Les auteur.e.s de demain publié.e.s dans le 64_page #20

Marine BERNARD – Poursuite

Interview Gérald Hanotiaux

Marine BERNARD

Pour en savoir un peu plus sur son travail, nous partons à la rencontre de l’autrice de douze planches de toute beauté – dansantes et colorées – présentées dans le numéro 20 de 64_page. Son nom ? Marine Bernard. Le titre de sa bande dessinée ? Poursuite. Pour vous, en direct de Namur, quelques éléments biographiques…

Gérald Hanotiaux. Pourrais-tu te présenter pour nos lecteurs, notamment en regard de ton parcours de dessinatrice ?

Marine Bernard. J’ai vingt-six ans et j’ai étudié l’illustration à l’École Supérieure des Arts (ESA) Saint-Luc de Bruxelles. Après un travail de fin d’études sur les femmes à barbe, je continue à explorer des thématiques liées au corps, au genre, aux relations, le tout marqué par un dynamisme joyeux. Entre autres travaux, j’ai réalisé des illustrations pour la Fédération des Centres Pluralistes de Planning Familial et la revue Philéas & Autobule.

Actuellement, je suis des cours de bande-dessinée à l’Académie des Beaux-Arts de Namur. Cela me permet de continuer à apprendre, notamment en narration, et de conserver un espace de liberté et d’amusement dans le dessin. À côté de cela, j’anime des ateliers artistiques dans une école spécialisée.

Poursuite © Marine BERNARD

G H : Dans notre numéro 20 tu proposes un travail de douze pages chatoyantes. Comment présenterais-tu cette histoire à ses futurs lecteurs ?

M B : Un jeune prêtre austère part à la recherche de trois religieuses âgées, enfuies du couvent. Il se trouve confronté à leurs étranges célébrations, à leurs corps dansants et à leur vieillesse en liesse. Cela ne parle pas de religion mais plutôt de regard, de rencontre et de joie, avec une grande place laissée à la nature et aux sensations.

G H : Un sentiment émerge lors de la lecture : tes pages peuvent être vues comme un plaidoyer à la liberté. Ces pages sont-elles récentes ? Car dans le contexte difficile que nous vivons, on peut ressentir à leur lecture des envies de libération, notamment en voyant les personnages danser et… se toucher !

M B : Que cette impression ressorte de la lecture, j’en suis ravie ! Oui, tout à fait, le récit part, je pense, d’images qui me manquent. J’ai intégré des normes (de genre, de beauté, de réussite sociale…) qui contraignent les corps, parfois au détriment des ressentis et émotions. En contre-pied est née l’envie de mettre en scène des femmes vieilles et désirantes qui, simplement, célèbrent la vie en elles et autour. Se sentir libre dans son corps, changer son regard… Ces thèmes me tiennent à cœur.

J’ai dessiné cette histoire au printemps dernier. Elle n’a pas été pensée en réaction à la situation sanitaire, où les enjeux sont plus complexes que la liberté individuelle, mais en effet, cela m’a fait beaucoup de bien d’y travailler à cette période. Le mélange entre l’ivresse de la saison et les restrictions a certainement contribué à l’énergie déployée pour ce projet.

G H : Pourrais-tu décrire le style graphique choisi pour ces pages ?

M B : Je l’ai voulu dynamique, expressif. La lumière et les couleurs sont posées par touches, à l’aquarelle et au crayon de couleur. L’ambiance est changeante, comme le regard du personnage principal sur ce qui l’entoure. J’ai tenté de garder un dessin spontané, au service des impressions plutôt que de la précision.

G H : La spontanéité que tu exprimes sur ton trait rejoint les impressions de liberté. Ton trait et ton style évoluent-ils en fonction du type de scénario, des faits évoqués dans l’histoire ou, même, des émotions à transmettre ?

M B : Une part de ma manière de dessiner est en constante évolution. Je choisis une technique et pose certains choix graphiques en fonction de l’histoire. Ici, par exemple, travailler avec autant de couleurs représentait une première pour moi. D’habitude, j’utilise des gammes plus restreintes, avec plus d’aplats. Aussi, je continue à apprendre, bien entendu… Par contre, le trait spontané et le mouvement reviennent souvent dans mes dessins, tout comme dans les thématiques traitées.

G H : Pourrais-je te demander quels auteurs et autrices tu citerais parmi tes influences majeures ?

M B : Il est compliqué de choisir, car il y a en a beaucoup, et chacun pour des raisons différentes… Au moment de dessiner cette histoire-ci, j’ai aimé regarder les œuvres de Charlotte Salomon et d’Alechinsky.

G H : Tes réponses, nous l’avons évoqué, font penser à un style en évolution permanente en fonction de ton état d’esprit, il serait donc également susceptible d’embrasser des influences diverses selon les périodes ? Pourrais-tu développer cet aspect ? 

M B : En commençant un projet, il y a souvent une excitation liée à la découverte. J’aime collecter des photos, des couleurs, des œuvres, m’imprégner de tout cela et essayer de nouvelles choses pour aller vers ce que j’ai envie de transmettre. Varier me permet également de renouveler ma manière de regarder. Cela peut aussi signifier changer de technique, de format… Tout cela redynamise le processus. Par exemple, après avoir fini Poursuite, j’avais très envie de sobriété. Cela dit, bien évidemment certaines affinités graphiques se maintiennent d’un projet à l’autre.

G H : Tu as fréquenté des écoles d’art, comment décrirais-tu le rôle d’une école dans un apprentissage artistique ? Y a-t-il une forme d’émulation au contact des étudiants et de leurs manières de travailler, d’avancer dans leurs recherches ? En outre, aujourd’hui tu donnes des cours de dessin, même s’ils se déroulent dans le cadre particulier d’une école secondaire pour des élèves porteurs de handicap, y a-t-il aussi une forme de « retour » d’expérience sur ton propre travail ?

M B : Le rôle d’une école d’art est, me semble-t-il, d’apprendre aux étudiants à développer un regard personnel, en travaillant une pratique plastique placée en parallèle de la culture artistique. Il s’agit également de donner des clés de compréhension du monde culturel, pour permettre d’ensuite se positionner au sein de celui-ci. Le lien avec les acteurs culturels extérieurs a un peu manqué durant ma formation, mais les rencontres d’autres étudiants et les liens créés durant les études peuvent pallier cela. Ils permettent des partages d’expériences, des conseils pour certaines démarches et du soutien, très précieux pour la transition après l’école. Réaliser des projets communs, avoir des retours critiques et de confiance sur son travail, suivre l’évolution des autres, tout cela me permet de continuer à progresser…

En ce qui concerne mes élèves, j’apprends beaucoup à leur contact, les échanges sont riches. Ils ont des perceptions, des sensibilités, des centres d’intérêts très variés et beaucoup de choses à exprimer. Pour certains, le résultat n’est pas aussi important que le fait d’y travailler, le plaisir de réaliser. Ils y mettent une énergie assez communicative ! Et puis quand je travaille sur mes projets, je suis souvent seule. Dès lors, avoir à côté une dimension humaine autour du dessin et me confronter à d’autres manières de voir les choses, c’est très nourrissant.

G H : Pour finir, une question classique : quels sont tes projets actuels ? Travailles-tu sur de nouvelles bandes dessinées, ou éventuellement sur un projet de livre?

M B : Je travaille sur une série d’illustrations. Elles revisitent les représentations de la sexualité lesbienne, un travail lié à une recherche de mémoire collective sur la culture lesbienne au sens large, via des archives, des personnalités historiques, des œuvres réalisées par des femmes contemporaines ou du passé. Cela prend doucement la forme d’un livre. J’aimerais beaucoup revenir ensuite à la bande dessinée.

Merci Marine !

Vous pouvez voir le travail de Marine Bernard sur : https://www.facebook.com/mBDillustration/


Paul PIROTTE – Toro 

Interview Marianne Pierre

Paul PIROTTE

Marianne Pierre : Parle-nous de Toro, de sa genèse: comment t’es venue l’idée? Et peux-tu nous raconter l’histoire de Toro?

Paul Pirotte : Dans mon enfance, j’ai longtemps dessiné des héros de guerre, des chevaliers dans un monde fantastique et pas mal de monstres.

Bien plus tard, j’ai retrouvé ces dessins dans ma cave. Je me souviens qu’à l’époque, je parlais déjà de créer une bande dessinée avec des potes. Mais je ne suis jamais allé jusqu’au bout. Je trouvais que faire une belle bande dessinée prenait vraiment beaucoup de temps.

L’idée de créer cette bande dessinée est venue en mars 2020. J’ai réalisé un dessin dans lequel un guerrier chevauche un taureau et rentre dans une caverne. j’ai posté par la suite ce dessin sur les réseaux sociaux et des amis m’ont dit : « A quand la BD? ». Évidemment, le déclic s’est fait.

Aujourd’hui, j’ai une approche vraiment différente de l’image du guerrier comparé à quand j’étais gosse. Je trouvais ça plutôt chouette de reprendre mes guerriers « surpuissants » de la cave et d’y ajouter aujourd’hui un guerrier noir en quête de sens.

Toro est un personnage s’aventurant vers un point de non-retour. Vers une vie souterraine où les peurs et créatures de sous terre lui font obstacle.

TORO – ©Paul PIROTTE

M P : Quelle est la technique utilisée?

P P : Je suis un amoureux du crayon noir. Sa brutalité et les nuances du noir font écho en moi. Bien sûr, je découvre d’autres techniques comme l’encre noire, le pastel gras noir, le fusain… J’aime vraiment expérimenté toute sorte de techniques pour apporter de la profondeur àl’histoire de Toro.

M P : Comment construis-tu un scénario? Est-ce une étape difficile pour toi?

P.P. : J’ai plusieurs carnets pour écrire l’histoire de Toro. Je compose et réalise des story board avant de passer sur mes planches. En général mes idées fusent lorsque je suis sur le point de dormir. Ce qui est assez frustrant puisque je n’ai pas envie de réveiller ma compagne. Du coup, je garde mes idées jusqu’au lendemain en espérant que je ne les oublie pas.

Pour ce qui est de la deuxième question, il y a des jours où tout semble facile à raconter et d’autres pas.

M P : As-tu des inspirations en général, et en particulier pour Toro (inspirations BD)?

P.P. : Je ne m’inspire pas de bande dessinée à proprement parlé mais plus de contes, de légendes, du merveilleux. Je peux facilement regarder une oeuvre d’un artiste pour en déceler toute l’atmosphère et me créer une histoire autour.

Pour citer des noms : Pierre Dubois, J.R.R Tolkien, Jules Verne, Kentaro Miura, Kay Nielsen, Batman, John Howe, Moebius, Donnie Darko, MC Escher, le secret de Ji, L’histoire sans fin, Labyrinthe (avec David Bowie, si si, je vous jure), Dark City, … Et tant d’autres.

J’aime particulièrement les histoires sur le temps.

M P : As-tu envoyé Toro à des éditeurs?

P.P. : Oui mais sans réponse pour l’instant.

M P : Quels sont tes projets?

P.P. : J’aimerai faire éditer Toro, continuer son histoire et bien sûr dessiner encore et encore

 

Pour découvrir le travail de Paul Pirotte :

https://paulpirotte62.wixsite.com/paulpirotteart

Instagram : @paul_pirotte

 


Sandrine CRABEELS – En Animal

Interview Philippe Decloux

Sandrine

 

CRABEELSPhilippe Decloux : Dans ta petite présentation pour 64_page, tu dis que tu reviens à tes amours l’illustration narrative. Raconte-nous ton cheminement depuis ton diplôme en communication visuelle?

 Sandrine CRABEELS : Je suis sortie de l’ERG EN 1997, j’y ai étudié la bande dessinée, la première année, et suis passée au cours d’illustration avec Marianne De Grasse les suivantes. L’important pour moi était de raconter des histoires et de produire des images. Un peu plus tard j’ai proposé mon travail de fin d’études sur Carmen (opéra de Bizet) à la foire Bologne et j’ai été sélectionnée. Mais cela n’a pas débouché sur une publication alors je me suis tournée vers le graphisme pour continuer de travailler dans l’image et gagner ma vie. Après plusieurs expériences dans différents studios (j’ai notamment travaillé chez Levi’s), j’ai fondé le mien à Liège en 2004, crab’graphic, et me suis plongée dans les projets de mes clients : beaucoup d’identités, des sites web, des brochures d’entreprises, des publications pour le secteur culturel. J’ai bien sur continué à dessiner et j’ai produit pas mal d’illustrations pour mes clients.

En animal ©Sandrine Crabeels

-PH Dx : Nous avons tous, un jour ou l’autre, imaginé les personnes que nous rencontrons En animal. Tu te mets en scène dans cette courte BD bien enlevée et lumineuse. C’est une sorte de conte joyeux, les métamorphoses n’y sont pas dramatiques. D’où te vient ce récit ? Comment l’as-tu construit ? Les BD où l’auteure se met en scène sont assez rares. Pourquoi ce choix ? 

S C : J’aime beaucoup la description que tu fais de mon travail :-). Je travaille depuis déjà un an sur un long récit graphique, une aventure dans un univers onirique. Quand j’ai découvert 64_page j’ai eu envie de proposer quelque chose, mais je n’avais rien sous la main. Et puis j’ai fait ce rêve, une histoire courte bien construite, en plein dans mon univers. Je me souviens même avoir pensé, endormie, « La voilà, mon histoire! » J’ai pris ce cadeau de mon inconscient (une sorte d’écriture automatique) et je l’ai retranscrit en bd. J’ai juste inversé un passage ou l’autre pour lui donner plus de teneur.

Comme il s’agissait d’un rêve j’étais la protagoniste principale et des personnes de mon entourage tenaient les rôles secondaires. J’ai choisi de garder le rôle principal et donner d’autres noms aux personnages secondaires, mais certain·e·s se reconnaîtront peut-être, s’il·le·s lisent le 64_page !

Ph Dx : Où as-tu découvert 64_page? Quel intérêt vois-tu dans cette publication? 

S C : Sur Facebook, la page « Soutien public à la bande dessinée » relayait une info de la publication. Curieuse, j’ai découvert le site web, reconnu Olivier Grenson et Vincent Baudoux qui m’ont donné cours à l’ERG (dont j’ai gardé d’excellents souvenirs). Je me suis abonnée.

C’est extra de donner une visibilité aux jeunes auteurs, de découvrir des talents, des univers très différents, vierges des impératifs commerciaux, plus « purs ». C’est inspirant, ces découvertes.

Ph Dx : Quels sont tes projets ? Comment vois-tu ton parcours dans la BD ou/et l’illustration?

Il y a ce récit graphique sur lequel je travaille, il me faudra sans doute encore 2 ans ou plus pour aboutir. D’autant que je continue d’assurer mon travail au sein de crab’graphic.

L’an dernier j’ai sorti un outil thérapeutique, suite à une rencontre avec une psychothérapeute. C’est un outil qui existait (le jeu de l’oie systémique) ; j’ai tout redessiné et je l’ai produit pour le vendre aux thérapeutes intéressés. Ça marche plutôt bien, aussi je travaille à présent sur un nouvel outil, un jeu de carte, un « photolangage » toujours destiné aux thérapeutes. Je conçois chaque carte comme un mini-récit, toujours dans un univers onirique, le travail est validé (ou amendé) par mon amie psychothérapeute.

Ph Dx : Ton parcours est déjà bien dense et tu as un vécu comme dessinatrice, qu’aurais-tu envie de dire aux auteur.e.s plus jeunes qui font leurs premiers pas dans 64_page ?

S C : Croire en ses rêves, se donner les moyens d’y arriver et surtout, tant que possible, profiter de la route… !

Pour faire connaissance avec le travail de Sandrine :

www.crabgraphic.com

Instagram : @sandrine.crabeels

 


Corentin MICHEL  – Attraction lunaire

Interview de Gérald Hanotiaux

Dans le numéro 20 de 64_page, l’auteur rencontré aujourd’hui propose une bande de trois planches intitulée Attraction lunaire, qui nous plonge dans une ambiance de douce science-fiction… Depuis la région de Charleroi il nous livre quelques repères biographiques, agrémenté de réflexions sur le monde de la bande dessinée.

Gérald Hanotiaux. Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Corentin Michel. J’ai trente-neuf ans, j’ai deux enfants, deux garçons de neuf et onze ans, et je suis architecte. Je dessine depuis tout petit et, à l’école primaire déjà, je suivais un cours dans lequel j’ai pu expérimenter un tas de techniques de dessin et de peinture. Je dois avoir commencé mes premières bandes dessinées vers douze ans. J’ai choisi l’architecture comme discipline professionnelle, en partie pour la présence du dessin dans le travail. Après mes études, j’ai suivi les cours de bande dessinée de Philippe Cenci à l’Académie de Boitsfort, pendant un an ou deux. Ensuite j’ai décroché, je n’étais pas très régulier et mon travail a pris le dessus. Je suis resté sans faire de bande dessinée pendant quelques années, et ne dessine malheureusement plus du tout dans mon métier. Il y a trois ou quatre ans, je m’y suis remis et suis retourné aux cours de Philippe Cenci, à l’Académie de Châtelet cette fois.

