64_page souhaite offrir un tremplin aux jeunes auteurs en leur proposant un espace de création.
Un lieu pour se confronter aux lecteurs et démontrer leur savoir-faire, sans limite de techniques ou de sujets. En outre, 64_page présente trois auteurs ayant déjà publié : un jeune, un confirmé et une gloire du patrimoine du 9ème art.
Format atypique, contenu grand angle… bref, du neuf et de la fraîcheur dans l’univers BD !

Antoine Breda: « J’envisage pour la suite de continuer à vivre comme je le fais déjà maintenant. »

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Raconte ton parcours, comment es-tu venu au dessin? A la BD?

Antoine Breda : Je dessine depuis que je suis tout petit, et comme j’ai toujours été nul en français, en maths, en géo, en néerlandais, en anglais, en gym… (mais pas en histoire, là j’étais bon)  ma mère ma poussé dans des études artistiques: « de toute façon, on pourra rien en tirer d’autre » qu’elle devait se dire. La BD m’est venu comme une évidence quand je devais avoir 15, 16 ans alors que je n’en lisais presque pas et après cette révélation, je suis tout de suite allé au cours du soir chez Foerster puis ai continué aux Beaux-art en BD. J’avoue que pendant mes études il y a beaucoup de moment ou j’ai pensé arrêter, mais je repensai à ce que se disait ma mère et je  reprenais mon crayon car de toute façon, je sais rien faire d’autre.

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Dans A en perdre la tête publié dans 64_page #10tu as un univers très personnel, et un dessin moderne mais faisant, curieusement penser aux enluminures du Moyen-âge, est-ce un style spécialement conçu pour ce récit ou comptes-tu le pérenniser?

Antoine Breda : Cela fait plusieurs année que je cherche « mon dessin », celui qui sort de moi sans contrainte et spontanément. Pour l’instant il est toujours en mouvement, il évolue avec moi. Peut-être qu’un jour lui et moi on se posera sur des bases qu’on aura établi mais pour l’instant on essaye tout ensemble, comme deux enfants qui font leur premières bêtises.

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Comment as-tu vécu cette publication dans 64_page? Qu'est-ce que cela t'apporte?

Antoine Breda : Je suis devenu imbu de moi-même, à moi la gloire et la fortune ! Sérieusement, cela me fait très plaisir. Je ne me voyais pas être publié dans une revue de cette qualité pendant mes études et le fait que mon chef d’atelier (le grand gourou Cossu) m’ai fait confiance et m’ai poussé et suivi pour cette publication m’encourage pour la suite.

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Comment envisages-tu ton avenir dans le monde 'impitoyable' de la BD?

Antoine Breda : Par contre la suite, le monde impitoyable de l’édition me fait peur (aveu d’un jeune étudiant). Mais si tout se passe bien, je me vois derrière une table à dessin à faire mes gribouillis sur des feuilles, 32 tasses à café, 28 canettes de bières, 17 barquettes de lasagne surgelées, 3 cendriers pleins à ras-bord sur le côté et pas un rond sur mon compte en banque. En fait, ce que j’envisage pour la suite c’est de continuer à vivre comme je le fais déjà maintenant.

 

Quand les jeunes créateurs de 64_page rendent hommage à Yvan Delporte et André Franquin

64_page retrouve la cave où ils ont conçu 

Le Trombone Illustré…

Dans le #10 de 64_page, retrouvez, ou découvrez, le plus fameux hebdo BD clandestin… Recréé pour ses 40 ans par l’équipe de 64_page! 

Avec 3 textes inédits d’Yvan Delporte.

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Il y a 40 ans, en mars 1977, André Franquin et Yvan Delporte concevaient, dans la cave de la rédaction de Spirou, rue de Livourne, un magazine clandestin : Le Trombone Illustré. Les sept mois d’existence du Trombone sont l’occasion de railler et défier les autorités, que ce soient les hommes d’affaires, les financiers, les comptables, les rédacteurs en chef, les éditeurs, les policiers, les religieux, les militaires… Tous ceux qui gâchent la vie des autres pour tenter de donner un semblant d’intérêt à la leur.

