunesse mais pas « que » !

Xan HAROTIN

Elles nous proposent ici justement un duo scénariste-illustratrice qui plonge plume et pinceau dans un monde plutôt pour adultes. Mais pas « que » !

Nous vous rappelons les liens où vous pouvez vous rendre pour en savoir davantage et surtout pour voir leur travail :

www.instagram.com/syllodiaz/

Xanharotin.ultra-book.com  ou   www.instagram.com/xan_harotin

 

Angela : Vous êtes deux autrices fidèles à 64_page, nous connaissons bien votre travail mais tout d’abord, pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, j’ai envie de vous demander à chacune, séparément, de vous définir en une petite phrase et, ensuite, de nous parler de votre travail passé et à venir.

Xan – Nous avions, toutes les deux, envie de participer au spécial polar de 64_page. De mon côté, j’ai été inspirée au niveau du texte mais je voyais mal mon dessin pour cette histoire. J’ai réfléchi aux personnes à qui j’aurais pu proposer le texte et j’imaginais assez bien le dessin de Noelia si elle acceptait. J’aime son côté graphique et ses mises en couleurs. Je savais qu’elle n’avait pas encore eu d’idée de scénario.

Noelia – Effectivement, je n’avais pas d’idée (ni de temps pour y réfléchir sérieusement), je ne pensais finalement paspouvoir y participer quand soudain Xan me propose d’illustrer son texte. Dès la première lecture je l’ai trouvé très fort, d’actualité (malheureusement) et inspirant. Et j’ai accepté de l’illustrer.

Au début, j’ai eu un peu peur de ne pas être à la hauteur de son texte. De ne pas proposer des images assez fortes. Après quelques croquis, tout s’est débloqué.

© Noelia DIAZ IGLESIAS & Xan HAROTIN – J’ai couru, couru…

Angela : La première chose qui nous étonne (et, nous l’avouons, nous fait énormément plaisir !) dans le travail que vous présentez dans ce numéro spécial polar de 64_page est que vous vous êtes associées pour créer ces pages… comment l’idée vous est-elle venue d’écrire et de dessiner à quatre mains et comment avez-vous vécu ensemble et séparément cette expérience ?

Noelia – On peut vraiment dire que l’on a travaillé de manière très classique, scénariste d’un côté et illustrateur de l’autre. Xan m’a laissé la main pour le découpage, le dessin et la couleur.

Xan – J’ai adoré l’expérience, c’est la première fois que je confiais mon texte à quelqu’un d’autre et que je voyais naître ses idées suite à mon texte. Comme Noelia le dit, j’étais au scénario et elle au dessin, je ne suis pas intervenue quant à la mise en page, on s’est fait confiance.

Angela : Comment avez-vous procédé dans le cas précis de J’ai couru, couru ? Avez-vous d’autres projets ensemble ?

Xan – Pour le moment, nous n’avons pas d’autres projets ensemble.

Noelia – Aucun projet commun à l’horizon, mais je ne dirais pas non à une nouvelle expérience !

Angela : Cette BD ne s’inscrit pas du tout dans le cadre de ce que vous faites habituellement toutes les deux, c’est-à-dire la littérature jeunesse, ou peut-être oui, je ne sais pas, à vous de me le dire. Comment en êtes-vous venue à choisir cette thématique, qui est une thématique fort engagée ?

Xan – Je suis plus connue pour mes illustrations jeunesses, mais j’écris et dessine aussi des choses plus adultes. Je dirais qu’elles sont moins vues.
Pour la thématique, c’est le thème du polar qui m’a inspiré cette idée. Je pense que tout ce qui nous entoure nous inspire, dans ce cas, mes lectures, les films, ce qui se passe autour de nous…Il y a des sujets qui sont parfois durs mais je trouve ça intéressant qu’on en parle, se mettre à la place des gens et essayer de comprendre.

Noelia -Comme Xan, je ne dirais pas que je fais que de la jeunesse. C’est effectivement le médium de l’image qui me parle le plus, car il est pour moi l’espace qui offre le plus de liberté. J’aime jouer sur des thèmes « sérieux » et un graphisme plus enfantin ou naïf.

Angela : Quelle question vous poseriez-vous l’une à l’autre en évoquant cette nouvelle expérience avec 64_page autour du polar ? Et comment y répondriez-vous ?

Noelia -As-tu été surprise par mon découpage de ton texte? C’est -à-dire, la relecture de ton texte illustré t’a-t-il tenu en haleine ?
Xan – Je ne m’attendais pas à un découpage comme ça. Je l’ai trouvé original et en même temps cela fonctionnait bien. Même si je connaissais la fin, cela m’a tenu en haleine !

Xan- Et la mienne, est-ce que cela t’a plu d’illustrer ce scénario ?

Noelia – Évidemment ! Je ne m’attendais pas du tout à cette demande et j’en suis très contente ! Déjà, j’ai pu découvrir un aspect de ton travail très mature que je ne connaissais pas bien. Et puis c’était également la première fois que j’illustrais, sous forme de bande dessinée, le texte de quelqu’un d’autre. Tout un challenge.


5. Vincent GRIMM – Mauvaises langues

Interview Philippe Decloux

Vincent GRIMM

Passionné depuis toujours par la bande dessinée, j’apprends à développer mon propre style à l’académie de Watermael-Boitsfort dans l’atelier BD/Illustration de Philippe Cenci. Je réalise mes propres scénarios et dessins et j’espère partager mes planches avec le grand public.

https://www.instagram.com/grimm_vincent/

 

Mauvaises langues © Vincent GRIMM

Philippe : C’est ta première participation à 64_page. Explique-nous ton parcours dans la vie en générale et dans la BD en particulier ?

Vincent : Je ne suis pas très original à ce niveau-là, mais j’ai toujours lu des BD depuis mon enfance et j’en dessinais très tôt aussi. J’ai en premier suivi des études dans le cinéma et la vidéo, mais tout en dessinant dans mon coin. J’ai vite compris que dessiner de la BD me convenait mieux que faire des films, il y a moins d’imprévus et ça coûte beaucoup moins cher de faire des monstres ou des vaisseaux spatiaux. En 2017, j’ai rejoint l’atelier BD/Illustration de Philippe Cenci à l’Académie des Beaux-Arts de Boitsfort, c’est là que j’ai tout appris dans le dessin avec pour but de me faire publier.

Philippe : Mauvaises langues nous plonge en quelques cases très efficaces dans une ambiance anglaise (?) d’un orphelinat… Tu as une facture très classique et tu traites un sujet qui bouscule le lecteur. Comment as-tu conçu ce scénario très prenant ?

Vincent : Au départ je voulais détourner le polar et le mélanger avec de l’horreur, j’ai toujours bien aimé le mélange de ces deux genres. L’histoire est venue de ma copine qui m’a réveillé à 3h du matin pour me raconter une idée qu’elle venait d’avoir. Elle m’a dit que ça collerait parfaitement pour ma BD. J’ai fait plusieurs ajustements, j’ai rendu le personnage principal mal intentionné, mais globalement toute l’idée du monstre dans l’orphelinat qui défend les orphelins vient de ma copine. Quant au sujet plus grave du récit, je voulais faire du personnage principal un être répugnant et il n’y a rien de plus répugnant qu’une personne qui s’en prend à des enfants. Pour le monstre, je me suis inspiré des langues des oies: elles ont des crêtes dentelées en forme de dents de cartilage le long des mandibules. C’est terrifiant…

Philippe : Qu’est-ce qui t’a motivé et décidé à te lancer dans ce récit Polar pour 64_page?

Vincent : Je connais des dessinateurs qui ont publié dans le spécial Western de 64_page et je me suis dit que ça pourrait être un bon exercice de faire une BD en seulement quatre planches avec un thème imposé. Ça fait toujours plaisir de publier un récit évidemment !

Philippe : Et tes projets ? Comment vois-tu ton avenir dans la BD ?

Vincent ; Je monte en ce moment un dossier avec un auteur de BD et j’espère que ça plaira à un éditeur. Sinon j’écris toujours des scénarios dans mon coin, pour monter les prochains dossiers jusqu’à ce que je signe quelque part.

 


4. Jordan BERTRAND – Face caché

Interview Jacques Schraûwen

Jordan BERTRAND

Je suis un jeune artiste de 25 ans, j’ai fait un parcours à Saint-Luc en bande dessinée.

J’aime énormément travailler de façon traditionnelle, à l’encre de Chine et au pinceau, pour donner différentes ambiances, 
tout en laissant courir le pinceau sur la page.

https://www.facebook.com/Jordan-bertrand-955701417852992/

https://www.instagram.com/jojo_190396/?hl=fr

Face caché © Jordan BERTRAND

Encre de chine et pinceau sont les outils de prédilection de ce jeune dessinateur de 25 printemps.

Un dessinateur qui aime les ambiances, les couleurs traitées d’une manière qui n’est pas sans rappeler Philippe Berthet ou certains comics américains.

Sa participation à une thématique « polar » correspond pour lui à un plaisir, d’abord et avant tout : « Je trouve que le polar est un univers assez vaste où on peut passer d’un roman policier basique à quelque chose de beaucoup plus complexe. C’est d’ailleurs pour ça que c’est mon thème préféré, le travail des personnages est très important ainsi que l’ambiance car si on n’arrive pas à rentrer dans celle-ci le polar perd tout son charme. »

La bande dessinée, pour lui, naît essentiellement de la construction d’une narration, « dun récit qui doit transporter le lecteur ou la lectrice dans un univers, une ambiance, et ce avec des personnages qui nous donnent envie de le ou les suivre du début à la fin. »

 


3. Charles P. – PermaLag

Interview Gérald Hanotiaux

Charles P.

Dans le numéro 22 de 64_page, nos lecteurs trouverons PermaLag, une histoire de celui signant ici du pseudonyme « Charles P. » Rencontre avec l’auteur de ces pages en noir et blanc, rehaussées de quelques touches de rouge marquantes…

 

Gérald Hanotiaux. Pourrais-tu, pour nos lecteurs, te présenter en quelques lignes… ?

Charles P. Je m’appelle Charles mais je préfère l’usage d’un pseudonyme comme Charlie P ou CH.P, plus sympa et plus court selon les circonstances. Comme le veut un cliché bien connu, concernant les artistes : je dessine depuis tout petit ! J’ai ensuite poursuivi des études d’arts, à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Liège, où j’ai pu parfaire ma technique et développer mes visuels par la bande dessinée, et plus généralement par le dessin.

PermaLag © Charles P.

Gérald : Que dirais-tu des apports des écoles d’art, est-ce selon toi un passage nécessaire pour la bande dessinée ?

Charles : Dans mon cas je pense que les écoles d’art sont un excellent complément pour se perfectionner en bande dessinée. Mais pour peu qu’on soit autodidacte et qu’on connaisse certaines règles de lecture et de découpage, on pourrait théoriquement s’en passer. Le plus important et le plus difficile à mon sens reste la pratique du dessin et les différentes techniques associées, c’est à dire être capable de concevoir un univers graphiquement cohérent et original, avec une bonne histoire. C’est également important d’avoir des retours de professeurs critiques, pour se perfectionner tout en évoluant dans un milieu artistique qui entretient la motivation. Donc, difficile à dire mais je dirais que, bien que non nécessaire, une école d’art est essentielle pour s’éveiller et pratiquer ! Encore que, ça dépend de l’école, il y a celles qui nous poussent à devenir un salarié du divertissement, et celles qui nous invite à sortir des moules.

Gérald : Comment es-tu arrivé vers la revue 64_page ? Et quel rôle penses-tu qu’une revue de ce type peut jouer ?

Charles : C’est une camarade de l’Académie royale des beaux-arts de Liège qui m’a informé de l’existence de la revue. Elle s’appelle Zoé Bayenet : je la salue au passage ! Il me semble que son rôle premier est de porter les nouveaux auteurs vers un public plus large, et ce n’est pas ça qui manque avec l’avènement d’internet, où les jeunes auteurs sont très nombreux à présenter leur travail. C’est important d’apporter du sang neuf dans la bande dessinée, où de nombreux jeunes auteurs méritent leurs places.

Gérald : Pourrais-tu évoquer à nos lecteurs les techniques avec lesquelles tu travailles ? En général, mais aussi plus spécifiquement sur les pages de PermaLag ?

Charles : J’ai toujours cherché le plus simple, le moins contraignant et le plus direct avec un résultat que j’estime expressif… J’ai donc adopté les plumes dès le début de mes études, avec quelques compléments d’aquarelles. Ce genre de simplicité me permet de créer – et me contraint – à produire des travaux remplis de détails, où mon imagination carbure. De temps en temps je colorise à l’aide d’une tablette graphique, pour obtenir des résultats qui me plaisent, mais ce n’est pas la partie que j’aime le plus dans mes travaux…

Gérald : Au niveau des couleurs, justement, les pages que tu nous proposes dans ce numéro 22 sont en noir et blanc, avec des ajouts de matière rouge. Ces inserts de couleur sont réalisés comment ?

Charles : Je réalise ces inserts d’une manière très simple avec du latex liquide, une brosse à dents et un peu d’ecoline rouge. Une technique que m’avait montrée un camarade et, depuis, je ne peux plus m’en passer pour réaliser des textures cosmiques et d’autres effets graphiques. Le tout est de bien la placer.

Gérald : Le climat « oppressant » émanant de tes pages fait-il partie des ambiances habituelles dans ton travail, ou tu t’es adapté à la thématique du numéro… ?

Charles : C’est une partie intégrante de mes travaux. Comme je travaille principalement en noir et blanc, j’essaye de compenser le manque de couleur en produisant des ambiances par le scénario et la composition, même si le simple fait d’utiliser du noir et blanc produit déjà quelque chose de contrasté et graphique.

En fait, la thématique du numéro tombait pile poil avec mon univers, c’est pour ça que je vous ai contacté, j’allais pouvoir travailler sur un projet qui me plaît, en produisant des travaux qui me plaisent. Cependant, je fais aussi des dessins plus « bonne ambiance », disons, mais c’est souvent pour produire du contraste avec un univers oppressant et mystique.

Gérald : Qui citerais-tu parmi les auteurs qui ont influencé ton style ? Que lisais-tu et que lis-tu régulièrement ?

Charles : Indéniablement Katsuhiro Otomo et Kentaro Miura (respectivement Akira et Berserk), Franquin (Gaston Lagaffe), Rosinski (Thorgal, Le Schninkel), Druillet (La nuit, Lone Sloane) pour ce qui est du manga et de la bande dessinée franco-belge. Je m’inspire également du jeu vidéo avec des titres comme Silent Hill 2, Dark Souls, Metal Gear Solid et autres Shin Megami Tensei, mais c’est un sujet très vaste, j’adore utiliser les codes du jeu vidéo dans mes travaux. Récemment je me suis également remis à la lecture de romans et deux titres m’ont fortement inspiré : La trilogie des trois corps de Liu Cixin et La horde du contrevent de Alain Damasio. C’est incroyable à quel point ces deux œuvres produisent du vertige et de l’inspiration. Pour le reste je dois avouer que je ne lis pas régulièrement, je passe plus de temps à bosser en m’inspirant de films ou en écoutant des podcasts.

Gérald : Quels sont tes éventuels projets actuels en bande dessinée, à court terme sur lesquels tu serais occupé à travailler, et à plus long terme, ce vers quoi tu as envie d’aller…?

Charles : Je suis actuellement occupé à travailler sur un projet de science-fiction, il s’inscrit dans une démarche à long terme… Pour être plus précis, à court terme j’aimerais finaliser une première partie de ce projet, pour à plus long terme avoir une œuvre complète e plus grande ampleur. Tous mes travaux et expérimentations s’inscrivent dans cette logique, ils servent un seul et même projet. Pour le moment, l’écriture et le scénario sont bien entamés, suffisamment en tout cas pour produire une première partie. Niveau dessin, j’ai déjà une vingtaine de planches, je travaille dessus activement pour avoir un premier chapitre publiable.

 

Merci Charles !

 

 

Vous pouvez voir le travail de Charles P. sur :

https://chepire.wixsite.com/permalag

https://www.instagram.com/permalag/

https://www.projets-bd.com/2021/12/17/permalag-2/

 


2. Lucas Bouvard – Bloody Cheesecake

Interview Marianne Pierre 

Lucas BOUVARD

Lucas Bouvard est un bédéiste reconnu dans le monde de la musique, figure de proue du mouvement avant-gardiste du « jaipascomprisme ». Honoré par ses pairs et impairs, il continue malgré tout de barbouiller ce qui lui passe par la tête.

https://www.instagram.com/bouvarddessin/?hl=fr

https://portfolio.adobe.com/d0b38a4d-98a5-4e50-b241-c32a58f6e4e4/preview/work


Marianne : Peux-tu nous décrire ton parcours, comment tu es tombé dans la BD?

Lucas : Je crois que mon amour de la BD est une chose que j’ai toujours eue. Même avant de savoir lire, j’essayais de comprendre les histoires de Tintin par les dessins. Pendant toute mon enfance puis mon adolescence, j’ai dévoré toutes les BD de mes parents, des bibliothèques et des librairies de ma ville natale. Mais pendant toute cette période, je ne dessinais pas encore.

C’est en commençant mes études en architecture du paysage que j’ai rencontrée des amis qui dessinaient. Ils m’ont vite donné envie de me lancer là-dedans.

Bloody Cheesecake © Lucas BOUVARD

Je n’avais pas de formations en arts et je ne voulais pas quitter mes études pour une formation en BD. Alors j’ai appris en autodidacte, via des livres, par internet ou en cours du soir.

Puis suivant le vieil adage qui dit que c’est en forgeant qu’on devient forgeron, j’ai participé à des concours, des fanzines et des microéditions. Aujourd’hui j’arrive un peu à concilier BD et architecture dans ma vie. Mon rêve serait de faire les deux en même temps : une BD sur l’architecture du paysage… Ou un plan de jardin en forme de BD ? Je ne me suis pas encore décidé.

 

Marianne : Bloody Cheesecakeest un parfait exemple d’humour noir. Est-ce ton registre habituel?

Lucas : Je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai un registre habituel en fait. Je me cherche encore alors j’essaie d’écrire toutes sortes d’histoires (polar, fantaisie, vulgarisation), tout en essayant d’y ajouter de l’humour.

Marianne : Tu as un beau sens du noir et blanc, très travaillé. Je pense à Charles Burns ou Mezzo. Quelles sont tes influences graphiques? 

Lucas : Du côté du graphisme, mes références me viennent plutôt des écrivains américains. Mike Mignola, Will Eisner, Eric Powell ou Paul Azaceta pour citer des virtuoses du noir et blanc.

Marianne : Techniquement, comment et avec quoi travailles-tu?

Lucas : Me considérant encore comme étudiant en BD, je cherche à me perfectionner dans toutes sortes de techniques : plume, feutre, pinceau, dessin informatique…

Pour cette BD-ci j’ai réalisé les planches à l’encre de chine et au pinceau. Puis je les aie scanné pour une finition des aplats et des contrastes sur Photoshop.

Pour le moment je n’ai pas de constantes. Ma prochaine BD sera d’ailleurs faite entièrement sur tablette graphique.

Marianne :  Quels sont tes projets? 

Lucas :  Continuer à apprendre et continuer à participer à des publications de magazine comme celles de 64 pages. J’ai deux trois projets de BD en tête mais j’ai encore du travail avant de pouvoir les écrire.

 


1. Inès SANCHEZ-ROYANT – Petit Meurtre Matinal 

Interview Angela VERDEJO

Inès SANCHEZ-ROYANT

Inès Sanchez-Royant, autrice de Petit meurtre matinal, est franco-espagnole,   dès ses dix ans, elle accumule prix et reconnaissances aussi bien hispaniques que francophones. Pour faire plus ample connaissance avec son travail je vous invite à lire l’entretien ci-dessous et à visiter son Instagram : @ines.sanchez.royant et son blog : https://losdibujosdeines.wordpress.com/

 

 

Angela :  Si tu pouvais te « définir » en une phrase, pourrais-tu me dire : Qui es-tu, Inès ?

Inès ; Je suis une autrice-illustratrice de 14 ans qui rêve de publier un album.

 

Angela : Sur ton Instagram il y a pas mal de publications en espagnol, pourrais-tu nous parler de ce travail bilingue ?

Inès : Je suis Franco-espagnole et j’aime écrire dans les deux langues, cela dépend du sujet et du projet. Comme je vis en Espagne et que j’aime participer à des actions artistiques, alors, dès que l’occasion se présente localement, je réponds favorablement aux propositions. L’écriture se fait donc naturellement en espagnol. Comme je suis également baignée dans la culture française, je suis toujours à la recherche de projets francophones.

Angela : L’accent, tantôt aigu tantôt grave, sur ton prénom, en dit long sur la question, non ?

Inès : Pour l’accent sur mon prénom, ma signature inclut les deux : je trace un triangle. Mes parents n’ont pas vraiment choisi le côté de l’accent (Inès pour ma mère française et Inés pour mon père espagnol) et finalement, je m’identifie avec les deux côtés. Comme l’article est pour 64_page, revue francophone, je choisis pour cette occasion Inès.

 

Angela : Raconte-nous les techniques que tu as utilisées dans ce Petit meurtre matinal.

Inès : J’ai commencé le travail au crayon à papier puis j’ai réalisé l’encrage avec des feutres à l’encre de Chine. Pour la mise en couleur, j’ai utilisé des aquarelles et des feutres à alcool.  Dans Petit meurtre matinal, j’ai testé le ruban de masquage pour faire des cases sans contour.

Petit Meurtre Matinal – © Inès SANCHEZ-ROYANT

Angela : Pourrais-tu nous parler de ton choix de narration ? Il y a beaucoup d’humour, d’ironie dans ton travail, l’ironie est un très bon moyen pour aborder la critique sociale. Qu’en est-il dans ce travail et dans ton travail en général ?

Inès : Il est vrai qu’il y a toujours un message dans chacune de mes productions. L’actualité et les faits de société m’inspirent et j’aime exagérer les choses, cela les rend risibles.

En général, les histoires que j’écris se construisent sans prévenir dans ma tête.  Les idées surgissent à partir d’éléments de conversations ou d’un vécu qui peut paraître banal. Par association d’idées, elles s’évadent alors de leur caractère plus ou moins sérieux pour devenir drôles.

Pour Petit meurtre matinal, j’ai réfléchi à partir du thème Polar et, à la façon d’Agatha Christie, j’ai pensé donner de fausses pistes au lecteur. Ensuite, je trouvais amusant d’introduire des personnages avec des caractères marqués : le détective incompétent, la mère qui fait tout un drame à partir de pas-grand-chose, Tante cracra qui est en avance sur son époque et incomprise, la petite fille plus lucide que tous les autres, mais qui ne dit rien parce qu’elle sait qu’elle ne sera pas écoutée de par son jeune âge… Pour le choix de l’époque, ce sont mes lectures des classiques du genre qui m’ont inspirée.

Angela : On dit que dans les rêves nous sommes nos propres metteurs en scène et que nous sommes tous les personnages de même que la scénographie, rêve et création se ressemblent beaucoup au fond, qu’en penses-tu pour ce qui est de ta création ?

Inès : Ce n’est pas mon cas. Je trouve mes rêves désorganisés et bizarres. Ils me paraissent intéressants au niveau personnel, ils m’aident à mieux me comprendre moi-même. Par contre, ils ne me sont pas utiles dans mon travail d’écriture. Mes créations partent de la réflexion même si tout se passe très vite.

Angela : Donc tu ne t’identifies pas quelque part avec tes personnages par exemple ?

Inès : C’est rarement le cas. Dans Petit meurtre matinal, je ne m’identifie à aucun personnage. En général, je crée des personnages qui me paraissent avoir du relief, tout simplement.

Par contre, dans mon prochain projet d’album, le personnage principal aura plusieurs de mes traits de personnalité et vivra certaines de mes expériences, mais ce ne sera pas pour autant une autobiographie.

 

Angela : Qu’en est-il de ton rapport au genre policier, quelles raisons t’ont-elles amenée à participer au défi lancé par 64_page autour du polar ?

Inès : J’aime les polars en tant que lectrice, mais c’est la première BD que je réalise dans ce genre. J’ai rencontré les membres de 64_pages en septembre à Bruxelles grâce au Prix Raymond Leblanc. 64_page POLAR était leur projet suivant. J’ai tout de suite voulu participer.

Angela : Le prix Raymond Leblanc ?

Inès : J’ai participé au prix Raymond Leblanc en mai dernier avec mon tout premier projet d’album : GAÏA à travers la cascade. Il m’a été décerné un des deux prix “très jeune talent ». Le Prix Raymond Leblanc invite les participants à une Master class et à des rendez-vous éditeurs. Ce fut une belle expérience et c’est là que j’ai eu la chance de rencontrer les responsables de 64-Page.

Angela : Quels sont tes projets à venir ?

Inès : Je veux publier des albums. Pour avancer dans mon parcours, je participerai au prochain concours de la BD scolaire d’Angoulême pour tenter de décrocher un cinquième petit fauve d’or, je présenterai un nouveau projet d’album au prochain prix Raymond Leblanc, je continuerai à proposer mon travail à 64_pages et je suis ouverte à toutes les propositions dans le monde de la BD et de l’illustration. Je crée aussi des affiches, prépare des expositions et réalise des peintures street-art.

Angela : Un cinquième petit fauve d’or ?

 Inès : Cela fait 4 ans que je participe au concours de la BD scolaire du Festival d’Angoulême. La première fois, j’avais 10 ans. En tout, j’ai obtenu 4 petits fauves d’or et 3 petits fauves de bronze. J’ai déjà plusieurs idées pour ma cinquième participation.

 


 

 

 

Numéro actuellement en prévente (sortie au Festival d’Angoulême le 26 janvier 2022). 64 pages, spécial SCÉNARISTES. Longue interview exclusive de ZIDROU, prix Rossel 2021 pour l’ensemble de son oeuvre, par Gérald Hanotiaux.