Bon retour dans le monde de la BD ! Pour allécher nos lecteurs, comment présenterais-tu le travail en trois pages présent dans ce numéro, tant au niveau scénaristique qu’au niveau du style graphique adopté ?

Cette histoire en trois planches a été réalisée pour le concours Jeunes Talents d’Angoulème. Comme il s’agissait d’une histoire courte, au niveau du style c’était l’occasion de tester quelque chose de différent. Je dessine habituellement sur tablette mais je suis parti, ici, sur des planches entièrement réalisées au crayon. On peut d’ailleurs encore y voir les traits de recherche, un moyen d’obtenir un résultat au style plus « spontané »… Par la suite, je suis repassé à la tablette pour poser les couleurs. À ce sujet, je suis resté dans une gamme limitée, pour tenter d’avoir un rendu plus « contemporain », avec un contraste composé d’un mélange de turquoise et d’orange.

Attraction Lunaire ©Corentin Michel

Au niveau du scénario, l’histoire est le mélange de deux idées. L’une vient d’un article sur des architectes travaillant déjà sur de futures bases lunaires, l’autre repose sur un reportage racontant l’histoire d’un type du fin fond des Etats-Unis, dont la vie entière a été habitée par la construction d’appareils pour communiquer avec l’espace. J’ai pensé au personnage, assez classique, du savant fou vivant dans une base spatiale pour y préparer des plans machiavéliques. Sauf que dans mon cas il s’agit d’une femme, ce qui influence l’interaction avec le personnage présent sur terre. Il s’ensuit un démêlé absurde…

Quelle a été la motivation de saisir cette opportunité d’une publication dans notre revue ? Plus globalement, que dirais-tu des possibilités / difficultés pour un débutant, aujourd’hui, de faire connaître son travail ?

L’avantage d’être publié dans un magazine comme 64_page, c’est d’être lu par un plus grand nombre. La plupart du temps, ce que l’on dessine en tant qu’amateur finit au fond d’un tiroir, puis on passe à autre chose. L’idéal serait évidemment d’être publié par un éditeur mais pour cela il faut atteindre un très bon niveau. Le reste du temps, il y a les réseaux sociaux, je poste des dessins sur Instagram, ainsi que quelques planches. Pour ces dernières, le format s’y prête assez peu, il faut presque redécouper chaque planche classique en cases, afin que l’histoire puisse être lue. En outre, poster là signifie aussi être vite noyé dans un flux continu d’images.

En effet, si l’on se balade sur internet il semble y avoir pléthore de dessinateurs. Impossible de savoir s’ils sont plus nombreux qu’avant, ou si ce sont les occasions de voir leur travail qui se sont multipliées… Un peu des deux sans doute.

Pour ma part, Instagram m’a surtout permis de découvrir énormément d’illustrateurs à travers le monde, ce qui est une source de motivation et d’inspiration. Il y a également quelques bonnes chaînes Youtube avec des conseils et des interviews d’illustrateurs, de « concept artists » travaillant dans le jeu vidéo ou d’autres secteurs,… De plus en plus d’illustrateurs présents sur Instagram créent leur chaîne Youtube, afin que leurs abonnés découvrent leur manière de travailler, mais aussi leur vie de tous les jours, leurs voyages,… Il ne suffit plus d’être bon en dessin pour sortir du lot, il semble falloir se créer une « image complète » pour bénéficier d’un suivi et, éventuellement, d’un public qui voudra ensuite acheter nos créations. Tout cela demande du temps.

Dans le passé, de nombreuses revues existaient pour permettre aux auteurs de s’occuper de l’animation d’un journal, de petites illustrations, puis d’histoires courtes, etc. Le fait d’être publié permettait d’avancer à son rythme tout en se confrontant au regard du public. Tu l’évoques plus haut, pour les éditeurs aujourd’hui il semble qu’il faille être très bon tout de suite. En quelque sorte, ils peuvent se diriger directement vers ceux qui correspondent à leurs attentes. Le corollaire ce cette situation ne serait-il pas un mouvement convergent vers une certaine homogénéité ?

Je ne sais pas si les dessinateurs convergent vers un même style de manière consciente, pour répondre à des attentes d’éditeurs… Il est difficile d’avoir une vue d’ensemble. Je suppose qu’à chaque époque, les dessinateurs ont dû être influencés par les auteurs appréciés, comme dans beaucoup de domaines artistiques. Par contre, mon impression est que les outils numériques aboutissent à beaucoup de travaux aux styles semblables. Sur Instagram, on trouve un tas de profils de jeunes dessinateurs présentant les mêmes personnages, les mêmes couleurs et les mêmes effets de lumière, le tout réalisé avec les mêmes outils Photoshop.

En tous cas, au final il ne semble pas y avoir de style standard dans les achats des lecteurs. Sur les sites présentant les meilleures ventes, on trouve de tout : du manga aux romans graphiques, du nouveau Lucky Luke à l’Arabe du Futur en passant par un pavé de Science-Fiction. Je trouve ça rassurant, n’importe quel type d’histoires et de dessins peuvent encore émerger, de manière inattendue.

On a en effet également l’impression, quand on va dans une (bonne) librairie, d’une grande diversité de travaux et de styles, surtout dans les publications de petits éditeurs, souvent peu rémunérateurs… Comment faire sa place de dessinateur aujourd’hui, tout en espérant voir son travail correctement rémunéré ?

Je ne sais pas très bien comment de jeunes dessinateurs peuvent se lancer aujourd’hui. En regard des avances sur droits et du pourcentage de droits d’auteur assez faibles – à diviser s’il y a plusieurs intervenants – il est difficile d’imaginer vivre du dessin sans avoir un travail « alimentaire » en parallèle. De plus, l’impossibilité pour les libraires de mettre en vitrine et en évidence les parutions, tellement elles sont abondantes, doit faire passer certaines bandes dessinées directement à la trappe, sans leur laisser une chance d’être découvertes. Quand j’étais petit je lisais les Spirou de Franquin, vieux déjà de quarante ans. Aujourd’hui, les BD ont l’air d’avoir une durée de vie d’un mois !

Quelle serait la situation idéale pour démarrer aujourd’hui, en tenant compte des différents éléments évoqués ci-dessus ?

Difficile à dire, mais peut-être y a-t-il une piste vers la bande dessinée en ligne, qui commence à se développer. Bon, de ce que j’ai lu, le rythme imposé semble être d’un épisode de 40 à 60 cases par semaine, soit l’équivalent d’une planche finie par jour avec les couleurs, ce qui me semble infernal. Mais peut être que, plus jeune, ça m’aurait plu.

Ce défilement vertical permet d’explorer une autre mise en page, où l’on découvre chaque case du haut vers le bas. Cette présentation, par exemple, permet d’explorer des narrations nouvelles au sein d’une même grande case. En tout cas, ça donne envie de le tester au moins une fois… Dans notre contexte actuel, cela semble être une suite « logique », c’est à dire une opportunité face aux adolescents rivés plusieurs heures par jour sur un écran : il devrait être faisable de leur intercaler un créneau webtoon… Cela permet également de découvrir des BD que l’on n’aurait pas achetées en version papier et, accessoirement, de ne plus avoir sa maison remplie de livres lus une seule fois, qu’on ne sait pas où caser.

Tu évoques brièvement la question des influences et des auteurs qu’on a aimé… Qui citerais-tu parmi les auteurs marquants pour toi ?

J’ai commencé la bande dessinée, sans grande originalité, en recopiant des dessins d’Hergé et de Franquin… Mon premier choc visuel a dû être les Idées Noires de Franquin, dont le dessin ne ressemblait à rien de ce que j’avais déjà lu. Ensuite, je citerais les albums de Tome et Janry, dont j’adorais le dessin et le scénario. À sa sortie, leur dernier Spirou, Machine qui rêve, m’avait vraiment motivé à dessiner. Dans un autre registre, j’ai lu et relu La Malédiction des sept Boules Vertes de Laurent Parcelier, mais je ne suis pas sûr que cette série soit très connue. Les dessins n’étaient pas toujours parfaits mais j’y trouvais énormément de bonnes trouvailles au niveau du scénario. La première BD plus longue que j’ai dessinée jusqu’au bout, quand j’étais adolescent, en était fortement inspirée.

Je découvre ensuite Lewis Trondheim et tous ses amis, avec Lapinot, Donjon puis tous les autres albums qu’il a réalisés ou auxquels il a collaboré. Je suis toujours loin d’avoir fait le tour de son travail… Lorsqu’il s’impose des contraintes en démarrant un album, il arrive toujours à un résultat différent des BD habituelles. Dans Les Carottes de Patagonie, par exemple, il se lance dans une histoire improvisée de 500 pages et clôture à la page 500, que l’histoire soit finie ou non. Il recrée un peu le même processus avec Les Herbes Folles, un album récent de Lapinot, pour lequel il a publié chaque jour un dessin sur Instagram, du 1er janvier au 31 décembre. En démarrant, il n’a aucune idée d’où il va, mais il débouche au final sur un OVNI de 365 pages. De temps en temps, je me lance dans une BD improvisée, mais je finis hélas toujours par décrocher… Se lancer ce genre de défi a un côté excitant, mais le plus dur est de s’y tenir dans les temps prévus. Les auteurs que j’aime le plus réalisent des albums comprenant une idée par case, avec un vrai rythme dans l’histoire. C’est la raison pour laquelle certains romans graphiques, où les auteurs se complaisent dans des cases d’ambiance à n’en plus finir, me tombent généralement des mains…

Au niveau du scénario, les lectures qui m’ont le plus fait aborder mes histoires différemment sont les livres de Stephen King. Dans tous ses romans, les personnages font l’histoire, pas l’intrigue. Au bout des cinquante premières pages, ils existent réellement, on se sent concerné par ce qui leur arrive et on y croit. Arrivé à la dernière page, on est presque déçu de les quitter… Rien de pire qu’une histoire où le personnage principal est ambigu et non-attachant, où le fait qu’il meure à la page suivante nous laisse indifférent. À tous ceux qui voudraient se lancer dans le scénario, je conseille son livre Écriture – Mémoires d’un métier. On se sent galvanisé après l’avoir lu, comme si le fait d’écrire allait ensuite couler de source… Bon, dans les faits hélas, ça ne se passe pas vraiment comme ça, mais il faut l’avoir lu au moins une fois !

Quels sont tes projets pour la suite ? Travailles-tu sur de nouvelles histoires, sur un projet de livre ?

Pour le moment, je dessine l’adaptation d’un roman lu étant petit, Le Dernier des Vampires, de Willis Hall, destiné aux dix-douze ans. J’en suis à la page 8, sur 46. Je compte l’envoyer à un éditeur mais je voudrais surtout le terminer avec certitude, même si le projet n’est pas pris. Je me suis également lancé il y a quelques mois dans l’écriture de scénarios, et je viens de terminer le découpage de deux histoires en 46 planches. Vu que je dessine assez lentement, faire uniquement le découpage me permet d’aller rapidement au bout de mon idée. Cet aspect créatif m’intéresse de plus en plus. Il ne me reste plus qu’à trouver un dessinateur pour se lancer dans l’aventure, car si je dois les dessiner moi-même après Le Dernier des Vampires, j’y serai encore dans dix ans. (NDLR. Avis aux amateurs et amatrices) Sinon, je viens également de finir mon découpage de quatre planches, à présenter prochainement pour… le 64_page spécial Polar à venir ! Y a plus qu’à …

Merci Corentin !

Vous pouvez voir le travail de Corentin Michel sur : https://www.instagram.com/corentin_mitchoul/


Les grandes interviews de Gérald . 2

Lison FERNÉ

L’autrice Lison Ferné a publié ses travaux dans deux numéros de 64_page : Le mariage dans notre numéro 3 et Iceman dans notre numéro 8. Poursuivant son chemin, elle atteint un premier aboutissement au début de l’année 2020 en publiant son premier album – aujourd’hui primé – chez CFC Editions : La déesse requin.

Gérald Hanotiaux : Parmi les autrices et auteurs publiés dans 64_page, tu fais partie depuis un an du « club » – de plus en plus grand – de celles et ceux ayant publié ensuite leur premier album. La déesse requin a paru il y a déjà un an : avec ce léger recul, pourrais-tu évoquer cette expérience d’une première publication, tout en présentant la thématique du livre et ce qui t’a motivée dans cette histoire ?

© Lison Ferné – La déesse requin (toutes les planches publiées ici)

Lison Ferné : L’histoire de La Déesse Requin s’inspire d’un conte chinois apparenté à la Petite Sirène, d’Hans Christian Andersen. De ce récit, j’ai avant tout voulu faire ressortir cette porosité entre monde animal et monde humain. Je trouvais très intéressant ce côté hybride et un peu bizarre de l’univers du conte. Le personnage principal concentre cela : elle a une forme humaine la plupart du temps, mais est originaire d’un monde animal, elle adopte ainsi leurs intérêts dans l’histoire.

En terminant ce projet, je me suis rendu compte qu’il me tenait vraiment à cœur, non seulement dans les thèmes abordés mais aussi pour l’aspect graphique. J’avais vraiment envie d’y croire, même si je savais qu’il me faudrait sans doute retravailler pas mal de choses, j’y étais prête. Je me suis lancée dans la recherche d’un.e éditeur.ice et à partir de là, tout est allé très vite.

Gérald : Ton éditeur, CFC Editions, n’est pas un éditeur habituel de bande dessinée. Leur travail éditorial nous semble particulièrement intéressant, notamment au sujet du patrimoine culturel et architectural bruxellois… Le voir s’intéresser à la bande dessinée est pour nous une excellente nouvelle. Pourrais-tu évoquer ton sentiment sur le fait d’être éditée par un éditeur a priori non spécialisé dans cette discipline ? Comment avez-vous travaillé, de quel accompagnement éditorial as-tu pu bénéficier ?

 

Lison : Le plus intéressant, dans le processus d’édition, tient dans un grand travail de relecture réalisé en collaboration avec mon éditrice. Grâce à ce regard extérieur, j’ai pu peaufiner mon histoire, en améliorer beaucoup de visuels… J’ai énormément appris, et la confiance de la maison d’édition m’a été très précieuse.

Comme vous l’avez dit, CFC publie très peu de la bande dessinée, ainsi d’ailleurs que peu de livres en général. Iels apportent énormément de soin à leurs productions, c’est un des aspects de leur travail qui m’a beaucoup touché. La facture de La Déesse Requin est très soignée : la qualité du papier, de la couverture et de l’impression assurent comme résultat un très bel objet.

Gérald : Depuis ce 9 janvier 2021, tu fais également partie du club des premiers albums aux qualités reconnues, puisque tu as reçu le prix Artemisia Écologie. À 64_page, cela nous fait chaud au cœur. Avant tout pour toi, bien sûr, mais aussi pour notre projet, car ce prix appuie une pertinence certaine de nos choix. Pourrais-tu évoquer tes sentiments personnels face au fait d’être primée, mais aussi l’impact imaginable de ce prix sur la suite de ton parcours d’autrice ? En outre, que penses-tu de le recevoir au nom de l’écologie ?

Lison : J’ai été très surprise et ravie de ce prix, je ne m’y attendais pas du tout ! De plus, je suis vraiment honorée d’avoir reçu la mention « Écologie », si importante pour moi. Penser que mon travail puisse aider dans ce domaine, ne serait-ce qu’un peu, me fait vraiment chaud au cœur. Cette mention devrait sans doute aider à diffuser plus largement cet album.

Gérald : Ce prix tire son nom de l’artiste italienne Artemisia Gentileschi, peintre du 17ème siècle. L’objectif du prix, lancé en 2007 par les autrices Jeanne Puchol et Chantal Montellier, est de mettre en avant la production des femmes dans la bande dessinée. Que représente ce prix pour toi ?

Lison : Au sujet du prix Artemisia en lui-même, je connaissais ce prix de nom, et iels font un travail remarquable. Je trouve ça très important que de tels prix existent. A mon avis, c’est une des façons de changer le monde à l’échelle de chacun.e : s’allier pour donner plus de visibilité à celles et ceux qui en ont moins.

En tout cas, ça me motive encore plus pour faire des efforts dans de prochains projets !

Gérald : Dans les numéros 3 et 8 de notre revue, tu as proposé deux exemples de ton travail, qui semble explorer une palette de styles très variés. Dans ton album, tu présentes des planches somptueuses en noir et blanc, tracées à la plume et à l’encre de chine. Peux-tu nous parler du style graphique choisi pour le livre ? Pourquoi celui-là, pour cette histoire-là ?

Lison : Effectivement, j’aime diversifier les techniques et explorer de nouveaux univers graphiques grâce à de nouveaux médiums.

À l’origine, pour raconter l’histoire de La Déesse Requin, j’avais dans l’idée d’utiliser deux styles graphiques différents, l’un en couleur et l’autre en noir et blanc. Par le graphisme, je voulais marquer la rupture entre les deux univers de l’histoire. Après plusieurs essais en couleur, je me suis rendu compte que l’encre de chine et la plume me permettaient plus de dynamisme, ainsi que plus de détails dans les scènes à représenter. C’est pour cela que j’ai finalement choisi de l’utiliser du début à la fin.