Mais c’est surtout l’occasion de faire bouger les lignes, d’éclater les cases et leurs contenus, Le Trombone participe à la fois au renouveau de la bande dessinée jeunesse et à l’explosion de la bd adulte. L’humour et la poésie se faufilent dans toutes les cases, dans tous les textes, le lecteur devient un complice invité à s’immiscer dans l’alchimie obscure des deux enchanteurs et à se mêler aux ombres furtives et fantasmagoriques qui se glissent et s’agitent autour du pui(t)s mirifique qui embaume tous les étages de la rédaction. Quand, le 20 octobre 1977, l’aventure du Trombone Illustré se referme, c’est tout le 9ème art qui en sera définitivement changé. Mais personne ne le sait encore… En 31 numéros, Le Trombone va offrir un espace de liberté à de nombreux auteurs confirmés mais aussi à de nombreux jeunes qui y tailleront leurs premières plumes. Ce fut, notamment, le cas de Fred Jannin qui y créera, avec Thierry Culliford, Germain et nous. 

Le Trombone Illustré, un labo de création, un lieu de transmission entre les générations. Cette expérience exceptionnelle ne pouvait que rencontrer les projets de l’équipe éditoriale de 64_page.

64_page propose depuis trente mois déjà d’offrir un espace de publication «papier» de qualité pour les jeunes auteurs débutants. En 10 numéros, 64_page a permis une première expérience d’édition à une cinquantaine de jeunes auteurs qui souhaitent imposer leurs univers.

64_page a voulu partager cette fabuleuse météorite avec ses jeunes auteurs qui, pour certains, ont découvert une aventure datant quasi du mésozoïque, en tout cas de bien avant leur naissance. Découvrir Le Trombone Illustré et avoir le désir de revivre cette équipée de l’intérieur, comme un amour revisité, mettre sa plume dans l’esprit d’André, d’Yvan et de la quarantaine d’auteurs qui l’avaient vécues. Dont Fred Jannin que nous ne remercierons jamais assez pour son enthousiasme et son réel bonheur à rendre notre aventure possible : Un Trombone Illustré, supplément clandestin de ce 64_page #10 !

Des illustrations en haute déf. sont disponibles sur http://www.64page.com/presse/

L’équipe de 64_page : Angela Verdejo (écrivain, metteur en scène), Christophe Tardieu (dessinateur, professeur), Daniel Fano (écrivain, poète), Erik Deneyer (libraire), Karin Welschen (professeur de littérature), Marianne Pierre (éditrice littérature jeunesse), Matthias Decloux (artiste numérique), Olivier Grenson (dessinateur, professeur), Philippe Decloux (formateur), Robert Nahum (éditeur), Vincent Baudoux (enseignant retraité), Xavier Zeegers (chroniqueur), Yacine Saïdi (graphiste).

Les jeunes auteurs impliqués dans ce projet :

Adley, BastiDRK, Benedetta Frezzotti, Éléonore Scardoni, FJ Bubblenoise†, Dake 25, Jay Aël, Mathilde Brosset, Patrice Réglat-Vizzavona, Pierre Mercier, Pluie Acide, Priscilla Suarez-Bock, Quentin Lefebvre, Remedium, Romane Armand, Thomas Vermeire. Avec Fred Jannin et Antonio Cossu.

 

Benedetta Frezzotti : « il y a un an et demi je me suis lancée sur mes propres projets comme auteur complet »

Benedetta_frezzotti_autoportrait graphiqueBenedetta Frezzotti est une bonne surprise qui nous est arrivée de Bologne. Elle publie Lost in translation dans le #10 de 64_page et un strip dans son supplément clandestin, Le Trombone Illustré


Peux-tu nous expliquer ton parcours ? Comment es-tu arrivée à concevoir ton projet professionnel ?

Benedetta Frezzotti : Mon parcours ne fut pas à proprement parler linéaire. Après mon école primaire je me suis entendue dire que je n’avais pas la fibre artistique, ainsi ai-je poursuivis mes études dans un lycée scientifique.

Mais mon désir de dessiner était tenace et par chance ma prof de dessin m’a beaucoup soutenue.

Pour finir, j’ai étudié à l’institut Européen du Design et s’il est vrai qu’en dessin je me sens moyenne j’ai construit avec le papier et de la pâte à modeler un style qui commence à me satisfaire.