Prévente 9€50 (frais de port offerts) – 20€ en achat couplé avec le 64_page #22 POLAR. info : www.64page.com/abonnements/

 Les auteur.e.s de demain publié.e.s dans le 64_page #21

Lorraine CACHEUX  – Kernel Stigmas

Lorraine Cacheux

Dans le numéro 21 de 64_page, Lorraine Cacheux nous propose sept planches extraites d’un projet de longue haleine au titre intrigant de Kernel Stigmas. Réalisées en couleurs directes, à l’ambiance pénitentiaire mâtinées de fantastique, elles ne peuvent que nous allécher… Depuis la France, Lorraine répond à nos questions.

Retrouvez Kernel Stigmas et Lorraine Cacheux dans le 64_page #21 en prévente jusqu’au 26 janvier. Toutes les infos utile sur la page d’accueil de  www.64page.com

Gérald Hanotiaux. Question classique pour démarrer, pourrais-tu te présenter brièvement à nos lecteurs ? De manière générale, mais aussi plus particulièrement au niveau de ton parcours dans le dessin.

Lorraine Cacheux. Je m’appelle Lorraine, aka Thé au Vinaigre, et je suis originaire de la banlieue parisienne. J’ai toujours eu des choses à dire, ou du moins un ressenti vis-à-vis de ce qui est perçu comme « normal / beau » dans notre société… C’est ce qui a motivé mes travaux jusqu’ici. J’ai commencé à poster mes dessins sur des blogs, notamment des strips un peu « coups de gueule », sur le racisme ordinaire… Ensuite j’ai fréquenté l’EPSAA (Ecole professionnelle supérieure d’arts graphiques), une école publique de design graphique de la mairie de Paris. Ça m’a permis de me débrouiller en mise en page, maquette, etc. Durant ces périodes, Kernel Stigmas voyageait déjà dans ma tête.

Ensuite, j’ai été saisie par une période de doutes, durant laquelle je travaillais pour des contrats courts, en agence ou dans des boulots alimentaires, à défaut d’avoir des sous de côté pour travailler mon univers. En parallèle j’ai participé à des salons, où je vendais des dessins à la demande avec des amies. Lorsque ces doutes se sont progressivement évaporés, j’ai décidé de n’accepter que des boulots formateurs pour moi – un an en imprimerie notamment – et de me consacrer à ma bande dessinée, d’y mettre ce que j’avais sur le cœur… Elle est enfin terminée et comprend 82 pages. Actuellement, je travaille sur sa campagne de financement, dont le démarrage est prévu pour le 28 septembre 2021.

Pourrais-tu présenter cette histoire et l’extrait proposé dans notre dernier numéro ?

Avant tout, les lecteurs doivent savoir que si cette bande dessinée est un one shot, elle fait également office « d’introduction » à une série à venir, qui devrait être constituée de deux trilogies. Les pages présentes dans 64_page mettent en place l’élément « perturbateur » de l’histoire. Elles montrent des individus incarcérés, pour des larcins ou des actes criminels, qui voient leur peau se graver de symboles occultes. Personne ne comprend ces apparitions symboliques et ces événements sonnent comme une sorte de « jugement invisible ». Audrey, la protagoniste principale de cet épisode pilote, prend connaissance de ce mal, qu’elle va devoir observer, analyser, décortiquer…

Ça va bien évidemment déborder dans le monde entier – promis, le covid est arrivé après l’élaboration du scénario ! – et les populations les plus atteintes seront victimes de stigmatisation et ne nombreux a-priori, car le mal est apparu en premier lieu sur des repris de justice…

Kernel Stigmas © Lorraine Cacheux

Si ce n’est pas trop indiscret, d’où vient ton pseudonyme, « Thé au vinaigre » ? A-t-il une signification ?

Son origine tient dans un bête incident ménager : mon père avait nettoyé la bouilloire au vinaigre blanc, et malgré l’odeur qui aurait dû m’alerter, je n’ai pas fais attention et ai préparé mon thé Earl Grey…! (Il ne fait aucun doute que le vrai thé au vinaigre – de cidre – aurait été meilleur…) Au-delà de cette anecdote de départ, je l’ai choisi comme pseudonyme car l’association du thé et du vinaigre reflète bien, selon moi, l’association de mon calme apparent couplé à mon fort caractère intériorisé.

Quelques éléments sont frappants dans ton parcours, notamment le fait que ton livre est très tôt bien présent en toi. On entend parfois qu’un auteur place le plus de lui-même dans un premier livre, résultat en quelque sorte du parcours de vie jusque là. Es-tu d’accord avec cette affirmation ?

Je ne sais pas si cette remarque est pertinente pour la majorité des auteurs, mais ça a effectivement l’air très fréquent… Même si ce n’était pas ma volonté au départ, c’est indéniablement mon cas. Les défauts, qualités et petites manies dont ont pu hériter mes protagonistes, consciemment ou non, peuvent trouver leur source dans mon parcours personnel et mon « schéma familial ». La liste des éléments que je pourrais citer pour exemplifier cette affirmation est plutôt longue.

Ensuite, si tu connais vite tes aspirations, tu t’inscris cependant dans des formations toujours proches du graphisme et du dessin, sans toutefois suivre des cours de bande dessinée à proprement parler. Est-ce la volonté d’avoir plusieurs cordes à ton arc? Tes pages dessinées se nourrissent-elles d’autres pratiques ?

En effet, j’ai toujours privilégié la communication visuelle car j’imaginais, plus tard, une utilité de cette formation dans mes projets. Comme j’ai toujours été très scolaire, j’avais peur qu’une école de bande dessinée me pousse à m’enfermer dans des règles à suivre, dont je n’arriverais pas suffisamment à m’affranchir. Dès lors, en élaborant ma bande dessinée, je me suis amusée avec de la mise en page, comme on peut le faire en graphisme… Dans l’univers de Kernel Stigmas, nous rencontrerons par exemple de fausses brochures publicitaires, un élément dont je n’aurais pu avoir l’idée sans ma formation de graphiste.

Au-delà de ça, j’ai tout de même pu bénéficier de quelques « leçons » de la part d’amies qui ont fréquenté des cours de bande dessinée. On échange, on complète nos connaissances et nos compétences mutuellement, ça nous permet d’être le plus indépendantes possible.

Comment vois-tu l’intérêt d’une prépublication ?

Il s’agit de ma toute première bande dessinée, et en tant que telle je n’arrive pas à l’imaginer intéressante pour beaucoup de monde. J’essaie donc de la diffuser le plus possible, pour voir les réactions qu’elle suscite, quelle lecture peut en être faite et, bien sûr, si en réaliser la suite serait intéressant ou si je vais devoir passer à autre chose. Ça me permet aussi de rassembler un public potentiel pour la version imprimée.

Tu comptes donc monter une campagne de financement participatif, y vois-tu une bonne manière de passer outre des rapports difficiles avec le monde de l’édition ?

En effet, je le pense, et je constate que cela se fait de plus en plus. De très belles choses, vraiment, sont réalisées en auto-publication. Chez moi, j’ai une étagère complète consacrée à des autrices et auteurs indépendants, on peut y voir du « très pro » comme du « très amateur », mais ce sont toujours des projets qui valent la peine d’être lus. Ils n’auraient peut-être pas eu leur chance dans une maison d’édition, ou n’auraient pas suffisamment bien rémunéré leurs créateurs et créatrices. Il est plutôt encourageant de constater que de plus en plus de gens peuvent consacrer une part de leur budget pour les artistes indépendants.

Quel regard, globalement, portes-tu sur le secteur de l’édition de bande dessinée contemporaine ?

J’y vois deux aspects. D’un côté nous trouvons une immense usine très impressionnante, qui publie des livres à la pelle mais n’a plus le temps de valoriser correctement les autrices et auteurs. De l’autre côté il y a les petites maisons d’éditions mais, j’ai eu l’occasion d’échanger avec deux éditeurs indépendants, et leur propos est le même : rémunérer correctement l’artiste revient à se priver de revenus. Car pour le petit éditeur désireux de faire exister de beaux livres, il est compliqué d’être rentable… En fait j’ai l’impression que notre système d’édition est défectueux ou obsolète, et qu’au final personne ne s’y retrouve.

Modestement, notre revue cherche à pallier le manque de supports de prépublication, présents en grand nombre dans le passé. Aux côtés de tes pages, le scénariste Zidrou explique l’importance de voir son travail publié pour la première fois, de pouvoir le tenir en main. Que t’inspirent ces propos ?


En effet, il semble que les revues sur la bande dessinée, dans ou en dehors des géants de l’édition, étaient plus nombreuses auparavant… Quoiqu’il en soit, 64_page me semble être une excellente initiative, ça donne envie de s’y investir. Concernant les propos de Zidrou, ça m’évoque un petit artbook réalisé il y a longtemps avec des amies, au lycée, juste pour nous faire la main et passer le temps. On l’a fait imprimer et ça nous a fait « drôle » : tout paraissait plus beau avec la mise en page, le papier lisse…

Quand on fait un livre, on a le nez dans son travail, tellement que parfois on en vient à ne plus le trouver beau et à vouloir recommencer certaines pages. On peut ne plus trop croire en nos capacités, on doute… Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais eu d’œuvre publiée, mais cette anecdote me fait penser qu’une fois en main, tout lisse, tout façonné, ce travail prend du sens. Il a été publié parce que d’autres personnes ont estimé que ça en valait la peine, tu peux donc à nouveau l’apprécier à sa juste valeur. Ça doit être un sacré coup de boost pour poursuivre une carrière !

@ lorraine Cacheux – Kernel Stigmas

Un apport des revues de prépublication était aussi de créer une émulation, de composer des groupes d’auteurs et autrices (même si elles étaient moins présentes à cette époque-là…), d’encourager l’émergence de « familles graphiques »… Où trouver cette émulation-là aujourd’hui, ces possibilités d’échanges entre artistes ?

Ce doit être ma génération et / ou mon milieu mais je n’en connais que deux : les publications sur internet et les salons. Avant la pandémie, avec deux amies, nous nous déplacions un peu partout en France pour vendre notre travail et nous faire un peu connaître. À force de revoir les mêmes têtes derrière les stands, on finit par se constituer un petit cercle. Si je connaissais d’autres moyens compatibles avec mon travail, j’y aurais certainement recours. Sinon, au sujet de ces deux amies, nous sommes très proches dans la vie comme dans le dessin, et nous échangeons toujours beaucoup, des conseils et des bons plans, nous présentons souvent nos travaux en salon ensemble… Il s’agit de Loup//Joan et d’Eline Corneloup aka Amnaysia. Joan écrit en ce moment Sadé sur Webtoon, une bande dessinée psychologique assez sombre, et Eline a commencé à publier Entre Haine et Lumière sur Mangadraft, une fable colorée sur la tolérance. Sans ces deux personnes j’aurais eu bien du mal à me lancer dans la réalisation de Kernel Stigmas !

Comment décrirais-tu ton style graphique ?

C’est compliqué. Certains y voient du manga, d’autres y trouvent une inspiration dans le sillage d’un Loisel, mais très honnêtement je ne pourrais pas définir mon style graphique autrement que comme « taché, brouillon et coloré» .

Quels artistes citerais-tu parmi tes influences ?

Mes influences sont assez multiples, raison pour laquelle, selon moi, on peut notamment trouver dans mon style un côté « japonisant ». Régis Loisel, déjà cité, m’a en effet beaucoup marquée par sa « féérie adulte ». Masashi Kishimoto m’a inspirée toute mon adolescence. Aujourd’hui, j’ai un peu arrêté d’apprécier l’œuvre – Naruto – mais son univers graphique me parle encore. Toujours dans le manga, mais du côté français, je citerais Raphaëlle Marx (Debaser) et Ancestral Z (Dofus) pour leur côté simple et très dynamique. Je continue d’évoluer aussi grâce au travail de Aurore Peuffier (Chroniques de Maindish), une artiste indépendante vraiment remarquable. Plus proche de moi, je citerais Lison Ferné (La déesse Requin) et mon compagnon Matthieu Fouquet qui dessine aussi quand il a le temps !

Avant de nous quitter, aurais-tu quelque chose à ajouter…?

Je sais que mon pseudonyme évoque le thé, mais en fait j’utilise plutôt du café pour l’aquarelle ! Blague à part, le café me permet de donner une teinte un peu sépia à mes dessins. Je m’en sers pour remplacer le crayon sur papier en esquisse, et ensuite ça rend mes encres colorées un peu moins flashy, selon l’effet recherché. Ça m’est venu comme ça, un jour, en me servant d’un fond de tasse pour gribouiller, et depuis c’est devenu une habitude. Sinon, pour terminer, simplement vous remercier pour cette première publication !

Merci Lorraine !

Vous pouvez voir le travail de Lorraine sur :

Instagram Compte principal : https://www.instagram.com/the_au_vinaigre_lc/

Compte BD : https://www.instagram.com/kernel_stigmas/

Facebook : https://www.facebook.com/VinegarTea

Michel DI NUNZIO – Fata morgana

Adepte d’un style réaliste et classique, Michel Di Nunzio nous offre à voir dans le numéro 21 de 64_page la séquence introductive de L’enfant-Mondes, le prologue de sa saga Fata Morgana. Ces pages sont emplies d’étranges créatures, d’inquiétants chevaliers et de navires anciens, évoluant dans le ciel… Pour en savoir plus sur ce projet, nous avons rencontré son auteur.

Retrouvez Fata Morgana et Michel Di Nunzio dans le 64_page #21 en prévente jusqu’au 26 janvier. Toutes les infos utile sur la page d’accueil de  www.64page.com

Gérald Hanotiaux. Question classique pour démarrer, pourrais-tu te présenter brièvement à nos lecteurs ?

Michel Di Nunzio. J’ai 64 ans, je suis marié et suis le père de deux enfants. Le dessin a représenté pour moi un moyen d’exploration formidable pour penser des projets ou mettre en place des scénarii. Je dessine depuis toujours. Ma toute première bande dessinée, réalisée à l’âge de douze ans, s’appelait Robota. Elle avait pour héros des jumeaux sans liens de parenté : déjà des clones ! Si certains de ces dessins ont disparu, j’ai cependant gardé de nombreux croquis, planches et illustrations de l’époque. Le fantastique et la science fiction restent des moteurs essentiels aux univers que je souhaite développer. Déjà adolescent, mon professeur de mathématique avait repéré mon intérêt pour le fantastique et demandé d’illustrer une histoire complète pour le journal de l’école. Il m’avait par la suite incité à poursuivre dans cette direction.

Mon parcours artistique a démarré par les arts graphiques à l’IATA, l’Institut d’enseignement des arts techniques sciences et artisanats, situé à Namur. J’ai ensuite poursuivi en intégrant l’école bien connue de Saint-Luc à Bruxelles. Bilal, Moebius, la revue Métal Hurlant, etc, ont représenté des sources d’inspirations évidentes pour moi. Aujourd’hui, c’est la véritable Science et les technologies contemporaines qui représentent des sources inépuisables d’inspiration.

Professionnellement, je travaille actuellement dans une ASBL à vocation sociale et touristique, grande consommatrice d’illustrations diverses. Celles-ci sont didactiques et graphiques, mais sont également accompagnées de demandes plus personnelles, ce qui peut aller de la caricature aux illustrations « à la manière de »… South Park, par exemple. Tout cela passe par diverses techniques qui m’ont façonné, mais aussi dispersé.

J’ai également entrepris une carrière de sculpteur artiste plasticien, pour laquelle le point d’orgue tient dans une sculpture publique en pierre, à La Roche-en Ardenne. Mais le virus de la bande dessinée, tout au long de mon parcours, a toujours été bien présent, il m’a toujours incité à avancer. Dès lors, depuis deux ans, j’ai repris des cours de bandes dessinées avec Philippe Cenci, à l’Académie de Châtelet, où j’ai finalement repris le fil de mes projets, passionnément, tant dans la narration que dans la colorisation.

Pour allécher nos lecteurs, pourrais-tu évoquer les pages de Fata Morgana, présentées dans notre numéro 21 ?

Fata Morgana, ce sont des reflets dans le ciel, dus à la réverbération. On y aperçoit des bateaux volants, et parfois d’extraordinaires cités flottantes… Il n’en fallait pas plus pour y suggérer une vie, comme une faille vers un autre univers. Par cette histoire, je désire entrer dans ce monde peuplé de géants porteurs de villes, de bateaux d’époque naviguant à travers le ciel, d’hommes-arbres ou d’armées-fantômes, une espèce de répertoire classique de personnages étranges. Dans mon histoire, je désire semer le trouble, car : que se passerait-il si ce monde était réel ?

Fata Morgana © Michel Di Nunzio

Tu as fréquenté Saint-Luc à Bruxelles, dans la commune de Saint-Gilles : pourquoi cette école ? Plus largement, comment décrirais-tu l’apport éventuel d’une école dans l’apprentissage de la bande dessinée ?

Le choix de Saint-Luc s’est imposé car cette école mettait vraiment en avant son cursus en bande dessinée. J’ai à l’époque présenté mes travaux graphiques de l’IATA à Claude Renard, ce qui semble l’avoir convaincu. J’ai donc fait partie de l’aventure du 9ème rêve, dont je n’étais pas du tout un représentant idéal, haha, car beaucoup de mes soirées s’achevaient au « 75 », un autre établissement artistique, l‘École Supérieure des Arts de l’image actuelle, située à Woluwe Saint-Lambert.

L’atelier de Claude Renard développait une vitalité formidable, on y multipliait les expériences graphiques. Je dois avouer que j’en ai quelque peu « souffert », car j’étais plus monolithique dans mes travaux, à la recherche d’une cohérence graphique, avec un style encore très labile… Tiens, voilà un quasi anagramme de Bilal, une de mes références ! Nous étions à l’époque de l’album Les yeux du chat de Moebius, un choc esthétique terrible qui, en outre, indiquait clairement le chemin encore à parcourir pour atteindre une telle cohérence graphique.

Petite anecdote à ce sujet, j’ai eu l’occasion de « rencontrer » Moebius en personne à Angoulême, pour un tête à tête, dans le cadre de l’atelier du 9eme rêve. Il sortait d’un groupe de fans, pour se diriger vers un autre – d’un vaisseau spatial à l’autre – et je l’ai intercepté avec mes petites feuilles de bandes dessinées… À la question « que faut il faire pour avancer ? », très attentionné durant quelques looongues secondes, il a répondu : « ha ouais, pas mal, ouais… Le travail, juste le travail ! » La clef de Moebius !

Bref, cette école a été une expérience totale, en plus de jouer le rôle d’« agitateur d’idée ». Pour l’époque elle a clairement eu un rôle avant-gardiste, un rôle que, me semble-t-il, elle a toujours pu conserver. Selon moi, pour l’apprentissage de la bande dessinée, hier comme aujourd’hui, l’apport d’un professeur dans un cadre scolaire est vital. À la fois pour les codes à intégrer, mais également pour parallèlement les dépasser. L’enseignement joue le rôle – je ne connaissais pas le terme – de script doctor, c’est à dire de technicien pour détecter les failles graphiques. On peut apprendre dans ce cadre à manier le travail de storyboardeur, pour le découpage, de graphiste et d’artiste plasticien, lors des sorties d’impressions, ainsi que la gestion de la communication en réseaux, un rôle assez difficile.

Games of drones – ©Michel Di Nunzio

Tncien « virus de la bande dessinée », comme tu le signales, resté présent en toi. A-t-il évolué, ce virus, s’est-il nourri durant ton parcours, notamment au contact d’autres disciplines artistiques ?

Évolué ? Très certainement, enfin je l’espère, haha… Aujourd’hui, je désirerais « rajeunir » le trait et épurer mon graphisme. Je ne suis pas nostalgique, même si je garde tout, je dois avoir chez moi une centaine de pages d’histoires inédites… Continuer à dessiner m’a permis de garder intacte ma frustration de ne pas faire naître ces univers, car la vie vous rattrape vite, il faut pouvoir assurer le quotidien… Lors d’espèces de flash backs, je retrouvais mes planches, et je comprenais qu’il s’agissait de sentiers motivants dont je m’étais éloigné trop rapidement… Avec l’envie de replonger. D’autres éléments font en sorte de rebooster mes profondes envies de raconter : le retour de grandes saga de science-fiction sur les grands écrans, des remakes de Blade Runner, Dune, la vision de grands classiques comme 2001 l’Oddyssée de l’espace, ou encore le cinéma contemporain dans ce genre, avec les Contact, Interstellar, Inception, Mad Max furiosa, en tournage actuellement… Tout cela est très motivant.

J’ai eu l’occasion de participer à un projet, avec une nouvelle génération de rôlistes, des héritiers de Lovecraft, sur le mode « scénariste cherche dessinateur ». Dans les jeux de rôles, les participants sont en général grands amateurs de fantastique-policier et de space-opera. Le projet dont je parle a duré deux ans, par échange d’illustrations et de composition, tout cela sans se voir, par internet… Ça a été une extraordinaire aventure. Et une surprise lorsque nous nous sommes retrouvés sur le front pour réaliser un recueil de cinq scénarii, illustrés par cinq dessinateurs, dont votre serviteur. Au passage, un petit clin d’oeil à un illustrateur de la profession – de Menton – qui a participé à ce premier recueil et qui cartonne en ce moment (il récolte Award sur Award), je l’apprécie énormément et j’espère qu’il ne m’en voudra pas de le mentionner : big kiss à toi Oliver San !

Games of drones – © Michel Di Nunzio

En participant à ce projet intitulé Démiurges en Herbes, édités par Forgesonges – en compagnie de Bastien Wauthoz – j’ai vécu un « retour graphique » incroyable ! Tout s’est passé comme si tout était resté tel quel dans mon crayon, c’est sorti tout seul, tout ce monde fabuleux… Nous étions face à du néolithique revisité par les Maoris aux XVIème siècle, face à l’Époque des Lumières réinventée. Très franchement, pour moi Démiurges en herbe – Masques Tombes d’Olinmar représente une expérience graphique intense, inoubliable.

Parallèlement au dessin, j’y ai ressenti la nécessité de réaliser des éléments de cet univers en 3D, je créais alors mes personnages en céramiques. L’idée était de les utiliser pour les jeux d’ombres et de lumières. Une galerie m’a proposé à l’époque de les exposer, et ça a eu son petit succès… Depuis de nombreuses années, j’expose régulièrement mes œuvres, souvent décrites comme inspirées par la bande dessinée. J’ai dans ce cadre pu remporter le premier prix des arts plastiques à Antoing, en 1996, dont le président du jury était… Plantu ! Un dessinateur… Un hasard ? Mes liens avec la bande dessinée se rappelaient à nouveau à mes bons souvenirs… Mes activités de sculpteur m’ont plus tard amené à la réalisation d’une sculpture publique de trois mètres de haut, appelée Tenebryon. Tout cela s’est mis en place et entrecroisé au fil de rencontres, cela s’est agencé presque naturellement…

Désormais, je pratique également la photographie, une nouvelle activité à ajouter au reste… Les images se multiplient donc, à la fois pour le côté documentation, mais aussi pour le côté esthétique, ça oblige à affiner le regard et ça me conduit vers d’étranges traverses où mes dernières productions consistent en des portraits imprimés sur plusieurs couches de papier transparent rétroéclairées, ou encore à un projet de travail autour des tags présents sur les vitres de trains. Dans ma vision des choses, aussi, chaque discipline pourrait peut-être s’intégrer dans un récit…

Tu évoques la science-fiction comme source d’inspiration du passé, en regard de la science et de la technologie actuelles, est-ce à dire que les « visions » des auteurs du passé sont en passe de devenir réalité ? Est-il plus difficile aujourd’hui de trouver de l’inspiration pour de la science-fiction ?

Les grands dessinateurs sont les catalyseurs des mondes à venir, capables de se projeter vers des utopies plausibles. Ce n’est pas par hasard, après tout, que l’armée française à sollicité des auteurs de fiction à ce sujet (voir le site redteamdefense.org) Chaque dessinateur se veut visionnaire, et à n’en pas douter ces mondes de science-fiction ne sont désormais plus si éloignés de nous. Il est indéniable que, depuis de nombreuses années, certains auteurs du passé ont été des précurseurs, tant le monde contemporain commence à ressembler à leurs univers. Pour reprendre une de mes références, nous pourrions presque bientôt, allez… Tenir le discours du « Répliquant » Rutger Hauer, issu du film de Ridley Scott Blade Runner : « J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez imaginer… Des navires de guerre en feu, surgissant de l’épaule d’Orion… J’ai vu des rayons C briller dans l’obscurité, près de la Porte de Tannhäuser… Tous ces moments se perdront dans le temps… comme… Les larmes dans la pluie… Il est temps de mourir. » Si l’on pense aux voyages dans l’espace d‘Elon Musk, on peut voir sa société, Space X, comme tout droit sortie des films d’animations des années 50. Si l’on pense aussi, par exemple, à la couverture de Valérian par Mézières, présentant les inondations de New York dans La Cité des eaux mouvantes, on se dit que ce type d’auteurs avaient une bien belle longueur d’avance.

Pour ma modeste petite part, j’ai en stock des illustrations visionnaires d’hier, qui ressemblent à quelques machines volantes d’aujourd’hui… Cela fait rire mes enfants c’est déjà ça, haha. Je suis assez fan des films de fiction actuels, qui démarrent sur un postulat simple, développé ensuite tout au long du film, tels qu’Elysium par exemple, ou Bienvenue à Gattaca, ou encore et surtout le très flamboyant Inception, dont la structure narrative me plaît énormément. Le postulat de départ, comme nous le signale une célèbre encyclopédie en ligne, est que « dans un futur proche, les États-Unis ont développé ce qui est appelé le « rêve partagé », une méthode permettant d’influencer l’inconscient d’une victime pendant qu’elle rêve, donc à partir de son subconscient. Des « extracteurs » s’immiscent alors dans ce rêve, qu’ils ont préalablement modelé et qu’ils peuvent contrôler, afin d’y voler des informations sensibles stockées dans le subconscient de la cible ». C’est très excitant.

Plus pratiquement, mon inspiration personnelle, je la puise dans des questions qu’on peut se poser dans le quotidien, dans une situation pratique : « Tiens, et si on en venait à pouvoir faire ceci… » Je pense qu’il reste toujours des zones floues, des continents inexplorés… Imaginer transférer nos consciences sur des puces électroniques n’est par exemple une idée plus si absurde depuis quelques temps. Cette simple phrase précédente ouvre des champs infinis sur de possibles scenarii, en jouant sur des éléments fondamentaux tels que la mémoire, la conscience, l’inconscient, etc. La Science d’aujourd’hui est déjà dans une optique de futur, qui peut aller très loin… Cela me passionne, en effet.