Gérald : Quelle est l’importance de tester différents styles, pour éventuellement trouver le tien ? Dans la suite de cette idée, que dirais-tu de l’intérêt de trouver des supports de publication, pour pouvoir continuer à explorer ces styles ? Quelle place a pris les publications dans 64_page, au sein de ton parcours ?

Lison : Quand on publie une histoire, il y a quelque chose de très concret qui ajoute beaucoup d’excitation à un projet. On a vraiment l’impression d’avoir accompli quelque chose, quel que soit le support. Aussi, une sensation étrange et un peu impressionnante apparaît lorsqu’on se rend compte que son travail va être lu par d’autres personnes, qui nous sont souvent totalement inconnues. On offre vraiment son travail à un public plus large, et c’est très enrichissant d’obtenir des retours de cette manière. Pour cette raison, j’ai adoré participer à 64_page. Pour moi, c’était vraiment un premier pas professionnel, une sorte d’entrée officielle dans le monde de la bande dessinée.

Gérald : Avant ce premier album, tu as également fait partie de l’aventure du fanzine Bien, monsieur, lauréat en 2018 du « Prix de la Bande Dessinée Alternative » au festival d’Angoulême. Pourrais-tu nous parler de cette aventure éditoriale ?

Lison : Bien, Monsieur est une revue de bande dessinée qui réunit plusieurs auteur.ice.s sur des thèmes d’actualité. J’ai eu la chance d’y publier une petite série, en cinq épisodes, traitant du féminisme et de l’aïkido, deux thèmes que je voulais réunir dans une histoire sous forme de conte. L’expérience était réellement enrichissante, car nous étions totalement libres, tant pour les thèmes abordés que pour le traitement graphique. J’ai pu explorer des techniques que je n’utilisais que rarement auparavant. C’est d’ailleurs là que j’ai commencé à m’approprier l’encre de Chine et la plume. De plus, humainement, c’était aussi une belle aventure. Avec les autres membres de Bien, Monsieur, nous nous retrouvions régulièrement lors de salons, ou lors de vernissages.

Gérald : Tu as fréquenté l’ERG à Bruxelles, l’école de recherches graphiques. Quelle importance cela représente-t-il de passer par l’enseignement artistique ?

Lison : Les écoles sont selon moi importantes, en particulier pour les liens que l’on peut y créer, avec les autres étudiant.e.s comme avec les professionnel.le.s qui y enseignent. On y diversifie ses références et sa culture, on s’ouvre beaucoup grâce à cela. J’ai aussi eu la chance d’avoir de très bon.ne.s enseignan.t.e.s, qui m’ont permis de développer mon art de la meilleure façon, sans chercher à imposer un style en particulier ou à me faire rentrer dans un cadre. En cela, j’ai vraiment passé un excellent moment à l’ERG.

Gérald : Question classique, pour terminer : as-tu déjà un nouveau projet de livre ? Sur quoi travailles-tu, que peut-on attendre pour assouvir nos plaisirs de lecteurs et lectrices ?

Lison : Plutôt que sur de la bande dessinée, je travaille pour le moment sur des recueils d’illustrations, une autre part importante de mon travail. Un livre est en préparation sur des créatures fantastiques, et un autre sur des sirènes masculines. Cela m’enthousiasme beaucoup ! Je n’ai pas encore de nouveau projet de bande dessinée en cours, mais ça ne saurait tarder…

Merci Lison !

(Février 2021)

 

Vous pouvez voir le travail de Lison Ferné sur :

https://lisonferne.wixsite.com/lisonferne

Les grandes interviews de Gérald . 1

 

Aurélie WILMET                                          

La jeune autrice rencontrée aujourd’hui rejoint le groupe, de plus en plus large composé de celles et ceux publiant un premier album après être passée par notre revue 64_page. En outre, cela se réalise de manière brillante : elle a reçu le prix de la première œuvre en bande dessinée pour l’année 2020, au sein des Prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Son album « Rorbuer » est publié par Super Loto Éditions.

 

Gérald Hanotiaux : Bonjour Aurélie, pour démarrer, pourrais tu te présenter à nos lecteurs, tout en évoquant ton parcours de dessinatrice ?

Aurélie Wilmet : Née à Bruxelles en 1991, j’ai très vite réalisé que j’aimais dessiner, avec le projet d’un jour poursuivre des études dans ce domaine. J’ai également compris qu’il allait me falloir de la détermination pour avancer et rester fidèle à mes choix, dans une famille pas toujours en accord avec mes décisions et plutôt adepte de cette idée que « L’art et la culture sont des passions et non des métiers d’avenir ».

Plus que déterminée, j’entame des études secondaires à Saint-Luc Bruxelles en Arts plastiques. En 2010, je tente l’examen d’entrée pour le bachelier d’illustration à l’Ecole Supérieure des Arts (ESA) Saint-Luc Bruxelles où, hélas, j’échoue. Un peu perdue, je me dirige vers une première année de bachelier à l’ESA « le 75 », en peinture, en attendant l’année suivante pour retenter l’examen d’entrée de Saint-Luc. Je qualifierais cette année au 75 de « déconcertante et libératrice » au cours de laquelle je découvre le laisser aller dans le processus créatif, et l’exploration de soi dans la recherche.

En 2011, après de nombreuses hésitations, je retente l’examen d’entrée et j’intègre l’ESA Saint-Luc en Illustration. J’apprends la technique, la décomposition d’un récit, la création d’un scénario… et je comprends mon manque d’une liberté d’expression, une autonomie, pourtant découverte lors de mon année de peinture au 75. Pour cette raison, j’entame en 2014 un master en « Narration spéculative », option « Illustration bande dessinée » à l’École de recherche graphique (ERG). Je découvre mon style, le feutre et les crayons de couleur, et les sujets qui me passionnent. C’est durant ce cycle d’études qu’est démarré « Rorbuer », en 2016, après un voyage en Norvège où je découvre le folklore et les contes nordiques.

Insatisfaite par le projet présenté lors de mon jury, je le place sur le côté jusqu’en 2017, (ndlr: dans son N°11 d’avril 2017, la revue 64_page prépublie 8 pages de Rorbuer) moment où je le retravaille et obtiens la bourse « découverte », réservée aux jeunes auteurs de bande dessinée de la fédération Wallonie Bruxelles. En 2018, je pars vivre et travailler au Québec pour me recentrer et terminer le projet « Rorbuer »,et enfin le présenter à des éditeurs.

En 2019, Super Loto Editions me propose de le publier : commence alors cette « Super aventure », qui mènera à ce prix de la première œuvre en bande dessinée, reçu le 1er décembre 2020.

Rorbuer © Aurélie Wilmet

 

 

Gérald : Dans le numéro 11 de 64_page certaines de tes planches ont été publiées, extraites déjà de Rorbuer. Le prix reçu pour ton premier album prouve en quelque sorte que ce travail de prépublication et de découverte a tout son sens, nous avons manifestement eu raison…

 

Pourrais-tu expliquer ta motivation à publier ces pages dans notre revue ? Et quel rôle peut jouer le fait de se voir publiée, dans un processus d’élaboration de premiers travaux ?

Aurélie : J’avais déjà entendu parler de 64_page pendant mes études, mais je ne m’étais malheureusement jamais penchée sur le travail de cette revue qui aujourd’hui me semble être primordial. C’est en me rendant à la « journée rencontres » du Centre belge de la BD avec les premières planches de « Rorbuer », en 2016, que j’ai réellement découvert la revue et son travail de découverte de jeunes auteurs. C’est au cours d’une discussion avec Philippe Decloux que j’ai réalisé l’ampleur du projet de 64_page, mais aussi mon envie de faire partie de l’aventure en proposant le début de cette histoire qu’est « Rorbuer ».

64_page est devenu un tremplin pour les jeunes auteurs qui souhaitent, non seulement gagner une première visibilité, mais également prendre confiance dans les projets qu’ils souhaiteraient soumettre par la suite à des éditeurs. Personnellement, cette première publication m’a encouragé à continuer ce projet, il me tenait à cœur mais, comme c’est souvent le cas hélas, je manquais un peu de confiance en moi, je n’étais pas certaine qu’il ait suffisamment d’intérêt pour être proposé à des éditeurs.

Gérald : Que penses-tu du rôle d’un prix dans l’émergence d’une nouvelle autrice… Peux-tu déjà mesurer les répercussions d’une telle visibilité?

Aurélie Wilmet savoure

 

le prix qui couronne

 

son premier album

 

Aurélie : Non, je pense qu’il n’est pas possible à l’heure actuelle de réaliser les répercussions de ce prix sur mon travail d’autrice de bande dessinée. D’après moi, obtenir un prix à ce stade est une chance, une reconnaissance pour un travail, mais surtout un coup de pouce vers de nouveaux projets. C’est le plus important : convaincre les jeunes auteurs et autrices que leur travail a du sens et qu’ils méritent une visibilité.

Gérald : Pourrais-tu partager tes réflexions sur le contexte actuel de la bande dessinée, où il n’y a jamais eu autant d’œuvres à lire. Les éditeurs classiques, qui ont compris l’importance de leur patrimoine et l’intérêt de le mettre en valeur, cohabitent avec une abondance de petits éditeurs réalisant un travail de découverte, parfois important avec peu de moyens. Comment émerger dans cette abondance, et comment envisager sa « subsistance », nécessaire pour pouvoir avancer dans son travail artistique ?

Aurélie : Avant de réellement me lancer dans la recherche d’un éditeur, je n’avais jamais réalisé le nombre de petites structures indépendantes qui avaient émergé ces dernières années. Sincèrement, je suis fascinée par le travail fourni par ces petites structures. Elles permettent, par leur nombre et leur diversité, de proposer toujours de nouveaux moyens d’interpréter la bande dessinée. Il est bien évidemment difficile de s’y retrouver dans cette abondance de sorties, mais en même temps c’est une preuve que la bande dessinée classique est toujours aussi présente, tout en étant questionnée par cette émergence d’éditeurs indépendants réinventant le genre.

Je n’ai pas réellement de réponse à la question de comment émerger parmi cette abondance, car même si aujourd’hui je suis heureuse que « Rorbuer » ne soit pas passé inaperçu lors de sa sortie, je comprends aussi que l’important est de rester fidèle à ce qui nous anime… Avec un peu de chance, on retrouvera cette passion dans nos récits. Il ne faut pas se mentir, la « subsistance » d’un auteur n’est pas assurée par les ventes faites par son premier livre. Soyons sincères, c’est loin d’être la réalité. Je pense donc qu’il est important de rester réaliste, mais également de réaliser la possibilité de travailler dans ce domaine.

Dans ma courte expérience, j’ai rapidement compris qu’il fallait apprendre à créer des dossiers pour les demandes de bourses, de résidences d’artiste… C’est grâce à ce type d’opportunité que l’on trouve la motivation et le temps, mais surtout l’argent, pour nous permettre d’avancer dans nos projets avec plus de sérénité. D’après moi, c’est en créant des opportunités qu’on émerge dans la bande dessinée, comme d’ailleurs dans bien d’autres domaines.

Rorbuer © Aurélie Wilmet

Gérald : Pour finir, pourrais-tu présenter ton album aux lecteurs de 64_page ? Sans déflorer celui-ci, peux-tu en résumer les thématiques et ce que tu as voulu faire passer aux lecteurs ?

Aurélie : Comme évoqué tout à l’heure, « Rorbuer » est une bande dessinée commencée en 2016, lors de ma dernière année de Master. Beaucoup de choses ont changé depuis, mais le Nord et les « Rorbuer » sont restés. Le mot Rorbuer désigne les petites cabanes de pêcheurs que l’on peut trouver dans le nord de la Norvège. Je l’ai choisi pour titre de cette bande dessinée, à l’intention d’un lecteur désireux de se plonger dans une expérience visuelle et mystique, au cœur d’un village perdu du Grand Nord. L’histoire prend place au sein d’un village côtier nordique, où les mythes et légendes rythment et gèrent le quotidien des habitants. À l’exception d’un lexique placé à la fin du livre, la bande dessinée est muette, découpée en quatre parties reprenant les termes norvégiens qui me permettent de structurer le récit et les cérémonies rituelles : Tørrfisk, Misteltein, Lysstråler et Fiskekongen.

Chaque chapitre met en place une série de croyances où la mort physique des hommes en mer n’est pas le dernier stade de leur être, mais bien un passage, laissant l’âme perdue s’accrocher au banc de poissons… Mon récit part de cette première croyance pour évoluer vers des rites, cérémonies de guérison et d’hommage, à la frontière où se touchent les froides immensités terrestre et maritime. Principalement inspirée par les contes folkloriques et la mythologie nordique, j’utilise les entrechoquements de couleurs froides et chaudes en utilisant des crayons de couleurs et des marqueurs Copic, pour souligner les extrêmes de cette région du Nord.

Rorbuer © Aurélie Wilmet

Gérald : Question classique : travailles-tu déjà sur un nouveau livre ? Quels sont tes projets ?

J’ai en réalité un tas de projets, que j’aimerais réaliser en 2021. Cependant, le plus important à l’heure actuelle est de me consacrer à mon nouveau livre, sur lequel j’ai commencé à travailler il y a quelques mois. Je ne suis pour l’instant qu’au stade de la recherche, mais je dois avouer que j’adore ce moment où rien n’est encore défini, où justement tout est encore possible. Pour l’instant, dans mon esprit, je sais juste que cette nouvelle bande dessinée prendra place au Québec et aura un lien direct avec les « Indiens » d’Amérique du Nord. L’envie de travailler sur ce sujet est bien entendu née lorsque je vivais à Montréal, où je souhaiterais d’ailleurs retourner en 2021, pour continuer mes recherches et commencer les premières planches. Le voyage est rendu possible grâce au service des lettres et du livre de la Fédération Wallonie Bruxelles, qui m’a octroyé la Résidence d’artistes au Québec, en 2021. Le départ se fera lorsque la situation sanitaire sera un peu apaisée…

Merci Aurélie.

 

Vous pouvez voir le travail d’Aurélie Wilmet sur : http://www.aureliewilmet.com/


Avec 22 interviews inédites de 22 auteur.e.s

64_page lance son spécial Western

Couverture 64_page #19 @Mathilde Brosset


Depuis un an, 64_page a proposé un projet « Western ». Ce numéro qui devait paraître en septembre à l’occasion de la Fête de la BD à Bruxelles. Fête de la BD pour cause de Covid et de confinement. Nous avons reporté sa sortie en janvier dans la perspective du Festival d’Angoulême.

Angoulême ou pas, ce 64_page #19 spécial de 88 pages paraîtra en janvier 2021. Pour préparer cette sortie, nous commençons la publication d’interviews des 22 jeunes dessinateurs et illustratrices qui se sont lancé.e.s dans ce projet et y ont mis leur talent, leur créativité, leur imagination…

 

Achetez 64_page en ligne :
https://lalibrairiebelge.be/titre/64_page-n19-special-western/

 


Mathilde BROSSET et REMEDIUM

Mathilde BROSSET et REMEDIUM

Elle et il se connaissent et s’apprécient, elle a quelques albums enfants à son actif et lui quelques albums durs sur l’âpreté de la vie. Mais les deux ont des messages de solidarités, de justice, d’engagements, de réflexions… Nous leur avons demandé de nous raconter une histoire en deux couvertures. Ils ont relevé le défi.

Les interviews sont de Marianne Pierre.

Mathilde

Marianne Pierre : Ta BD est-elle autobiographique? Jouais-tu au cow-boy étant petite?

Mathilde BROSSET : Pas du tout ! La panoplie de cow-boy ne faisait pas partie de mes costumes. C’est mon fils qui m’a inspiré cette BD. Il adore se déguiser et mimer des histoires dans lesquelles il livre des combats contre toutes sortes de bandits. Je l’entends d’une oreille pousser des « BAM POUF TCHAC » en se jetant à terre pour éviter de justesse une balle imaginaire. Nous avons écrit le texte ensemble. Tous les gros mots viennent de lui !

Marianne : Ta première inspiration en BD, tous genres confondus?

Mathilde : Je ne lisais pas beaucoup de BD étant petite. Dans mes souvenirs, j’aimais bien Astérix, Titeuf, Boule et Bill. J’ai vraiment découvert la BD pendant mes études et mon premier vrai coup de cœur a été Le combat ordinaire de Manu Larcenet. S’en sont suivis des albums comme Blankets de Craig Thompson, Lupus de Frederik Peeters ou les albums de Camille Jourdy.

Marianne : C’est un genre qui te fait rêver?