Mais même après l’IED ce ne fut pas linéaire ; j’ai expérimenté diverses choses passant de la vidéo à l’illustration médicale. Contre toute attente c’est la Bande dessinée qui m’a passionnée parce qu’elle suscite des émotions fortes pour peu qu’on joue avec ses codes. L’interprétation de l’image cependant appartient au lecteur, il y a la une ambiguïté intéressante.

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Certains auteurs jouent de cette ambigüité créant des métaphores visuelles d’une force et d’une universalité que je leur envie… Cependant dans mon travail, me semble-t-il, cela ne me réussit pas particulièrement, rester trop vague me frustre.

Avec la bd, le texte et les séquences d’images je peux expliciter mes clefs de lectures et donner une empreinte plus narrative.

La Bande dessinée en Italie, vu d’ici se limite trop souvent à Hugo Pratt et Corto Maltese, peux-tu nous en dire plus ? Qu’est-ce que nous, les francophones ne devons pas perdre, dans la production italienne ?
 

Benedetta Frezzotti : En Italie si tu dis Hugo Pratt, automatiquement nous pensons à Crepax avec Valentina et à Manara aussi. Nous avons eu d’excellents auteurs humoristiques, comme Bonvi et Altan (Petite je collectionnais déjà les dessins de Altan).

Personnellement je ne suis pas fan de Andrea Pazienza (qui est en train d’être traduit en français) mais c’est l’auteur qui a plus que quiconque influencé la bd underground italienne.

J’apprécie beaucoup Giardino tant pour le dessin que pour ses histoires, (par exemple NO PASSARAN) qui sont située dans des périodes d’histoires récentes, très bien documentées et passionnantes.

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Mais si je devais choisir de manière absolue je choisirais Sergio Toppi, son dessin puissant et ses compositions magistrales font de chaque planche un vrai tableau sans rien enlever à la force de la narration.

Il avait une recherche esthétique qui sublima toutes les variantes du pinceau sans jamais être maniéré… Bon j’arrête de vous parler de Toppi sinon vous allez courir lire ces livres au lieu de lire le mien, LOST IN TRANSLATION (ça serait bien, mais ne le faite pas par pitié).

Comment as-tu découvert 64­_ page? Qu’est-ce qui t’a amené à y participer?
 

Benedetta Frezzotti : J’ai trouvé 64 pages dans une librairie de Bruxelles, j’y étais pour moitié en vacances et l’autre pour étudier.

Ce qui m’a frappé c’est le soin et la qualité du projet éditorial, la volonté non seulement de mettre en avant des projets de débutant talentueux et originaux mais aussi de proposer des sujets et des auteurs pointus.

En Italie des revues de qualités tant sur la forme que sur la qualité du contenu éditorial me font penser ‘’A LA SCUOLA DEL FUMETTO’’ édité par COMICOUT, mais l’espace éditorial dédie à ceux qui veulent proposer une histoire originale est réduit.

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Comment  vois-tu sur ta carrière ? Quels sont tes objectifs ?

Benedetta Frezzotti : Question difficile, surtout en ce moment… Il y a peu encore je travaillais comme illustratrice seulement sur des textes d’autres, il y a un an et demi je me suis lancée sur mes propres projets comme auteur complet même si ces projets étaient différant entre eux. Petit à petit des résultats positifs sont arrivés que j’essaye maintenant de finaliser. Pendant que j’aboutis certains projets, j’en écris de nouveaux.

Évoluer dans ce sens ne me déplaît pas je me sens un peu comme le héros d’un film qui doit sauter d’un toit à l’autre et qui n’est pas sûr d’y arriver. J’espère avoir assez de recul pour arriver de l’autre côté et que je ne serai pas paralysée par le vide avant le grand saut !

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La bd d’auteurs en Italie en ce moment est très variées, elle est faite de cas particulier, il suffit de comparer Gippi et Zerocalvare (son KABANE COLLING devrait être traduit en Français prochainement) ou Igort.

Sans aucun doute sommes-nous encore sous l’effet de l’onde de choc provoquée par la veine autobiographique d’auteurs comme MARJANNE SATRAPI ou DAVID B., le style de Cyril Pedrosa nous a également beaucoup touchés.

Aujourd’hui cependant les jeunes sont influencés par l’esthétique et la narration Manga, des comics américains et dernièrement par les séries tv de qualités qui nous obligent à gérer des récits ou les personnage principaux et secondaires sont de plus en plus complexes.