Aujourd’hui, par exemple, la Science parle de cristaux temporels ! Toujours dans notre célèbre encyclopédie en ligne, c’est décrit comme ceci : « L’idée d’une telle structure a été proposée par Frank Wilczek en 2012. Selon ce dernier, il est possible de concevoir une structure composée d’un groupe de particules se déplaçant et retournant périodiquement à leur état d’origine, qui formeraient un ‘cristal temporel’. L’expression est forgée à partir de ce qui est observé dans un cristal ‘classique’, dont la structure atomique montre une répétition d’un motif dans les différentes directions de l’espace. Dans un cristal temporel, en revanche, la répétition du motif se fait de manière périodique dans le temps, à la manière d’un oscillateur ». Intéressant, non ? Je pense que la bande dessinée est sur le coup également, pour détecter des failles jouant au coude à coude avec la réalité. D’une certaine manière c’est ce que, modestement, j’essaie de faire avec Fata Morgana.

Comment en es-tu arrivé à envoyer un extrait de cette histoire à 64_pages ?

L’idée est arrivée à l’académie de Châtelet. Le professeur, Philippe Cenci, m’a un jour parlé de l’existence de 64_page, de son niveau graphique et de la qualité de son contenu. À ce moment-là, Fata Morgana était en cours de réalisation, sans aucune idée de sa destination future. J’ai donc imaginé envoyer le projet, pour avoir un avis. Cela m’a fait un réel plaisir d’avoir ce retour de 64_page, avec la proposition d’en publier des pages, je ne m’y attendais pas du tout… Cette bande dessinée fait suite à deux autres histoires courtes précédentes, un peu « old school », ici elle me semblait plus ample et ambitieuse graphiquement, réalisée sur un mode onirique avec comme éléments la conscience, la mémoire et la réalité d’aujourd’hui. Placer une énorme énergie au profit d’une histoire sur l’illusion, en fermant la parenthèse sur le monde d’aujourd’hui, je ne l’avais jamais fais auparavant… C’était trop jubilatoire. Paradoxalement, ça me libérait de quelque chose. Une illusion qui rime avec libération… Là aussi, sans me dévoiler, cela rejoint un grand rêve que je nourrissais.

Dans les pages du numéro 21, outre tes planches et beaucoup d’autres choses, nous publions une interview du scénariste Zidrou. Il nous parle de l’importance pour un auteur ou un dessinateur de voir son travail publié, de le rendre en quelque sorte concret en le tenant en main. Que t’inspirent ces propos ?

Bien entendu, de fait, il s’agit bien d’un certain aboutissement d’un parcours. Le monde pensé et élaboré longuement, poursuit alors son existence à travers d’autres regards. Pour ma part, aussi modeste soit-il, voir son projet finalisé à travers une publication est incontestablement savoureux. Tout le sel de mon récit résidera dans la force de mes personnages. À la lecture, les personnages de François Bourgeon ont, par exemple, une existence réelle à mes yeux. C’est absolument incroyable, de même avec Hugo Pratt ou bien d’autres, impossible de tous les citer. J’aimerais beaucoup détenir cette capacité à rendre mes personnages crédibles.

Tu évoquais la revue Métal Hurlant, à l’époque de celle-ci des journaux et revues existaient en grand nombre pour pré-publier les travaux des auteurs, leur permette de « faire leurs armes », à leur rythme. Penses-tu que cela manque aujourd’hui ?

A l’époque, le concept de la revue Métal Hurlant est né de la volonté de dessinateurs confirmés en manque d’espace nouveau pour mettre au monde leurs univers, de les ouvrir et les proposer à d’autres générations. Il s’agissait aussi d’une révolution graphique et artistique, au même titre que d’autres mouvements innovants dans leur époque et leur contexte, les dadaïstes, par exemple, ou beaucoup d’autres. L’époque était marquée par une certaine effervescence, tout semblait possible ! Des éditeurs « marginaux », passionnés, prenaient des risques… Je pense par exemple pour ma part aux éditions Michel Deligne qui, à l’époque, m’avaient donné une opportunité de publication dans leur revue Spatial, ainsi qu’à bien d’autres jeunes dessinateurs…

Que cela manque, oui et non, je dirais… Je ne sais pas trop. Disons surtout que le contexte à bien évolué, aujourd’hui il y a mille manières d’exister. Et de belles histoires – via le crowdfunding par exemple – naissent parfois grâce aux réseaux entre dessinateurs et éditeurs. Cela dit, l’édition « papier » reste tout de même le must ! D’ailleurs, pour boucler la boucle, le web nous signale en ce moment le retour de… Métal Hurlant, grâce à un crowdfunding réussi. Pour les nostalgiques et les acteurs de l’époque toujours parmi nous, cela pourrait sonner comme « le retour des Beatles » ! Mais pour la nouvelle génération, si je regarde la production actuelle des Humanoïdes Associés, je trouve que ça déménage pas mal, je préfère ça à la nostalgie.

Pour se faire connaître, l’école aussi joue son rôle de catalyseur entre réseaux intermédiaires, pour soutenir la création et la recherche graphique. C’est aussi grâce à elle – et surtout à Philippe Cenci – que j’ai le plaisir d’intégrer 64_page ! Il existe aussi aujourd’hui le concours Raymond Leblanc, qui joue un rôle de promoteur de la nouvelle création. Bref, j’ai l’impression que, quelque part, il y a encore plus d’opportunités aujourd’hui qu’hier, internet jouant un rôle d’ amplificateur.

Cela étant dit, à un niveau plus local, je m’aperçois aujourd’hui que lorsqu’on sort du cadre, ça peut être très difficile. Des collectifs artistiques se créent et disparaissent, malgré des expériences graphiques formidables, des productions sympathiques et des expositions qui méritaient d’être soutenues… La sauce ne prend parfois pas malgré d’indéniables qualités. Il doit y avoir des lacunes au niveau du soutien public. Les pouvoirs subsidiants devraient faire preuve d’une plus grande réactivité pour soutenir ces initiatives, pour que ces artistes puissent plus facilement être financés pour et par leurs productions. Dans certains cas, il y a un réel no man’s land, il faut améliorer les soutiens.

Games of drones – ©Michel Di Nunzio

Un petit mot sur tes techniques graphiques ?

Aujourd’hui je maîtrise mieux la chaîne graphique, la colorisation Photoshop, alors qu’il y a à peine deux ans c’était le désert… Je ne savais par exemple pas comment ajouter des calques, etc. Hé oui, je dessine encore à l’ancienne, à l’encre sur du papier. Je crayonne beaucoup, sur base de mon premier canevas de scenario, ensuite je procède au découpage. Je dessine au pinceau et je « griffonne » la page, je la colorie au café (!), j’adore ça pour percevoir la profondeur et les contrastes. On me dit parfois que mes pages issues de cette étape sont meilleures qu’avec mon encrage final… Ensuite je regriffonne par-dessus et quand tout me paraît bon, je scanne et j’imprime en bleu sur un format A3. L’image est alors assez structurée, et je peux encore improviser. C’est un peu comme de la cuisine, mais bon… Parfois ça marche de suite, parfois je dérive au niveau de l’encrage et du découpage. Je reconnais que je n’hésite plus à refaire et recomposer une planche qui me paraîtrait moins agréable, et ce jusqu’à l’étape du coloriage photoshop : là aussi, si un tracé « bouche » un peu, je peux encore modifier et estomper le trait. Cela m’est encore arrivé sur une histoire récente.

Comment envisages-tu tes projets futurs dans la bande dessinées ? Quelles sont tes envies ?

J’ai sous le coude une série d’histoires courtes, une petite vingtaine sont prêtes à être storyboardée. Alors : script doctor bienvenu ! Je n’ai pas d’album à mon actif, mon rêve est donc le même que toute nouvelle recrue en bande dessinée, en publier un. La suite de Fata Morgana, j’y travaille. Je vois ce projet comme une sorte de grand œuvre personnel, auquel travailler en créant simultanément des sculptures en lien avec cet univers, pour faire une chouette exposition au moment de la parution du livre… Albums et sculptures, ça serait vraiment le top. Appel :éditeurs bienvenus ! 

Avant de nous quitter, quelque chose à ajouter ?

Tout d’abord, un tout grand merci à 64_page de me donner cette occasion de montrer mon travail, de m’exprimer. Et puis, un message à tous les créateurs d’univers et de mondes fantastiques, aux dessinateurs, en herbe ou pas : persévérez et continuez à me – nous-  faire rêver ! Terminons par un proverbe : « Le meilleur compagnon pour passer le temps est un livre ». Je ne connais pas son auteur, mais j’espère qu’un jour, ce temps, vous le passerez avec moi…

Merci Michel !

Vous pouvez voir certains travaux évoqués ici sur :

http://micheldinunzio.eklablog.com/


Aurélien FRANÇOIS – Night Club 

Interview Gérald Hanotiaux

 

Aurélien FRANÇOIS

Au début du numéro 21 de 64_page, nos lecteurs trouverons un étrange ballet de planètes, accompagné de dialogues de boîtes de nuit. L’auteur de cette chorégraphie, Aurélien François, nous parle de cette bande dessinée, de sa genèse, et de bien d’autres choses encore…

Gérald Hanotiaux : Pour démarrer cette rencontre, pourrais-tu présenter brièvement à nos lecteurs ton parcours de dessinateur jusqu’à aujourd’hui ?

Aurélien François. J’ai 28 ans et, pour faire court, je suis l’un des nombreux français venu squatter la Belgique pour y faire de la bande dessinée, haha. C’est sans doute un cliché, mais depuis que je suis enfant j’ai envie de faire de la bande dessinée, vraiment… Pour poursuivre ma passion du dessin, j’ai entamé dès le secondaire des études artistiques en France. J’ai fait une formation de « Dessinateur Maquettiste Art Graphique », suivi par un BTS (bac2) en Communication visuelle.

Après un an à travailler pour gagner de l’argent, j’ai repris des cours de modèle vivant avec « Paris Atelier », parallèlement à mon travail. La responsable de cet atelier m’a conseillé de partir en Belgique, en me parlant de l’institut Saint-Luc et de l’École de recherche graphique (ERG), toutes deux situées à Saint-Gilles. J’ai donc terminé le master en Narration – option BD – à l’ERG, il y a un an, en imprimant six exemplaires de ma bande dessinée Lucie(s) (56 pages). Je poursuis aujourd’hui mes études avec l’AESS, l’agrégation de l’enseignement secondaire supérieur. En outre, parallèlement à mon master, j’ai commencé les cours du soir en bande dessinée à l’académie de Watermael-Boitsfort.

Extrait de la planche une de Night Club

Pourrais-tu présenter Night Club, l’histoire en trois pages présente dans notre numéro 21 ?

Night Club est issue de la création avortée d’un fanzine. Il fallait y réaliser un récit de deux ou trois pages maximum, sur le thème « Les planètes sont alignées ». Cela tombait bien, car je porte également un grand intérêt pour les sciences, dont l’espace et l’astronomie. Quand je crée Night Club, je sors du bac3 narration de l’ERG où, pour le bien d’un récit, j’avais précisément rencontré un astrophysicien. J’avais alors encore en tête nos rencontres parsemées de nombreuses explications mathématiques très complexes. L’espace est me semble-t-il très inspirant pour la création de récits, car nous faisons face à de grandes parts d’inconnu, cela laisse beaucoup de place à l’imagination… Voilà le contexte dans lequel est née Night Club.

Au sujet plus précisément de l’histoire en elle-même, je ne voulais pas ici quelque chose de compliqué comme mes récits plus longs… J’aime lire et créer des récits simples, amenant un rire ou un petit sourire. J’ai aussi un côté clown, j’aime faire rire mes amies et amis, même si mes blagues sont souvent mauvaises, hum… Dans ce cadre, le court récit Night Club parle simplement des retrouvailles des planètes qui composent notre système solaire, avec une touche d’humour.

Concernant ton parcours, une responsable d’atelier te conseille donc à Paris de venir rejoindre Bruxelles… Dans notre époque, avec l’évolution de la bande dessinée de ces dernières – disons – décennies, penses-tu que Bruxelles est toujours une référence pour la bande dessinée ? Quels étaient ses critères pour te conseiller Bruxelles ?

J’avoue ne pas connaître avec beaucoup de précision l’origine de ce conseil. Pour essayer de répondre à cette question, je devrais développer deux éléments. D’abord, je pense qu’aujourd’hui, avec l’influence du manga, Bruxelles et la Belgique ont peut-être perdu un peu d’attrait à ce niveau. La preuve, dans mon parcours, est que j’ai moi-même commencé la bande dessinée par le manga. Dans le magasin de fourniture de matériel artistique dans lequel je travaille actuellement, je dois en outre bien constater que les jeunes dessinateurs de bande dessinée évoquent le plus souvent le manga.

 

Ensuite, le deuxième élément concerne plus précisément mon vécu personnel. Comme je l’ai évoqué, je désire me lancer dans la bande dessinée depuis longtemps. J’ai donc cherché des écoles proches de chez moi, c’est à dire proches de Paris. Les écoles proposant des cours de bande dessinée sont très demandées, pour peu de places. En moyenne, il y a plus de 2.000 candidats pour 20 places, pour un enseignement très cher puisque la plupart sont des écoles privées. Nous parlons, je pense, d’environ 5.000 euros par an pour suivre ces cours.

Au-delà de ces éléments, je ne pense cependant pas que la Belgique et son rapport à la bande dessinée soient globalement sur le déclin… L’argument de la responsable d’atelier était tout de même qu’il n’y a pas mieux que la Belgique pour la bande dessinée. Je l’entends encore régulièrement aujourd’hui de la part d’amis, de clients, de professeurs, etc. La bande dessinée se renouvelle constamment, cela en fait un médium difficile à abattre !

Saint-Gilles et ses écoles de dessin ont connu les pas de nombreux belges devenus des classiques, à commencer par André Franquin (et plus tard de nombreux autres dont François Schuiten, Bernard Hislaire, Frank Pé, Andreas, Guy Peelaert, Philippe Foerster et, même… Benoît Poelvoorde). Que ressens-tu en foulant les mêmes espaces que ces illustres prédécesseurs… ?

J’ai surtout fréquenté l’ERG. Mes quelques cours à Saint-Luc étaient dû à mon temps libre et aux liens entre les deux écoles. Dans ce parcours, en côtoyant des étudiants en bande dessinée de Saint-Luc, qui sont aujourd’hui des amies et des amis, j’ai bien mesuré cette renommée liée à l’accueil de ces futurs grands noms, mais je ne ressens pas de « pression » en marchant dans les couloirs… En réalité, à Saint-Luc on retrouve un pan plus classique de la bande dessinée, tandis qu’à l’ERG nous sommes face à un pan pluridisciplinaire et plus expérimental.

De manière plus générale, que dirais-tu du passage par une école pour appréhender le métier de dessinateur de bande dessinée ? Dans toutes les dimensions de cet enseignement, qu’en retiens-tu surtout comme acquis ?

Pour moi, le passage dans une école est utile. Ce que j’entends par le mot « école », c’est Saint-Luc et l’ERG en cours du jour, mais aussi les académies dispensant des cours du soir. Contrairement à une idée répandue, la bande dessinée n’est en fin de compte pas un métier si solitaire… Ce que ces écoles m’ont surtout apporté est un nouveau point de vue sur la bande dessinée, une amélioration de mon dessin et de ma narration, ainsi qu’un réseau d’amis et de professionnels. J’ai beaucoup acquis grâce à l’ERG et aux cours du soir de l’Académie de Boitsfort. J’ai appris à construire une histoire, à la mettre en scène, à finaliser mon récit. J’ai réellement acquis une réflexion et une pratique de la bande dessinée.

Avec les auteurs qui arrivent vers 64_page, nous évoquons souvent l’état de l’édition en bande dessinée. Comment imagines-tu les possibilités, aujourd’hui, de pouvoir vivre de ses travaux en bande dessinée ?

Je suis plutôt réaliste de ce coté-là. Je sais qu’un auteur-dessinateur gagne peu et qu’il est difficile d’en vivre pleinement. Je me suis donc armé dans l’optique de réaliser mes bandes dessinées tout en travaillant à coté, avec un salaire plus stable, pour financer mes projets en quelque sorte. C’est l’une des raisons qui me pousse à passer l’agrégation d’enseignement secondaire.

Après la mort (Aurélien François)

 

Dans notre numéro 21 figure une interview du scénariste Zidrou : il évoque l’importance, dans un parcours de jeune auteur, de voir ses premiers travaux publiés, de pouvoir tenir des pages imprimées en main pour concrétiser le processus… Que penses-tu de ces propos ?

Mes années d’études à l’ERG ont placé mes travaux dans les mains de professeurs, également auteurs-dessinateurs publiés et confirmés, ainsi que dans celles d’éditeurs… Ils ont pu lire mes bandes dessinées et donner leur avis. C’est pareil pour l’avis de mes camarades, à mes yeux également des auteurs-dessinateurs. De plus, les jurys de fin d’année m’ont permis de rencontrer encore d’autres professionnels, qui n’avaient jamais vu mes projets. Globalement, je pense avoir pu bénéficier d’intéressants retours de la part de personnes de référence. Cependant, sans avoir encore lu l’interview de Zidrou, je peux dire ceci : en effet, il est important pour un jeune auteur-dessinateur de tenir son travail publié, d’avoir un objet physique en main. Bien entendu, ce n’est pas la même sensation d’avoir une histoire courte publiée dans 64_page que de tenir son propre album solo entre les mains… Mais dans les deux cas, le plaisir et l’excitation sont au rendez-vous.

Comment faire son trou aujourd’hui ? Faut-il être patient ? Inventif ? Motivé ? Très motivé ?

Question difficile. Un peu de tout ça, je dirais… J’y ajouterais aussi de la chance, haha. Il faut faire tout ce qu’on peut, ne pas hésiter à proposer des projets à des maisons d’éditions, s’auto-éditer, participer à des collectifs, faire du fanzine et des salons pour montrer ce qu’on fait. En fin de compte : être sur le front et se servir ou s’aider de ce qu’on peut pour avancer, petit à petit, dans ce monde… Tout cela étant déclaré en sachant que j’ai du mal à faire tout ce que j’énonce ici, hum…

Tu as évoqué Lucie(s), un travail présenté en fin de parcours d’étudiant, pourrais-tu nous présenter cette création ?

Comme je l’évoquais plus haut, mes récits courts sont souvent humoristiques, les plus longs bénéficiant d’un ton plus sérieux, et peut-être plus réaliste dans le dessin. Ici, l’histoire est plus complexe, Lucie(s) parle de l’influence – bonne ou mauvaise – que nous avons les uns sur les autres. Lors d’une expérience visant à prouver l’existence de mondes parallèles, une IEM (Impulsion Électromagnétique) se propage au sein d’un laboratoire. Lucie, présente lors de l’expérience, commence à se comporter plutôt bizarrement… En conséquence, sa compagne et son entourage sont désemparés. Notre héroïne se retrouve en fait fortement connectée aux « elles » des mondes parallèles. Chaque « Lucie » de ces mondes, avec son propre vécu et son propre caractère, a un impact sur la vie de notre Lucie.

Que pourrais-tu dire au sujet de ton style de dessin, et de la ou les techniques utilisées ?

Mon style graphique est plutôt réaliste, mais j’essaye de m’adapter au type de récit mis en chantier. Selon moi, une bonne bande dessinée tient dans l’harmonie entre le dessin et l’histoire. Si l’histoire et le dessin ne correspondent pas, je ne vais pas accrocher et la lecture me sera laborieuse. Dans cette logique, j’essaie donc de légèrement changer mon style selon ce que je veux raconter (noir et blanc, couleur, dessin, avec contour ou sans contour, aplat, lavis, numérique, etc). Cependant, le plus souvent je pratique une technique au pinceau (lavis, aquarelle, encre de chine,…), ce qui n’est pas nécessairement le plus évident, car j’ai une légère tendance au perfectionnisme et cet outil me fait souvent réaliser des petites erreurs de manipulation…

Quels artistes citerais-tu parmi tes influences ?

Question difficile, à nouveau. Ça dépend des périodes et des récits. Si je veux un récit en contraste de noir et blanc, par exemple, je vais aller chercher vers Frank Miller, Charles Burns ou Gérard Goffaux. Si je veux quelque chose de coloré, j’irai plutôt vers Lorenzo Mattotti, Mathieu Bablet ou Tillie Walden, par exemple. Ça dépend vraiment de mes découvertes et de mes envies. Et puis, mes amies et amis auteurs-dessinateurs m’influencent également beaucoup. Les échanges avec eux me motivent, m’inspirent, et me poussent en avant !

Quels sont tes projets futurs en bande dessinée ?

J’aimerais reprendre les deux bandes dessinées de mon master et les retravailler pour en faire des One Shot plus longs, et surtout mieux écrits. Je travaille aussi sur la mise en page d’un fanzine inspiré du Inktober 2019. Il s’agit d’un challenge destiné aux artistes, qui se résume en quatre règles simples : faire un dessin à l’encre (d’où le nom « ink » = encre et « tober » de october), le poster sur un réseau social, ajouter le hashtag #inktober et #inktober2019 et enfin répéter l’opération tous les jours pendant le mois d’octobre.

Il y a un an, j’ai également commencé un nouveau récit sur l’histoire d’une petite fille réservée, et je réfléchis aussi à la création de nouveaux récits plus ou moins longs. J’aimerais raconter mon expérience comme éboueur en région parisienne, par exemple… Plein d’idées mais trop peu de temps pour les réaliser en ce moment. Et puis hors bande dessinée, j’aimerais reprendre ma pratique de la gravure (lino, bois, métal) et commencer d’autres formations touchant de près ou de loin à la bande dessinée.

Merci Aurélien !

Vous pouvez voir le travail d’Aurélien sur :

Instagram: fr.aurelien

Web: https://faurelien93.wixsite.com/aurelien-francois

 

 


Les auteur.e.s de demain publié.e.s dans le 64_page #20

Marine BERNARD – Poursuite

Interview Gérald Hanotiaux

Marine BERNARD

Pour en savoir un peu plus sur son travail, nous partons à la rencontre de l’autrice de douze planches de toute beauté – dansantes et colorées – présentées dans le numéro 20 de 64_page. Son nom ? Marine Bernard. Le titre de sa bande dessinée ? Poursuite. Pour vous, en direct de Namur, quelques éléments biographiques…

Gérald Hanotiaux. Pourrais-tu te présenter pour nos lecteurs, notamment en regard de ton parcours de dessinatrice ?

Marine Bernard. J’ai vingt-six ans et j’ai étudié l’illustration à l’École Supérieure des Arts (ESA) Saint-Luc de Bruxelles. Après un travail de fin d’études sur les femmes à barbe, je continue à explorer des thématiques liées au corps, au genre, aux relations, le tout marqué par un dynamisme joyeux. Entre autres travaux, j’ai réalisé des illustrations pour la Fédération des Centres Pluralistes de Planning Familial et la revue Philéas & Autobule.

Actuellement, je suis des cours de bande-dessinée à l’Académie des Beaux-Arts de Namur. Cela me permet de continuer à apprendre, notamment en narration, et de conserver un espace de liberté et d’amusement dans le dessin. À côté de cela, j’anime des ateliers artistiques dans une école spécialisée.

Poursuite © Marine BERNARD

G H : Dans notre numéro 20 tu proposes un travail de douze pages chatoyantes. Comment présenterais-tu cette histoire à ses futurs lecteurs ?

M B : Un jeune prêtre austère part à la recherche de trois religieuses âgées, enfuies du couvent. Il se trouve confronté à leurs étranges célébrations, à leurs corps dansants et à leur vieillesse en liesse. Cela ne parle pas de religion mais plutôt de regard, de rencontre et de joie, avec une grande place laissée à la nature et aux sensations.

G H : Un sentiment émerge lors de la lecture : tes pages peuvent être vues comme un plaidoyer à la liberté. Ces pages sont-elles récentes ? Car dans le contexte difficile que nous vivons, on peut ressentir à leur lecture des envies de libération, notamment en voyant les personnages danser et… se toucher !

M B : Que cette impression ressorte de la lecture, j’en suis ravie ! Oui, tout à fait, le récit part, je pense, d’images qui me manquent. J’ai intégré des normes (de genre, de beauté, de réussite sociale…) qui contraignent les corps, parfois au détriment des ressentis et émotions. En contre-pied est née l’envie de mettre en scène des femmes vieilles et désirantes qui, simplement, célèbrent la vie en elles et autour. Se sentir libre dans son corps, changer son regard… Ces thèmes me tiennent à cœur.

J’ai dessiné cette histoire au printemps dernier. Elle n’a pas été pensée en réaction à la situation sanitaire, où les enjeux sont plus complexes que la liberté individuelle, mais en effet, cela m’a fait beaucoup de bien d’y travailler à cette période. Le mélange entre l’ivresse de la saison et les restrictions a certainement contribué à l’énergie déployée pour ce projet.

G H : Pourrais-tu décrire le style graphique choisi pour ces pages ?

M B : Je l’ai voulu dynamique, expressif. La lumière et les couleurs sont posées par touches, à l’aquarelle et au crayon de couleur. L’ambiance est changeante, comme le regard du personnage principal sur ce qui l’entoure. J’ai tenté de garder un dessin spontané, au service des impressions plutôt que de la précision.

G H : La spontanéité que tu exprimes sur ton trait rejoint les impressions de liberté. Ton trait et ton style évoluent-ils en fonction du type de scénario, des faits évoqués dans l’histoire ou, même, des émotions à transmettre ?

M B : Une part de ma manière de dessiner est en constante évolution. Je choisis une technique et pose certains choix graphiques en fonction de l’histoire. Ici, par exemple, travailler avec autant de couleurs représentait une première pour moi. D’habitude, j’utilise des gammes plus restreintes, avec plus d’aplats. Aussi, je continue à apprendre, bien entendu… Par contre, le trait spontané et le mouvement reviennent souvent dans mes dessins, tout comme dans les thématiques traitées.

G H : Pourrais-je te demander quels auteurs et autrices tu citerais parmi tes influences majeures ?