Mathilde :Quand Philippe m’a demandé de réaliser la couverture de 64_ page et une planche sur le thème du western, j’ai eu un petit moment de panique. Pour moi, les westerns ne s’adressaient pas à moi, c’était un genre écrit par des hommes pour des hommes. J’ai un peu revu mes idées avec des films comme The Homesman où les femmes prennent une place intéressante. J’ai aussi découvert des merveilles d’albums comme Jenny la Cow-boy de Jean Gourounas ou Tony Tiny Boy de Vincent Cuvellier et Dorothée de Monfreid où la figure du cow-boy devient beaucoup plus drôle et tendre.

Je me suis rendu compte que j’aimais les westerns quand il étaient placés sous le prisme de l’enfance . Pour moi, le western évoque l’enfance le jeu, l’irrévérence. Quand on est un cow-boy, on a le droit de cracher par terre, de fumer des brins de paille et d’insulter ses adversaires !

Marianne: Ta vision du western, sur ta couverture, est très pacifiste: d’où te vient cette image très paisible voire idyllique du cow-boy sans ses bottes? 

Mathilde : Fermez les yeux et ressentez les éléments autour de vous, écoutez l’air lancinant de l’harmonica se mêler au clapotis du ruisseau sur les pierres, le frottement des tumbleweeds qui roulent sur le sol. Sentez l’odeur acre du crottin et le sable qui vous chatouille les orteils…

Bref, un cow-boy qui s’accorde une petite méditation pleine conscience, où est le problème ? On est pas des machines !

Marianne : Que penses-tu de la suite donnée par Remedium à ton cow-boy? Le bon se transforme en brute et en truand, pour une paire de bottes!

Mathilde : En même temps, elles sont super cools ces bottes…en cuir véritable avec des éperons incrustés d’argent.  J’en connais qui auraient tué pour moins que ça !

Je suis bien sûr ravie de cette interprétation qui est à l’antipode de mon « peace cow-boy ». Remedium a réussi à réutiliser les couleurs et les éléments du décor pour créer une scène plus dramatique et cinématographique. On imagine sans peine l’action qui vient de se passer et on sent l’odeur de la poudre. Chapeau !

mathildebrosset.unblog.fr

Les couvertures de Mathilde BROSSET et REMEDIUM en versions revues

et la première BD de Mathilde Stetson.

Remedium

Marianne : Ton idée de couverture « miroir » t’est-elle venue tout de suite à l’esprit à la vue du dessin de Mathilde?

Remedium : J’aime beaucoup le travail de Mathilde et j’ai adoré la manière avec laquelle elle s’est appropriée le thème « Western ». En voyant son illustration, je me suis immédiatement dit que cela serait génial que nos deux couvertures se répondent et de réutiliser ses codes graphiques à ma sauce.

Marianne : Tu transformes son pacifiste cow-boy en un desperado sans scrupules, qui tue pour des bottes: pour toi, le western, c’est forcément un univers violent?

Remedium : J’ai une image très noire du western, qui émane notamment des films ou des séries que j’ai vus. Je garde beaucoup en tête cette image d’Épinal du cowboy sans foi ni loi, qui parcourait l’Ouest pour échapper à la justice de l’Est, comme on peut le voir dans la série Deadwood, par exemple.

Marianne : Quelle est ta première inspiration western, tous genres confondus?

Remedium : J’ai grandi avec les films de Sergio Leone, qui ont forcément eu un impact très fort sur moi. Je regardais également beaucoup « La Dernière Séance » avec mon père, qui présentait des westerns d’une facture plus classique, mais effroyablement efficaces.

Marianne : Toi qui es instituteur, penses-tu que le western fait encore rêver les enfants?

Remedium : La culture « western » s’est estompée peu à peu. On voit moins de dessins animés, de BD pour enfants ou de jouets s’en inspirant. Les enfants s’en sont donc un peu détachés, mais il faudrait peu de choses pour que cela revienne dans les esprits.

Marianne : Enfant, jouais-tu aux cow-boys et aux indiens? Tu portais un chapeau ou des plumes?

Remedium : J’ai beaucoup joué aux deux ! Mais j’étais déjà un peu objecteur de conscience dans l’âme ; quand j’étais cow-boy, je ne voulais pas m’en prendre aux Indiens et inversement. Dans mon idée, l’ennemi était toujours ailleurs et c’était l’envie d’aventures et de grands espaces qui me faisait rêver.

http://lacitedesesclaves.org/                           https://blogs.mediapart.fr/remedium

 


Ben JOTTARD

Ben JOTTARD

Une des belles découvertes du 64_page #19 spécial Western, Ben JOTTARD est un des élèves de Philippe Cenci à l’Académie de Watermael-Boitsfort, une des pépinières de la jeune et nouvelle BD belge. Ben Jottard à découvrir dès le 10 février dans votre 64_page.

Philippe Decloux : C’est la première fois que tu publies dans 64_page, qu’es-ce qui t’a motivé à te lancer dans ce projet « Western » ?

Ben Jottard : Je travaillais déjà sur un récit « Western » à l’académie de Boitsfort quand j’ai entendu parler de l’appel à projets de 64 pages. Naturellement, j’ai tenté ma chance, plutôt par défi personnel que dans l’espoir d’être sélectionné. C’était l’occasion de changer d’air, de m’essayer à un style plus humoristique, qui n’est pas mon domaine de prédilection, et, pourquoi pas, de m’ouvrir une porte vers une première publication.

© Ben Jottard : Règlement de comptes à O.K. Cantal (extrait planche 1)

 

Philippe : L’univers Western est-ce un univers que visiblement tu connais, l’as-tu déjà abordé ou est-ce une découverte au niveau du récit? Du graphisme? Comment conçois-tu un récit? (par le texte d’abord, ou par le dessin)

Ben : Je l’avoue, quand j’ouvre une BD, c’est davantage le dessin qui m’attire. C’était déjà mon état d’esprit lorsque j’ai commencé la BD : j’articulais l’histoire et les textes autour de ce que j’avais envie de dessiner, ne leur accordant pas toujours la place qui leur était due.Bien sûr chacun travaille comme il le veut, mais cette façon de faire m’a donné pas mal de fil à retordre – comme à d’autres dessinateurs débutants, j’imagine. Un bon dessin ne vaut pas grand-chose sans un bon texte ; aujourd’hui, j’essaye de concevoir les deux simultanément. Tant que la structure est là, le style graphique peut toujours être remanié par la suite.

Philippe Decloux : Tu suis les cours de BD de Philippe Cenci, vous êtes quelques-uns de ses étudiants à participer à ce projet Western. Que nous dirais-tu de Philippe Cenci?

Ben : Philippe est le genre de professeur qu’on a tous envie d’avoir, celui qui nous fait progresser à pas de géants, celui qui n’essaye pas d’orienter nos choix artistiques et celui qui nous apporte des opportunités concrètes (preuve en est cette publication). Il peut vous apprendre en 15 minutes autant qu’une année en école d’art. J’extrapole un peu, bien sûr, mais Philippe est super.

Philippe Decloux : Quels sont tes projets comme auteur de BD? Quelles sont les difficultés que tu rencontres pour atteindre tes objectifs ?

Ben : Mon objectif est de sortir un jour une BD dans un style réaliste. Est-ce que ce sera mon projet actuel sur le thème du Japon, le suivant ou celui d’après ? Je n’en sais rien. Quoi qu’il en soit, il me reste encore beaucoup à apprendre, notamment en anatomie.


SYLLO D

SYLLO D

La tribu des Ferrand-Verdejo s’entretient avec SylloD sur Western Spaghetti  qui paraîtra dans le numéro spécial Western de 64_page.

C’est ainsi qu’elle présente son projet : « Noelia Diaz Iglesias, Syllo D, artiste hispano-bruxelloise diplômée en illustration et en bande dessinée et adepte de la pratique du fanzine et du livre d’artiste. J’ai par ailleurs une formation en reliure.www.instagram.com/syllodiaz

Western-Spaghetti inspiré d’un fait presque réel. Mais lequel ? Une chose est sûre, les spaghettis se mangent tous les jours mais surtout le mercredi. Mais pourquoi ? Demandons à Papy… »

Western Spaghetti de SYLLO D (extrait, 1ère planche)

La Tribu Ferrand Verdejo : Bonjour SylloD, dis-nous tout d’abord ce qui t’a motivée à participer dans ce spécial WESTERN de 64_page, est-ce que tu t’étais déjà essayée à ce genre auparavant ?  Quel a été ton point de départ, le déclencheur ? Pourrais-tu nous donner un élément visuel ou scénaristique de démarrage pour tes pages ?

SYLLO D : Je ne m’étais jamais essayé au Western, au départ je ne comptais pas spécialement y participer parce que je n’avais pas vraiment d’idée, ni de connaissance des codes. Puis un matin, j’ai entendu un fait divers avec un cheval qui m’a fait mourir de rire, qu’au final je n’ai pas su le transposer en BD pour le spécial western. (Mais pour les curieux, elle se trouve dans le fanzine « Fanfan » spécial bêtise de Xan Harotin!). J’ai eu mon idée vraiment sur le tard.

Pour commencer mes histoires, je dois dessiner et écrire tout ce qui pourrait rentrer en rapport avec elle. Des petits bouts de scènes, des objets, des phrases. Ensuite je pioche.

 

La Tribu Ferrand Verdejo :  Et qu’est-ce qui était le plus difficile et, au contraire, le plus facile à faire dans cet exercice et où as-tu trouvé tes repères pour procéder à exécuter les pages que tu nous as proposées (influences, inspiration,…)  ?

Au final, l’idée m’est venue un mercredi en mangeant chez mes parents. Je ne sais pas pourquoi, mais le mercredi (anciennement le mardi) c’est jour fixe des spaghettis. Voilà.

Je n’ai pas vraiment de repères ou influences en tête pour scénariser/dessiner. Je dirais plutôt que je me laisse porter par ce qui vient. Bien sûr, j’emmagasine et je digère tous les jours des influences sans m’en rendre compte (comme tout le monde). Par mes lectures d’images, de textes, la musique, les films, etc. On me dit souvent qu’il y a du Sempé dans mon dessin, c’est possible, je ne pense pas à lui quand je travaille, mais je suis contente de l’avoir dans la tête dans mon inconscient !

Pour cette BD, c’était aussi un défi de mise en couleur. Mettre en couleur du trait est très compliqué. Je pense en couleur et masse, remplir des formes déjà existantes va à l’envers de ma manière habituelle de fonctionner.

La Tribu Ferrand Verdejo : Les pages que tu as proposées à 64_page nous plongent dans une histoire de famille que tu revendiques comme « tirée d’un fait presque réel », comment envisages-tu ce rapport à la réalité dans le cadre du genre western et plus particulièrement dans ta BD ? En quoi ce rapport à la réalité est-il essentiel ? Ou pas, puisque tu dis « presque » !!!

SYLLO D : Par rapport au Western je ne sais pas, je n’ai pas d’affinité avec le genre. Sauf pour les chapeaux et les chevaux. Mais concernant le lien avec la réalité, il y en a toujours. Je pense. Dans toutes les histoires, dans tous les dessins, on met un peu de soi. Je pense que c’est essentiel pour que l’histoire paraisse plus « vraie » et touche plus le lecteur. Parce qu’il pourra peut-être faire preuve de plus d’empathie, se projeter, vivre l’histoire.

La Tribu Ferrand Verdejo : Pour terminer, pourrais-tu nous souffler quelle est ta BD western préférée et pourquoi ?

SYLLO D : Comme je l’ai dit, je n’ai pas lu beaucoup de western. Mais celle de Loo Hui Phang et Frederik Peeters, L’odeur des garçons affamés (Casterman), m’a marqué positivement. Elle est osée, elle revisite le genre et questionne la place de la femme dans la société. Le tout avec une pointe de fantastique.

 

Merci et à bientôt donc, SylloD, sur les pages de 64_page, 
en attendant vous pouvez  la retrouver sur www.instagram.com/syllodiaz

Tomasz K.

Tomasz K.

Tomasz K propose 6 histoires courtes sous le titre générique À l’est de l’Eldorado dans le 64_page #19 Spécial Western.

Philippe Decloux : C’est la première fois que tu publies dans 64_page, qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer dans ce projet « Western » ?

Tomasz K. : A vrai dire, ce n’était pas la première fois que j’ai eu l’envie de participer mais sans doute que ce thème me parlait plus. Aussi, j’ai découvert 64_page à une époque où j’étais peut-être moins confiant dans mon travail, je cherchais à faire des choses trop compliquées pour quelques pages mais depuis, j’ai roulé ma bosse et j’ai rencontré des gens qui m’ont donné confiance en ce que je fais et il ne m’a pas fallu longtemps pour trouver 3 pages western à envoyer.

Philippe : Tu as fait le choix de proposer 6 histoires courtes et très rythmées. L’humour n’est pas le style le plus facile comment conçois-tu un gag ?

Tomasz K. :  En vrai, je n’ai jamais réellement réfléchi à ce qui fait un bon gag chez moi… Personnellement, je suis attaché au rythme, il faut que je puisse raconter le gag oralement et que la surprise fonctionne tout aussi bien. Éviter d’avoir un set up trop lourd pour éviter que le gag devienne fastidieux et que le pay off en vaille la peine, qu’il nous surprenne. En relisant mes planches, je remarque une grande influence de l’humour des Simpson des années 90 doux-corrosif, l’humour britannique où l’absurde fait partie d’une réalité quotidienne, et surtout de l’humour « internet » très rythmé comme si le gag nous prenait par surprise, alors qu’on n’a pas encore eu le temps d’enregistrer toutes les informations qui nous sont données. Ce que j’essaie de retrouver, c’est ce moment de suspend où on peut voir dans les yeux du lecteur une pièce qui tombe dans le fond du crâne, ce moment où le lecteur se rend compte de l’absurdité du moment. Le lecteur doit être surpris, piégé, si il voit arriver le gag une case à l’avance, tout tombe à la flotte !

© Tomasz K. strip extrait de À l’est de l’Eldorado

 

En vrai, quand j’écris des gags, je pense au genre de blagues que je fais avec mes potes et je mets juste des cases autour. Le plus beau compliment qui m’a été fait sur mes gags, c’est qu’on avait l’impression de lire des vraies gens qui parlent et pas un gag qui doit déboucher sur une chute.

Philippe : Quels sont tes projets comme auteur de BD? Quelles sont les difficultés que tu rencontres pour atteindre tes objectifs ?

Tomasz K. : J’ai de nombreux projets ! BD en individuel ou en binôme, trinôme, en collectif (@sorcier.e.s je n’en dis pas plus !) Je touche à tout, j’adore écrire, dessiner, mettre en couleurs, assister, travailler avec les copains ou faire des blagues tout seul. Pour l’instant, les projets refleurissent et ça me motive à percer ! Le plus difficile est de trouver un équilibre dans tout ça car quand je suis lancé dans quelque chose, j’ai du mal à m’arrêter et il y a des moments où j’en oublie d’autres projets… Ha oui et trouver de la maille pour manger parfois, ça aussi, ça peut prendre du temps.


Xan HAROTIN

Interview réalisée en octobre 2020 par Gérald Hanotiaux

Xan HAROTIN

C’est à une habituée de notre revue que nous posons aujourd’hui quelques questions. Suite à son passage par 64_page, elle a déjà publié deux ouvrages. Celles et ceux qui ont fréquenté un jour le stand de la revue l’ont peut-être rencontrée, à la tâche, penchée sur un exemplaire à dédicacer…

Gérald Hanotiaux : Pourrais-tu te présenter aux lecteurs ?

Xan Harotin : Je m’appelle Xan Harotin, j’ai fait des études à l’académie des Beaux-Arts de Bruxelles, où j’ai réalisé mon bachelier. Je suis ensuite partie à Tournai pour le master et l’agrégation. Après mes études j’ai voyagé, je suis partie un an à Montréal. À l’heure actuelle j’anime beaucoup d’ateliers, à la fois pour des enfants et des adultes, et j’ai plein de projets personnels à côté. J’ai publié deux livres ainsi que des travaux dans différents magazines, dont le premier était « Jeunes et nature », édité par une ASBL qui, comme son nom l’indique, organise des camps pour découvrir la nature avec des jeunes.

Gérald : Dans ses objectifs, la revue 64_page s’anime avec l’envie de faire connaître les jeunes auteurs et autrices, pour pallier le manque d’endroits où faire ses premières armes. Comment se faire connaître aujourd’hui en tant que jeune artiste ?

Xan : Nous sommes en effet, avec la disparition de nombreuses revues de prépublication, face à des difficultés pour se faire connaître. A mon niveau, je me rends compte que j’ai eu de la chance, car j’ai publié deux livres dans deux maisons d’éditions différentes. Sans grand « background » ils m’ont laissé ma chance.