Pour mon travail je regarde beaucoup vers la France pour ce qui concerne les essais réalisés par les expérimentations proposées par les auteurs sur tablettes et réalités virtuelles.

Ces langages nouveaux encore peu exploré m’attirent et j’aime m’y plonger avec délice.

Une belle réussite pour moi est ‘’PHALAINA’’ de Marietta Ren, je crois qu’une exposition lui a été consacrée à Angoulême.


 

La violence policière française mise en image par Remedium

Comme toujours REMEDIUM colle à l’actualité française. Suivez-le sur www.facebook.com/remedium.timoris

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Remedium : « Il est des événements qui bouleversent l’équilibre d’une oeuvre. L’actualité qui nous concerne et nous occupe tous aujourd’hui s’invite dans mon projet à paraître cette année.
Comme Obsidion a été la première BD à traiter les émeutes de 2005, ma prochaine BD sera la première à évoquer en filigrane d’une autre histoire le calvaire de Théo et les événements qui s’en sont suivis. Pour que ce soit gravé. Pour ne pas oublier. Parce qu’on ne peut pas faire autrement. »

Remedium


 

Notre ami et collaborateur FJ Bubblenoise nous a quitté. Son humour nous manquera éternellement.

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François Joseph Bubblenoise – autoportrait

Jean-Luc BLOKIAU, alias François-Joseph BUBBLENOISE, a perdu son combat contre le crabe.
Il était un ami et un collaborateur régulier de 64_page. Il signe une demi-page dans le TROMBONE ILLUSTRÉ supplément clandestin de 64_page #10 qui paraîtra ce 23 février. Retrouvez son interview sur ce site (mots clés FJ Bubblenoise ou interviews jeunes auteurs)
Son humour, son dessin rapide et efficace nous manquera éternellement.
Toutes nos condoléances à sa famille et à ses proches. 64_page.

 

Mon voisin est un vampire ©FJ Bubblenoise 64_page #3- 2015
Bubblenoise couleurs
Bubblenoise original

Press Cartoon Belgium : Kroll

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Pierre Kroll a remporté jeudi le Grand Prix du Press Cartoon Belgium (PCB) 2017 pour un dessin publié le 17 août dernier dans Le Soir au sujet de la polémique du burkini. Le PCB récompense chaque année depuis 1999 les meilleurs caricaturistes de la presse belge.

Pour cette dix-huitième édition, c’est à un jury de patrons de grandes entreprises qu’est revenue la tâche de sélectionner les trois meilleurs dessins parmi les 92 présélectionnés. Etienne Gossaert (Coca-Cola European Partners), Willy Naessens (Willy Naessens Group), Pieter Timmermans (Fédération des entreprises de Belgique, FEB) et Koen Van Gerven (bpost) se sont rapidement accordés sur le lauréat. Le trio de tête a été établi au bout d’une heure et demie de discussions.

Le deuxième prix a été attribué à Joris Snaet pour une illustration de Donald Trump bâtissant un mur de briques sur le drapeau américain, publiée le 25 juillet dans De Standaard, quelques jours après la désignation de l’actuel président des Etats-Unis en tant que candidat républicain. Zak, lauréat l’an dernier, a ravi la troisième place pour un dessin paru le 18 octobre dans De Morgen et traitant de l’omniprésence de la connectivité de la société. Les primés repartent avec respectivement 5.000, 2.000 et 1.000 euros.

Les prix leur seront remis lors de l’ouverture du 56e « International Cartoon Festival » de Knokke-Heist, et du vernissage de l’exposition qui réunira tous les dessins de presse nominés du PCB 2017 en juillet.


 

Mathilde BROSSET : « J’ai choisi le collage comme alternative au dessin ».

autoportrait mathilde1 Quel est ton parcours? Comment et pourquoi es-tu arrivée à Bruxelles? Qu'est-ce que Bruxelles offre aux jeunes auteurs?

Mathilde : J’ai toujours aimé les histoires. Celles que l’on trouve dans les livres bien sûr mais aussi les textes des chansons, les films ou les pièces de théâtre.