M B : Il est compliqué de choisir, car il y a en a beaucoup, et chacun pour des raisons différentes… Au moment de dessiner cette histoire-ci, j’ai aimé regarder les œuvres de Charlotte Salomon et d’Alechinsky.

G H : Tes réponses, nous l’avons évoqué, font penser à un style en évolution permanente en fonction de ton état d’esprit, il serait donc également susceptible d’embrasser des influences diverses selon les périodes ? Pourrais-tu développer cet aspect ? 

M B : En commençant un projet, il y a souvent une excitation liée à la découverte. J’aime collecter des photos, des couleurs, des œuvres, m’imprégner de tout cela et essayer de nouvelles choses pour aller vers ce que j’ai envie de transmettre. Varier me permet également de renouveler ma manière de regarder. Cela peut aussi signifier changer de technique, de format… Tout cela redynamise le processus. Par exemple, après avoir fini Poursuite, j’avais très envie de sobriété. Cela dit, bien évidemment certaines affinités graphiques se maintiennent d’un projet à l’autre.

G H : Tu as fréquenté des écoles d’art, comment décrirais-tu le rôle d’une école dans un apprentissage artistique ? Y a-t-il une forme d’émulation au contact des étudiants et de leurs manières de travailler, d’avancer dans leurs recherches ? En outre, aujourd’hui tu donnes des cours de dessin, même s’ils se déroulent dans le cadre particulier d’une école secondaire pour des élèves porteurs de handicap, y a-t-il aussi une forme de « retour » d’expérience sur ton propre travail ?

M B : Le rôle d’une école d’art est, me semble-t-il, d’apprendre aux étudiants à développer un regard personnel, en travaillant une pratique plastique placée en parallèle de la culture artistique. Il s’agit également de donner des clés de compréhension du monde culturel, pour permettre d’ensuite se positionner au sein de celui-ci. Le lien avec les acteurs culturels extérieurs a un peu manqué durant ma formation, mais les rencontres d’autres étudiants et les liens créés durant les études peuvent pallier cela. Ils permettent des partages d’expériences, des conseils pour certaines démarches et du soutien, très précieux pour la transition après l’école. Réaliser des projets communs, avoir des retours critiques et de confiance sur son travail, suivre l’évolution des autres, tout cela me permet de continuer à progresser…

En ce qui concerne mes élèves, j’apprends beaucoup à leur contact, les échanges sont riches. Ils ont des perceptions, des sensibilités, des centres d’intérêts très variés et beaucoup de choses à exprimer. Pour certains, le résultat n’est pas aussi important que le fait d’y travailler, le plaisir de réaliser. Ils y mettent une énergie assez communicative ! Et puis quand je travaille sur mes projets, je suis souvent seule. Dès lors, avoir à côté une dimension humaine autour du dessin et me confronter à d’autres manières de voir les choses, c’est très nourrissant.

G H : Pour finir, une question classique : quels sont tes projets actuels ? Travailles-tu sur de nouvelles bandes dessinées, ou éventuellement sur un projet de livre?

M B : Je travaille sur une série d’illustrations. Elles revisitent les représentations de la sexualité lesbienne, un travail lié à une recherche de mémoire collective sur la culture lesbienne au sens large, via des archives, des personnalités historiques, des œuvres réalisées par des femmes contemporaines ou du passé. Cela prend doucement la forme d’un livre. J’aimerais beaucoup revenir ensuite à la bande dessinée.

Merci Marine !

Vous pouvez voir le travail de Marine Bernard sur : https://www.facebook.com/mBDillustration/

Paul PIROTTE – Toro 

Interview Marianne Pierre

Paul PIROTTE

Marianne Pierre : Parle-nous de Toro, de sa genèse: comment t’es venue l’idée? Et peux-tu nous raconter l’histoire de Toro?

Paul Pirotte : Dans mon enfance, j’ai longtemps dessiné des héros de guerre, des chevaliers dans un monde fantastique et pas mal de monstres.

Bien plus tard, j’ai retrouvé ces dessins dans ma cave. Je me souviens qu’à l’époque, je parlais déjà de créer une bande dessinée avec des potes. Mais je ne suis jamais allé jusqu’au bout. Je trouvais que faire une belle bande dessinée prenait vraiment beaucoup de temps.

L’idée de créer cette bande dessinée est venue en mars 2020. J’ai réalisé un dessin dans lequel un guerrier chevauche un taureau et rentre dans une caverne. j’ai posté par la suite ce dessin sur les réseaux sociaux et des amis m’ont dit : « A quand la BD? ». Évidemment, le déclic s’est fait.

Aujourd’hui, j’ai une approche vraiment différente de l’image du guerrier comparé à quand j’étais gosse. Je trouvais ça plutôt chouette de reprendre mes guerriers « surpuissants » de la cave et d’y ajouter aujourd’hui un guerrier noir en quête de sens.

Toro est un personnage s’aventurant vers un point de non-retour. Vers une vie souterraine où les peurs et créatures de sous terre lui font obstacle.

TORO – ©Paul PIROTTE

M P : Quelle est la technique utilisée?

P P : Je suis un amoureux du crayon noir. Sa brutalité et les nuances du noir font écho en moi. Bien sûr, je découvre d’autres techniques comme l’encre noire, le pastel gras noir, le fusain… J’aime vraiment expérimenté toute sorte de techniques pour apporter de la profondeur àl’histoire de Toro.

M P : Comment construis-tu un scénario? Est-ce une étape difficile pour toi?

P.P. : J’ai plusieurs carnets pour écrire l’histoire de Toro. Je compose et réalise des story board avant de passer sur mes planches. En général mes idées fusent lorsque je suis sur le point de dormir. Ce qui est assez frustrant puisque je n’ai pas envie de réveiller ma compagne. Du coup, je garde mes idées jusqu’au lendemain en espérant que je ne les oublie pas.

Pour ce qui est de la deuxième question, il y a des jours où tout semble facile à raconter et d’autres pas.

M P : As-tu des inspirations en général, et en particulier pour Toro (inspirations BD)?

P.P. : Je ne m’inspire pas de bande dessinée à proprement parlé mais plus de contes, de légendes, du merveilleux. Je peux facilement regarder une oeuvre d’un artiste pour en déceler toute l’atmosphère et me créer une histoire autour.

Pour citer des noms : Pierre Dubois, J.R.R Tolkien, Jules Verne, Kentaro Miura, Kay Nielsen, Batman, John Howe, Moebius, Donnie Darko, MC Escher, le secret de Ji, L’histoire sans fin, Labyrinthe (avec David Bowie, si si, je vous jure), Dark City, … Et tant d’autres.

J’aime particulièrement les histoires sur le temps.

M P : As-tu envoyé Toro à des éditeurs?

P.P. : Oui mais sans réponse pour l’instant.

M P : Quels sont tes projets?

P.P. : J’aimerai faire éditer Toro, continuer son histoire et bien sûr dessiner encore et encore

 

Pour découvrir le travail de Paul Pirotte :

https://paulpirotte62.wixsite.com/paulpirotteart

Instagram : @paul_pirotte

 


Sandrine CRABEELS – En Animal

Interview Philippe Decloux

Sandrine

 

CRABEELSPhilippe Decloux : Dans ta petite présentation pour 64_page, tu dis que tu reviens à tes amours l’illustration narrative. Raconte-nous ton cheminement depuis ton diplôme en communication visuelle?

 Sandrine CRABEELS : Je suis sortie de l’ERG EN 1997, j’y ai étudié la bande dessinée, la première année, et suis passée au cours d’illustration avec Marianne De Grasse les suivantes. L’important pour moi était de raconter des histoires et de produire des images. Un peu plus tard j’ai proposé mon travail de fin d’études sur Carmen (opéra de Bizet) à la foire Bologne et j’ai été sélectionnée. Mais cela n’a pas débouché sur une publication alors je me suis tournée vers le graphisme pour continuer de travailler dans l’image et gagner ma vie. Après plusieurs expériences dans différents studios (j’ai notamment travaillé chez Levi’s), j’ai fondé le mien à Liège en 2004, crab’graphic, et me suis plongée dans les projets de mes clients : beaucoup d’identités, des sites web, des brochures d’entreprises, des publications pour le secteur culturel. J’ai bien sur continué à dessiner et j’ai produit pas mal d’illustrations pour mes clients.

En animal ©Sandrine Crabeels

-PH Dx : Nous avons tous, un jour ou l’autre, imaginé les personnes que nous rencontrons En animal. Tu te mets en scène dans cette courte BD bien enlevée et lumineuse. C’est une sorte de conte joyeux, les métamorphoses n’y sont pas dramatiques. D’où te vient ce récit ? Comment l’as-tu construit ? Les BD où l’auteure se met en scène sont assez rares. Pourquoi ce choix ? 

S C : J’aime beaucoup la description que tu fais de mon travail :-). Je travaille depuis déjà un an sur un long récit graphique, une aventure dans un univers onirique. Quand j’ai découvert 64_page j’ai eu envie de proposer quelque chose, mais je n’avais rien sous la main. Et puis j’ai fait ce rêve, une histoire courte bien construite, en plein dans mon univers. Je me souviens même avoir pensé, endormie, « La voilà, mon histoire! » J’ai pris ce cadeau de mon inconscient (une sorte d’écriture automatique) et je l’ai retranscrit en bd. J’ai juste inversé un passage ou l’autre pour lui donner plus de teneur.

Comme il s’agissait d’un rêve j’étais la protagoniste principale et des personnes de mon entourage tenaient les rôles secondaires. J’ai choisi de garder le rôle principal et donner d’autres noms aux personnages secondaires, mais certain·e·s se reconnaîtront peut-être, s’il·le·s lisent le 64_page !

Ph Dx : Où as-tu découvert 64_page? Quel intérêt vois-tu dans cette publication? 

S C : Sur Facebook, la page « Soutien public à la bande dessinée » relayait une info de la publication. Curieuse, j’ai découvert le site web, reconnu Olivier Grenson et Vincent Baudoux qui m’ont donné cours à l’ERG (dont j’ai gardé d’excellents souvenirs). Je me suis abonnée.

C’est extra de donner une visibilité aux jeunes auteurs, de découvrir des talents, des univers très différents, vierges des impératifs commerciaux, plus « purs ». C’est inspirant, ces découvertes.

Ph Dx : Quels sont tes projets ? Comment vois-tu ton parcours dans la BD ou/et l’illustration?

Il y a ce récit graphique sur lequel je travaille, il me faudra sans doute encore 2 ans ou plus pour aboutir. D’autant que je continue d’assurer mon travail au sein de crab’graphic.

L’an dernier j’ai sorti un outil thérapeutique, suite à une rencontre avec une psychothérapeute. C’est un outil qui existait (le jeu de l’oie systémique) ; j’ai tout redessiné et je l’ai produit pour le vendre aux thérapeutes intéressés. Ça marche plutôt bien, aussi je travaille à présent sur un nouvel outil, un jeu de carte, un « photolangage » toujours destiné aux thérapeutes. Je conçois chaque carte comme un mini-récit, toujours dans un univers onirique, le travail est validé (ou amendé) par mon amie psychothérapeute.

Ph Dx : Ton parcours est déjà bien dense et tu as un vécu comme dessinatrice, qu’aurais-tu envie de dire aux auteur.e.s plus jeunes qui font leurs premiers pas dans 64_page ?

S C : Croire en ses rêves, se donner les moyens d’y arriver et surtout, tant que possible, profiter de la route… !

Pour faire connaissance avec le travail de Sandrine :

www.crabgraphic.com

Instagram : @sandrine.crabeels

 


Corentin MICHEL  – Attraction lunaire

Interview de Gérald Hanotiaux

Dans le numéro 20 de 64_page, l’auteur rencontré aujourd’hui propose une bande de trois planches intitulée Attraction lunaire, qui nous plonge dans une ambiance de douce science-fiction… Depuis la région de Charleroi il nous livre quelques repères biographiques, agrémenté de réflexions sur le monde de la bande dessinée.

Gérald Hanotiaux. Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Corentin Michel. J’ai trente-neuf ans, j’ai deux enfants, deux garçons de neuf et onze ans, et je suis architecte. Je dessine depuis tout petit et, à l’école primaire déjà, je suivais un cours dans lequel j’ai pu expérimenter un tas de techniques de dessin et de peinture. Je dois avoir commencé mes premières bandes dessinées vers douze ans. J’ai choisi l’architecture comme discipline professionnelle, en partie pour la présence du dessin dans le travail. Après mes études, j’ai suivi les cours de bande dessinée de Philippe Cenci à l’Académie de Boitsfort, pendant un an ou deux. Ensuite j’ai décroché, je n’étais pas très régulier et mon travail a pris le dessus. Je suis resté sans faire de bande dessinée pendant quelques années, et ne dessine malheureusement plus du tout dans mon métier. Il y a trois ou quatre ans, je m’y suis remis et suis retourné aux cours de Philippe Cenci, à l’Académie de Châtelet cette fois.

Bon retour dans le monde de la BD ! Pour allécher nos lecteurs, comment présenterais-tu le travail en trois pages présent dans ce numéro, tant au niveau scénaristique qu’au niveau du style graphique adopté ?

Cette histoire en trois planches a été réalisée pour le concours Jeunes Talents d’Angoulème. Comme il s’agissait d’une histoire courte, au niveau du style c’était l’occasion de tester quelque chose de différent. Je dessine habituellement sur tablette mais je suis parti, ici, sur des planches entièrement réalisées au crayon. On peut d’ailleurs encore y voir les traits de recherche, un moyen d’obtenir un résultat au style plus « spontané »… Par la suite, je suis repassé à la tablette pour poser les couleurs. À ce sujet, je suis resté dans une gamme limitée, pour tenter d’avoir un rendu plus « contemporain », avec un contraste composé d’un mélange de turquoise et d’orange.

Attraction Lunaire ©Corentin Michel

Au niveau du scénario, l’histoire est le mélange de deux idées. L’une vient d’un article sur des architectes travaillant déjà sur de futures bases lunaires, l’autre repose sur un reportage racontant l’histoire d’un type du fin fond des Etats-Unis, dont la vie entière a été habitée par la construction d’appareils pour communiquer avec l’espace. J’ai pensé au personnage, assez classique, du savant fou vivant dans une base spatiale pour y préparer des plans machiavéliques. Sauf que dans mon cas il s’agit d’une femme, ce qui influence l’interaction avec le personnage présent sur terre. Il s’ensuit un démêlé absurde…

Quelle a été la motivation de saisir cette opportunité d’une publication dans notre revue ? Plus globalement, que dirais-tu des possibilités / difficultés pour un débutant, aujourd’hui, de faire connaître son travail ?

L’avantage d’être publié dans un magazine comme 64_page, c’est d’être lu par un plus grand nombre. La plupart du temps, ce que l’on dessine en tant qu’amateur finit au fond d’un tiroir, puis on passe à autre chose. L’idéal serait évidemment d’être publié par un éditeur mais pour cela il faut atteindre un très bon niveau. Le reste du temps, il y a les réseaux sociaux, je poste des dessins sur Instagram, ainsi que quelques planches. Pour ces dernières, le format s’y prête assez peu, il faut presque redécouper chaque planche classique en cases, afin que l’histoire puisse être lue. En outre, poster là signifie aussi être vite noyé dans un flux continu d’images.

En effet, si l’on se balade sur internet il semble y avoir pléthore de dessinateurs. Impossible de savoir s’ils sont plus nombreux qu’avant, ou si ce sont les occasions de voir leur travail qui se sont multipliées… Un peu des deux sans doute.

Pour ma part, Instagram m’a surtout permis de découvrir énormément d’illustrateurs à travers le monde, ce qui est une source de motivation et d’inspiration. Il y a également quelques bonnes chaînes Youtube avec des conseils et des interviews d’illustrateurs, de « concept artists » travaillant dans le jeu vidéo ou d’autres secteurs,… De plus en plus d’illustrateurs présents sur Instagram créent leur chaîne Youtube, afin que leurs abonnés découvrent leur manière de travailler, mais aussi leur vie de tous les jours, leurs voyages,… Il ne suffit plus d’être bon en dessin pour sortir du lot, il semble falloir se créer une « image complète » pour bénéficier d’un suivi et, éventuellement, d’un public qui voudra ensuite acheter nos créations. Tout cela demande du temps.

Dans le passé, de nombreuses revues existaient pour permettre aux auteurs de s’occuper de l’animation d’un journal, de petites illustrations, puis d’histoires courtes, etc. Le fait d’être publié permettait d’avancer à son rythme tout en se confrontant au regard du public. Tu l’évoques plus haut, pour les éditeurs aujourd’hui il semble qu’il faille être très bon tout de suite. En quelque sorte, ils peuvent se diriger directement vers ceux qui correspondent à leurs attentes. Le corollaire ce cette situation ne serait-il pas un mouvement convergent vers une certaine homogénéité ?

Je ne sais pas si les dessinateurs convergent vers un même style de manière consciente, pour répondre à des attentes d’éditeurs… Il est difficile d’avoir une vue d’ensemble. Je suppose qu’à chaque époque, les dessinateurs ont dû être influencés par les auteurs appréciés, comme dans beaucoup de domaines artistiques. Par contre, mon impression est que les outils numériques aboutissent à beaucoup de travaux aux styles semblables. Sur Instagram, on trouve un tas de profils de jeunes dessinateurs présentant les mêmes personnages, les mêmes couleurs et les mêmes effets de lumière, le tout réalisé avec les mêmes outils Photoshop.

En tous cas, au final il ne semble pas y avoir de style standard dans les achats des lecteurs. Sur les sites présentant les meilleures ventes, on trouve de tout : du manga aux romans graphiques, du nouveau Lucky Luke à l’Arabe du Futur en passant par un pavé de Science-Fiction. Je trouve ça rassurant, n’importe quel type d’histoires et de dessins peuvent encore émerger, de manière inattendue.

On a en effet également l’impression, quand on va dans une (bonne) librairie, d’une grande diversité de travaux et de styles, surtout dans les publications de petits éditeurs, souvent peu rémunérateurs… Comment faire sa place de dessinateur aujourd’hui, tout en espérant voir son travail correctement rémunéré ?

Je ne sais pas très bien comment de jeunes dessinateurs peuvent se lancer aujourd’hui. En regard des avances sur droits et du pourcentage de droits d’auteur assez faibles – à diviser s’il y a plusieurs intervenants – il est difficile d’imaginer vivre du dessin sans avoir un travail « alimentaire » en parallèle. De plus, l’impossibilité pour les libraires de mettre en vitrine et en évidence les parutions, tellement elles sont abondantes, doit faire passer certaines bandes dessinées directement à la trappe, sans leur laisser une chance d’être découvertes. Quand j’étais petit je lisais les Spirou de Franquin, vieux déjà de quarante ans. Aujourd’hui, les BD ont l’air d’avoir une durée de vie d’un mois !

Quelle serait la situation idéale pour démarrer aujourd’hui, en tenant compte des différents éléments évoqués ci-dessus ?

Difficile à dire, mais peut-être y a-t-il une piste vers la bande dessinée en ligne, qui commence à se développer. Bon, de ce que j’ai lu, le rythme imposé semble être d’un épisode de 40 à 60 cases par semaine, soit l’équivalent d’une planche finie par jour avec les couleurs, ce qui me semble infernal. Mais peut être que, plus jeune, ça m’aurait plu.

Ce défilement vertical permet d’explorer une autre mise en page, où l’on découvre chaque case du haut vers le bas. Cette présentation, par exemple, permet d’explorer des narrations nouvelles au sein d’une même grande case. En tout cas, ça donne envie de le tester au moins une fois… Dans notre contexte actuel, cela semble être une suite « logique », c’est à dire une opportunité face aux adolescents rivés plusieurs heures par jour sur un écran : il devrait être faisable de leur intercaler un créneau webtoon… Cela permet également de découvrir des BD que l’on n’aurait pas achetées en version papier et, accessoirement, de ne plus avoir sa maison remplie de livres lus une seule fois, qu’on ne sait pas où caser.

Tu évoques brièvement la question des influences et des auteurs qu’on a aimé… Qui citerais-tu parmi les auteurs marquants pour toi ?

J’ai commencé la bande dessinée, sans grande originalité, en recopiant des dessins d’Hergé et de Franquin… Mon premier choc visuel a dû être les Idées Noires de Franquin, dont le dessin ne ressemblait à rien de ce que j’avais déjà lu. Ensuite, je citerais les albums de Tome et Janry, dont j’adorais le dessin et le scénario. À sa sortie, leur dernier Spirou, Machine qui rêve, m’avait vraiment motivé à dessiner. Dans un autre registre, j’ai lu et relu La Malédiction des sept Boules Vertes de Laurent Parcelier, mais je ne suis pas sûr que cette série soit très connue. Les dessins n’étaient pas toujours parfaits mais j’y trouvais énormément de bonnes trouvailles au niveau du scénario. La première BD plus longue que j’ai dessinée jusqu’au bout, quand j’étais adolescent, en était fortement inspirée.

Je découvre ensuite Lewis Trondheim et tous ses amis, avec Lapinot, Donjon puis tous les autres albums qu’il a réalisés ou auxquels il a collaboré. Je suis toujours loin d’avoir fait le tour de son travail… Lorsqu’il s’impose des contraintes en démarrant un album, il arrive toujours à un résultat différent des BD habituelles. Dans Les Carottes de Patagonie, par exemple, il se lance dans une histoire improvisée de 500 pages et clôture à la page 500, que l’histoire soit finie ou non. Il recrée un peu le même processus avec Les Herbes Folles, un album récent de Lapinot, pour lequel il a publié chaque jour un dessin sur Instagram, du 1er janvier au 31 décembre. En démarrant, il n’a aucune idée d’où il va, mais il débouche au final sur un OVNI de 365 pages. De temps en temps, je me lance dans une BD improvisée, mais je finis hélas toujours par décrocher… Se lancer ce genre de défi a un côté excitant, mais le plus dur est de s’y tenir dans les temps prévus. Les auteurs que j’aime le plus réalisent des albums comprenant une idée par case, avec un vrai rythme dans l’histoire. C’est la raison pour laquelle certains romans graphiques, où les auteurs se complaisent dans des cases d’ambiance à n’en plus finir, me tombent généralement des mains…

Au niveau du scénario, les lectures qui m’ont le plus fait aborder mes histoires différemment sont les livres de Stephen King. Dans tous ses romans, les personnages font l’histoire, pas l’intrigue. Au bout des cinquante premières pages, ils existent réellement, on se sent concerné par ce qui leur arrive et on y croit. Arrivé à la dernière page, on est presque déçu de les quitter… Rien de pire qu’une histoire où le personnage principal est ambigu et non-attachant, où le fait qu’il meure à la page suivante nous laisse indifférent. À tous ceux qui voudraient se lancer dans le scénario, je conseille son livre Écriture – Mémoires d’un métier. On se sent galvanisé après l’avoir lu, comme si le fait d’écrire allait ensuite couler de source… Bon, dans les faits hélas, ça ne se passe pas vraiment comme ça, mais il faut l’avoir lu au moins une fois !

Quels sont tes projets pour la suite ? Travailles-tu sur de nouvelles histoires, sur un projet de livre ?

Pour le moment, je dessine l’adaptation d’un roman lu étant petit, Le Dernier des Vampires, de Willis Hall, destiné aux dix-douze ans. J’en suis à la page 8, sur 46. Je compte l’envoyer à un éditeur mais je voudrais surtout le terminer avec certitude, même si le projet n’est pas pris. Je me suis également lancé il y a quelques mois dans l’écriture de scénarios, et je viens de terminer le découpage de deux histoires en 46 planches. Vu que je dessine assez lentement, faire uniquement le découpage me permet d’aller rapidement au bout de mon idée. Cet aspect créatif m’intéresse de plus en plus. Il ne me reste plus qu’à trouver un dessinateur pour se lancer dans l’aventure, car si je dois les dessiner moi-même après Le Dernier des Vampires, j’y serai encore dans dix ans. (NDLR. Avis aux amateurs et amatrices) Sinon, je viens également de finir mon découpage de quatre planches, à présenter prochainement pour… le 64_page spécial Polar à venir ! Y a plus qu’à …

Merci Corentin !

Vous pouvez voir le travail de Corentin Michel sur : https://www.instagram.com/corentin_mitchoul/


Les grandes interviews de Gérald . 2

Lison FERNÉ

L’autrice Lison Ferné a publié ses travaux dans deux numéros de 64_page : Le mariage dans notre numéro 3 et Iceman dans notre numéro 8. Poursuivant son chemin, elle atteint un premier aboutissement au début de l’année 2020 en publiant son premier album – aujourd’hui primé – chez CFC Editions : La déesse requin.

Gérald Hanotiaux : Parmi les autrices et auteurs publiés dans 64_page, tu fais partie depuis un an du « club » – de plus en plus grand – de celles et ceux ayant publié ensuite leur premier album. La déesse requin a paru il y a déjà un an : avec ce léger recul, pourrais-tu évoquer cette expérience d’une première publication, tout en présentant la thématique du livre et ce qui t’a motivée dans cette histoire ?

© Lison Ferné – La déesse requin (toutes les planches publiées ici)

Lison Ferné : L’histoire de La Déesse Requin s’inspire d’un conte chinois apparenté à la Petite Sirène, d’Hans Christian Andersen. De ce récit, j’ai avant tout voulu faire ressortir cette porosité entre monde animal et monde humain. Je trouvais très intéressant ce côté hybride et un peu bizarre de l’univers du conte. Le personnage principal concentre cela : elle a une forme humaine la plupart du temps, mais est originaire d’un monde animal, elle adopte ainsi leurs intérêts dans l’histoire.

En terminant ce projet, je me suis rendu compte qu’il me tenait vraiment à cœur, non seulement dans les thèmes abordés mais aussi pour l’aspect graphique. J’avais vraiment envie d’y croire, même si je savais qu’il me faudrait sans doute retravailler pas mal de choses, j’y étais prête. Je me suis lancée dans la recherche d’un.e éditeur.ice et à partir de là, tout est allé très vite.

Gérald : Ton éditeur, CFC Editions, n’est pas un éditeur habituel de bande dessinée. Leur travail éditorial nous semble particulièrement intéressant, notamment au sujet du patrimoine culturel et architectural bruxellois… Le voir s’intéresser à la bande dessinée est pour nous une excellente nouvelle. Pourrais-tu évoquer ton sentiment sur le fait d’être éditée par un éditeur a priori non spécialisé dans cette discipline ? Comment avez-vous travaillé, de quel accompagnement éditorial as-tu pu bénéficier ?