Le Duel – © Xan HAROTIN pour le 64_page spécial Western

J’ai rencontré l’une de mes éditrices lors des rendez-vous tremplin qui ont été organisés au Wolf à Bruxelles. J’ai aussi participé aux rencontres de Montreuil. Je pense donc que ce type de rencontres sont importantes, où l’on peut montrer son travail, avoir des retours, des conseils. J’ai aussi montré mon travail à des plus grosses maisons d’édition : je vois qu’ils manifestent de l’intérêt, et ils laissent aussi dans une certaine mesure de la chance à des jeunes, mais ils attendent en général un travail totalement abouti dès le début, auquel il n’y aurait plus « rien à dire ». On doit être au point tout de suite. Les petites maisons proposeront plutôt de retravailler le projet ensemble ou de faire quelques modifications, mais seront prêtes à faire ce travail avec nous. Beaucoup d’éditeurs attendent un travail entièrement fini car ceux-ci n’ont plus le temps d’accompagner les jeunes auteurs dans leur évolution. Donc, face à cette réalité, auparavant en effet publier dans des magazines permettait de se lancer à son rythme.

Gérald :  Si les éditeurs demandent « tout, tout de suite », c’est parce qu’il y a pléthore de candidats ?

Xan : Oui, il y a un peu de ça. Les gros éditeurs ont aussi tendance à tout miser sur ce qui fait leur fond de commerce. Quand on voit la promotion, ils en font pour des livres qui se vendront de toute façon, toujours les mêmes choses. Les mêmes éditent parfois des livres très bien, de la vraie nouveauté, mais bien souvent sans les suivre au niveau de la promo. Ils assurent leurs arrières avec des valeurs sûres, pour des amateurs qui ont des moyens. Cela permet certaines « retombées » sur de nouveaux auteurs, mais pas toujours en promouvant suffisamment leur travail.

Un autre problème, c’est que rien qu’en présentant les projets on doit déjà « faire de tout » : on doit réaliser un dossier, faire de la mise en page, du graphisme, une maquette, etc. L’école ne nous prépare par vraiment à faire ces dossiers, à cette nécessité de « nous vendre ». J’ai eu un peu de cours d’infographie durant mes études, par exemple, mais vraiment pas beaucoup. Aujourd’hui, en effet, on nous demande de gérer énormément d’aspects qui par le passé, lors des débuts des auteurs/illustrateurs, étaient gérés par d’autres corps du métier.

Pour se faire connaître il y aussi des concours, des prix, dans des festivals notamment. Ils ont en général des critères assez « serrés » auxquels il faut correspondre dans le cadre de tel prix, mais on peut aussi en sortir, tenter d’y garder une marge de manœuvre. De toute façon ce qui marchera, dans tous les cas, sera un travail en lien avec notre personnalité et notre style, quelque chose qui nous correspond vraiment, même dans un concours où on dévie un peu des critères définis au départ.

Gérald :  Nous sommes à la veille d’un second confinement dû à la crise sanitaire, comment abordes-tu cette période ? En mars avril, certains dessinateurs disaient qu’en quelque sorte le confinement ils connaissent avec leur vie solitaire de dessinateurs, que ça ne changeait pas grand-chose. D’autres au contraire déclaraient n’arriver à rien, que l’état d’esprit n’y était pas. Comme cela se profile pour toi?

Xan : Pour moi, c’est un peu un mélange des deux réponses, pour différentes raisons. Durant le premier confinement je me suis dit que ça faisait longtemps que je n’avais plus dessiné autant, parce que même si on aime dessiner et que l’on travaille dans ce domaine, on a souvent un boulot en plus à côté. Et même si c’est un boulot qu’on aime bien il prend du temps, donc il faut trouver un équilibre. Là j’avais la chance de ne pas devoir m’en inquiéter donc j’ai beaucoup dessiné. Il y avait des projets que j’avais en tête depuis longtemps, il fallait juste du temps, donc j’ai réussi à utiliser le temps du confinement à bon escient.

Par contre, en discutant avec d’autres personnes je me suis rendu compte que les éditeurs ont reporté des sorties, et en chaîne tout est touché, bousculé. Ça peut donc jouer négativement pour la suite de mon travail. Si je présentais un dossier, ce serait encore moins pour tout de suite.

Merci Xan !

Vous pouvez retrouver le travail de Xan sur le site : xanharotin.ultra-book.com
Xan a publié Au fond de toi dans le 64_page #13 et participe régulièrement 
à la Cartoons Académie Cécile Bertrand

Elle a publié  Le monstre plat  Les petites bulles éditions (prix 
du 1er album à Roubaix  2019) et J'ai décidé de changer ! à L'Étagère du bas



Maximilien VAN DE WIELE

Maximilien

 

VAN DE WIELEDécouverte de Maximilien Van de Wiele auteur de Le Train du Diable dans le spécial Western qui sera disponible fin de ce mois de janvier. Il est interviewé par Philippe Decloux.

 

Philippe Decloux : C’est la première fois que tu publies dans 64_page, qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer dans ce projet « Western » ?

Maximilien Van de Wiele : Je reviens d’un projet de BD abandonné, le besoin de revenir sur un projet plus court et plus simple se faisait sentir et travailler sur un univers aussi familier a été bénéfique.

Philippe : L’univers Western est-ce un univers que tu connais, a déjà abordé ou est-ce une découverte au niveau du récit? Du graphisme? Comment conçois-tu un récit? (par le texte d’abord, ou par le dessin)

Maximilien :  C’est une partie de ma culture, des tonnes de références en tête, « Mon Nom est Personne » en film, « La Croix en Feu » en roman, « Durango« en BD, etc…

J’ai déjà tenté quelques pages de BD dans le thème adolescent, on part facilement sur un paysage désertique et chaud, pourtant comme tout les genres c’est un univers bien plus large qu’on ne le croit.

Le Train du Diable ©Maximilien Van de Wiele (extrait)

C’est ironique ce que je dis sachant que la première image qui me reste en tête est celle qui influence ma conception, celle que je gribouille en premier est celle qui me permet l’expérimentation avant de passer à la réalisation.

Au grand dam du texte qui passe souvent en dernier, faut dire que c’est une phobie de gosse que j’essaie de maîtriser dans mon prochain projet.

Philippe : Quels sont tes projets comme auteur de BD? Quelles sont les difficultés que tu rencontres pour atteindre tes objectifs ?

Maximilien : C’est un récit fantastique avec un focus sur les folklores et légendes populaires de ma ville de naissance, Anvers.

Un projet que je couve dans ma tête depuis bientôt 2 ans, et que j’espère tout autant finir en 2 ans.

La gestion du temps est un facteur punitif dès lors qu’on le délaisse, et d’expérience c’est ce qui m’a fait lâcher un paquet de projets, même aujourd’hui.

Cela cependant m’a permis de construire ma façon de travailler, et petit à petit j’ai appris à établir mon petit agenda personnel.

 


Élodie ADELLE

Élodie ADELLE

Afin de lancer le numéro Spécial Western, nous permettons aux lecteurs et lectrices d’en savoir un peu plus sur les auteurs peuplant les pages de ce numéro 19, plus épais qu’à l’accoutumée. Aujourd’hui, rencontre avec une dessinatrice déjà apparue dans les pages de 64_page : Elodie Adelle.

Gérald Hanotiaux. En guise de premier contact, pourrais-tu te présenter brièvement ?

Élodie ADELLE : Passionnée de dessin depuis toujours, j’ai fait mes études à l’Ecole de recherche graphique à Bruxelles, en bande dessinée. Grâce à ça, j’ai pu expérimenter plusieurs méthodes de dessin, telles que le fusain, le monotype, l’ecoline, etc.

Avec les années, j’ai élargi mes horizons en jonglant entre la BD et l’illustration en noir et blanc ou en couleur. Mon style de dessin se rapproche du réalisme tandis que l’illustration me permet d’aller sur un tout autre terrain.

Gérald : Que représente le western pour toi ? Comment explorer ce genre aujourd’hui ?

Élodie : J’ai été peu nourrie à la culture du western, me lancer a été un défi. Mais cela m’a plu. J’ai essayé de détourner les codes classiques que l’on peut lui attribuer, avec les chevaux, le saloon, les cowboy, etc… en ajoutant d’autres éléments qui donnent une toute autre tournure au scénario. Avec le dessin, tout est possible.

Élodie ADELLE – Histoire Courte (extrait, 1ère planche)

 

Gérald : L’une des motivations de 64_page est de pallier le manque de revues, qui existaient en nombre dans le passé pour permettre aux jeunes auteurs de se lancer. Que dirais-tu des possibilités/difficultés aujourd’hui de se lancer, se faire connaître ?

Élodie : : 64_page est un tremplin en terme de visibilité, voir son travail fini sur le papier est très réjouissant. Se lancer n’est pas facile, on est de plus en plus à souhaiter faire de la BD ou de l’illustration. Je pense que chacun peut trouver une alternative. Au jour d’aujourd’hui, internet permet de partager ce que l’on fait, ça peut servir de tremplin.

Gérald : : Créer et dessiner en période de confinement, comment cela se passe pour toi ? Certains dessinateurs répondent que cela ne change pas de leur ordinaire, d’autres déclarent ne pas arriver à avancer… Tu te situerais où dans ces réflexions ?

Élodie : Pour moi le confinement ne change pas les choses. L’inspiration vient à certains moments et je me lance dans un nouveau projet, je dessine ou j’écris.

Gérald : En ce dernier trimestre de 2020 quels sont tes projets, à court terme, sur lesquels tu travaillerais actuellement, et à plus long terme, tes envies ?

J’ai plusieurs projets en pause mais je suis entrain de créer de nouvelles histoires. Certaines sont plus avancées que d’autres. Il y a un projet qui sera publié dans quelques temps, une histoire pour enfants.

Merci Elodie !

Vous pouvez retrouver une présentation du travail d’Elodie Adelle à cette adresse :

https://www.instagram.com/elodieadelle/
Élodie vient de publier son premier album : 
Le bonnet Vert pour un jeune public à partir de 4 ans.


PA

PA

Avec sa ligne très claire et sa poésie à fleur de trait, découvrez Pavé. Dessinateur régulier de la Cartoons Académie de Cécile Bertrand, il n’est pas le plus jeune de nos espoirs mais il démontre que conserver l’âme d’un galopin est un plus dans la vie d’artiste et dans la vie de tous les jours.

Pavé est interviewé par Cécile Bertrand.

 

Cécile Bertrand : Vous qui êtes au début de votre travail de cartooniste, pensez-vous qu’il y a un avenir pour le cartoon?
Je fais référence au New York Times qui a décidé de se passer de toutes caricatures suite à une publication d’un dessin jugé antisémite aux EU. Dessin de mon ami Antonio Antunes qui avait été publié plus tôt dans l’EXPRESSO (sans réactions négatives) au Portugal et mis sur une banque de donnée que le New York Times a choisi lui-même de publier. Je connais Antonio , il n’est pas du tout du tout antisémite. Pensez-vous pouvoir en vivre maintenant, comme ce l’était dans les années 70,80…?

Pavé : Mon activité de cartooniste est-elle un travail ? C’est d’abord une nécessité. Quelque chose d’irrépressible. Quand je ne dessine pas, il y a comme un manque. Dessiner, comme deux ou trois autres activités, est de l’ordre de l’essentiel. Les négliger, c’est se nier. C’est aussi une passion depuis tout petit, tant à travers les dessins, que les bd que je découvrais enfant avec frénésie quand j’allais chercher le journal pour mon papa à la librairie du quartier. C’est un travail, dans le sens ouvrage ou plutôt labeur. Par contre, s’il s’agit d’en faire une source de rémunération, de revenus, la question est toute autre. Et la réponse bien sûr toute différente. Ce n’est clairement pas ma réalité du moment, ni mon intention à l’avenir. La question se posera si des opportunités se présentent. Je n’en fais pas un objectif. Aujourd’hui, il y a sans doute un avenir pour le cartoon, mais sans doute pas avec autant d’ampleur que par le passé, de par la mutation qui se vit dans les médias tant en terme de supports que de puissance de l’argent. Beaucoup d’appelés, de moins en moins d’élus.

© Pavé – Hommage à Lucky Luke pour ses 75 ans

 

in 64_page #19 Spécial Western

sortie vers le 20 janvier 2021Cécile : Hésitez-vous à dessiner sur les sujets religieux?

Pavé : Là, c’est plus dans le domaine illustration que cartoon. Mes dessins accompagnent les activités, événements organisés par Gabriel Ringlet et son Prieuré. Ils se limitent, il est vrai, à la religion que je connais le moins mal. Je ne m’aventure pas sur le terrain d’autres obédiences que je connais encore plus mal. Sans doute, est-ce une forme d’auto-censure, ou de respect sans jugement de ce qui pourrait faire la foi de l’autre.

Cécile : La Covid 19 vous inspire-t-elle ou vous bride-t-elle?  

Pavé : Une inspiration certes. C’est tellement dans mon quotidien de vie et c’est donc immanquablement dans mon activité de cartoon. C’est toutefois bien pire que de l’inspiration. La Covid 19 s’impose à moi. Il y a là un côté obsédant ou obsessionnel dont il est vital de s’éloigner afin de se tourner vers d’autres sujets, plus porteurs de vie. C’est une question d’hygiène, d’équilibre. Cela dépasse sans doute la fonction du cartoon de presse, qui ne se branche que trop sur ce qui fait l’actualité médiatique. Il y a bien d’autres actualités que celle-là. Il faut oser s’en approcher, et les vivre, cartoons compris.

Pour suivre Pavé :

www.pavesurle.net

www.facebook.com/pavesurlenet

Et aussi sur la Cartoons Académie : https://www.facebook.com/CecileBertrandet64page et ce site

 


Marc DESCORNET

Marc DESCORNET

Marc DESCORNET est très actif dans la Cartoons Académie de Cécile Bertrand et il s’est pris au jeu de nous proposer une BD pour ce spécial Western The Great Train Robbery. Il est interviewé par Cécile BERTRAND. Le 64_page Western sera disponible vers le 20 janvier 2021.

Marc DESCORNET est aussi l’auteur de la carte de voeux 2021 de la Cartoons Académie et la revue 64_page.

Cécile Bertrand : Vous qui êtes au début de votre travail de cartooniste, pensez-vous qu’il y a un avenir pour le cartoon?
Marc Descornet : Je n’en suis pas à mon coup d’essai mais c’est vrai que la Cartoons académie me donne une occasion de me remettre en piste après une longue interruption. Il y a toujours eu et il y aura toujours un présent pour le cartoon. Le dessin de presse prend sa place à mon sens dans l’instant. Il a pour but de donner une petite ou une grosse claque en apportant un regard incisif sur l’actualité. Le dessin a, depuis la préhistoire, témoigné de son temps. Ce ne sont pas quelques atteintes indignes à la liberté d’expression qui vont mettre un terme à cette discipline essentielle qui a survécu aux pires dictatures. Censurer des cartoons parce qu’ils pourraient heurter la sensibilité de certains, c’est capituler. Dans ce cas il serait cohérent, quoique inique, de renoncer totalement à toute forme d’expression d’opinions non-consensuelles. C’est vendre son âme, ce qui est parfaitement congruent dès lors qu’il s’agit de s’agenouiller devant des croyances liberticides. Ceci dit, la multitude des supports actuels offre encore de beaux espaces de jouissive subversion.

©Marc DESCORNET : The Great Train Robbery (extrait première planche)

Cécile : Saviez-vous, avant 2006 et les affaires des caricatures de Mahomet qu’on ne pouvait pas le représenter?
Marc : Ah bon, on ne peut pas représenter Mahomet ? Disons plutôt que l’on ne peut pas représenter Mahomet sans s’attirer les foudres des intégristes islamistes. Mais en soi, on peut toujours représenter ce que l’on veut du moment qu’il n’y a pas d’atteinte à la dignité d’autrui, et assumer que ça ne plaise pas à tout le monde. Il est humain aussi de se demander à quel point un dessin potentiellement « blasphématoire » peut mettre sa propre vie en danger et si cela en vaut vraiment la peine. Personnellement, il m’est arrivé d’égratigner un dogme, voire de « blasphémer , par un dessin grinçant, semi-public, limité à mon cercle d’ « amis » sur un réseau social, parmi lesquels je ne dénombre à ma connaissance aucun intégriste.

Cécile : La Covid 19 vous inspire-t-elle ou vous bride-t-elle?

Marc: La Covid-19 m’a plutôt inspiré à vrai dire. J’ai publié plusieurs dessins sur le sujet, au gré de mes humeurs et au fil des rebondissements invraisemblables auxquels nous avons assistés de la part nos gouvernants. Mais au bout d’un moment, j’arrive à saturation et il m’est salutaire d’explorer d’autres domaines et d’insuffler plus de légèreté dans ma réflexion. Nous en avons tous besoin. Dessiner sur la Covid-19 a été pour moi un exutoire. Je suis convaincu que nous devrons vivre longtemps , probablement des années, avec ce virus et ses mutations, voire d’autres fléaux connus ou inconnus. A nous d’adapter nos comportements. Si ce n’est dans les décisions de nos représentants élus, il n’y a en réalité pas de sens à chercher à une situation factuelle à laquelle nous choisissons de faire face ou non, et de quelle manière, en prenant conscience que la collectivité devra assumer les conséquences de nos choix individuels. Des petits dessins peuvent aider à ouvrir les yeux.

Cécile : Quels sont tes projets dans le court et le moyen terme ?