A 18 ans, je suis entrée à l’école des Beaux-arts de Bordeaux. J’ai expérimenté de nombreuses techniques et je me suis intéressée au rapport texte/image par le biais d’installations sonores ou de livres d’artistes. Après mon diplôme, j’ai profité d’un échange universitaire pour partir à Montréal. Je me suis plongée dans la bande dessinée québécoise et j’ai commencé à imaginer mes propres projets.

A mon retour, j’ai intégré l’Institut saint Luc de Bruxelles en dernière année. C’était une année très riche où j’ai travaillé à la fois le dessin, le graphisme et la peinture. J’ai découvert des illustrateurs tels que Béatrice Alemagna, Wolf Erbrucht, Emmanuelle Houdart qui remplissent aujourd’hui ma bibliothèque. Je me suis prise d’admiration pour l’histoire des contes traditionnels et, en particulier, les contes d’Hoffmann. J’ai obtenu mon diplôme avec l’illustration de La pêche à la baleine de Jacques Prévert. A partir de là, j’ai continué à imaginer des projets de livres. Je suis restée à Bruxelles pour proposer des ateliers d’art aux enfants. Aujourd’hui, j’interviens dans plusieurs écoles primaires et dans divers lieux culturels. Je garde toujours un ou deux jours par semaine pour mon travail personnel.

Bruxelles est une ville pleine de possibilités pour les jeunes auteurs. La BD et l’illustration y occupent une vraie place et de nombreux lieux leurs sont dédiés. Je suis plutôt sédentaire, j’aime travailler de chez moi. Mais Bruxelles me permet d’avoir facilement accès aux nouveautés ou de visiter des expos de qualité.

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La pêche à la baleine

2 Tu es une technique personnelle, le papier découpé, explique le pourquoi de ce choix et ton cheminement?

Mathilde : J’ai choisi le collage comme alternative au dessin. Quand je suis arrivée à Saint Luc (Bruxelles), je n’avais jamais pris de « vrai » cours de dessin et je n’étais pas très à l’aise avec mon trait. Le collage m’a offert une certaine liberté. Il m’a permis de travailler sur des grands formats, de me concentrer sur les matières et les couleurs. Avec cette technique, on peut changer continuellement la composition. C’est comme un puzzle dont on bouge les pièces jusqu’à ce qu’elles trouvent la place parfaite. Une image peut rester des semaines en attente avant d’être fixée sur le papier.

Maintenant, je mélange collage et dessin. Mes tiroirs sont remplis de papiers à motifs, aplats de peinture ou extraits de magazines dans lesquels je découpe.

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Oki

En fonction des projets, le choix des matières change. Pour créer l’ambiance d’ Oki, j’ai choisi des teintes chaudes en découpant dans les photos des oeuvres de Rembrandt ou Vélasquez car le contraste entre les aplats de peinture jaune et les touches brunes de pinceaux me semblait adapté à l’univers que je voulais mettre en place.

3 Tu as déjà publié. C'est une étape dans une jeune carrière, comment cela s'est passé pour toi? Qu'est-ce que tu pourrais conseiller à celles et ceux qui seront confrontés à leur premier éditeur?

Mathilde : Meunier, tu dors ? est paru à l’Atelier du poisson soluble en septembre. C’est un livre pour les enfants qui, avant de sortir, a changé plusieurs fois de formes.

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Meunier tu dors ?

Au départ, ce projet était destiné à l’association Dédales qui sort, chaque année, une revue BD et illustration. Le thème de la revue était « La tempête » et j’ai imaginé un projet en lien avec ce thème. Puis, je l’ai envoyé à plusieurs éditeurs et c’est l’Atelier du poisson soluble qui m’a contacté. C’est une maison d’édition que j’aime beaucoup car son répertoire est très varié et plusieurs de ses albums m’ont touché.

Comme le projet était destiné à une revue graphique plutôt adulte, mon éditeur m’a demandé de changer des petites choses afin que l’album s’adresse aux enfants. J’ai donc gommé quelques gros mots, trouvé une fin plus rigolote et modifié le format pour que l’album puisse être imprimé en version cartonnée. C’est un vrai bonheur de sortir son premier livre et d’être accompagnée dans sa réalisation. Mais je pense que le choix de l’éditeur est primordial. J’ai eu la chance d’avoir un éditeur  qui était à l’écoute et avec qui j’ai pû progresser.