 

Lison : Le plus intéressant, dans le processus d’édition, tient dans un grand travail de relecture réalisé en collaboration avec mon éditrice. Grâce à ce regard extérieur, j’ai pu peaufiner mon histoire, en améliorer beaucoup de visuels… J’ai énormément appris, et la confiance de la maison d’édition m’a été très précieuse.

Comme vous l’avez dit, CFC publie très peu de la bande dessinée, ainsi d’ailleurs que peu de livres en général. Iels apportent énormément de soin à leurs productions, c’est un des aspects de leur travail qui m’a beaucoup touché. La facture de La Déesse Requin est très soignée : la qualité du papier, de la couverture et de l’impression assurent comme résultat un très bel objet.

Gérald : Depuis ce 9 janvier 2021, tu fais également partie du club des premiers albums aux qualités reconnues, puisque tu as reçu le prix Artemisia Écologie. À 64_page, cela nous fait chaud au cœur. Avant tout pour toi, bien sûr, mais aussi pour notre projet, car ce prix appuie une pertinence certaine de nos choix. Pourrais-tu évoquer tes sentiments personnels face au fait d’être primée, mais aussi l’impact imaginable de ce prix sur la suite de ton parcours d’autrice ? En outre, que penses-tu de le recevoir au nom de l’écologie ?

Lison : J’ai été très surprise et ravie de ce prix, je ne m’y attendais pas du tout ! De plus, je suis vraiment honorée d’avoir reçu la mention « Écologie », si importante pour moi. Penser que mon travail puisse aider dans ce domaine, ne serait-ce qu’un peu, me fait vraiment chaud au cœur. Cette mention devrait sans doute aider à diffuser plus largement cet album.

Gérald : Ce prix tire son nom de l’artiste italienne Artemisia Gentileschi, peintre du 17ème siècle. L’objectif du prix, lancé en 2007 par les autrices Jeanne Puchol et Chantal Montellier, est de mettre en avant la production des femmes dans la bande dessinée. Que représente ce prix pour toi ?

Lison : Au sujet du prix Artemisia en lui-même, je connaissais ce prix de nom, et iels font un travail remarquable. Je trouve ça très important que de tels prix existent. A mon avis, c’est une des façons de changer le monde à l’échelle de chacun.e : s’allier pour donner plus de visibilité à celles et ceux qui en ont moins.

En tout cas, ça me motive encore plus pour faire des efforts dans de prochains projets !

Gérald : Dans les numéros 3 et 8 de notre revue, tu as proposé deux exemples de ton travail, qui semble explorer une palette de styles très variés. Dans ton album, tu présentes des planches somptueuses en noir et blanc, tracées à la plume et à l’encre de chine. Peux-tu nous parler du style graphique choisi pour le livre ? Pourquoi celui-là, pour cette histoire-là ?

Lison : Effectivement, j’aime diversifier les techniques et explorer de nouveaux univers graphiques grâce à de nouveaux médiums.

À l’origine, pour raconter l’histoire de La Déesse Requin, j’avais dans l’idée d’utiliser deux styles graphiques différents, l’un en couleur et l’autre en noir et blanc. Par le graphisme, je voulais marquer la rupture entre les deux univers de l’histoire. Après plusieurs essais en couleur, je me suis rendu compte que l’encre de chine et la plume me permettaient plus de dynamisme, ainsi que plus de détails dans les scènes à représenter. C’est pour cela que j’ai finalement choisi de l’utiliser du début à la fin.

Gérald : Quelle est l’importance de tester différents styles, pour éventuellement trouver le tien ? Dans la suite de cette idée, que dirais-tu de l’intérêt de trouver des supports de publication, pour pouvoir continuer à explorer ces styles ? Quelle place a pris les publications dans 64_page, au sein de ton parcours ?

Lison : Quand on publie une histoire, il y a quelque chose de très concret qui ajoute beaucoup d’excitation à un projet. On a vraiment l’impression d’avoir accompli quelque chose, quel que soit le support. Aussi, une sensation étrange et un peu impressionnante apparaît lorsqu’on se rend compte que son travail va être lu par d’autres personnes, qui nous sont souvent totalement inconnues. On offre vraiment son travail à un public plus large, et c’est très enrichissant d’obtenir des retours de cette manière. Pour cette raison, j’ai adoré participer à 64_page. Pour moi, c’était vraiment un premier pas professionnel, une sorte d’entrée officielle dans le monde de la bande dessinée.

Gérald : Avant ce premier album, tu as également fait partie de l’aventure du fanzine Bien, monsieur, lauréat en 2018 du « Prix de la Bande Dessinée Alternative » au festival d’Angoulême. Pourrais-tu nous parler de cette aventure éditoriale ?

Lison : Bien, Monsieur est une revue de bande dessinée qui réunit plusieurs auteur.ice.s sur des thèmes d’actualité. J’ai eu la chance d’y publier une petite série, en cinq épisodes, traitant du féminisme et de l’aïkido, deux thèmes que je voulais réunir dans une histoire sous forme de conte. L’expérience était réellement enrichissante, car nous étions totalement libres, tant pour les thèmes abordés que pour le traitement graphique. J’ai pu explorer des techniques que je n’utilisais que rarement auparavant. C’est d’ailleurs là que j’ai commencé à m’approprier l’encre de Chine et la plume. De plus, humainement, c’était aussi une belle aventure. Avec les autres membres de Bien, Monsieur, nous nous retrouvions régulièrement lors de salons, ou lors de vernissages.

Gérald : Tu as fréquenté l’ERG à Bruxelles, l’école de recherches graphiques. Quelle importance cela représente-t-il de passer par l’enseignement artistique ?

Lison : Les écoles sont selon moi importantes, en particulier pour les liens que l’on peut y créer, avec les autres étudiant.e.s comme avec les professionnel.le.s qui y enseignent. On y diversifie ses références et sa culture, on s’ouvre beaucoup grâce à cela. J’ai aussi eu la chance d’avoir de très bon.ne.s enseignan.t.e.s, qui m’ont permis de développer mon art de la meilleure façon, sans chercher à imposer un style en particulier ou à me faire rentrer dans un cadre. En cela, j’ai vraiment passé un excellent moment à l’ERG.

Gérald : Question classique, pour terminer : as-tu déjà un nouveau projet de livre ? Sur quoi travailles-tu, que peut-on attendre pour assouvir nos plaisirs de lecteurs et lectrices ?

Lison : Plutôt que sur de la bande dessinée, je travaille pour le moment sur des recueils d’illustrations, une autre part importante de mon travail. Un livre est en préparation sur des créatures fantastiques, et un autre sur des sirènes masculines. Cela m’enthousiasme beaucoup ! Je n’ai pas encore de nouveau projet de bande dessinée en cours, mais ça ne saurait tarder…

Merci Lison !

(Février 2021)

 

Vous pouvez voir le travail de Lison Ferné sur :

https://lisonferne.wixsite.com/lisonferne

Les grandes interviews de Gérald . 1

 

Aurélie WILMET                                          

La jeune autrice rencontrée aujourd’hui rejoint le groupe, de plus en plus large composé de celles et ceux publiant un premier album après être passée par notre revue 64_page. En outre, cela se réalise de manière brillante : elle a reçu le prix de la première œuvre en bande dessinée pour l’année 2020, au sein des Prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Son album « Rorbuer » est publié par Super Loto Éditions.

 

Gérald Hanotiaux : Bonjour Aurélie, pour démarrer, pourrais tu te présenter à nos lecteurs, tout en évoquant ton parcours de dessinatrice ?

Aurélie Wilmet : Née à Bruxelles en 1991, j’ai très vite réalisé que j’aimais dessiner, avec le projet d’un jour poursuivre des études dans ce domaine. J’ai également compris qu’il allait me falloir de la détermination pour avancer et rester fidèle à mes choix, dans une famille pas toujours en accord avec mes décisions et plutôt adepte de cette idée que « L’art et la culture sont des passions et non des métiers d’avenir ».

Plus que déterminée, j’entame des études secondaires à Saint-Luc Bruxelles en Arts plastiques. En 2010, je tente l’examen d’entrée pour le bachelier d’illustration à l’Ecole Supérieure des Arts (ESA) Saint-Luc Bruxelles où, hélas, j’échoue. Un peu perdue, je me dirige vers une première année de bachelier à l’ESA « le 75 », en peinture, en attendant l’année suivante pour retenter l’examen d’entrée de Saint-Luc. Je qualifierais cette année au 75 de « déconcertante et libératrice » au cours de laquelle je découvre le laisser aller dans le processus créatif, et l’exploration de soi dans la recherche.

En 2011, après de nombreuses hésitations, je retente l’examen d’entrée et j’intègre l’ESA Saint-Luc en Illustration. J’apprends la technique, la décomposition d’un récit, la création d’un scénario… et je comprends mon manque d’une liberté d’expression, une autonomie, pourtant découverte lors de mon année de peinture au 75. Pour cette raison, j’entame en 2014 un master en « Narration spéculative », option « Illustration bande dessinée » à l’École de recherche graphique (ERG). Je découvre mon style, le feutre et les crayons de couleur, et les sujets qui me passionnent. C’est durant ce cycle d’études qu’est démarré « Rorbuer », en 2016, après un voyage en Norvège où je découvre le folklore et les contes nordiques.

Insatisfaite par le projet présenté lors de mon jury, je le place sur le côté jusqu’en 2017, (ndlr: dans son N°11 d’avril 2017, la revue 64_page prépublie 8 pages de Rorbuer) moment où je le retravaille et obtiens la bourse « découverte », réservée aux jeunes auteurs de bande dessinée de la fédération Wallonie Bruxelles. En 2018, je pars vivre et travailler au Québec pour me recentrer et terminer le projet « Rorbuer »,et enfin le présenter à des éditeurs.

En 2019, Super Loto Editions me propose de le publier : commence alors cette « Super aventure », qui mènera à ce prix de la première œuvre en bande dessinée, reçu le 1er décembre 2020.

Rorbuer © Aurélie Wilmet

 

 

Gérald : Dans le numéro 11 de 64_page certaines de tes planches ont été publiées, extraites déjà de Rorbuer. Le prix reçu pour ton premier album prouve en quelque sorte que ce travail de prépublication et de découverte a tout son sens, nous avons manifestement eu raison…

 

Pourrais-tu expliquer ta motivation à publier ces pages dans notre revue ? Et quel rôle peut jouer le fait de se voir publiée, dans un processus d’élaboration de premiers travaux ?

Aurélie : J’avais déjà entendu parler de 64_page pendant mes études, mais je ne m’étais malheureusement jamais penchée sur le travail de cette revue qui aujourd’hui me semble être primordial. C’est en me rendant à la « journée rencontres » du Centre belge de la BD avec les premières planches de « Rorbuer », en 2016, que j’ai réellement découvert la revue et son travail de découverte de jeunes auteurs. C’est au cours d’une discussion avec Philippe Decloux que j’ai réalisé l’ampleur du projet de 64_page, mais aussi mon envie de faire partie de l’aventure en proposant le début de cette histoire qu’est « Rorbuer ».

64_page est devenu un tremplin pour les jeunes auteurs qui souhaitent, non seulement gagner une première visibilité, mais également prendre confiance dans les projets qu’ils souhaiteraient soumettre par la suite à des éditeurs. Personnellement, cette première publication m’a encouragé à continuer ce projet, il me tenait à cœur mais, comme c’est souvent le cas hélas, je manquais un peu de confiance en moi, je n’étais pas certaine qu’il ait suffisamment d’intérêt pour être proposé à des éditeurs.

Gérald : Que penses-tu du rôle d’un prix dans l’émergence d’une nouvelle autrice… Peux-tu déjà mesurer les répercussions d’une telle visibilité?

Aurélie Wilmet savoure

 

le prix qui couronne

 

son premier album

 

Aurélie : Non, je pense qu’il n’est pas possible à l’heure actuelle de réaliser les répercussions de ce prix sur mon travail d’autrice de bande dessinée. D’après moi, obtenir un prix à ce stade est une chance, une reconnaissance pour un travail, mais surtout un coup de pouce vers de nouveaux projets. C’est le plus important : convaincre les jeunes auteurs et autrices que leur travail a du sens et qu’ils méritent une visibilité.

Gérald : Pourrais-tu partager tes réflexions sur le contexte actuel de la bande dessinée, où il n’y a jamais eu autant d’œuvres à lire. Les éditeurs classiques, qui ont compris l’importance de leur patrimoine et l’intérêt de le mettre en valeur, cohabitent avec une abondance de petits éditeurs réalisant un travail de découverte, parfois important avec peu de moyens. Comment émerger dans cette abondance, et comment envisager sa « subsistance », nécessaire pour pouvoir avancer dans son travail artistique ?

Aurélie : Avant de réellement me lancer dans la recherche d’un éditeur, je n’avais jamais réalisé le nombre de petites structures indépendantes qui avaient émergé ces dernières années. Sincèrement, je suis fascinée par le travail fourni par ces petites structures. Elles permettent, par leur nombre et leur diversité, de proposer toujours de nouveaux moyens d’interpréter la bande dessinée. Il est bien évidemment difficile de s’y retrouver dans cette abondance de sorties, mais en même temps c’est une preuve que la bande dessinée classique est toujours aussi présente, tout en étant questionnée par cette émergence d’éditeurs indépendants réinventant le genre.

Je n’ai pas réellement de réponse à la question de comment émerger parmi cette abondance, car même si aujourd’hui je suis heureuse que « Rorbuer » ne soit pas passé inaperçu lors de sa sortie, je comprends aussi que l’important est de rester fidèle à ce qui nous anime… Avec un peu de chance, on retrouvera cette passion dans nos récits. Il ne faut pas se mentir, la « subsistance » d’un auteur n’est pas assurée par les ventes faites par son premier livre. Soyons sincères, c’est loin d’être la réalité. Je pense donc qu’il est important de rester réaliste, mais également de réaliser la possibilité de travailler dans ce domaine.

Dans ma courte expérience, j’ai rapidement compris qu’il fallait apprendre à créer des dossiers pour les demandes de bourses, de résidences d’artiste… C’est grâce à ce type d’opportunité que l’on trouve la motivation et le temps, mais surtout l’argent, pour nous permettre d’avancer dans nos projets avec plus de sérénité. D’après moi, c’est en créant des opportunités qu’on émerge dans la bande dessinée, comme d’ailleurs dans bien d’autres domaines.

Rorbuer © Aurélie Wilmet

Gérald : Pour finir, pourrais-tu présenter ton album aux lecteurs de 64_page ? Sans déflorer celui-ci, peux-tu en résumer les thématiques et ce que tu as voulu faire passer aux lecteurs ?

Aurélie : Comme évoqué tout à l’heure, « Rorbuer » est une bande dessinée commencée en 2016, lors de ma dernière année de Master. Beaucoup de choses ont changé depuis, mais le Nord et les « Rorbuer » sont restés. Le mot Rorbuer désigne les petites cabanes de pêcheurs que l’on peut trouver dans le nord de la Norvège. Je l’ai choisi pour titre de cette bande dessinée, à l’intention d’un lecteur désireux de se plonger dans une expérience visuelle et mystique, au cœur d’un village perdu du Grand Nord. L’histoire prend place au sein d’un village côtier nordique, où les mythes et légendes rythment et gèrent le quotidien des habitants. À l’exception d’un lexique placé à la fin du livre, la bande dessinée est muette, découpée en quatre parties reprenant les termes norvégiens qui me permettent de structurer le récit et les cérémonies rituelles : Tørrfisk, Misteltein, Lysstråler et Fiskekongen.

Chaque chapitre met en place une série de croyances où la mort physique des hommes en mer n’est pas le dernier stade de leur être, mais bien un passage, laissant l’âme perdue s’accrocher au banc de poissons… Mon récit part de cette première croyance pour évoluer vers des rites, cérémonies de guérison et d’hommage, à la frontière où se touchent les froides immensités terrestre et maritime. Principalement inspirée par les contes folkloriques et la mythologie nordique, j’utilise les entrechoquements de couleurs froides et chaudes en utilisant des crayons de couleurs et des marqueurs Copic, pour souligner les extrêmes de cette région du Nord.

Rorbuer © Aurélie Wilmet

Gérald : Question classique : travailles-tu déjà sur un nouveau livre ? Quels sont tes projets ?

J’ai en réalité un tas de projets, que j’aimerais réaliser en 2021. Cependant, le plus important à l’heure actuelle est de me consacrer à mon nouveau livre, sur lequel j’ai commencé à travailler il y a quelques mois. Je ne suis pour l’instant qu’au stade de la recherche, mais je dois avouer que j’adore ce moment où rien n’est encore défini, où justement tout est encore possible. Pour l’instant, dans mon esprit, je sais juste que cette nouvelle bande dessinée prendra place au Québec et aura un lien direct avec les « Indiens » d’Amérique du Nord. L’envie de travailler sur ce sujet est bien entendu née lorsque je vivais à Montréal, où je souhaiterais d’ailleurs retourner en 2021, pour continuer mes recherches et commencer les premières planches. Le voyage est rendu possible grâce au service des lettres et du livre de la Fédération Wallonie Bruxelles, qui m’a octroyé la Résidence d’artistes au Québec, en 2021. Le départ se fera lorsque la situation sanitaire sera un peu apaisée…

Merci Aurélie.

 

Vous pouvez voir le travail d’Aurélie Wilmet sur : http://www.aureliewilmet.com/


Avec 22 interviews inédites de 22 auteur.e.s

64_page lance son spécial Western

Couverture 64_page #19 @Mathilde Brosset


Depuis un an, 64_page a proposé un projet « Western ». Ce numéro qui devait paraître en septembre à l’occasion de la Fête de la BD à Bruxelles. Fête de la BD pour cause de Covid et de confinement. Nous avons reporté sa sortie en janvier dans la perspective du Festival d’Angoulême.

Angoulême ou pas, ce 64_page #19 spécial de 88 pages paraîtra en janvier 2021. Pour préparer cette sortie, nous commençons la publication d’interviews des 22 jeunes dessinateurs et illustratrices qui se sont lancé.e.s dans ce projet et y ont mis leur talent, leur créativité, leur imagination…

 

Achetez 64_page en ligne :
https://lalibrairiebelge.be/titre/64_page-n19-special-western/

 


Mathilde BROSSET et REMEDIUM

Mathilde BROSSET et REMEDIUM

Elle et il se connaissent et s’apprécient, elle a quelques albums enfants à son actif et lui quelques albums durs sur l’âpreté de la vie. Mais les deux ont des messages de solidarités, de justice, d’engagements, de réflexions… Nous leur avons demandé de nous raconter une histoire en deux couvertures. Ils ont relevé le défi.

Les interviews sont de Marianne Pierre.

Mathilde

Marianne Pierre : Ta BD est-elle autobiographique? Jouais-tu au cow-boy étant petite?

Mathilde BROSSET : Pas du tout ! La panoplie de cow-boy ne faisait pas partie de mes costumes. C’est mon fils qui m’a inspiré cette BD. Il adore se déguiser et mimer des histoires dans lesquelles il livre des combats contre toutes sortes de bandits. Je l’entends d’une oreille pousser des « BAM POUF TCHAC » en se jetant à terre pour éviter de justesse une balle imaginaire. Nous avons écrit le texte ensemble. Tous les gros mots viennent de lui !

Marianne : Ta première inspiration en BD, tous genres confondus?

Mathilde : Je ne lisais pas beaucoup de BD étant petite. Dans mes souvenirs, j’aimais bien Astérix, Titeuf, Boule et Bill. J’ai vraiment découvert la BD pendant mes études et mon premier vrai coup de cœur a été Le combat ordinaire de Manu Larcenet. S’en sont suivis des albums comme Blankets de Craig Thompson, Lupus de Frederik Peeters ou les albums de Camille Jourdy.

Marianne : C’est un genre qui te fait rêver?

Mathilde :Quand Philippe m’a demandé de réaliser la couverture de 64_ page et une planche sur le thème du western, j’ai eu un petit moment de panique. Pour moi, les westerns ne s’adressaient pas à moi, c’était un genre écrit par des hommes pour des hommes. J’ai un peu revu mes idées avec des films comme The Homesman où les femmes prennent une place intéressante. J’ai aussi découvert des merveilles d’albums comme Jenny la Cow-boy de Jean Gourounas ou Tony Tiny Boy de Vincent Cuvellier et Dorothée de Monfreid où la figure du cow-boy devient beaucoup plus drôle et tendre.

Je me suis rendu compte que j’aimais les westerns quand il étaient placés sous le prisme de l’enfance . Pour moi, le western évoque l’enfance le jeu, l’irrévérence. Quand on est un cow-boy, on a le droit de cracher par terre, de fumer des brins de paille et d’insulter ses adversaires !

Marianne: Ta vision du western, sur ta couverture, est très pacifiste: d’où te vient cette image très paisible voire idyllique du cow-boy sans ses bottes? 

Mathilde : Fermez les yeux et ressentez les éléments autour de vous, écoutez l’air lancinant de l’harmonica se mêler au clapotis du ruisseau sur les pierres, le frottement des tumbleweeds qui roulent sur le sol. Sentez l’odeur acre du crottin et le sable qui vous chatouille les orteils…

Bref, un cow-boy qui s’accorde une petite méditation pleine conscience, où est le problème ? On est pas des machines !

Marianne : Que penses-tu de la suite donnée par Remedium à ton cow-boy? Le bon se transforme en brute et en truand, pour une paire de bottes!

Mathilde : En même temps, elles sont super cools ces bottes…en cuir véritable avec des éperons incrustés d’argent.  J’en connais qui auraient tué pour moins que ça !

Je suis bien sûr ravie de cette interprétation qui est à l’antipode de mon « peace cow-boy ». Remedium a réussi à réutiliser les couleurs et les éléments du décor pour créer une scène plus dramatique et cinématographique. On imagine sans peine l’action qui vient de se passer et on sent l’odeur de la poudre. Chapeau !

mathildebrosset.unblog.fr

Les couvertures de Mathilde BROSSET et REMEDIUM en versions revues

et la première BD de Mathilde Stetson.

Remedium

Marianne : Ton idée de couverture « miroir » t’est-elle venue tout de suite à l’esprit à la vue du dessin de Mathilde?

Remedium : J’aime beaucoup le travail de Mathilde et j’ai adoré la manière avec laquelle elle s’est appropriée le thème « Western ». En voyant son illustration, je me suis immédiatement dit que cela serait génial que nos deux couvertures se répondent et de réutiliser ses codes graphiques à ma sauce.

Marianne : Tu transformes son pacifiste cow-boy en un desperado sans scrupules, qui tue pour des bottes: pour toi, le western, c’est forcément un univers violent?

Remedium : J’ai une image très noire du western, qui émane notamment des films ou des séries que j’ai vus. Je garde beaucoup en tête cette image d’Épinal du cowboy sans foi ni loi, qui parcourait l’Ouest pour échapper à la justice de l’Est, comme on peut le voir dans la série Deadwood, par exemple.

Marianne : Quelle est ta première inspiration western, tous genres confondus?

Remedium : J’ai grandi avec les films de Sergio Leone, qui ont forcément eu un impact très fort sur moi. Je regardais également beaucoup « La Dernière Séance » avec mon père, qui présentait des westerns d’une facture plus classique, mais effroyablement efficaces.

Marianne : Toi qui es instituteur, penses-tu que le western fait encore rêver les enfants?

Remedium : La culture « western » s’est estompée peu à peu. On voit moins de dessins animés, de BD pour enfants ou de jouets s’en inspirant. Les enfants s’en sont donc un peu détachés, mais il faudrait peu de choses pour que cela revienne dans les esprits.

Marianne : Enfant, jouais-tu aux cow-boys et aux indiens? Tu portais un chapeau ou des plumes?

Remedium : J’ai beaucoup joué aux deux ! Mais j’étais déjà un peu objecteur de conscience dans l’âme ; quand j’étais cow-boy, je ne voulais pas m’en prendre aux Indiens et inversement. Dans mon idée, l’ennemi était toujours ailleurs et c’était l’envie d’aventures et de grands espaces qui me faisait rêver.

http://lacitedesesclaves.org/                           https://blogs.mediapart.fr/remedium

 


Ben JOTTARD

Ben JOTTARD

Une des belles découvertes du 64_page #19 spécial Western, Ben JOTTARD est un des élèves de Philippe Cenci à l’Académie de Watermael-Boitsfort, une des pépinières de la jeune et nouvelle BD belge. Ben Jottard à découvrir dès le 10 février dans votre 64_page.

Philippe Decloux : C’est la première fois que tu publies dans 64_page, qu’es-ce qui t’a motivé à te lancer dans ce projet « Western » ?

Ben Jottard : Je travaillais déjà sur un récit « Western » à l’académie de Boitsfort quand j’ai entendu parler de l’appel à projets de 64 pages. Naturellement, j’ai tenté ma chance, plutôt par défi personnel que dans l’espoir d’être sélectionné. C’était l’occasion de changer d’air, de m’essayer à un style plus humoristique, qui n’est pas mon domaine de prédilection, et, pourquoi pas, de m’ouvrir une porte vers une première publication.

© Ben Jottard : Règlement de comptes à O.K. Cantal (extrait planche 1)

 

Philippe : L’univers Western est-ce un univers que visiblement tu connais, l’as-tu déjà abordé ou est-ce une découverte au niveau du récit? Du graphisme? Comment conçois-tu un récit? (par le texte d’abord, ou par le dessin)

Ben : Je l’avoue, quand j’ouvre une BD, c’est davantage le dessin qui m’attire. C’était déjà mon état d’esprit lorsque j’ai commencé la BD : j’articulais l’histoire et les textes autour de ce que j’avais envie de dessiner, ne leur accordant pas toujours la place qui leur était due.Bien sûr chacun travaille comme il le veut, mais cette façon de faire m’a donné pas mal de fil à retordre – comme à d’autres dessinateurs débutants, j’imagine. Un bon dessin ne vaut pas grand-chose sans un bon texte ; aujourd’hui, j’essaye de concevoir les deux simultanément. Tant que la structure est là, le style graphique peut toujours être remanié par la suite.