Marc : J’ai des projets tous azimuts. Parmi eux, à l’occasion du passage à l’heure d’hiver, et sur une idée de mon fils Daran (13 ans), j’ai remis en scène un personnage que j’avais créé dans les années ’80, fortement inspiré de mon prof de math qui était friand de jeux de mots et de jeux d’esprit dont il agrémentait ses cours. J’en ai créé une BD sur le format « presse », un strip de trois cases, lors d’un travail de groupe sur le thème de la presse écrite. Et puis, j’ai continué pour le plaisir, le mien et celui de mes condisciples. Je n’ai jamais vraiment abandonné ce personnage, pour lequel j’ai beaucoup d’affection et que j’ai sporadiquement réutilisé, notamment depuis le début de la pandémie. J’ai envie d’exhumer les strips que j’ai réalisés depuis 30 ans et de les « remasteriser » pour leur donner une seconde vie. J’aimerais les proposer, si possible de façon récurrente, à 64_page, qui a chaleureusement accueilli mes récents projets.

Pour suivre Marc : www.instagram.com/xiaoba_labdenbulles


Fernanda CRUCES

Fernanda CRUCES

La tribu des Ferrand-Verdejo s’entretient avec Fernanda Cruces sur Il était une fois dans le Sud. Western chilien.  sa nouvelle BD qui paraîtra dans le numéro spécial Western de 64_page.

 

Tout d’abord une courte présentation de notre autrice : « Je m’appelle Fernanda, je suis née au Chili. Passionnée de graphisme et d’illustration, j’ai commencé par la peinture à l’huile. Puis lorsque j’ai vécu à Buenos Aires, mon attrait pour le dessin s’est renforcé. Plus tard, en Belgique, je commence à réaliser mes premières planches type BD.

Sur instagram: www.instagram.com/fernanda.ilus/

Il était une fois dans le Sud : ce western est basé sur les évènements qui bouleversent le Chili depuis octobre 2019, lorsque le mouvement de contestation sociale était le plus fort. Dans ces pages j’ai à coeur de dénoncer les abus de pouvoir de la police chilienne. L’action se déroule dans un quartier pauvre de Santiago, “Lo Hermida”, dont les habitants luttent quotidiennement pour plus de justice sociale. Les années de la dictature ont laissé des traces et les abus sont nombreux. Cependant des voix s’élèvent afin de dénoncer les violences policières car depuis le début du mouvement populaire beaucoup de manifestants ont perdu un œil sous l’arme des forces de l’ordre… »

© Fernanda CRUCES Il était une fois dans le Sud. Western chilien.

 

(extrait de la première page)La tribu des Ferrand Verdejo : Bonjour Fernanda, tout d’abord, nous aimerions que tu nous expliques ce qui t’a motivée à participer à ce numéro spécial WESTERN de 64_page, ce que le western représente pour toi et comment intègres-tu cette histoire très actuelle dans le genre?

Fernanda : Je suis chilienne, j’ai tout de suite senti que je devais parler de la problématique sociale de mon pays dans ce western. Le peuple chilien se réveille après 30 ans d’une démocratie qui n’a pas tenu ses promesses. La constitution héritée de la dictature de Pinochet reste le socle du fonctionnement du pays. 30 années sont passées mais le système perdure inégalitaire et violent. Ça a été très compliqué de mettre en quatre pages ces antécédents historiques, j’essaye de les résumer pour intéresser le public francophone. Ayant envie de représenter ce qui se passe maintenant au Chili, je me suis laissé guider par le sens le plus large du western: les duels, le rythme particulier, les perspectives, le silence…

 

La tribu: Et, dis-nous, qu’est-ce qui a été le plus difficile et, au contraire, le plus facile à faire dans cet exercice et où as-tu trouvé tes repères pour procéder à exécuter les pages que tu nous as proposées (influences, inspiration,…) ?

 

Fernanda : Le plus compliqué fut de finir la troisième vignette de la deuxième page. Elle raconte ce qui s’est passé dans les vignes “CousiñoMacul” et j’attendais d’avoir confirmation des évènements par une connaissance vivant sur place. J’ai commencé la bd par la dernière image, celle des voisins prêts à défendre les enfants, elle a guidé les couleurs du reste de la bd. Je dois préciser que c’est une fiction-réalité. L’histoire des enfants est une fiction mais la police est capable d’attaquer les mineurs d’âge.

Mon inspiration fut alimentée par le récit familial, mes amis mais aussi la lecture d’articles. J’ai suivi les évènements depuis la Belgique mais ce western est l’occasion de contribuer à la lutte.

La tribu: En parlant de « lutte », ce qui attire immédiatement l’attention dans les pages que tu as proposées à 64_page c’est évidemment leur temporalité, sans vouloir «spoiler» ta BD, précisons néanmoins, pour que le lecteur saisisse mieux les enjeux de ta BD, que des événements spécifiques et dont l’actualité est encore palpitante y sont déterminants. Ils nous touchent tout particulièrement aussi. On a l’impression d’un western où les indiens et les cowboys ont interverti leurs rôles ou plutôt prêté leur peau à des personnages qui revendiquent une certaine «révolte». Comment vois-tu le lien avec le genre du western.

 

Fernanda : Les personnages de ma bd représentent une partie du peuple chilien, d’un côté les plus défavorisés par la crise sociale et de l’autre les forces de police dont les réactions sont souvent violentes et arbitraires. Pour transposer au style western, disons qu’il s’agirait de gens opprimés par les agissements d’une grande entreprise. Mais dans la réalité ce peuple chilien a droit à cette « révolte » pour plus d’égalité. Beaucoup travaillent dans des conditions très difficiles pour un salaire indécent. La vie au Chili est chère, les salaires bas et la qualité de vie complexe: éducation hors de prix, santé privatisée et retraites misérables. Le Chili est un des pays où l’écart entre les revenus des classes sociales est le plus grand. Certains services de base tels que le transport sont aussi chers qu’en Europe, c’est d’ailleurs ce qui a déclenché la révolte populaire massive d’octobre 2019.

La tribu: Est-ce que tu aimerais t’essayer à un autre genre spécifique? Et pour terminer: quelle est ta BD western préférée et pourquoi?

Oui, j’aimerais essayer avec une bd biographique ou roman.

La vérité c’est que je n’ai pas trop de connaissance du monde de la bd western.

Un grand merci à tout l’équipe de 64_pages pour cette belle opportunité !

 

Merci à toi, Fernanda Cruces, pour ta sincérité d’abord et ton engagement aussi, à bientôt sur 64_page !

 

En attendant vous pouvez la retrouver sur son instagram :

https://www.instagram.com/fernanda.ilus

 


Alice ROUSSEL

Alice ROUSSEL

C’est une dessinatrice extrêmement enthousiaste que Gérald Hanotiaux rencontre aujourd’hui, prête à se lancer plus en avant dans la bande dessinée… Son énergie est carrément communicative ! Une amoureuse de botanique, également… Tous ces éléments se retrouveront dans son histoire du prochain numéro de 64_page.

Gérald Hanotiaux. Alice, c’est la première fois que nous allons voir ton travail dans la revue64_page, pourrais-tu te présenter pour les lecteurs et lectrices ?

Alice Roussel : Je m’appelle Alice Roussel, j’ai 29 ans. J’ai grandi et étudié en France, en faisant des séjours en Allemagne et aux Pays-Bas. Jusqu’à mes 24 ans, j’ai suivi des études d’ingénieure, et depuis cinq ans je travaille comme ingénieure informatique dans le milieu pharmaceutique, à Braine-L’Alleud. En parallèle, je suis une formation en botanique au Collège Pratique d’Ethnobotanique de François Couplan. Je dessine depuis toujours, et je fais aussi de la musique. Je me suis toujours plus considérée musicienne que dessinatrice, mais en grandissant, je me suis redécouverte en dessin, en réalisant notamment des « planches botaniques ». Assez logiquement, pour la fin de mes études en botanique à venir l’été prochain, j’en suis venue à choisir de réaliser un mémoire en bande dessinée publié à raison d’une page par semaine sur mon site « Le Pinceau Pissenlit » et ma page Facebook « A l’Ombre du Pissenlit ».

Gérald H :Que proposes-tu dans ce numéro spécial Western ?

Alice : Cette proposition de participer au numéro spécial Western est une immense joie. D’abord, grâce à cette opportunité j’ai fait du western, ce que je n’aurais jamais imaginé, et puis j’ai fait du réalisme à la plume, que je n’avais jamais touchée avant ! Zone de confort : 0/20. Je suis également très satisfaite d’avoir réussi à y placer un botaniste, qui de plus a réellement existé ! C’est donc une histoire inspirée de la vie d’un botaniste, qui s’appelle Marcus Eugène Jones. Ces pages m’ont bien occupée en mars-avril 2020. A la suite de cet essai, aujourd’hui j’ai envie de participer à des projets et de publier. J’ai envie d’entrer dans le milieu de la BD, mais petit à petit, dans ce cadre de réflexion personnelle, cette publication fait donc bien plaisir et est une réelle opportunité de lancement.

© Alice ROUSSEL Histoire vraie d’un botaniste au Far West (extrait planche 1)

Gérald H : Comment t’es-tu retrouvée embarquée dans ce numéro de la revue 64_page ?

Alice : En janvier, j’avais un blocage sur mon travail. Avant ça j’avançais, je dessinais, puis au bout de trente pages, je ne sais pas pourquoi, je me suis retrouvée bloquée… Je déprimais et un ami m’a dit de montrer mon truc, j’ai donc tapé « rencontre éditeur BD » sur internet et je suis tombée sur un atelier-rencontre entre éditeurs et jeunes auteurs, organisé au Centre belge de la BD. On est alors le premier février, en téléphonant j’ai appris que je pouvais encore m’inscrire. En quelques jours c’était complet ! J’ai eu du bol. In extremis j’ai donc choisi des rencontres qui me semblaient cohérentes avec mon projet, en fonction de ce que je savais des éditeurs. Parmi eux il y avait 64_page, dont je ne savais que ce qu’il y a sur le site… C’est là que j’ai rencontré Philippe, à qui j’ai montré ces trente pages, il a été adorable, il a tout regardé attentivement, tout analysé : énorme coup de cœur ! Les remarques étaient constructives, il m’a dit de garder les contrastes entre les fleurs et le reste, et suggéré de retravailler mes « gestuelles ». Bref, avec lui ça a bien « collé », il m’a donc encouragée à publier dans 64_page. Depuis je ne dessine déjà plus de la même manière, mon dessin a un peu « mûri». J’ai refait totalement mes trente planches et même les pages de ce Spécial Western, plus récentes, seraient sans doute différentes aujourd’hui. Je suis vraiment touchée du tremplin qu’offre 64_page, pour quelqu’un comme moi qui débute dans le milieu, c’est génial.

Gérald H : Nous sommes la veille du second confinement, comment abordes-tu cette période ? (interview réalisée en octobre 2020)

Alice : Pour ma part, j’ai encore mon boulot sur le côté même si je me suis mise en 4/5 récemment pour me professionnaliser en dessin, c’est déjà ça de gagné. Je suis ingénieure en informatique, donc je suis en télétravail sans problème. Économiquement la crise sanitaire ne m’impacte pas actuellement, c’est dit, j’ai cette chance-là.

Finalement la place qu’occupe le dessin dans ma vie est de plus en plus grande, peut-être qu’en effet sans le confinement j’aurais été moins productive, et j’aurais peut-être eu moins de temps. Clairement le confinement de mars-avril m’a fait dessiner à fond. Mais mes enjeux actuels sont moins liés au confinement que dans mon exploration du dessin, dans la résolution du « syndrome de l’imposteur » et de comment me créer des opportunités. Cette année est vraiment charnière, elle me permet d’explorer de nouvelles pistes. Et puis, il y a l’aventure 64_page ! Voir mes pages publiées, c’est un vrai bonheur. Si je devais citer un accomplissement 2020, ce serait celui-là !

Merci Alice !

Vous pouvez suivre le travail d’Alice Roussel sur le site : www.lepinceaupissenlit.com et/ou sur sa page

Facebook : « www.facebook.com/A l’Ombre du Pissenlit/ » ou encore Instagram : « www.instagram.com/Under the Dandelion/ ».


Un petit dessin vaut toujours mieux qu’un long discours

Certains dessinateurs ont le trait très efficace et la parole un peu moins loquace. C’est le cas des deux auteurs que nous vous présentons aujourd’hui. Olivier LAMBERT, interviewé par Cécile Bertrand, et Quentin HEROGUER par Marianne Pierre.

Olivier est cartoonist chevronné qui dessine la nuit, il nous raconte ses rêves ou ses cauchemars. Mais dans tous les cas, il est drôle…

Quentin est un touche à tout, il cartoone, bédéise et aquarelise, notamment quand illustre des beaux livres touristiques sur Bruxelles pour l’éditeur Robert Nahum de 180° éditions

Les interviews d’Olivier et Quentin sont sur www.64page.com/interviews/

Quentin HEROGUER

Quentin HEROGUER

Marianne Pierre – Ton western, avec sa créature horrifique, interpelle… Peux-tu, simplement, nous expliquer ta BD? Et comment l’idée t’est-elle venue? 

Quentin HEROGUER : J’avais déjà fait une histoire de cowboy à l’école, ici j’ai repris les personnages que j’avais créés à l’époque mais en détourant le récit vers un humour plus sordide. Je voulais casser l’univers qu’on a l’habitude de voir dans les westerns.

Marianne Pierre  – Qui est Jones Lewis Miller?

Quentin HEROGUER : Un cow boy solitaire et mystérieux qui fume sa clope sous la pluie

Marianne Pierre  – Pour toi, le western, c’est rétro ou encore à la mode?

Quentin HEROGUER: C’est vieux et lent et puis le chapeau c’est un peu passé, non?

© Quentin HEROGUER : I m’ a poor lonesone cow-boy and a long way from home (extrait)

 

Marianne Pierre  – – Ta première inspiration en western, tous genres confondus?

Quentin HEROGUER:  Les films de tarantino

Marianne Pierre  –– Quel est le dernier western que tu as regardé? Le conseillerais-tu? 

Quentin HEROGUER : La BD Calfboy de Rémi Farnos, oui.

quentinheroguer.com

www.instagram.com/quentinheroguer


Olivier LAMBERT

Olivier LAMBERT

Cécile Bertrand : Vous qui êtes au début de votre travail de cartooniste, pensez-vous qu’il y a un avenir pour le cartoon? Je fais référence au New York Times qui a décidé de se passer de toutes caricatures suite à une publication d’un dessin jugé antisémite aux EU. Dessin de mon ami Antonio Antunes qui avait été publié plus tôt dans l’EXPRESSO (sans réactions négatives) au Portugal et mis sur une banque de donnée que le New York Times a choisi lui-même de publier. Je connais Antonio , il n’est pas du tout du tout antisémite. Pensez-vous pouvoir en vivre maintenant, comme ce l’était dans les années 70,80…?

Olivier Lambert : Personnellement je n’ai jamais dessiné pour un journal à grand tirage mais j’imagine qu’il y a une ligne directrice à suivre sinon le patron vous met à la porte lol Perso. Pour moi le boulot de cartooniste est un boulot d’appoint.

© Olivier Lambert

Cécile Bertrand; Hésitez-vous à dessiner sur les sujets religieux?

Olivier Lambert : Non jamais, les histoires bibliques sont une source d’inspiration intarissable

Cécile Bertrand : Vous vous auto-censurez-vous?

Olivier Lambert : Non jamais

Cécile Bertrand : Saviez-vous, avant 2006 et les affaires des caricatures de Mahomet qu’on ne pouvait pas le représenter? (moi pas)

Olivier Lambert : oui, je le savais le prophète Mahomet n’a pas de visage, donc indessinable pour moi.

Cécile Bertrand : Avez-vous déjà eu des retours virulents suite à la publication de vos dessins liés à la religion sur les réseaux sociaux?

Olivier Lambert : vous allez rire mais non, par contre j’ai fait des dessins sur la police lors des manifestations des gilets jaunes et là je me suis fait insulter jusque dans mon messenger.

Cécile Bertrand  : A une époque où tout dessin se retrouve en temps réel sur les réseaux sociaux dans le monde entier, pensez-vous qu’il soit possible d’être au courant de toute culture et de ce qui peut provoquer l’ire de ces dites cultures ou croyances.

Olivier Lambert : Quand on commence un dessin il faut être bien renseigné et bien se documenter sur le sujet, sinon on se fait passer pour des pingouins;)

Cécile Bertrand: La Covid 19 vous inspire-t-elle ou vous bride-t-elle?

Olivier Lambert : C’est un sujet passionnant, il suffit d’observer le comportement des gens et déjà des blagues me viennent à la tête

Cécile Bertrand : Quels sont vos projets dans le court et le moyen terme ?

Olivier Lambert : continuer à dessiner dans « Le Semainier » sur Facebook et d’autres pages dédié au dessin satirique. Je pense faire aussi un livre.. un jour peut être, j’ai tellement de dessins que je pourrais faire 5 livres lol.

https://www.facebook.com/groups/446961182716904/user/1003511858


Jean VANGEERBERGEN

Sproucht Floucht

Jean Vangeerbergen

Scénographe et metteur en scène Jean Vangeerbergen s’est lancé dans une double page très personnelle pour le projet Western de 64_page. Il explique à notre coordinateur d’édition son cheminement est ses projets.