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La Belle et la Bête

4 Que retiens-tu de ta participation au Trombone illustré? Connaissais-tu cette aventure éditoriale initiée par Franquin et Delporte?

Mathilde : Comme beaucoup, j’ai connu les idées noires avant de connaître le Trombone illustré. Et c’est par le biais des couvertures de Franquin que j’ai lu le contenu de ce magazine pirate. Pour moi, il représente la naissance d’une BD adulte et iconoclaste au sein d’un hebdomadaire jeunesse.

Je suis ravie de faire partie de cette aventure et d’intégrer une revue collective aussi dynamique.

Travailler dans l’esprit du Trombone illustré m’a permis d’aborder des thèmes que je n’aborde pas d’habitude. Etant profondément athée, Je ne pensais pas un jour dessiner une vierge Marie ou une morue bigote ! Je suis impatiente de voir la revue imprimée et de découvrir les autres dessins.

5 Quels sont tes projets?
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Psautier Hop-Frog

Mathilde : Mon prochain projet est l’adaptation d’ Hop Frog d’Edgar Allan Poe pour Dédales éditions. Il raconte l’histoire d’ un nain qui a été enlevé de son pays natal pour devenir le bouffon d’un roi cruel et amateur de farces. C’est une histoire très noire que j’ai choisi de réécrire sous la forme d’une ballade et d’illustrer à travers une série d’enluminures inspirées de l’imagerie médiévale.

En parallèle, je reviens à l’univers de la pêche et travaille sur une projet d’album jeunesse où des baleines, des monstres marins, des squelettes de pirates et des pieuvres géantes sortent des eaux.,,,

Mais que se passe-t-il dans la cave de notre éditeur Robert Nahum?

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Illustration: Dans la cave de Robert Nahum – © Dake25

La cave de la rédaction de 64_page est envahie par un band de trombonistes ! « Ils me rendent dingue! » s’exclame Robert Nahum, le Charles Dupuis de 64_page, « mais, ajoute-t-il, je les aime et je voudrais posséder une plus grande cave avec un grenier, des ateliers, des résidences d’artistes…  pour pouvoir les accueillir tous! »

Bientôt dans 64_page un fabuleux concert de nos meilleurs trombonistes !

En 30 mois d’existence, 64_page a publié près de 50 jeunes auteur(e)s

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Chloé Schuiten : « Il y a des territoires interdit aux humains. Enfin rien n’est vraiment interdit mais dans les faits aucun humain n’ose y aller. »

 masque (2)1. Raconte ton parcours? Quel a été ton cheminement vers le dessin, l'art...

Chloé Schuiten : J’ai commencé par étudier le stylisme mais je me suis vite rendue compte que je détestais le monde de la mode. Alors j’ai eu envie de raconter et de dessiner. J’ai entrepris un master en narration spéculative où j’ai gouté plein de trucs, j’ai fait de la bd, du cinéma d’animation, de la radio, des films, et j’ai fini par organiser un carnaval en forêt qui rassemblait parait-il 200 personnes, un événement qui a duré un mois et constitué uniquement de participants, une transe dont on n’est pas revenu indemne.

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Marre

Je voulais créer une fête qui réfléchit et désire repenser notre monde, une fête en rupture avec notre quotidien. On ne s’est pas enivré ni drogué parce que ça aurait été la routine. On a vécu tous ensemble dans une galerie en ville pour préparer et inventer la fête, puis on est parti en forêt. Je voulais qu’on ne se soucie pas de l’esthétique mais du sens de nos actes. On était déguisé pour se désinhiber, les costumes étaient faits de ce qui trainait en rue, l’esthétique est née des déchets trouvés. Je suis devenue styliste de l’arrache et des rebuts. Après ça, le « retour à la norme » fut foireux de mon côté. Depuis cet évènement j’ai décidé que mon but n’était pas de trouver de l’argent pour survivre mais de trouver comment virer l’argent de ma vie. Vivre dans le monde mais parallèle à lui.