Philippe Decloux : Tu suis les cours de BD de Philippe Cenci, vous êtes quelques-uns de ses étudiants à participer à ce projet Western. Que nous dirais-tu de Philippe Cenci?

Ben : Philippe est le genre de professeur qu’on a tous envie d’avoir, celui qui nous fait progresser à pas de géants, celui qui n’essaye pas d’orienter nos choix artistiques et celui qui nous apporte des opportunités concrètes (preuve en est cette publication). Il peut vous apprendre en 15 minutes autant qu’une année en école d’art. J’extrapole un peu, bien sûr, mais Philippe est super.

Philippe Decloux : Quels sont tes projets comme auteur de BD? Quelles sont les difficultés que tu rencontres pour atteindre tes objectifs ?

Ben : Mon objectif est de sortir un jour une BD dans un style réaliste. Est-ce que ce sera mon projet actuel sur le thème du Japon, le suivant ou celui d’après ? Je n’en sais rien. Quoi qu’il en soit, il me reste encore beaucoup à apprendre, notamment en anatomie.


SYLLO D

SYLLO D

La tribu des Ferrand-Verdejo s’entretient avec SylloD sur Western Spaghetti  qui paraîtra dans le numéro spécial Western de 64_page.

C’est ainsi qu’elle présente son projet : « Noelia Diaz Iglesias, Syllo D, artiste hispano-bruxelloise diplômée en illustration et en bande dessinée et adepte de la pratique du fanzine et du livre d’artiste. J’ai par ailleurs une formation en reliure.www.instagram.com/syllodiaz

Western-Spaghetti inspiré d’un fait presque réel. Mais lequel ? Une chose est sûre, les spaghettis se mangent tous les jours mais surtout le mercredi. Mais pourquoi ? Demandons à Papy… »

Western Spaghetti de SYLLO D (extrait, 1ère planche)

La Tribu Ferrand Verdejo : Bonjour SylloD, dis-nous tout d’abord ce qui t’a motivée à participer dans ce spécial WESTERN de 64_page, est-ce que tu t’étais déjà essayée à ce genre auparavant ?  Quel a été ton point de départ, le déclencheur ? Pourrais-tu nous donner un élément visuel ou scénaristique de démarrage pour tes pages ?

SYLLO D : Je ne m’étais jamais essayé au Western, au départ je ne comptais pas spécialement y participer parce que je n’avais pas vraiment d’idée, ni de connaissance des codes. Puis un matin, j’ai entendu un fait divers avec un cheval qui m’a fait mourir de rire, qu’au final je n’ai pas su le transposer en BD pour le spécial western. (Mais pour les curieux, elle se trouve dans le fanzine « Fanfan » spécial bêtise de Xan Harotin!). J’ai eu mon idée vraiment sur le tard.

Pour commencer mes histoires, je dois dessiner et écrire tout ce qui pourrait rentrer en rapport avec elle. Des petits bouts de scènes, des objets, des phrases. Ensuite je pioche.

 

La Tribu Ferrand Verdejo :  Et qu’est-ce qui était le plus difficile et, au contraire, le plus facile à faire dans cet exercice et où as-tu trouvé tes repères pour procéder à exécuter les pages que tu nous as proposées (influences, inspiration,…)  ?

Au final, l’idée m’est venue un mercredi en mangeant chez mes parents. Je ne sais pas pourquoi, mais le mercredi (anciennement le mardi) c’est jour fixe des spaghettis. Voilà.

Je n’ai pas vraiment de repères ou influences en tête pour scénariser/dessiner. Je dirais plutôt que je me laisse porter par ce qui vient. Bien sûr, j’emmagasine et je digère tous les jours des influences sans m’en rendre compte (comme tout le monde). Par mes lectures d’images, de textes, la musique, les films, etc. On me dit souvent qu’il y a du Sempé dans mon dessin, c’est possible, je ne pense pas à lui quand je travaille, mais je suis contente de l’avoir dans la tête dans mon inconscient !

Pour cette BD, c’était aussi un défi de mise en couleur. Mettre en couleur du trait est très compliqué. Je pense en couleur et masse, remplir des formes déjà existantes va à l’envers de ma manière habituelle de fonctionner.

La Tribu Ferrand Verdejo : Les pages que tu as proposées à 64_page nous plongent dans une histoire de famille que tu revendiques comme « tirée d’un fait presque réel », comment envisages-tu ce rapport à la réalité dans le cadre du genre western et plus particulièrement dans ta BD ? En quoi ce rapport à la réalité est-il essentiel ? Ou pas, puisque tu dis « presque » !!!

SYLLO D : Par rapport au Western je ne sais pas, je n’ai pas d’affinité avec le genre. Sauf pour les chapeaux et les chevaux. Mais concernant le lien avec la réalité, il y en a toujours. Je pense. Dans toutes les histoires, dans tous les dessins, on met un peu de soi. Je pense que c’est essentiel pour que l’histoire paraisse plus « vraie » et touche plus le lecteur. Parce qu’il pourra peut-être faire preuve de plus d’empathie, se projeter, vivre l’histoire.

La Tribu Ferrand Verdejo : Pour terminer, pourrais-tu nous souffler quelle est ta BD western préférée et pourquoi ?

SYLLO D : Comme je l’ai dit, je n’ai pas lu beaucoup de western. Mais celle de Loo Hui Phang et Frederik Peeters, L’odeur des garçons affamés (Casterman), m’a marqué positivement. Elle est osée, elle revisite le genre et questionne la place de la femme dans la société. Le tout avec une pointe de fantastique.

 

Merci et à bientôt donc, SylloD, sur les pages de 64_page, 
en attendant vous pouvez  la retrouver sur www.instagram.com/syllodiaz

Tomasz K.

Tomasz K.

Tomasz K propose 6 histoires courtes sous le titre générique À l’est de l’Eldorado dans le 64_page #19 Spécial Western.

Philippe Decloux : C’est la première fois que tu publies dans 64_page, qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer dans ce projet « Western » ?

Tomasz K. : A vrai dire, ce n’était pas la première fois que j’ai eu l’envie de participer mais sans doute que ce thème me parlait plus. Aussi, j’ai découvert 64_page à une époque où j’étais peut-être moins confiant dans mon travail, je cherchais à faire des choses trop compliquées pour quelques pages mais depuis, j’ai roulé ma bosse et j’ai rencontré des gens qui m’ont donné confiance en ce que je fais et il ne m’a pas fallu longtemps pour trouver 3 pages western à envoyer.

Philippe : Tu as fait le choix de proposer 6 histoires courtes et très rythmées. L’humour n’est pas le style le plus facile comment conçois-tu un gag ?

Tomasz K. :  En vrai, je n’ai jamais réellement réfléchi à ce qui fait un bon gag chez moi… Personnellement, je suis attaché au rythme, il faut que je puisse raconter le gag oralement et que la surprise fonctionne tout aussi bien. Éviter d’avoir un set up trop lourd pour éviter que le gag devienne fastidieux et que le pay off en vaille la peine, qu’il nous surprenne. En relisant mes planches, je remarque une grande influence de l’humour des Simpson des années 90 doux-corrosif, l’humour britannique où l’absurde fait partie d’une réalité quotidienne, et surtout de l’humour « internet » très rythmé comme si le gag nous prenait par surprise, alors qu’on n’a pas encore eu le temps d’enregistrer toutes les informations qui nous sont données. Ce que j’essaie de retrouver, c’est ce moment de suspend où on peut voir dans les yeux du lecteur une pièce qui tombe dans le fond du crâne, ce moment où le lecteur se rend compte de l’absurdité du moment. Le lecteur doit être surpris, piégé, si il voit arriver le gag une case à l’avance, tout tombe à la flotte !

© Tomasz K. strip extrait de À l’est de l’Eldorado

 

En vrai, quand j’écris des gags, je pense au genre de blagues que je fais avec mes potes et je mets juste des cases autour. Le plus beau compliment qui m’a été fait sur mes gags, c’est qu’on avait l’impression de lire des vraies gens qui parlent et pas un gag qui doit déboucher sur une chute.

Philippe : Quels sont tes projets comme auteur de BD? Quelles sont les difficultés que tu rencontres pour atteindre tes objectifs ?

Tomasz K. : J’ai de nombreux projets ! BD en individuel ou en binôme, trinôme, en collectif (@sorcier.e.s je n’en dis pas plus !) Je touche à tout, j’adore écrire, dessiner, mettre en couleurs, assister, travailler avec les copains ou faire des blagues tout seul. Pour l’instant, les projets refleurissent et ça me motive à percer ! Le plus difficile est de trouver un équilibre dans tout ça car quand je suis lancé dans quelque chose, j’ai du mal à m’arrêter et il y a des moments où j’en oublie d’autres projets… Ha oui et trouver de la maille pour manger parfois, ça aussi, ça peut prendre du temps.


Xan HAROTIN

Interview réalisée en octobre 2020 par Gérald Hanotiaux

Xan HAROTIN

C’est à une habituée de notre revue que nous posons aujourd’hui quelques questions. Suite à son passage par 64_page, elle a déjà publié deux ouvrages. Celles et ceux qui ont fréquenté un jour le stand de la revue l’ont peut-être rencontrée, à la tâche, penchée sur un exemplaire à dédicacer…

Gérald Hanotiaux : Pourrais-tu te présenter aux lecteurs ?

Xan Harotin : Je m’appelle Xan Harotin, j’ai fait des études à l’académie des Beaux-Arts de Bruxelles, où j’ai réalisé mon bachelier. Je suis ensuite partie à Tournai pour le master et l’agrégation. Après mes études j’ai voyagé, je suis partie un an à Montréal. À l’heure actuelle j’anime beaucoup d’ateliers, à la fois pour des enfants et des adultes, et j’ai plein de projets personnels à côté. J’ai publié deux livres ainsi que des travaux dans différents magazines, dont le premier était « Jeunes et nature », édité par une ASBL qui, comme son nom l’indique, organise des camps pour découvrir la nature avec des jeunes.

Gérald : Dans ses objectifs, la revue 64_page s’anime avec l’envie de faire connaître les jeunes auteurs et autrices, pour pallier le manque d’endroits où faire ses premières armes. Comment se faire connaître aujourd’hui en tant que jeune artiste ?

Xan : Nous sommes en effet, avec la disparition de nombreuses revues de prépublication, face à des difficultés pour se faire connaître. A mon niveau, je me rends compte que j’ai eu de la chance, car j’ai publié deux livres dans deux maisons d’éditions différentes. Sans grand « background » ils m’ont laissé ma chance.

Le Duel – © Xan HAROTIN pour le 64_page spécial Western

J’ai rencontré l’une de mes éditrices lors des rendez-vous tremplin qui ont été organisés au Wolf à Bruxelles. J’ai aussi participé aux rencontres de Montreuil. Je pense donc que ce type de rencontres sont importantes, où l’on peut montrer son travail, avoir des retours, des conseils. J’ai aussi montré mon travail à des plus grosses maisons d’édition : je vois qu’ils manifestent de l’intérêt, et ils laissent aussi dans une certaine mesure de la chance à des jeunes, mais ils attendent en général un travail totalement abouti dès le début, auquel il n’y aurait plus « rien à dire ». On doit être au point tout de suite. Les petites maisons proposeront plutôt de retravailler le projet ensemble ou de faire quelques modifications, mais seront prêtes à faire ce travail avec nous. Beaucoup d’éditeurs attendent un travail entièrement fini car ceux-ci n’ont plus le temps d’accompagner les jeunes auteurs dans leur évolution. Donc, face à cette réalité, auparavant en effet publier dans des magazines permettait de se lancer à son rythme.

Gérald :  Si les éditeurs demandent « tout, tout de suite », c’est parce qu’il y a pléthore de candidats ?

Xan : Oui, il y a un peu de ça. Les gros éditeurs ont aussi tendance à tout miser sur ce qui fait leur fond de commerce. Quand on voit la promotion, ils en font pour des livres qui se vendront de toute façon, toujours les mêmes choses. Les mêmes éditent parfois des livres très bien, de la vraie nouveauté, mais bien souvent sans les suivre au niveau de la promo. Ils assurent leurs arrières avec des valeurs sûres, pour des amateurs qui ont des moyens. Cela permet certaines « retombées » sur de nouveaux auteurs, mais pas toujours en promouvant suffisamment leur travail.

Un autre problème, c’est que rien qu’en présentant les projets on doit déjà « faire de tout » : on doit réaliser un dossier, faire de la mise en page, du graphisme, une maquette, etc. L’école ne nous prépare par vraiment à faire ces dossiers, à cette nécessité de « nous vendre ». J’ai eu un peu de cours d’infographie durant mes études, par exemple, mais vraiment pas beaucoup. Aujourd’hui, en effet, on nous demande de gérer énormément d’aspects qui par le passé, lors des débuts des auteurs/illustrateurs, étaient gérés par d’autres corps du métier.

Pour se faire connaître il y aussi des concours, des prix, dans des festivals notamment. Ils ont en général des critères assez « serrés » auxquels il faut correspondre dans le cadre de tel prix, mais on peut aussi en sortir, tenter d’y garder une marge de manœuvre. De toute façon ce qui marchera, dans tous les cas, sera un travail en lien avec notre personnalité et notre style, quelque chose qui nous correspond vraiment, même dans un concours où on dévie un peu des critères définis au départ.

Gérald :  Nous sommes à la veille d’un second confinement dû à la crise sanitaire, comment abordes-tu cette période ? En mars avril, certains dessinateurs disaient qu’en quelque sorte le confinement ils connaissent avec leur vie solitaire de dessinateurs, que ça ne changeait pas grand-chose. D’autres au contraire déclaraient n’arriver à rien, que l’état d’esprit n’y était pas. Comme cela se profile pour toi?

Xan : Pour moi, c’est un peu un mélange des deux réponses, pour différentes raisons. Durant le premier confinement je me suis dit que ça faisait longtemps que je n’avais plus dessiné autant, parce que même si on aime dessiner et que l’on travaille dans ce domaine, on a souvent un boulot en plus à côté. Et même si c’est un boulot qu’on aime bien il prend du temps, donc il faut trouver un équilibre. Là j’avais la chance de ne pas devoir m’en inquiéter donc j’ai beaucoup dessiné. Il y avait des projets que j’avais en tête depuis longtemps, il fallait juste du temps, donc j’ai réussi à utiliser le temps du confinement à bon escient.

Par contre, en discutant avec d’autres personnes je me suis rendu compte que les éditeurs ont reporté des sorties, et en chaîne tout est touché, bousculé. Ça peut donc jouer négativement pour la suite de mon travail. Si je présentais un dossier, ce serait encore moins pour tout de suite.

Merci Xan !

Vous pouvez retrouver le travail de Xan sur le site : xanharotin.ultra-book.com
Xan a publié Au fond de toi dans le 64_page #13 et participe régulièrement 
à la Cartoons Académie Cécile Bertrand

Elle a publié  Le monstre plat  Les petites bulles éditions (prix 
du 1er album à Roubaix  2019) et J'ai décidé de changer ! à L'Étagère du bas



Maximilien VAN DE WIELE

Maximilien

 

VAN DE WIELEDécouverte de Maximilien Van de Wiele auteur de Le Train du Diable dans le spécial Western qui sera disponible fin de ce mois de janvier. Il est interviewé par Philippe Decloux.

 

Philippe Decloux : C’est la première fois que tu publies dans 64_page, qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer dans ce projet « Western » ?

Maximilien Van de Wiele : Je reviens d’un projet de BD abandonné, le besoin de revenir sur un projet plus court et plus simple se faisait sentir et travailler sur un univers aussi familier a été bénéfique.

Philippe : L’univers Western est-ce un univers que tu connais, a déjà abordé ou est-ce une découverte au niveau du récit? Du graphisme? Comment conçois-tu un récit? (par le texte d’abord, ou par le dessin)

Maximilien :  C’est une partie de ma culture, des tonnes de références en tête, « Mon Nom est Personne » en film, « La Croix en Feu » en roman, « Durango« en BD, etc…

J’ai déjà tenté quelques pages de BD dans le thème adolescent, on part facilement sur un paysage désertique et chaud, pourtant comme tout les genres c’est un univers bien plus large qu’on ne le croit.

Le Train du Diable ©Maximilien Van de Wiele (extrait)

C’est ironique ce que je dis sachant que la première image qui me reste en tête est celle qui influence ma conception, celle que je gribouille en premier est celle qui me permet l’expérimentation avant de passer à la réalisation.

Au grand dam du texte qui passe souvent en dernier, faut dire que c’est une phobie de gosse que j’essaie de maîtriser dans mon prochain projet.

Philippe : Quels sont tes projets comme auteur de BD? Quelles sont les difficultés que tu rencontres pour atteindre tes objectifs ?

Maximilien : C’est un récit fantastique avec un focus sur les folklores et légendes populaires de ma ville de naissance, Anvers.

Un projet que je couve dans ma tête depuis bientôt 2 ans, et que j’espère tout autant finir en 2 ans.

La gestion du temps est un facteur punitif dès lors qu’on le délaisse, et d’expérience c’est ce qui m’a fait lâcher un paquet de projets, même aujourd’hui.

Cela cependant m’a permis de construire ma façon de travailler, et petit à petit j’ai appris à établir mon petit agenda personnel.

 


Élodie ADELLE

Élodie ADELLE

Afin de lancer le numéro Spécial Western, nous permettons aux lecteurs et lectrices d’en savoir un peu plus sur les auteurs peuplant les pages de ce numéro 19, plus épais qu’à l’accoutumée. Aujourd’hui, rencontre avec une dessinatrice déjà apparue dans les pages de 64_page : Elodie Adelle.

Gérald Hanotiaux. En guise de premier contact, pourrais-tu te présenter brièvement ?

Élodie ADELLE : Passionnée de dessin depuis toujours, j’ai fait mes études à l’Ecole de recherche graphique à Bruxelles, en bande dessinée. Grâce à ça, j’ai pu expérimenter plusieurs méthodes de dessin, telles que le fusain, le monotype, l’ecoline, etc.

Avec les années, j’ai élargi mes horizons en jonglant entre la BD et l’illustration en noir et blanc ou en couleur. Mon style de dessin se rapproche du réalisme tandis que l’illustration me permet d’aller sur un tout autre terrain.

Gérald : Que représente le western pour toi ? Comment explorer ce genre aujourd’hui ?

Élodie : J’ai été peu nourrie à la culture du western, me lancer a été un défi. Mais cela m’a plu. J’ai essayé de détourner les codes classiques que l’on peut lui attribuer, avec les chevaux, le saloon, les cowboy, etc… en ajoutant d’autres éléments qui donnent une toute autre tournure au scénario. Avec le dessin, tout est possible.

Élodie ADELLE – Histoire Courte (extrait, 1ère planche)

 

Gérald : L’une des motivations de 64_page est de pallier le manque de revues, qui existaient en nombre dans le passé pour permettre aux jeunes auteurs de se lancer. Que dirais-tu des possibilités/difficultés aujourd’hui de se lancer, se faire connaître ?

Élodie : : 64_page est un tremplin en terme de visibilité, voir son travail fini sur le papier est très réjouissant. Se lancer n’est pas facile, on est de plus en plus à souhaiter faire de la BD ou de l’illustration. Je pense que chacun peut trouver une alternative. Au jour d’aujourd’hui, internet permet de partager ce que l’on fait, ça peut servir de tremplin.

Gérald : : Créer et dessiner en période de confinement, comment cela se passe pour toi ? Certains dessinateurs répondent que cela ne change pas de leur ordinaire, d’autres déclarent ne pas arriver à avancer… Tu te situerais où dans ces réflexions ?

Élodie : Pour moi le confinement ne change pas les choses. L’inspiration vient à certains moments et je me lance dans un nouveau projet, je dessine ou j’écris.

Gérald : En ce dernier trimestre de 2020 quels sont tes projets, à court terme, sur lesquels tu travaillerais actuellement, et à plus long terme, tes envies ?

J’ai plusieurs projets en pause mais je suis entrain de créer de nouvelles histoires. Certaines sont plus avancées que d’autres. Il y a un projet qui sera publié dans quelques temps, une histoire pour enfants.

Merci Elodie !

Vous pouvez retrouver une présentation du travail d’Elodie Adelle à cette adresse :

https://www.instagram.com/elodieadelle/
Élodie vient de publier son premier album : 
Le bonnet Vert pour un jeune public à partir de 4 ans.


PA

PA

Avec sa ligne très claire et sa poésie à fleur de trait, découvrez Pavé. Dessinateur régulier de la Cartoons Académie de Cécile Bertrand, il n’est pas le plus jeune de nos espoirs mais il démontre que conserver l’âme d’un galopin est un plus dans la vie d’artiste et dans la vie de tous les jours.

Pavé est interviewé par Cécile Bertrand.

 

Cécile Bertrand : Vous qui êtes au début de votre travail de cartooniste, pensez-vous qu’il y a un avenir pour le cartoon?
Je fais référence au New York Times qui a décidé de se passer de toutes caricatures suite à une publication d’un dessin jugé antisémite aux EU. Dessin de mon ami Antonio Antunes qui avait été publié plus tôt dans l’EXPRESSO (sans réactions négatives) au Portugal et mis sur une banque de donnée que le New York Times a choisi lui-même de publier. Je connais Antonio , il n’est pas du tout du tout antisémite. Pensez-vous pouvoir en vivre maintenant, comme ce l’était dans les années 70,80…?

Pavé : Mon activité de cartooniste est-elle un travail ? C’est d’abord une nécessité. Quelque chose d’irrépressible. Quand je ne dessine pas, il y a comme un manque. Dessiner, comme deux ou trois autres activités, est de l’ordre de l’essentiel. Les négliger, c’est se nier. C’est aussi une passion depuis tout petit, tant à travers les dessins, que les bd que je découvrais enfant avec frénésie quand j’allais chercher le journal pour mon papa à la librairie du quartier. C’est un travail, dans le sens ouvrage ou plutôt labeur. Par contre, s’il s’agit d’en faire une source de rémunération, de revenus, la question est toute autre. Et la réponse bien sûr toute différente. Ce n’est clairement pas ma réalité du moment, ni mon intention à l’avenir. La question se posera si des opportunités se présentent. Je n’en fais pas un objectif. Aujourd’hui, il y a sans doute un avenir pour le cartoon, mais sans doute pas avec autant d’ampleur que par le passé, de par la mutation qui se vit dans les médias tant en terme de supports que de puissance de l’argent. Beaucoup d’appelés, de moins en moins d’élus.

© Pavé – Hommage à Lucky Luke pour ses 75 ans

 

in 64_page #19 Spécial Western

sortie vers le 20 janvier 2021Cécile : Hésitez-vous à dessiner sur les sujets religieux?

Pavé : Là, c’est plus dans le domaine illustration que cartoon. Mes dessins accompagnent les activités, événements organisés par Gabriel Ringlet et son Prieuré. Ils se limitent, il est vrai, à la religion que je connais le moins mal. Je ne m’aventure pas sur le terrain d’autres obédiences que je connais encore plus mal. Sans doute, est-ce une forme d’auto-censure, ou de respect sans jugement de ce qui pourrait faire la foi de l’autre.

Cécile : La Covid 19 vous inspire-t-elle ou vous bride-t-elle?  

Pavé : Une inspiration certes. C’est tellement dans mon quotidien de vie et c’est donc immanquablement dans mon activité de cartoon. C’est toutefois bien pire que de l’inspiration. La Covid 19 s’impose à moi. Il y a là un côté obsédant ou obsessionnel dont il est vital de s’éloigner afin de se tourner vers d’autres sujets, plus porteurs de vie. C’est une question d’hygiène, d’équilibre. Cela dépasse sans doute la fonction du cartoon de presse, qui ne se branche que trop sur ce qui fait l’actualité médiatique. Il y a bien d’autres actualités que celle-là. Il faut oser s’en approcher, et les vivre, cartoons compris.

Pour suivre Pavé :

www.pavesurle.net

www.facebook.com/pavesurlenet

Et aussi sur la Cartoons Académie : https://www.facebook.com/CecileBertrandet64page et ce site

 


Marc DESCORNET

Marc DESCORNET

Marc DESCORNET est très actif dans la Cartoons Académie de Cécile Bertrand et il s’est pris au jeu de nous proposer une BD pour ce spécial Western The Great Train Robbery. Il est interviewé par Cécile BERTRAND. Le 64_page Western sera disponible vers le 20 janvier 2021.

Marc DESCORNET est aussi l’auteur de la carte de voeux 2021 de la Cartoons Académie et la revue 64_page.

Cécile Bertrand : Vous qui êtes au début de votre travail de cartooniste, pensez-vous qu’il y a un avenir pour le cartoon?
Marc Descornet : Je n’en suis pas à mon coup d’essai mais c’est vrai que la Cartoons académie me donne une occasion de me remettre en piste après une longue interruption. Il y a toujours eu et il y aura toujours un présent pour le cartoon. Le dessin de presse prend sa place à mon sens dans l’instant. Il a pour but de donner une petite ou une grosse claque en apportant un regard incisif sur l’actualité. Le dessin a, depuis la préhistoire, témoigné de son temps. Ce ne sont pas quelques atteintes indignes à la liberté d’expression qui vont mettre un terme à cette discipline essentielle qui a survécu aux pires dictatures. Censurer des cartoons parce qu’ils pourraient heurter la sensibilité de certains, c’est capituler. Dans ce cas il serait cohérent, quoique inique, de renoncer totalement à toute forme d’expression d’opinions non-consensuelles. C’est vendre son âme, ce qui est parfaitement congruent dès lors qu’il s’agit de s’agenouiller devant des croyances liberticides. Ceci dit, la multitude des supports actuels offre encore de beaux espaces de jouissive subversion.

©Marc DESCORNET : The Great Train Robbery (extrait première planche)

Cécile : Saviez-vous, avant 2006 et les affaires des caricatures de Mahomet qu’on ne pouvait pas le représenter?
Marc : Ah bon, on ne peut pas représenter Mahomet ? Disons plutôt que l’on ne peut pas représenter Mahomet sans s’attirer les foudres des intégristes islamistes. Mais en soi, on peut toujours représenter ce que l’on veut du moment qu’il n’y a pas d’atteinte à la dignité d’autrui, et assumer que ça ne plaise pas à tout le monde. Il est humain aussi de se demander à quel point un dessin potentiellement « blasphématoire » peut mettre sa propre vie en danger et si cela en vaut vraiment la peine. Personnellement, il m’est arrivé d’égratigner un dogme, voire de « blasphémer , par un dessin grinçant, semi-public, limité à mon cercle d’ « amis » sur un réseau social, parmi lesquels je ne dénombre à ma connaissance aucun intégriste.