Son Sproucht Floucht sera dans notre numéro #19 dont la sortie est prévue vers le 20 janvier 2021.

64_page : Tu es scénographe et metteur en scène, qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer dans ce projet « Western » ?

Jean Vangeerbergen : L’appel à projet de 64page est à peu près arrivé au moment où se terminait la tournée de mon précédent spectacle: La Ballade de Willy le Ket. Habillé de sa mythologie propre -celle du Western Chicon- le spectacle avait pour vocation première de montrer les rouages des violences à l’intérieur du couple et, plus particulièrement, ce qui habite les auteurs de violences. Le choix du Western en tant que genre (sa violence, son machisme, sa culture du virilisme, …) fut alors une évidence par rapport au propos abordé. Le collage proposé ici est donc à la fois une petite digression et une prolongation par rapport au travail fait autour du spectacle.

Jean Vangeerbergen : Sploucht Floucht (extrait)

64 : L’univers Western est-ce un univers que tu connais bien pour l’avoir déjà abordé, tu as fais le choix de présenter un collage – une autre technique que tu pratiques – comment as-tu ce tableau Western qui nous renvoie à notre quotidien?

Jean : Je crois que je suis incapable d’aborder un projet sans qu’il ne s’ancre directement dans le monde qui m’entoure immédiatement. Ce que je fais doit avoir du sens (ne fût-ce que pour moi personnellement) et raconter une fable qui agit comme un miroir par rapport à mon époque, mon lieu de vie, … En cela, le Western est un outil parfait car, comme on le sait, les Westerns classiques ont plus parlé de l’époque où ils étaient produits – au travers de codes mythologiques définis- que de l’Histoire de l’Ouest. Sans pour autant y appliquer les codes du Western Chicon -trop longs à expliquer ici -, j’ai conservé , comme un jeu, le principe de clichés constituants un tout. Il n’y a plus qu’à espérer que cela fasse sens!

64 : As-tu des projets comme auteur de BD? Quelles sont les difficultés que tu rencontres pour atteindre tes objectifs ?

Jean : Par nature, je suis plutôt un éclectique. Aussi, m’adonner corps et âme au travail de bédéiste ne fait pas partie de mes envies. Toutefois, j’avoue, il traîne au fond de mes cartons quelques histoires que je partagerais volontiers avec de vrais bédéistes / illustratrices(eurs).


Benedetta FREZZOTTI

Il était une fois dans l’Ouest

Benedetta FREZZOTTI

Aujourd’hui, la tribu des Ferrand-Verdejo s’entretient avec Benedetta  Frezzotti sur « Il était une fois dans l’Ouest» son tout nouveau travail que nous trouverons dans le numéro spécial Western de 64_page dans votre boite-à-lettres fin janvier.

Pour rappel, Benedetta est « illustratrice et auteure de projets transmédias.Lorsqu’elle ne plie pas lepapier pour en faire de petites sculptures, elle est professeure d’illustration transmédia à la Libera Accademia D’Arte Novalia et à l’École internationale de la bande dessinée de Milan.

Son compte Instagram est www.instagram.com/bfrezzotti

Son appli Lost in translation est un projet transmédia. Il s’agit d’une façon innovante d’éducation interculturelle afin de la mettre à la portée de tous les lecteurs, qu’elle soit numérique ou analogique, une même histoire pourra être lue sur papier et sur smartphone en passant par l’application Lost intranslation comics (sur AppStore, Google Play ou Patreon). Pour ce numéro spécial western,nous sommes partis envoyage vers l’ouest… »

Tribu des Ferrand-Verdejo: Ciao Benedetta, commençons donc par le début de cette aventure et raconte-nous ce qui t’a motivée à participer dans ce numéro spécial WESTERN de notre chère revue 64_page. Comment s’intègre ce genre au sein de tes projets transmédias, je pense évidemment à ton projet et à l’appli Lost in translation ?

 Benedetta Frezzotti : Je voulais un prétexte pour vous rendre visite à Bruxelles.

Tribu des Ferrand-Verdejo : Ce sont de beaux prétextes que tes œuvres qui nous permettent également de voyager jusqu’en Italie pour te voir et nous espérons, vraiment qu’elles te ramèneront aussi à Bruxelles en personne, dis-nous,qu’est-ce qui était le plus difficile et, au contraire, le plus facile à faire dans cet exercice et où as-tu trouvé tes repères pour procéder à exécuter la page que tu nous as proposée?

Benedetta Frezzotti : Le plus dur a été de trouver la bonne clé pour affronter le Western. En Italie, nous avons une tradition importante: TEX de Bonelli et Ken Parker d’Ivo Milazzo, ce sont eux qui m’ont influencée le plus. Mais ce sont des histoires qui appartiennent à la génération de mes parents, je ne pensais pas qu’un jour je m’essaierais à ce genre d’histoire. Essayer de me confronter à une telle tradition tout en restant cohérente avec Lost in Translationa été un grand défi pour moi.

Le plus simple, choisir les couleurs: j’ai copié Sergio Leone, j’espère qu’il me le pardonnera.

Benedetta FREZZOTTI : Il était une fois dans l’Ouest (Extrait)

Tribu des Ferrand-Verdejo :C’est sûr que Sergio Leone sera très flatté de ce clin d’oeil ! Ton travail est toujours très ancré dans l’actualité et tu y arrives très bien grâce aux sculptures de papier que tu fais de tes propres mains, même en les adaptant au genre très classique du western, avec beaucoup d’humour en prime, est-ce que tu aurais envie de les adapter à un autre genre bien particulier ?

Benedetta Frezzotti : Oui, le Noir! J’ai dans mon tiroir une bande dessinée noire, très sombre, sur le syndrome de stress post-traumatique avec des tableaux qui rappellent les peintures de Jérôme Bosch. J’espère trouver un éditeur tôt ou tard!

Tribu des Ferrand-Verdejo :Et pour terminer une question très indiscrète: quelle est ta BD western préférée et pourquoi ?

Benedetta Frezzotti : Ah ça, c’est une question facile, Lucky Luke! Dès mon plus jeune âge, j’ai toujours trouvé que Calamity Jane était plus intéressante que les princesses endormies. Et puis, Lucky Luke a Jolly Jumper … et moi, j’ai toujours voulu un cheval avec qui ait le sens de l’humour …

 

Retrouvez Benedetta sur www.studioplatypus.it, Instagram: www.instagram.com/bfrezzotti, en attendant de découvrir sa page dans le spécial western de 64_page !

 

 

 


Tom LEWALLE

Pour une poignée de Bitcoins

Tom LEWALLE

L’interview de Tom LEWALLE est menée par la dessinatrice-animatrice de la  Cartoons Académie, Cécile Bertrand. Habitué de la Cartoons Académie, Tom propose sa première BD pour ce 64_page Western.

Oufti ! Un auteur liégeois à découvrir !

Cécile BERTRAND : Vous vous auto-censurez-vous?:  

Tom LEWALLE : En quelque sorte oui, j’ai pleins d’idées que j’aime qui ne finissent pas sur le papier parce qu’elles peuvent être interprétées comme un manque de respect ou parce qu’elle ne feraient rire que moi. Même si le manque de respect ça peut être très constructif quand le message est bien fait.  Je m’auto-censure pour que mes dessins soient accessibles à un grand nombre mais pas spécialement pour flatter l’opinion de tous ceux qui me liront même si mon petit lectorat d’amis facebook à souvent la même opinion que moi ^^.

Cécile  : Quels sont tes projets dans le court et le moyen terme ? 

Tom : J’espère trouver de nouveaux clients qui achèteront mes illustrations, peut-être une place dans magazine. Avis aux amateurs : si vous avez un livre à illustrer, une présentation qui a besoins d’un peu d’humour ou si vous souhaiter peindre votre éléphant à l’effigie de Bob l’éponge appelez-moi au +32478784278 .

Cécile : C’est la première fois que tu publies dans 64_page, qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer dans ce projet « Western » ? 

Tom LEWALLE : Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas fixé de défi dans mon art et j’ai profité de l’occasion du concours pour me motiver avec une échéance. Le plus dur dans ma vie d’artiste c’est la discipline et une échéance ça aide pas mal. Je dirais même plus, l’échéance sauve de la déchéance.

© Ton LEWALLE Pour une poignée de Bitcoins (extrait, première planche)

Cécile  : Avez-vous déjà eu des retours virulents suite à la publication de vos dessins liés à la religion sur les réseaux sociaux ? 

Tom : J’ai juste eu quelques réactions fâchées pour des dessins sur la politique et sur le pape, mais pas encore de grosse polémique dans les commentaires de mes dessins. Je suis pas encore assez connu pour ça. Mais j’ai quand même une peur liée au réseaux sociaux, la peur que je fasse un dessin trop naïf ou qui serait offensant à des personnes que je ne veux pas offenser et que la machine virale de l’internet s’emballe contre moi haha. Pas mal de comédiens se sont retrouvé au pilori virtuel ces dernières années c’est un métier dangereux surtout quand on le fait bien.

Pour découvrir l'univers de Tom LEWALLE :

www.facebook.com/LesDessinsaTomLewalle

PAMANCHA

Bill Keane dans VITE !

PAMANCHA

Pamancha a remué ardemment nos zygomatiques avec sa bande « Bill Keane dans VITE ! », au sommaire du numéro 19 Spécial Western. Il n’est plus si courant de vraiment rire en lisant une bande dessinée, pas seulement sourire… Petite rencontre avec l’auteur.

Gérald Hanotiaux. En guise de première question : comment te présenterais-tu à nos lecteurs ?

Pamancha : Je suis Noam, alias Pamancha (le pseudo vient de nulle part), je suis dessinateur/illustrateur depuis quelques années. J’ai terminé des études dans la bande dessinée il y a un an, à Saint-Luc Bruxelles, et depuis je me consacre à différents projets d’histoires, qu’elles soient courtes (comme celle-ci, pour 64_page) ou longues.

Ma pratique du dessin est un peu difficile à qualifier exactement, je crois qu’elle peut se résumer à une quête de ce qui m’amuse. Dans les traits, les textures… Il ne faut pas que les lignes et les textures soient trop sérieuses dans leur comportement, sinon faire du dessin serait quelque chose de très lourd. Dans mon travail, c’est précisément cette espièglerie du dessin que je veux atteindre, même quand il se montre plus sombre, avec un ton plus violent, déprimant ou implacable.

Cette tension, cette ironie, cette impertinence du trait a son importance. J’ai du mal à voir mon travail comme quelque chose d’entièrement sérieux dans le ton, comme beaucoup de dessinateurs. Cette liberté, cette légèreté de ton est peut-être justement ce qui les (nous?) garde motivés.

Extrait : Début de Bill Keane dans VITE !

Gérald : Tu évoques avec raison l’humour, qui caractérise ton travail. On peut, sans avoir peur de se tromper, dire que notre époque a besoin d’humour plus que jamais. Ce qui me donne envie de te demander : créer et dessiner en période de confinement, c’est facile ?

Pamancha : Je dirais que ça dépend énormément. Le processus créatif est lié à des émotions de toutes sortes, de manières subtiles, et tout le monde réagit différemment à des conditions comme celles du confinement du printemps.

J’ai de la chance à ce niveau, je suis d’un naturel casanier. Personnellement j’ai été assez productif pendant cette période, mais j’étais également dans des conditions professionnelles favorables à la concentration, occupé sur des projets concrets avec des deadlines inflexibles qui motivaient la pratique quotidienne et le souci de bien faire le travail, et donc de rester motivé. Je pense que ma productivité s’est surtout basée sur ces éléments, mais ils ne changent pas fondamentalement en-dehors d’une période de confinement. En tout cas pour moi. Ce qui change peut-être, c’est comment je vois le sens de la pratique : si notre époque a plus que jamais besoin d’humour, en créer peut paraître de plus en plus dérisoire, au vu de l’état de la société. Comment ne pas voir dans un gag un geste vide, dénué de sens, quand tant de choses vont mal ? Toute la difficulté est de ne pas perdre de vue l’importance de rire.

Gérald : L’une des motivations de 64_page est de pallier le manque de revues, qui existaient en nombre dans le passé pour permettre aux jeunes auteurs de se lancer. Que dirais-tu des possibilités/difficultés aujourd’hui de se lancer, se faire connaître? Dans un contexte, – paradoxalement quelque part – de surproduction de livres par les éditeurs.

Les possibilités existent toujours, comme les difficultés. En soi, ce n’est pas étonnant que le monde du livre se soit refermé avec le temps, préférant un système en vase clos, tout simplement parce que le marché s’est réduit. Les livres, les bandes dessinées ne se vendent plus autant aujourd’hui qu’il y a 50 ans, et ce déclin a forcément une influence sur la manière dont les auteurs vivent, et dont les nouveaux auteurs entrent dans le milieu.

L’aspect financier reste la plus grande difficulté à laquelle font face les auteurs aujourd’hui, il n’est pas rare qu’il faille compenser son activité dans la bande dessinée avec une autre, pour faire rentrer de l’argent dans le foyer, c’est presque une obligation pour les jeunes auteurs. Les opportunités de lancer sa carrière ne manquent pas, mais elles ne garantissent jamais comment cette carrière va évoluer par après.

D’un autre côté, nous vivons également dans une époque où les maisons d’édition ne sont plus le seul moyen de faire parvenir un livre à un large public. Par exemple, le principe du financement participatif peut offrir une alternative intéressante pour des projets qui n’ont pas forcément su passer à travers le filtre des éditeurs. Je pense que le futur du livre sera forcément en partie bâti sur un rôle accru d’internet. Il reste à savoir à quels degrés, mais ça, seul l’avenir nous le dira.

Gérald : Pourrais-tu nous parler de tes projets dans le dessin et la bande dessinée, à court terme sur lesquels tu serais occupé à travailler, et à plus long terme, ce vers quoi tu voudrais aller?

Pamancha : J’ai repris des études cette année, donc je prends moins le temps de travailler dans la bande dessinée… En ce moment, je travaille sur de petits strips et/ou gags absurdistes, pour me détendre. Simultanément, j’expérimente avec l’animation, en autodidacte. Au niveau des projets plus conséquents, j’ai plusieurs pistes. Le projet le plus avancé que j’aie en stock est La Main de l’Artiste, l’histoire d’un peintre vide d’inspiration, dont la main se détache, prenant vie, et peint ses œuvres à sa place. Je projette également de travailler sur un scénario (encore non titré) de l’écrivain Yves Wellens, ou encore sur un livre illustré (inspiré d’Edgar Poe) que j’ai commencé à écrire moi-même.

Merci Pamancha !

Vous pouvez aller voir le travail de Pamancha à cette adresse : https://www.instagram.com/pamanchathebelgianartist/


Romain RIHOUX

 

Romain RIHOUX participe pour la première fois à 64_page et il nous propose Un western Spaghetti, une page de haute volée avec une technique à découvrir dans le 64_page #19 spécial Western dès le 20 janvier 2021.L’interview est de Philippe.

ROMAIN RIHOUX

Un Western Spaghetti

Philippe : C’est la première fois que tu publies dans 64_page, qu’es-ce qui t’a motivé à te lancer dans ce projet « Western » ?

Romain Rihoux : Cela fait quelques années que je suis l’atelier d’illustration et de bande dessinée à l’académie de Chatelet. J’ai envie de réaliser une Bande dessinée, mais je n’ai pas encore toutes les techniques en main, et surtout, je cherche encore à développer mon univers visuel.

Un Western Spaghetti – Romain Rihoux (extrait 1er strip)

Je travaille dans la création de visuels, plutôt en vidéo et animation. Mais en dessin, je ne maîtrise pas encore très bien tous les outils et techniques que j’utilise. J’ai donc vite tendance à remettre en question mon travail, et n’abouti pas toujours à des projets finis et diffusables. Le plus simple pour avancer dans cette situation, c’est d’avoir des contraintes. Faire une planche dans le cadre d’un concours par exemple. Et c’est ce qui m’a motivé dans ce cadre ci. Le western n’est pas spécialement mon univers de prédilection, mais ça m’a justement permis de faire un travail visuel que je n’aurais pas fait spontanément. Et c’est un réel accomplissement de ce point de vue !

Philippe : Dans ta présentation pour 64_page, tu nous dis ta volonté de rechercher des styles graphiques, des ambiances, peux-tu nous dire comment tu as défini le graphisme et l’ambiance de ce Western spaghetti ? Et quelles sont les techniques employées pour cette belle page? 

Romain : J’avais quelques idées en tête, et l’envie d’avoir une scène avec un mouvement ample, en pleine action, avec des spaghettis qui volent. Je n’ai pas encore tout à fait réussi à traduire cela. Mais la case centrale m’a guidé pour composer la planche.