Cécile : La Covid 19 vous inspire-t-elle ou vous bride-t-elle?

Marc: La Covid-19 m’a plutôt inspiré à vrai dire. J’ai publié plusieurs dessins sur le sujet, au gré de mes humeurs et au fil des rebondissements invraisemblables auxquels nous avons assistés de la part nos gouvernants. Mais au bout d’un moment, j’arrive à saturation et il m’est salutaire d’explorer d’autres domaines et d’insuffler plus de légèreté dans ma réflexion. Nous en avons tous besoin. Dessiner sur la Covid-19 a été pour moi un exutoire. Je suis convaincu que nous devrons vivre longtemps , probablement des années, avec ce virus et ses mutations, voire d’autres fléaux connus ou inconnus. A nous d’adapter nos comportements. Si ce n’est dans les décisions de nos représentants élus, il n’y a en réalité pas de sens à chercher à une situation factuelle à laquelle nous choisissons de faire face ou non, et de quelle manière, en prenant conscience que la collectivité devra assumer les conséquences de nos choix individuels. Des petits dessins peuvent aider à ouvrir les yeux.

Cécile : Quels sont tes projets dans le court et le moyen terme ?

Marc : J’ai des projets tous azimuts. Parmi eux, à l’occasion du passage à l’heure d’hiver, et sur une idée de mon fils Daran (13 ans), j’ai remis en scène un personnage que j’avais créé dans les années ’80, fortement inspiré de mon prof de math qui était friand de jeux de mots et de jeux d’esprit dont il agrémentait ses cours. J’en ai créé une BD sur le format « presse », un strip de trois cases, lors d’un travail de groupe sur le thème de la presse écrite. Et puis, j’ai continué pour le plaisir, le mien et celui de mes condisciples. Je n’ai jamais vraiment abandonné ce personnage, pour lequel j’ai beaucoup d’affection et que j’ai sporadiquement réutilisé, notamment depuis le début de la pandémie. J’ai envie d’exhumer les strips que j’ai réalisés depuis 30 ans et de les « remasteriser » pour leur donner une seconde vie. J’aimerais les proposer, si possible de façon récurrente, à 64_page, qui a chaleureusement accueilli mes récents projets.

Pour suivre Marc : www.instagram.com/xiaoba_labdenbulles


Fernanda CRUCES

Fernanda CRUCES

La tribu des Ferrand-Verdejo s’entretient avec Fernanda Cruces sur Il était une fois dans le Sud. Western chilien.  sa nouvelle BD qui paraîtra dans le numéro spécial Western de 64_page.

 

Tout d’abord une courte présentation de notre autrice : « Je m’appelle Fernanda, je suis née au Chili. Passionnée de graphisme et d’illustration, j’ai commencé par la peinture à l’huile. Puis lorsque j’ai vécu à Buenos Aires, mon attrait pour le dessin s’est renforcé. Plus tard, en Belgique, je commence à réaliser mes premières planches type BD.

Sur instagram: www.instagram.com/fernanda.ilus/

Il était une fois dans le Sud : ce western est basé sur les évènements qui bouleversent le Chili depuis octobre 2019, lorsque le mouvement de contestation sociale était le plus fort. Dans ces pages j’ai à coeur de dénoncer les abus de pouvoir de la police chilienne. L’action se déroule dans un quartier pauvre de Santiago, “Lo Hermida”, dont les habitants luttent quotidiennement pour plus de justice sociale. Les années de la dictature ont laissé des traces et les abus sont nombreux. Cependant des voix s’élèvent afin de dénoncer les violences policières car depuis le début du mouvement populaire beaucoup de manifestants ont perdu un œil sous l’arme des forces de l’ordre… »

© Fernanda CRUCES Il était une fois dans le Sud. Western chilien.

 

(extrait de la première page)La tribu des Ferrand Verdejo : Bonjour Fernanda, tout d’abord, nous aimerions que tu nous expliques ce qui t’a motivée à participer à ce numéro spécial WESTERN de 64_page, ce que le western représente pour toi et comment intègres-tu cette histoire très actuelle dans le genre?

Fernanda : Je suis chilienne, j’ai tout de suite senti que je devais parler de la problématique sociale de mon pays dans ce western. Le peuple chilien se réveille après 30 ans d’une démocratie qui n’a pas tenu ses promesses. La constitution héritée de la dictature de Pinochet reste le socle du fonctionnement du pays. 30 années sont passées mais le système perdure inégalitaire et violent. Ça a été très compliqué de mettre en quatre pages ces antécédents historiques, j’essaye de les résumer pour intéresser le public francophone. Ayant envie de représenter ce qui se passe maintenant au Chili, je me suis laissé guider par le sens le plus large du western: les duels, le rythme particulier, les perspectives, le silence…

 

La tribu: Et, dis-nous, qu’est-ce qui a été le plus difficile et, au contraire, le plus facile à faire dans cet exercice et où as-tu trouvé tes repères pour procéder à exécuter les pages que tu nous as proposées (influences, inspiration,…) ?

 

Fernanda : Le plus compliqué fut de finir la troisième vignette de la deuxième page. Elle raconte ce qui s’est passé dans les vignes “CousiñoMacul” et j’attendais d’avoir confirmation des évènements par une connaissance vivant sur place. J’ai commencé la bd par la dernière image, celle des voisins prêts à défendre les enfants, elle a guidé les couleurs du reste de la bd. Je dois préciser que c’est une fiction-réalité. L’histoire des enfants est une fiction mais la police est capable d’attaquer les mineurs d’âge.

Mon inspiration fut alimentée par le récit familial, mes amis mais aussi la lecture d’articles. J’ai suivi les évènements depuis la Belgique mais ce western est l’occasion de contribuer à la lutte.

La tribu: En parlant de « lutte », ce qui attire immédiatement l’attention dans les pages que tu as proposées à 64_page c’est évidemment leur temporalité, sans vouloir «spoiler» ta BD, précisons néanmoins, pour que le lecteur saisisse mieux les enjeux de ta BD, que des événements spécifiques et dont l’actualité est encore palpitante y sont déterminants. Ils nous touchent tout particulièrement aussi. On a l’impression d’un western où les indiens et les cowboys ont interverti leurs rôles ou plutôt prêté leur peau à des personnages qui revendiquent une certaine «révolte». Comment vois-tu le lien avec le genre du western.

 

Fernanda : Les personnages de ma bd représentent une partie du peuple chilien, d’un côté les plus défavorisés par la crise sociale et de l’autre les forces de police dont les réactions sont souvent violentes et arbitraires. Pour transposer au style western, disons qu’il s’agirait de gens opprimés par les agissements d’une grande entreprise. Mais dans la réalité ce peuple chilien a droit à cette « révolte » pour plus d’égalité. Beaucoup travaillent dans des conditions très difficiles pour un salaire indécent. La vie au Chili est chère, les salaires bas et la qualité de vie complexe: éducation hors de prix, santé privatisée et retraites misérables. Le Chili est un des pays où l’écart entre les revenus des classes sociales est le plus grand. Certains services de base tels que le transport sont aussi chers qu’en Europe, c’est d’ailleurs ce qui a déclenché la révolte populaire massive d’octobre 2019.

La tribu: Est-ce que tu aimerais t’essayer à un autre genre spécifique? Et pour terminer: quelle est ta BD western préférée et pourquoi?

Oui, j’aimerais essayer avec une bd biographique ou roman.

La vérité c’est que je n’ai pas trop de connaissance du monde de la bd western.

Un grand merci à tout l’équipe de 64_pages pour cette belle opportunité !

 

Merci à toi, Fernanda Cruces, pour ta sincérité d’abord et ton engagement aussi, à bientôt sur 64_page !

 

En attendant vous pouvez la retrouver sur son instagram :

https://www.instagram.com/fernanda.ilus

 


Alice ROUSSEL

Alice ROUSSEL

C’est une dessinatrice extrêmement enthousiaste que Gérald Hanotiaux rencontre aujourd’hui, prête à se lancer plus en avant dans la bande dessinée… Son énergie est carrément communicative ! Une amoureuse de botanique, également… Tous ces éléments se retrouveront dans son histoire du prochain numéro de 64_page.

Gérald Hanotiaux. Alice, c’est la première fois que nous allons voir ton travail dans la revue64_page, pourrais-tu te présenter pour les lecteurs et lectrices ?

Alice Roussel : Je m’appelle Alice Roussel, j’ai 29 ans. J’ai grandi et étudié en France, en faisant des séjours en Allemagne et aux Pays-Bas. Jusqu’à mes 24 ans, j’ai suivi des études d’ingénieure, et depuis cinq ans je travaille comme ingénieure informatique dans le milieu pharmaceutique, à Braine-L’Alleud. En parallèle, je suis une formation en botanique au Collège Pratique d’Ethnobotanique de François Couplan. Je dessine depuis toujours, et je fais aussi de la musique. Je me suis toujours plus considérée musicienne que dessinatrice, mais en grandissant, je me suis redécouverte en dessin, en réalisant notamment des « planches botaniques ». Assez logiquement, pour la fin de mes études en botanique à venir l’été prochain, j’en suis venue à choisir de réaliser un mémoire en bande dessinée publié à raison d’une page par semaine sur mon site « Le Pinceau Pissenlit » et ma page Facebook « A l’Ombre du Pissenlit ».

Gérald H :Que proposes-tu dans ce numéro spécial Western ?

Alice : Cette proposition de participer au numéro spécial Western est une immense joie. D’abord, grâce à cette opportunité j’ai fait du western, ce que je n’aurais jamais imaginé, et puis j’ai fait du réalisme à la plume, que je n’avais jamais touchée avant ! Zone de confort : 0/20. Je suis également très satisfaite d’avoir réussi à y placer un botaniste, qui de plus a réellement existé ! C’est donc une histoire inspirée de la vie d’un botaniste, qui s’appelle Marcus Eugène Jones. Ces pages m’ont bien occupée en mars-avril 2020. A la suite de cet essai, aujourd’hui j’ai envie de participer à des projets et de publier. J’ai envie d’entrer dans le milieu de la BD, mais petit à petit, dans ce cadre de réflexion personnelle, cette publication fait donc bien plaisir et est une réelle opportunité de lancement.

© Alice ROUSSEL Histoire vraie d’un botaniste au Far West (extrait planche 1)

Gérald H : Comment t’es-tu retrouvée embarquée dans ce numéro de la revue 64_page ?

Alice : En janvier, j’avais un blocage sur mon travail. Avant ça j’avançais, je dessinais, puis au bout de trente pages, je ne sais pas pourquoi, je me suis retrouvée bloquée… Je déprimais et un ami m’a dit de montrer mon truc, j’ai donc tapé « rencontre éditeur BD » sur internet et je suis tombée sur un atelier-rencontre entre éditeurs et jeunes auteurs, organisé au Centre belge de la BD. On est alors le premier février, en téléphonant j’ai appris que je pouvais encore m’inscrire. En quelques jours c’était complet ! J’ai eu du bol. In extremis j’ai donc choisi des rencontres qui me semblaient cohérentes avec mon projet, en fonction de ce que je savais des éditeurs. Parmi eux il y avait 64_page, dont je ne savais que ce qu’il y a sur le site… C’est là que j’ai rencontré Philippe, à qui j’ai montré ces trente pages, il a été adorable, il a tout regardé attentivement, tout analysé : énorme coup de cœur ! Les remarques étaient constructives, il m’a dit de garder les contrastes entre les fleurs et le reste, et suggéré de retravailler mes « gestuelles ». Bref, avec lui ça a bien « collé », il m’a donc encouragée à publier dans 64_page. Depuis je ne dessine déjà plus de la même manière, mon dessin a un peu « mûri». J’ai refait totalement mes trente planches et même les pages de ce Spécial Western, plus récentes, seraient sans doute différentes aujourd’hui. Je suis vraiment touchée du tremplin qu’offre 64_page, pour quelqu’un comme moi qui débute dans le milieu, c’est génial.

Gérald H : Nous sommes la veille du second confinement, comment abordes-tu cette période ? (interview réalisée en octobre 2020)

Alice : Pour ma part, j’ai encore mon boulot sur le côté même si je me suis mise en 4/5 récemment pour me professionnaliser en dessin, c’est déjà ça de gagné. Je suis ingénieure en informatique, donc je suis en télétravail sans problème. Économiquement la crise sanitaire ne m’impacte pas actuellement, c’est dit, j’ai cette chance-là.

Finalement la place qu’occupe le dessin dans ma vie est de plus en plus grande, peut-être qu’en effet sans le confinement j’aurais été moins productive, et j’aurais peut-être eu moins de temps. Clairement le confinement de mars-avril m’a fait dessiner à fond. Mais mes enjeux actuels sont moins liés au confinement que dans mon exploration du dessin, dans la résolution du « syndrome de l’imposteur » et de comment me créer des opportunités. Cette année est vraiment charnière, elle me permet d’explorer de nouvelles pistes. Et puis, il y a l’aventure 64_page ! Voir mes pages publiées, c’est un vrai bonheur. Si je devais citer un accomplissement 2020, ce serait celui-là !

Merci Alice !

Vous pouvez suivre le travail d’Alice Roussel sur le site : www.lepinceaupissenlit.com et/ou sur sa page

Facebook : « www.facebook.com/A l’Ombre du Pissenlit/ » ou encore Instagram : « www.instagram.com/Under the Dandelion/ ».


Un petit dessin vaut toujours mieux qu’un long discours

Certains dessinateurs ont le trait très efficace et la parole un peu moins loquace. C’est le cas des deux auteurs que nous vous présentons aujourd’hui. Olivier LAMBERT, interviewé par Cécile Bertrand, et Quentin HEROGUER par Marianne Pierre.

Olivier est cartoonist chevronné qui dessine la nuit, il nous raconte ses rêves ou ses cauchemars. Mais dans tous les cas, il est drôle…

Quentin est un touche à tout, il cartoone, bédéise et aquarelise, notamment quand illustre des beaux livres touristiques sur Bruxelles pour l’éditeur Robert Nahum de 180° éditions

Les interviews d’Olivier et Quentin sont sur www.64page.com/interviews/

Quentin HEROGUER

Quentin HEROGUER

Marianne Pierre – Ton western, avec sa créature horrifique, interpelle… Peux-tu, simplement, nous expliquer ta BD? Et comment l’idée t’est-elle venue? 

Quentin HEROGUER : J’avais déjà fait une histoire de cowboy à l’école, ici j’ai repris les personnages que j’avais créés à l’époque mais en détourant le récit vers un humour plus sordide. Je voulais casser l’univers qu’on a l’habitude de voir dans les westerns.

Marianne Pierre  – Qui est Jones Lewis Miller?

Quentin HEROGUER : Un cow boy solitaire et mystérieux qui fume sa clope sous la pluie

Marianne Pierre  – Pour toi, le western, c’est rétro ou encore à la mode?

Quentin HEROGUER: C’est vieux et lent et puis le chapeau c’est un peu passé, non?

© Quentin HEROGUER : I m’ a poor lonesone cow-boy and a long way from home (extrait)

 

Marianne Pierre  – – Ta première inspiration en western, tous genres confondus?

Quentin HEROGUER:  Les films de tarantino

Marianne Pierre  –– Quel est le dernier western que tu as regardé? Le conseillerais-tu? 

Quentin HEROGUER : La BD Calfboy de Rémi Farnos, oui.

quentinheroguer.com

www.instagram.com/quentinheroguer


Olivier LAMBERT

Olivier LAMBERT

Cécile Bertrand : Vous qui êtes au début de votre travail de cartooniste, pensez-vous qu’il y a un avenir pour le cartoon? Je fais référence au New York Times qui a décidé de se passer de toutes caricatures suite à une publication d’un dessin jugé antisémite aux EU. Dessin de mon ami Antonio Antunes qui avait été publié plus tôt dans l’EXPRESSO (sans réactions négatives) au Portugal et mis sur une banque de donnée que le New York Times a choisi lui-même de publier. Je connais Antonio , il n’est pas du tout du tout antisémite. Pensez-vous pouvoir en vivre maintenant, comme ce l’était dans les années 70,80…?

Olivier Lambert : Personnellement je n’ai jamais dessiné pour un journal à grand tirage mais j’imagine qu’il y a une ligne directrice à suivre sinon le patron vous met à la porte lol Perso. Pour moi le boulot de cartooniste est un boulot d’appoint.

© Olivier Lambert

Cécile Bertrand; Hésitez-vous à dessiner sur les sujets religieux?

Olivier Lambert : Non jamais, les histoires bibliques sont une source d’inspiration intarissable

Cécile Bertrand : Vous vous auto-censurez-vous?

Olivier Lambert : Non jamais

Cécile Bertrand : Saviez-vous, avant 2006 et les affaires des caricatures de Mahomet qu’on ne pouvait pas le représenter? (moi pas)

Olivier Lambert : oui, je le savais le prophète Mahomet n’a pas de visage, donc indessinable pour moi.

Cécile Bertrand : Avez-vous déjà eu des retours virulents suite à la publication de vos dessins liés à la religion sur les réseaux sociaux?

Olivier Lambert : vous allez rire mais non, par contre j’ai fait des dessins sur la police lors des manifestations des gilets jaunes et là je me suis fait insulter jusque dans mon messenger.

Cécile Bertrand  : A une époque où tout dessin se retrouve en temps réel sur les réseaux sociaux dans le monde entier, pensez-vous qu’il soit possible d’être au courant de toute culture et de ce qui peut provoquer l’ire de ces dites cultures ou croyances.

Olivier Lambert : Quand on commence un dessin il faut être bien renseigné et bien se documenter sur le sujet, sinon on se fait passer pour des pingouins;)

Cécile Bertrand: La Covid 19 vous inspire-t-elle ou vous bride-t-elle?

Olivier Lambert : C’est un sujet passionnant, il suffit d’observer le comportement des gens et déjà des blagues me viennent à la tête

Cécile Bertrand : Quels sont vos projets dans le court et le moyen terme ?

Olivier Lambert : continuer à dessiner dans « Le Semainier » sur Facebook et d’autres pages dédié au dessin satirique. Je pense faire aussi un livre.. un jour peut être, j’ai tellement de dessins que je pourrais faire 5 livres lol.

https://www.facebook.com/groups/446961182716904/user/1003511858


Jean VANGEERBERGEN

Sproucht Floucht

Jean Vangeerbergen

Scénographe et metteur en scène Jean Vangeerbergen s’est lancé dans une double page très personnelle pour le projet Western de 64_page. Il explique à notre coordinateur d’édition son cheminement est ses projets.

Son Sproucht Floucht sera dans notre numéro #19 dont la sortie est prévue vers le 20 janvier 2021.

64_page : Tu es scénographe et metteur en scène, qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer dans ce projet « Western » ?

Jean Vangeerbergen : L’appel à projet de 64page est à peu près arrivé au moment où se terminait la tournée de mon précédent spectacle: La Ballade de Willy le Ket. Habillé de sa mythologie propre -celle du Western Chicon- le spectacle avait pour vocation première de montrer les rouages des violences à l’intérieur du couple et, plus particulièrement, ce qui habite les auteurs de violences. Le choix du Western en tant que genre (sa violence, son machisme, sa culture du virilisme, …) fut alors une évidence par rapport au propos abordé. Le collage proposé ici est donc à la fois une petite digression et une prolongation par rapport au travail fait autour du spectacle.

Jean Vangeerbergen : Sploucht Floucht (extrait)

64 : L’univers Western est-ce un univers que tu connais bien pour l’avoir déjà abordé, tu as fais le choix de présenter un collage – une autre technique que tu pratiques – comment as-tu ce tableau Western qui nous renvoie à notre quotidien?

Jean : Je crois que je suis incapable d’aborder un projet sans qu’il ne s’ancre directement dans le monde qui m’entoure immédiatement. Ce que je fais doit avoir du sens (ne fût-ce que pour moi personnellement) et raconter une fable qui agit comme un miroir par rapport à mon époque, mon lieu de vie, … En cela, le Western est un outil parfait car, comme on le sait, les Westerns classiques ont plus parlé de l’époque où ils étaient produits – au travers de codes mythologiques définis- que de l’Histoire de l’Ouest. Sans pour autant y appliquer les codes du Western Chicon -trop longs à expliquer ici -, j’ai conservé , comme un jeu, le principe de clichés constituants un tout. Il n’y a plus qu’à espérer que cela fasse sens!

64 : As-tu des projets comme auteur de BD? Quelles sont les difficultés que tu rencontres pour atteindre tes objectifs ?

Jean : Par nature, je suis plutôt un éclectique. Aussi, m’adonner corps et âme au travail de bédéiste ne fait pas partie de mes envies. Toutefois, j’avoue, il traîne au fond de mes cartons quelques histoires que je partagerais volontiers avec de vrais bédéistes / illustratrices(eurs).


Benedetta FREZZOTTI

Il était une fois dans l’Ouest

Benedetta FREZZOTTI

Aujourd’hui, la tribu des Ferrand-Verdejo s’entretient avec Benedetta  Frezzotti sur « Il était une fois dans l’Ouest» son tout nouveau travail que nous trouverons dans le numéro spécial Western de 64_page dans votre boite-à-lettres fin janvier.

Pour rappel, Benedetta est « illustratrice et auteure de projets transmédias.Lorsqu’elle ne plie pas lepapier pour en faire de petites sculptures, elle est professeure d’illustration transmédia à la Libera Accademia D’Arte Novalia et à l’École internationale de la bande dessinée de Milan.

Son compte Instagram est www.instagram.com/bfrezzotti

Son appli Lost in translation est un projet transmédia. Il s’agit d’une façon innovante d’éducation interculturelle afin de la mettre à la portée de tous les lecteurs, qu’elle soit numérique ou analogique, une même histoire pourra être lue sur papier et sur smartphone en passant par l’application Lost intranslation comics (sur AppStore, Google Play ou Patreon). Pour ce numéro spécial western,nous sommes partis envoyage vers l’ouest… »

Tribu des Ferrand-Verdejo: Ciao Benedetta, commençons donc par le début de cette aventure et raconte-nous ce qui t’a motivée à participer dans ce numéro spécial WESTERN de notre chère revue 64_page. Comment s’intègre ce genre au sein de tes projets transmédias, je pense évidemment à ton projet et à l’appli Lost in translation ?

 Benedetta Frezzotti : Je voulais un prétexte pour vous rendre visite à Bruxelles.

Tribu des Ferrand-Verdejo : Ce sont de beaux prétextes que tes œuvres qui nous permettent également de voyager jusqu’en Italie pour te voir et nous espérons, vraiment qu’elles te ramèneront aussi à Bruxelles en personne, dis-nous,qu’est-ce qui était le plus difficile et, au contraire, le plus facile à faire dans cet exercice et où as-tu trouvé tes repères pour procéder à exécuter la page que tu nous as proposée?

Benedetta Frezzotti : Le plus dur a été de trouver la bonne clé pour affronter le Western. En Italie, nous avons une tradition importante: TEX de Bonelli et Ken Parker d’Ivo Milazzo, ce sont eux qui m’ont influencée le plus. Mais ce sont des histoires qui appartiennent à la génération de mes parents, je ne pensais pas qu’un jour je m’essaierais à ce genre d’histoire. Essayer de me confronter à une telle tradition tout en restant cohérente avec Lost in Translationa été un grand défi pour moi.

Le plus simple, choisir les couleurs: j’ai copié Sergio Leone, j’espère qu’il me le pardonnera.

Benedetta FREZZOTTI : Il était une fois dans l’Ouest (Extrait)

Tribu des Ferrand-Verdejo :C’est sûr que Sergio Leone sera très flatté de ce clin d’oeil ! Ton travail est toujours très ancré dans l’actualité et tu y arrives très bien grâce aux sculptures de papier que tu fais de tes propres mains, même en les adaptant au genre très classique du western, avec beaucoup d’humour en prime, est-ce que tu aurais envie de les adapter à un autre genre bien particulier ?

Benedetta Frezzotti : Oui, le Noir! J’ai dans mon tiroir une bande dessinée noire, très sombre, sur le syndrome de stress post-traumatique avec des tableaux qui rappellent les peintures de Jérôme Bosch. J’espère trouver un éditeur tôt ou tard!

Tribu des Ferrand-Verdejo :Et pour terminer une question très indiscrète: quelle est ta BD western préférée et pourquoi ?

Benedetta Frezzotti : Ah ça, c’est une question facile, Lucky Luke! Dès mon plus jeune âge, j’ai toujours trouvé que Calamity Jane était plus intéressante que les princesses endormies. Et puis, Lucky Luke a Jolly Jumper … et moi, j’ai toujours voulu un cheval avec qui ait le sens de l’humour …

 

Retrouvez Benedetta sur www.studioplatypus.it, Instagram: www.instagram.com/bfrezzotti, en attendant de découvrir sa page dans le spécial western de 64_page !

 

 

 


Tom LEWALLE

Pour une poignée de Bitcoins

Tom LEWALLE

L’interview de Tom LEWALLE est menée par la dessinatrice-animatrice de la  Cartoons Académie, Cécile Bertrand. Habitué de la Cartoons Académie, Tom propose sa première BD pour ce 64_page Western.

Oufti ! Un auteur liégeois à découvrir !

Cécile BERTRAND : Vous vous auto-censurez-vous?:  

Tom LEWALLE : En quelque sorte oui, j’ai pleins d’idées que j’aime qui ne finissent pas sur le papier parce qu’elles peuvent être interprétées comme un manque de respect ou parce qu’elle ne feraient rire que moi. Même si le manque de respect ça peut être très constructif quand le message est bien fait.  Je m’auto-censure pour que mes dessins soient accessibles à un grand nombre mais pas spécialement pour flatter l’opinion de tous ceux qui me liront même si mon petit lectorat d’amis facebook à souvent la même opinion que moi ^^.

Cécile  : Quels sont tes projets dans le court et le moyen terme ? 