Pour le look visuel, j’ai tendance à rechercher des solutions très graphiques, ou stylisées, mais au final je vais spontanément vers des rendus plus détaillés. Je dois donc encore un peu définir mon style visuel. Mais j’ai apprécié essayer travailler l’ambiance et les jeux de lumières de la planche.

J’ai travaillé dans Adobe Fresco. Un outil que je découvrais. J’apprécie travailler avec des outils numériques pour finaliser la disposition et pour la mise en couleur et les textures. Fresco fonctionne bien comme outil similaire à l’aquarelle.

Philippe : Quels sont tes projets comme auteur de BD? Quelles sont les difficultés que tu rencontres pour atteindre tes objectifs ?

Romain : J’ai très envie de me lancer dans un projet de récit un peu plus long en bande dessinée. Je ne maîtrise pas toutes les techniques nécessaires, mais je suis plutôt autodidacte, et je pense qu’il faut se lancer pour apprendre et pour se voir avancer.

Néanmoins, comme je le disais précédemment, j’ai tendance à tout remettre en question et je n’abouti donc pas à grand-chose pour le moment. Mais j’ai plusieurs projets en tête, et mon objectif est donc d’en mener à bien.


Vinc

Cécile BERTRAND anime depuis deux ans sa Cartoons Académie et elle a interviewé quelques-uns de ses meilleurs crayons qui, eux aussi, ont participé à ce 64_page Western, dont VINC. le 64_page Western sera en vente le 20 janvier 2021.

Pour découvrir http://www.64page.com/cartoons-academie/ et si comme Vinc vous voulez dessiner pour la Cartoons Académie, envoyez vos dessins sur l’adresse 64page.cartoons@gmail.com

VINC

Cartoons Lucky Luke

Cécile Bertrand : Vous vous auto-censurez-vous?

Vinc : Oui ça m’arrive, même si cela reste assez rare. C’ est quand arrive l’étape de l’encrage, que je regarde mon dessin tout en me posant des questions: » Le thème est-il bien choisi? Ne vais-je pas choquer les gens de par son contenu ou tout simplement le dessin en lui-même? Ou tout simplement « N’ai-je pas trop exagéré en caricaturant la personne ciblée? ». La plupart du temps, quand je me pose toutes ces questions c’est que mon dessin n’est pas bon et que je dois aborder le thème d’une manière différente ou tout simplement changer de sujet.

Cécile : La Covid 19 vous inspire-t-elle ou vous bride-t-elle?   

Vinc : En réalité, un peu des deux (rires) :  Au début de la pandémie, c’était un parfait inconnu qui nous permettait à nous dessinateurs de la représenter à travers une multitude de faits divers drôles ou moins drôles. Au début de la crise, j’avais tellement produit de dessins sur la COVID, que j’avais même pensé faire un recueil « spécial Corona » qui aurait rassemblé mes meilleurs cartoons sur le sujet, tout en pensant à ce moment-là, que cette crise sanitaire n’allait pas durer si longtemps….

@Vinc – Hommage à Lucky Luke pour ses 75 ans

A l’heure actuelle (9 mois après le début de la pandémie), le virus fait (malheureusement) encore partie de notre quotidien et donc de l’actualité, ce qui me donne encore pas mal d’idées à ce sujet, mais je dois bien l’avouer: j’ai beaucoup moins de plaisir à trouver des idées tellement on en entend encore parler. C’est bien simple, presque un dessin sur deux que je fais quotidiennement a pour thème la Corona.

Cécile : Vous qui êtes au début de votre travail de cartooniste, pensez-vous qu’il y a un avenir pour le cartoon? Je fais référence au New York Times qui a décidé de se passer de toutes caricatures suite à une publication d’un dessin jugé antisémite aux EU. Dessin de mon ami Antonio Antunes qui avait été publié plus tôt dans l’EXPRESSO (sans réactions négatives) au Portugal et mis sur une banque de donnée que le New York Times a choisi lui-même de publier. Je connais Antonio , il n’est pas du tout du tout antisémite. Pensez-vous pouvoir en vivre maintenant, comme ce l’était dans les années 70,80…?

Vinc : Difficilement, pour quelques uns oui, mais il faut être réaliste: le métier de cartoonist à bien changé par rapport aux années 70, 80….

Elle est bien loin, cette époque, ou les dessinateurs ou les dessinateurs pouvaient aborder des sujets sensibles en se moquant librement de tout sans en être menacés pour autant. Il y a aussi autre chose qui différencie notre époque des années 70, 80 : la communication. Avec l’arrivée d’internet et des réseaux sociaux, un dessin peut plus facilement et plus rapidement se partager, se « propager » à travers le monde mais aussi être commenté sans temps de réflexion qu’il y a 30, 40 ans ou on en était encore limité à la TV et les journaux.

Découvrir le travail de Vinc :

Facebook: https://www.facebook.com/Vinc-316928982178809/?modal=admin_todo_tour  

Instagram: https://www.instagram.com/vincentnols/?hl=fr

Nous publierons une interview tous les trois jours, jusqu’à la sortie de ce 64_page Western. Aujourd’hui, Celia DUCAJU pour Sauvage Entretien mené par Gérald Hanotiaux. L’interview complète sur http://www.64page.com/interviews/

Celia DUCAJU

 

Celia Ducaju

Sauvage 

En octobre 2020, nous avons établi le contact avec notre dessinatrice du jour, pour évoquer les pages présentes dans le numéro Spécial Western. En les voyant, on se dit de suite : « la grande classe ! » Le soir même, totalement par hasard nous retombons sur le numéro 5 de la revue « BEDEphile », éditée par le festival Suisse BDFIL. Surprise, ce dernier organisait en 2018 un concours et nous tombons sur cet avis, accompagné d’une magnifique page de bande dessinée : « Premier prix : Celia Ducaju » !

Gérald Hanotiaux : Afin de lancer ce nouveau numéro de 64_page, nous proposons une brève rencontre avec chaque auteur et autrice. Pourrais-tu te présenter brièvement ?

Celia Ducaju : Je suis Celia Ducaju, j’ai 27 ans. J’ai suivi le cursus de bande dessinée à Saint-Luc pendant trois ans, puis comme j’ai toujours été intéressée par les sciences, je me suis spécialisée ensuite dans le dessin scientifique durant deux ans à Paris. Depuis je travaille dans ce domaine-là, dans la vulgarisation des sciences. Il y a deux ans j’ai gagné le concours Jeunes talents du salon suisse BDFIL (1), ce qui m’a donné envie de retourner vers la Bande dessinée. Du moins essayer. Je suis donc passée à mi-temps dans mon travail pour pouvoir me consacrer plus longuement à des projets personnels. C’est comme ça que j’ai pu envoyer ces quatre pages à 64_page. Pour le moment, je travaille sur un dossier BD avec une scénariste, on attend des réponses d’éditeurs. Sur le côté je fais aussi un peu d’illustration, de l’animation, de la peinture (2), des choses plus personnelles.

Celia DUCAJU Sauvage (extrait, 1ère planche, 1er strip)

Gérald : Tu pourrais présenter ce qu’est le dessin scientifique ?

Celia : Question classique. On me le demande souvent, j’ai donc une phrase-type pour répondre : vous voyez sans doute les planches anatomiques, avec les « corps écorchés ». Le dessin scientifique, ça peut être ça, mais pour toutes les sciences, et bien sûr aussi en plus moderne. En soi, il s’agit vraiment de vulgarisation, dans tous les domaines : de l’anatomie, de la biologie ou même de l’illustration naturaliste avec des animaux, des plantes. On a aussi réalisé des projets en physique, ou en informatique.

Il s’agit vraiment de réaliser l’aspect à visualiser scientifiquement pour que ce soit le plus compréhensible possible pour le public visé. C’était assez large comme études, au sein desquelles il y a vraiment de la création, que ce soit en dessin ou en animation. Mon travail de fin d’étude, je l’ai réalisé en bande dessinée, ce que les enseignants ont apprécié. Quand c’était possible, ils nous poussaient là-dedans. Ça correspond de plus à un courant contemporain de bande dessinée, comprenant des livres scientifiques, historiques, de reportages journalistiques. La bande dessinée représente selon moi un excellent moyen de vulgarisation d’un sujet ou d’une discipline.

Gérald : Un des buts de la revue est de pallier le manque de revues, auparavant très présentes pour se lancer en tant que nouvelle autrice. Comment es-tu arrivée vers 64_page ?

Celia : J’avais vu passer un avis sur internet et j’ai envoyé mes pages. Une semaine plus tard, il y avait également un « atelier-rencontre » avec les éditeurs au Centre belge de la BD. Ce genre de rencontres sont très importantes, car c’est réellement différent de rencontrer une personne, que d’envoyer indéfiniment des projets et recevoir les mêmes mails-type de refus. J’ai aussi participé au prix Raymond Leblanc, pour lequel a également eu lieu une rencontre, avec des discussions autour des travaux. Sinon, on ne sait bien souvent pas vers quoi aller, sur quoi travailler et qu’améliorer.

Dans l’art, malheureusement, le rapport « maître/apprenti » s’est beaucoup perdu, qui existait aussi beaucoup dans l’artisanat. Au sujet des revues de prépublication, c’est très dommage, car ces nécessaires échanges avaient lieu également dans ce cadre, avec l’aspect « groupe de dessinateurs » : des plus jeunes arrivent, reçoivent des conseils des anciens…

Gérald : Toujours au sujet des manières de se faire connaître, nous pourrions parler des prix. Tu as eu un premier prix en Suisse, est-ce également une manière de se faire connaître ?

Celia : Oui. Les concours ont en partie pris un rôle que les revues n’assurent plus. On peut y envoyer des choses dans lesquelles on expérimente, sans devoir tout maîtriser. Car les éditeurs ont tendance aujourd’hui à vouloir tout de suite qu’on soit au point sur tout. Et certains prix offrent une vraie visibilité. Il y a cependant également certains « travers », car il faut en quelque sorte faire ce que le concours désire, entrer dans ses critères, même s’il y a une marge.

Après le prix BDFIL, j’ai proposé trois planches aux jeunes talents d’Angoulême. Elles n’ont pas du tout été retenues, mais j’étais super contente de les avoir faites et j’ai eu de bons retours. Je les ai mises dans mon « book », et des professionnels ont flashé dessus lorsque j’ai pu leur montrer. Certains ont pointé ces pages en disant clairement : « tu dois faire quelque chose dans ce style-là ». Sans ce concours je n’aurais peut-être pas tenté autre chose, avec une nouvelle technique, et je ne me serais pas orientée vers ce style. C’est une bonne surprise pour moi-même. Et puis, il y a une « deadline », des contraintes, ça peut donner de bons « déclics ». C’est un peu comme les exercices de l’école. En fait, en quittant l’école c’est bien de faire les concours, pour garder une sorte de discipline, produire et tenter de nouvelles choses. Ces déclics, quand on n’est pas encore mature, c’est bien pour trouver son style personnel progressivement.

Le prix BDFIL, c’était également très important parce que les trois premiers prix sont invités au festival, et là on rencontre plein de gens, le jury, des éditeurs, des auteurs, l’équipe du festival, le public…

Gérald : Nous sommes la veille du second confinement -littéralement-, comment abordes-tu cette période ?

Celia : Pour moi c’est plutôt positif, j’ai trouvé un fonctionnement. J’ai aussi trouvé des opportunités pour produire, donc je me dis « je peux faire ça, hop je m’y mets ». Je suis plus productive en confinement, je peux explorer plein de choses, même si vu la durée prévue, de plusieurs semaines, j’ai peur un moment de me lasser… Il faut se ménager des pauses mais, globalement, j’aborde ça positivement.

Merci Celia !

(1) Travail visible sur le site du festival : https://www.bdfil.ch/concours-nouveau-talent-2018-2/

(2) Une exposition est prévue dans le courant 2021, en collaboration avec le Musée de la Médecine de Bruxelles (Route de Lennik 808, 1070 Anderlecht)

Vous pouvez voir le travail de Celia Ducaju:
www.behance.net/CeliaDucaju
www.instagram.com/celiaducaju


Mario LANCINI

Il était une fois dans le Dead

La tribu des Ferrand-Verdejo s’entretient avec Mario Lancini sur sa BD « Il était une fois dans le Dead » qui paraîtra dans le numéro spécial Western de 64_page.

C’est ainsi qu’il présente son projet : « Grâce à mes secondaires artistiques et à mes enseignant·e·s passionné·e·s, j’ai eu envie de faire une histoire. Avec le temps, j’ai mis ce projet de côté. Un jour, on me parle d’une académie, d’un cours sympa, d’un chouette prof. J’écoute mes amis et là, tout redémarre. www.instagram.com/ml_skuletton

Mario LANCINI : «Il était une fois dans le dead. C’est avec une touche de poésie, un brin de sarcasme et beaucoup d’humour, que sont arrivés mes squelettes. Skuletton, c’est tout le monde et personne, c’est ceux et celles quinous ont précédés et qui portent un regard sur leur vie, avec le recul de la mort. »

Tribu Ferrand-Verdejo : Bonjour Mario, ton projet « Il était une fois dans le dead » a été sélectionné par l’équipe de 64_page.Tout d’abord, nous aimerions que tu nous expliques ce qui t’a motivé à participer à ce numéro spécial WESTERN de 64_page et comment as-tu envisagé d’y placer ton personnage Skuletton, pourrais-tu nous donner un élément visuel ou scénaristique qui t’a aidé à démarrer ce projet ?

Mario Lancini : Ce qui m’a donné envie de participer?

A la base, j’ai vu la proposition de 64_page pour réaliser quelques planches sur ce thème, juste au moment où je manquais de motivation pour le projet que je réalisais. J’ai donc fait une pause et j’ai dessiné mon shérif, plus pour passer le temps qu’autre chose. Étant inscrit à l’Académie des Beaux-Arts de Châtelet en Bande dessinée et illustrations, cela représentait un bon exercice.

Après je me suis pris au jeu et j’ai poursuivi en ajoutant ce qui dans ma mémoire était symbole de western : shérif, saloon, French-Cancan, indien, etc.

Le début de Il était une fois dans le Dead de Mario LANCINI. BD complète à découvrir dans le 64_page #19 Western – mi-janvier 2021

Tribu Ferrand-Verdejo : Et qu’est-ce qui était le plus difficile et, au contraire, le plus facile à faire dans cet exercice et où as-tu trouvé tes repères pour procéder à exécuter les pages que tu nous as proposées (influences, inspiration, etc.) ?

Mario Lancini : Ce qui était plus difficile c’est le fait que je ne suis pas très friand de western et de l’image de cette période, trop brutale à mon goût. Cependant, ce n’est pas très original mais  “Danse avec les loups” m’a beaucoup marqué. Comment le fait d’apprendre de l’autre tisse une histoire et permet d’aborder une nouvelle approche.

Ce qui était facile c’étaient les repères et les images “clichés” de ces histoires. Tout le monde à une vision d’un saloon, d’une randonnée à cheval sur un sol aride. Facile aussi de savoir sur quelle partie de ce sujet je voudrais interpeller les gens.  Une fois que l’on sait tout ce que l’on voudrait dire c’est un bon début, après il faut s’assurer de respecter les consignes, que ce soit court, clair, et je voulais que l’histoire garde un aspect drôle malgré tout.

Tribu Ferrand-Verdejo : Tes personnages sont très attachants parce qu’ils demeurent très actuels, très ancrés dans une certaine réalité aussi, des « os » qui se révoltent mais néanmoins continuent de bouger harmonieusement en quelque sorte, alors même que tes squelettes nous plongent dans le passé du genre western mais aussi dans l’histoire tragique de tout un continent. Tu évoques, si nous ne nous abusons pas, justement « un regard sur la vie avec le recul de la mort », qu’est-ce que ce recul te permet de faire plus précisément ici, en t’essayant plus particulièrement au genre du western ?

 

Mario Lancini : Ce recul me permet surtout, même si c’est bref, de rappeler que l’Histoire est pleine de leçons et que c’est certes utopique mais ça serait cool que certaines choses ne se reproduisent pas. Ce shérif ne juge plus, il ne demande pas à revenir en arrière, ce qui est fait est fait mais il a eu le temps de se rendre compte des choses et en fait part en gardant le profil bas. C’est l’ancêtre qui nous raconte, c’est l’adulte qui admet ses imperfections.

 

Tribu Ferrand-Verdejo : Est-ce que tu aimerais plonger tes squelettes dans un autre genre ?

Mario Lancini : Oui, il y a un côté challenge et l’avantage de ces squelettes c’est qu’ils ont vécu tellement de choses et qu’il leur en reste tellement à vivre encore, que ça ouvre les possibles.

Tribu Ferrand-Verdejo : Pour terminer, une BD western préférée?

Mario Lancini : Je vais encore manquer d’originalité mais j’aimais beaucoup Lucky Luke et Yakari.

Pour continuer à échanger avec Mario Lancini, vous pouvez retrouver ses squelettes qui ne manquent pas de tendresse ni d’humour sur instagram : www.instagram.com/ml_skuletton et très bientôt sur le spécial western de 64_page !!!