Tom : J’espère trouver de nouveaux clients qui achèteront mes illustrations, peut-être une place dans magazine. Avis aux amateurs : si vous avez un livre à illustrer, une présentation qui a besoins d’un peu d’humour ou si vous souhaiter peindre votre éléphant à l’effigie de Bob l’éponge appelez-moi au +32478784278 .

Cécile : C’est la première fois que tu publies dans 64_page, qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer dans ce projet « Western » ? 

Tom LEWALLE : Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas fixé de défi dans mon art et j’ai profité de l’occasion du concours pour me motiver avec une échéance. Le plus dur dans ma vie d’artiste c’est la discipline et une échéance ça aide pas mal. Je dirais même plus, l’échéance sauve de la déchéance.

© Ton LEWALLE Pour une poignée de Bitcoins (extrait, première planche)

Cécile  : Avez-vous déjà eu des retours virulents suite à la publication de vos dessins liés à la religion sur les réseaux sociaux ? 

Tom : J’ai juste eu quelques réactions fâchées pour des dessins sur la politique et sur le pape, mais pas encore de grosse polémique dans les commentaires de mes dessins. Je suis pas encore assez connu pour ça. Mais j’ai quand même une peur liée au réseaux sociaux, la peur que je fasse un dessin trop naïf ou qui serait offensant à des personnes que je ne veux pas offenser et que la machine virale de l’internet s’emballe contre moi haha. Pas mal de comédiens se sont retrouvé au pilori virtuel ces dernières années c’est un métier dangereux surtout quand on le fait bien.

Pour découvrir l'univers de Tom LEWALLE :

www.facebook.com/LesDessinsaTomLewalle

PAMANCHA

Bill Keane dans VITE !

PAMANCHA

Pamancha a remué ardemment nos zygomatiques avec sa bande « Bill Keane dans VITE ! », au sommaire du numéro 19 Spécial Western. Il n’est plus si courant de vraiment rire en lisant une bande dessinée, pas seulement sourire… Petite rencontre avec l’auteur.

Gérald Hanotiaux. En guise de première question : comment te présenterais-tu à nos lecteurs ?

Pamancha : Je suis Noam, alias Pamancha (le pseudo vient de nulle part), je suis dessinateur/illustrateur depuis quelques années. J’ai terminé des études dans la bande dessinée il y a un an, à Saint-Luc Bruxelles, et depuis je me consacre à différents projets d’histoires, qu’elles soient courtes (comme celle-ci, pour 64_page) ou longues.

Ma pratique du dessin est un peu difficile à qualifier exactement, je crois qu’elle peut se résumer à une quête de ce qui m’amuse. Dans les traits, les textures… Il ne faut pas que les lignes et les textures soient trop sérieuses dans leur comportement, sinon faire du dessin serait quelque chose de très lourd. Dans mon travail, c’est précisément cette espièglerie du dessin que je veux atteindre, même quand il se montre plus sombre, avec un ton plus violent, déprimant ou implacable.

Cette tension, cette ironie, cette impertinence du trait a son importance. J’ai du mal à voir mon travail comme quelque chose d’entièrement sérieux dans le ton, comme beaucoup de dessinateurs. Cette liberté, cette légèreté de ton est peut-être justement ce qui les (nous?) garde motivés.

Extrait : Début de Bill Keane dans VITE !

Gérald : Tu évoques avec raison l’humour, qui caractérise ton travail. On peut, sans avoir peur de se tromper, dire que notre époque a besoin d’humour plus que jamais. Ce qui me donne envie de te demander : créer et dessiner en période de confinement, c’est facile ?

Pamancha : Je dirais que ça dépend énormément. Le processus créatif est lié à des émotions de toutes sortes, de manières subtiles, et tout le monde réagit différemment à des conditions comme celles du confinement du printemps.

J’ai de la chance à ce niveau, je suis d’un naturel casanier. Personnellement j’ai été assez productif pendant cette période, mais j’étais également dans des conditions professionnelles favorables à la concentration, occupé sur des projets concrets avec des deadlines inflexibles qui motivaient la pratique quotidienne et le souci de bien faire le travail, et donc de rester motivé. Je pense que ma productivité s’est surtout basée sur ces éléments, mais ils ne changent pas fondamentalement en-dehors d’une période de confinement. En tout cas pour moi. Ce qui change peut-être, c’est comment je vois le sens de la pratique : si notre époque a plus que jamais besoin d’humour, en créer peut paraître de plus en plus dérisoire, au vu de l’état de la société. Comment ne pas voir dans un gag un geste vide, dénué de sens, quand tant de choses vont mal ? Toute la difficulté est de ne pas perdre de vue l’importance de rire.

Gérald : L’une des motivations de 64_page est de pallier le manque de revues, qui existaient en nombre dans le passé pour permettre aux jeunes auteurs de se lancer. Que dirais-tu des possibilités/difficultés aujourd’hui de se lancer, se faire connaître? Dans un contexte, – paradoxalement quelque part – de surproduction de livres par les éditeurs.

Les possibilités existent toujours, comme les difficultés. En soi, ce n’est pas étonnant que le monde du livre se soit refermé avec le temps, préférant un système en vase clos, tout simplement parce que le marché s’est réduit. Les livres, les bandes dessinées ne se vendent plus autant aujourd’hui qu’il y a 50 ans, et ce déclin a forcément une influence sur la manière dont les auteurs vivent, et dont les nouveaux auteurs entrent dans le milieu.

L’aspect financier reste la plus grande difficulté à laquelle font face les auteurs aujourd’hui, il n’est pas rare qu’il faille compenser son activité dans la bande dessinée avec une autre, pour faire rentrer de l’argent dans le foyer, c’est presque une obligation pour les jeunes auteurs. Les opportunités de lancer sa carrière ne manquent pas, mais elles ne garantissent jamais comment cette carrière va évoluer par après.

D’un autre côté, nous vivons également dans une époque où les maisons d’édition ne sont plus le seul moyen de faire parvenir un livre à un large public. Par exemple, le principe du financement participatif peut offrir une alternative intéressante pour des projets qui n’ont pas forcément su passer à travers le filtre des éditeurs. Je pense que le futur du livre sera forcément en partie bâti sur un rôle accru d’internet. Il reste à savoir à quels degrés, mais ça, seul l’avenir nous le dira.

Gérald : Pourrais-tu nous parler de tes projets dans le dessin et la bande dessinée, à court terme sur lesquels tu serais occupé à travailler, et à plus long terme, ce vers quoi tu voudrais aller?

Pamancha : J’ai repris des études cette année, donc je prends moins le temps de travailler dans la bande dessinée… En ce moment, je travaille sur de petits strips et/ou gags absurdistes, pour me détendre. Simultanément, j’expérimente avec l’animation, en autodidacte. Au niveau des projets plus conséquents, j’ai plusieurs pistes. Le projet le plus avancé que j’aie en stock est La Main de l’Artiste, l’histoire d’un peintre vide d’inspiration, dont la main se détache, prenant vie, et peint ses œuvres à sa place. Je projette également de travailler sur un scénario (encore non titré) de l’écrivain Yves Wellens, ou encore sur un livre illustré (inspiré d’Edgar Poe) que j’ai commencé à écrire moi-même.

Merci Pamancha !

Vous pouvez aller voir le travail de Pamancha à cette adresse : https://www.instagram.com/pamanchathebelgianartist/


Romain RIHOUX

 

Romain RIHOUX participe pour la première fois à 64_page et il nous propose Un western Spaghetti, une page de haute volée avec une technique à découvrir dans le 64_page #19 spécial Western dès le 20 janvier 2021.L’interview est de Philippe.

ROMAIN RIHOUX

Un Western Spaghetti

Philippe : C’est la première fois que tu publies dans 64_page, qu’es-ce qui t’a motivé à te lancer dans ce projet « Western » ?

Romain Rihoux : Cela fait quelques années que je suis l’atelier d’illustration et de bande dessinée à l’académie de Chatelet. J’ai envie de réaliser une Bande dessinée, mais je n’ai pas encore toutes les techniques en main, et surtout, je cherche encore à développer mon univers visuel.

Un Western Spaghetti – Romain Rihoux (extrait 1er strip)

Je travaille dans la création de visuels, plutôt en vidéo et animation. Mais en dessin, je ne maîtrise pas encore très bien tous les outils et techniques que j’utilise. J’ai donc vite tendance à remettre en question mon travail, et n’abouti pas toujours à des projets finis et diffusables. Le plus simple pour avancer dans cette situation, c’est d’avoir des contraintes. Faire une planche dans le cadre d’un concours par exemple. Et c’est ce qui m’a motivé dans ce cadre ci. Le western n’est pas spécialement mon univers de prédilection, mais ça m’a justement permis de faire un travail visuel que je n’aurais pas fait spontanément. Et c’est un réel accomplissement de ce point de vue !

Philippe : Dans ta présentation pour 64_page, tu nous dis ta volonté de rechercher des styles graphiques, des ambiances, peux-tu nous dire comment tu as défini le graphisme et l’ambiance de ce Western spaghetti ? Et quelles sont les techniques employées pour cette belle page? 

Romain : J’avais quelques idées en tête, et l’envie d’avoir une scène avec un mouvement ample, en pleine action, avec des spaghettis qui volent. Je n’ai pas encore tout à fait réussi à traduire cela. Mais la case centrale m’a guidé pour composer la planche.

Pour le look visuel, j’ai tendance à rechercher des solutions très graphiques, ou stylisées, mais au final je vais spontanément vers des rendus plus détaillés. Je dois donc encore un peu définir mon style visuel. Mais j’ai apprécié essayer travailler l’ambiance et les jeux de lumières de la planche.

J’ai travaillé dans Adobe Fresco. Un outil que je découvrais. J’apprécie travailler avec des outils numériques pour finaliser la disposition et pour la mise en couleur et les textures. Fresco fonctionne bien comme outil similaire à l’aquarelle.

Philippe : Quels sont tes projets comme auteur de BD? Quelles sont les difficultés que tu rencontres pour atteindre tes objectifs ?

Romain : J’ai très envie de me lancer dans un projet de récit un peu plus long en bande dessinée. Je ne maîtrise pas toutes les techniques nécessaires, mais je suis plutôt autodidacte, et je pense qu’il faut se lancer pour apprendre et pour se voir avancer.

Néanmoins, comme je le disais précédemment, j’ai tendance à tout remettre en question et je n’abouti donc pas à grand-chose pour le moment. Mais j’ai plusieurs projets en tête, et mon objectif est donc d’en mener à bien.


Vinc

Cécile BERTRAND anime depuis deux ans sa Cartoons Académie et elle a interviewé quelques-uns de ses meilleurs crayons qui, eux aussi, ont participé à ce 64_page Western, dont VINC. le 64_page Western sera en vente le 20 janvier 2021.

Pour découvrir http://www.64page.com/cartoons-academie/ et si comme Vinc vous voulez dessiner pour la Cartoons Académie, envoyez vos dessins sur l’adresse 64page.cartoons@gmail.com

VINC

Cartoons Lucky Luke

Cécile Bertrand : Vous vous auto-censurez-vous?

Vinc : Oui ça m’arrive, même si cela reste assez rare. C’ est quand arrive l’étape de l’encrage, que je regarde mon dessin tout en me posant des questions: » Le thème est-il bien choisi? Ne vais-je pas choquer les gens de par son contenu ou tout simplement le dessin en lui-même? Ou tout simplement « N’ai-je pas trop exagéré en caricaturant la personne ciblée? ». La plupart du temps, quand je me pose toutes ces questions c’est que mon dessin n’est pas bon et que je dois aborder le thème d’une manière différente ou tout simplement changer de sujet.

Cécile : La Covid 19 vous inspire-t-elle ou vous bride-t-elle?   

Vinc : En réalité, un peu des deux (rires) :  Au début de la pandémie, c’était un parfait inconnu qui nous permettait à nous dessinateurs de la représenter à travers une multitude de faits divers drôles ou moins drôles. Au début de la crise, j’avais tellement produit de dessins sur la COVID, que j’avais même pensé faire un recueil « spécial Corona » qui aurait rassemblé mes meilleurs cartoons sur le sujet, tout en pensant à ce moment-là, que cette crise sanitaire n’allait pas durer si longtemps….

@Vinc – Hommage à Lucky Luke pour ses 75 ans

A l’heure actuelle (9 mois après le début de la pandémie), le virus fait (malheureusement) encore partie de notre quotidien et donc de l’actualité, ce qui me donne encore pas mal d’idées à ce sujet, mais je dois bien l’avouer: j’ai beaucoup moins de plaisir à trouver des idées tellement on en entend encore parler. C’est bien simple, presque un dessin sur deux que je fais quotidiennement a pour thème la Corona.

Cécile : Vous qui êtes au début de votre travail de cartooniste, pensez-vous qu’il y a un avenir pour le cartoon? Je fais référence au New York Times qui a décidé de se passer de toutes caricatures suite à une publication d’un dessin jugé antisémite aux EU. Dessin de mon ami Antonio Antunes qui avait été publié plus tôt dans l’EXPRESSO (sans réactions négatives) au Portugal et mis sur une banque de donnée que le New York Times a choisi lui-même de publier. Je connais Antonio , il n’est pas du tout du tout antisémite. Pensez-vous pouvoir en vivre maintenant, comme ce l’était dans les années 70,80…?

Vinc : Difficilement, pour quelques uns oui, mais il faut être réaliste: le métier de cartoonist à bien changé par rapport aux années 70, 80….

Elle est bien loin, cette époque, ou les dessinateurs ou les dessinateurs pouvaient aborder des sujets sensibles en se moquant librement de tout sans en être menacés pour autant. Il y a aussi autre chose qui différencie notre époque des années 70, 80 : la communication. Avec l’arrivée d’internet et des réseaux sociaux, un dessin peut plus facilement et plus rapidement se partager, se « propager » à travers le monde mais aussi être commenté sans temps de réflexion qu’il y a 30, 40 ans ou on en était encore limité à la TV et les journaux.

Découvrir le travail de Vinc :

Facebook: https://www.facebook.com/Vinc-316928982178809/?modal=admin_todo_tour  

Instagram: https://www.instagram.com/vincentnols/?hl=fr

Nous publierons une interview tous les trois jours, jusqu’à la sortie de ce 64_page Western. Aujourd’hui, Celia DUCAJU pour Sauvage Entretien mené par Gérald Hanotiaux. L’interview complète sur http://www.64page.com/interviews/

Celia DUCAJU

 

Celia Ducaju

Sauvage 

En octobre 2020, nous avons établi le contact avec notre dessinatrice du jour, pour évoquer les pages présentes dans le numéro Spécial Western. En les voyant, on se dit de suite : « la grande classe ! » Le soir même, totalement par hasard nous retombons sur le numéro 5 de la revue « BEDEphile », éditée par le festival Suisse BDFIL. Surprise, ce dernier organisait en 2018 un concours et nous tombons sur cet avis, accompagné d’une magnifique page de bande dessinée : « Premier prix : Celia Ducaju » !

Gérald Hanotiaux : Afin de lancer ce nouveau numéro de 64_page, nous proposons une brève rencontre avec chaque auteur et autrice. Pourrais-tu te présenter brièvement ?

Celia Ducaju : Je suis Celia Ducaju, j’ai 27 ans. J’ai suivi le cursus de bande dessinée à Saint-Luc pendant trois ans, puis comme j’ai toujours été intéressée par les sciences, je me suis spécialisée ensuite dans le dessin scientifique durant deux ans à Paris. Depuis je travaille dans ce domaine-là, dans la vulgarisation des sciences. Il y a deux ans j’ai gagné le concours Jeunes talents du salon suisse BDFIL (1), ce qui m’a donné envie de retourner vers la Bande dessinée. Du moins essayer. Je suis donc passée à mi-temps dans mon travail pour pouvoir me consacrer plus longuement à des projets personnels. C’est comme ça que j’ai pu envoyer ces quatre pages à 64_page. Pour le moment, je travaille sur un dossier BD avec une scénariste, on attend des réponses d’éditeurs. Sur le côté je fais aussi un peu d’illustration, de l’animation, de la peinture (2), des choses plus personnelles.

Celia DUCAJU Sauvage (extrait, 1ère planche, 1er strip)

Gérald : Tu pourrais présenter ce qu’est le dessin scientifique ?

Celia : Question classique. On me le demande souvent, j’ai donc une phrase-type pour répondre : vous voyez sans doute les planches anatomiques, avec les « corps écorchés ». Le dessin scientifique, ça peut être ça, mais pour toutes les sciences, et bien sûr aussi en plus moderne. En soi, il s’agit vraiment de vulgarisation, dans tous les domaines : de l’anatomie, de la biologie ou même de l’illustration naturaliste avec des animaux, des plantes. On a aussi réalisé des projets en physique, ou en informatique.

Il s’agit vraiment de réaliser l’aspect à visualiser scientifiquement pour que ce soit le plus compréhensible possible pour le public visé. C’était assez large comme études, au sein desquelles il y a vraiment de la création, que ce soit en dessin ou en animation. Mon travail de fin d’étude, je l’ai réalisé en bande dessinée, ce que les enseignants ont apprécié. Quand c’était possible, ils nous poussaient là-dedans. Ça correspond de plus à un courant contemporain de bande dessinée, comprenant des livres scientifiques, historiques, de reportages journalistiques. La bande dessinée représente selon moi un excellent moyen de vulgarisation d’un sujet ou d’une discipline.

Gérald : Un des buts de la revue est de pallier le manque de revues, auparavant très présentes pour se lancer en tant que nouvelle autrice. Comment es-tu arrivée vers 64_page ?

Celia : J’avais vu passer un avis sur internet et j’ai envoyé mes pages. Une semaine plus tard, il y avait également un « atelier-rencontre » avec les éditeurs au Centre belge de la BD. Ce genre de rencontres sont très importantes, car c’est réellement différent de rencontrer une personne, que d’envoyer indéfiniment des projets et recevoir les mêmes mails-type de refus. J’ai aussi participé au prix Raymond Leblanc, pour lequel a également eu lieu une rencontre, avec des discussions autour des travaux. Sinon, on ne sait bien souvent pas vers quoi aller, sur quoi travailler et qu’améliorer.

Dans l’art, malheureusement, le rapport « maître/apprenti » s’est beaucoup perdu, qui existait aussi beaucoup dans l’artisanat. Au sujet des revues de prépublication, c’est très dommage, car ces nécessaires échanges avaient lieu également dans ce cadre, avec l’aspect « groupe de dessinateurs » : des plus jeunes arrivent, reçoivent des conseils des anciens…

Gérald : Toujours au sujet des manières de se faire connaître, nous pourrions parler des prix. Tu as eu un premier prix en Suisse, est-ce également une manière de se faire connaître ?

Celia : Oui. Les concours ont en partie pris un rôle que les revues n’assurent plus. On peut y envoyer des choses dans lesquelles on expérimente, sans devoir tout maîtriser. Car les éditeurs ont tendance aujourd’hui à vouloir tout de suite qu’on soit au point sur tout. Et certains prix offrent une vraie visibilité. Il y a cependant également certains « travers », car il faut en quelque sorte faire ce que le concours désire, entrer dans ses critères, même s’il y a une marge.

Après le prix BDFIL, j’ai proposé trois planches aux jeunes talents d’Angoulême. Elles n’ont pas du tout été retenues, mais j’étais super contente de les avoir faites et j’ai eu de bons retours. Je les ai mises dans mon « book », et des professionnels ont flashé dessus lorsque j’ai pu leur montrer. Certains ont pointé ces pages en disant clairement : « tu dois faire quelque chose dans ce style-là ». Sans ce concours je n’aurais peut-être pas tenté autre chose, avec une nouvelle technique, et je ne me serais pas orientée vers ce style. C’est une bonne surprise pour moi-même. Et puis, il y a une « deadline », des contraintes, ça peut donner de bons « déclics ». C’est un peu comme les exercices de l’école. En fait, en quittant l’école c’est bien de faire les concours, pour garder une sorte de discipline, produire et tenter de nouvelles choses. Ces déclics, quand on n’est pas encore mature, c’est bien pour trouver son style personnel progressivement.

Le prix BDFIL, c’était également très important parce que les trois premiers prix sont invités au festival, et là on rencontre plein de gens, le jury, des éditeurs, des auteurs, l’équipe du festival, le public…

Gérald : Nous sommes la veille du second confinement -littéralement-, comment abordes-tu cette période ?

Celia : Pour moi c’est plutôt positif, j’ai trouvé un fonctionnement. J’ai aussi trouvé des opportunités pour produire, donc je me dis « je peux faire ça, hop je m’y mets ». Je suis plus productive en confinement, je peux explorer plein de choses, même si vu la durée prévue, de plusieurs semaines, j’ai peur un moment de me lasser… Il faut se ménager des pauses mais, globalement, j’aborde ça positivement.

Merci Celia !

(1) Travail visible sur le site du festival : https://www.bdfil.ch/concours-nouveau-talent-2018-2/

(2) Une exposition est prévue dans le courant 2021, en collaboration avec le Musée de la Médecine de Bruxelles (Route de Lennik 808, 1070 Anderlecht)

Vous pouvez voir le travail de Celia Ducaju:
www.behance.net/CeliaDucaju
www.instagram.com/celiaducaju


Mario LANCINI

Il était une fois dans le Dead

La tribu des Ferrand-Verdejo s’entretient avec Mario Lancini sur sa BD « Il était une fois dans le Dead » qui paraîtra dans le numéro spécial Western de 64_page.

C’est ainsi qu’il présente son projet : « Grâce à mes secondaires artistiques et à mes enseignant·e·s passionné·e·s, j’ai eu envie de faire une histoire. Avec le temps, j’ai mis ce projet de côté. Un jour, on me parle d’une académie, d’un cours sympa, d’un chouette prof. J’écoute mes amis et là, tout redémarre. www.instagram.com/ml_skuletton

Mario LANCINI : «Il était une fois dans le dead. C’est avec une touche de poésie, un brin de sarcasme et beaucoup d’humour, que sont arrivés mes squelettes. Skuletton, c’est tout le monde et personne, c’est ceux et celles quinous ont précédés et qui portent un regard sur leur vie, avec le recul de la mort. »

Tribu Ferrand-Verdejo : Bonjour Mario, ton projet « Il était une fois dans le dead » a été sélectionné par l’équipe de 64_page.Tout d’abord, nous aimerions que tu nous expliques ce qui t’a motivé à participer à ce numéro spécial WESTERN de 64_page et comment as-tu envisagé d’y placer ton personnage Skuletton, pourrais-tu nous donner un élément visuel ou scénaristique qui t’a aidé à démarrer ce projet ?

Mario Lancini : Ce qui m’a donné envie de participer?

A la base, j’ai vu la proposition de 64_page pour réaliser quelques planches sur ce thème, juste au moment où je manquais de motivation pour le projet que je réalisais. J’ai donc fait une pause et j’ai dessiné mon shérif, plus pour passer le temps qu’autre chose. Étant inscrit à l’Académie des Beaux-Arts de Châtelet en Bande dessinée et illustrations, cela représentait un bon exercice.

Après je me suis pris au jeu et j’ai poursuivi en ajoutant ce qui dans ma mémoire était symbole de western : shérif, saloon, French-Cancan, indien, etc.

Le début de Il était une fois dans le Dead de Mario LANCINI. BD complète à découvrir dans le 64_page #19 Western – mi-janvier 2021

Tribu Ferrand-Verdejo : Et qu’est-ce qui était le plus difficile et, au contraire, le plus facile à faire dans cet exercice et où as-tu trouvé tes repères pour procéder à exécuter les pages que tu nous as proposées (influences, inspiration, etc.) ?

Mario Lancini : Ce qui était plus difficile c’est le fait que je ne suis pas très friand de western et de l’image de cette période, trop brutale à mon goût. Cependant, ce n’est pas très original mais  “Danse avec les loups” m’a beaucoup marqué. Comment le fait d’apprendre de l’autre tisse une histoire et permet d’aborder une nouvelle approche.

Ce qui était facile c’étaient les repères et les images “clichés” de ces histoires. Tout le monde à une vision d’un saloon, d’une randonnée à cheval sur un sol aride. Facile aussi de savoir sur quelle partie de ce sujet je voudrais interpeller les gens.  Une fois que l’on sait tout ce que l’on voudrait dire c’est un bon début, après il faut s’assurer de respecter les consignes, que ce soit court, clair, et je voulais que l’histoire garde un aspect drôle malgré tout.

Tribu Ferrand-Verdejo : Tes personnages sont très attachants parce qu’ils demeurent très actuels, très ancrés dans une certaine réalité aussi, des « os » qui se révoltent mais néanmoins continuent de bouger harmonieusement en quelque sorte, alors même que tes squelettes nous plongent dans le passé du genre western mais aussi dans l’histoire tragique de tout un continent. Tu évoques, si nous ne nous abusons pas, justement « un regard sur la vie avec le recul de la mort », qu’est-ce que ce recul te permet de faire plus précisément ici, en t’essayant plus particulièrement au genre du western ?

 

Mario Lancini : Ce recul me permet surtout, même si c’est bref, de rappeler que l’Histoire est pleine de leçons et que c’est certes utopique mais ça serait cool que certaines choses ne se reproduisent pas. Ce shérif ne juge plus, il ne demande pas à revenir en arrière, ce qui est fait est fait mais il a eu le temps de se rendre compte des choses et en fait part en gardant le profil bas. C’est l’ancêtre qui nous raconte, c’est l’adulte qui admet ses imperfections.

 

Tribu Ferrand-Verdejo : Est-ce que tu aimerais plonger tes squelettes dans un autre genre ?

Mario Lancini : Oui, il y a un côté challenge et l’avantage de ces squelettes c’est qu’ils ont vécu tellement de choses et qu’il leur en reste tellement à vivre encore, que ça ouvre les possibles.

Tribu Ferrand-Verdejo : Pour terminer, une BD western préférée?

Mario Lancini : Je vais encore manquer d’originalité mais j’aimais beaucoup Lucky Luke et Yakari.

Pour continuer à échanger avec Mario Lancini, vous pouvez retrouver ses squelettes qui ne manquent pas de tendresse ni d’humour sur instagram : www.instagram.com/ml_skuletton et très bientôt sur le spécial western de 64_page !!!