2. Tu sembles être engagée dans des démarches originales où tu ne te contentes pas d'un petit 'ronron' à ta table de dessin? Explique-nous tes projets et tes démarches et surtout la philosophie qui sous-tend tes expériences?
 Comment construis-tu ces démarches?
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Chloé Schuiten : Le monde dans son état actuel ne me rassasie pas, alors je m’agite à en faire un autre, dedans mais parallèle, fantasmé et réel. Étant donné que l’on est lancé dans le capitalisme à fond et que ça y croit, je réfléchis à des stratagèmes pour vivre autrement dedans. Le voir comme un outil, retourner ces gros défauts en trucs bien pratiques. Par exemple le capitalisme dans son fonctionnement fournit une quantité colossale de déchets. Ces déchets sont pour moi une matière première parfaite, abondante, généreuse, neuve ou presque, gratuite, diversifiée et facile d’accès.  Mon travail de dessinatrice et conteuse se nourrit d’expériences de vie réelles que je multiplie. Je pars sans rien prévoir dormir en forêt, je ne m’habille qu’avec des trucs que je trouve dans la rue et que je transforme, je me fais par exemple un sac à main avec une botte en cuir trouvée sur le trottoir, je pars vivre au milieu des déchets en bord d’autoroute et me construis une cabane qu’avec ce que je trouve sur place, sacs en plastique, canettes, ballon de foot crevé et coque d’imprimante. Je fais des pains avec les miettes récupérées dans les trancheuses des supermarchés. Je pratique le jeûne et la mono diète lors de ces expériences de vie.  En vrai tous les aspects de la vie m’intéressent, j’aime réfléchir à comment les réorganiser, les réinventer et ce en ayant mine de rien l’envie complètement mégalo de changer le monde.

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3. Comment vois-tu ton avenir d'artiste? Qu'est-ce que tu pourrais définir comme ton objectif qui serait une réussite, ou un jalon sur le chemin d'une réussite?

Chloé Schuiten : Le summum serait de ne plus rien faire, plus rien d’utile et de productif mais me consacrer uniquement et totalement à n’être plus qu’un corps en ultra juste et précise connexion avec son milieu. Par exemple vivre dans un buisson d’algue et me laisser flotter dans l’eau de la mer. Viser à optimiser mon humidification par tous les accès possibles, vivre chaque entrée d’eau en moi comme un plaisir hautement libidinal, être complètement camée au sel marin et à sa multitude d’oligo-éléments. Trouver que respirer c’est un truc de frimeur. Se nourrir uniquement des algues contenues dans le buisson et se laisser balader au rythme des marées, en avant en arrière. Être super sensible et émue à ce ballottement et donc évidement ultra connectée et soumise à la lune qui gouverne tout ce bazar de là bas. Qu’à chaque grande marée ce soit la grosse fête, une énorme vague d’émotion en moi, le tremblement épileptique de la jouissance.
Objectif méduse, faite d’eau dans l’eau avec comme seul ami l’eau la lune et leurs mouvements.

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4. Qu'est-ce que ta publication dans 64_page t'a apporté (pour le cas bien sûr où cela est une réussite!) ? Qu'est-ce qui selon toi devrait être mis en place pour soutenir les jeunes créateurs?
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Chloé Schuiten : Je me dis qu’il faudrait mettre en place une école pour après l’école. Parce que l’école c’est quand même ce qu’il y a de mieux, apprendre c’est le luxe absolu. Ce serait bien qu’il y ait un grand bâtiment complètement libre où tous les gens qui y entrent sont autant profs qu’élèves, les rôles n’arrêtent pas de tourner, tellement que plus personne ne s’y retrouve. Dans cette école le sommeil serait estimé à sa juste importance, partout il y aurait des matelas et autres formes expérimentales de dispositifs de sommeil qui trainent. D’ailleurs l’école serait squattée en permanence par plein de clochards. Il y aurait des gars que l’on ne verrait jamais éveillés, ce sont les gros pros, les grosses têtes de l’école, parait même que le directeur traine là dedans. Ce serait une école où l’on apprend tout ce que l’on veut, on y va quand on veut. Puis on n’y va plus aussi. On lui envoie des cartes postales quand elle nous manque et il y a toujours un type qui s’amusera à y répondre. Dans cette école il fait tout le temps super chaud, pas parce que l’on y met le chauffage non faut pas croire qu’elle a la tune pour ça cette école, mais parce qu’il y a toujours un monde dingue qui y gigote et qui, à la manière des abeilles, fait en sorte d’y maintenir une chaleur digne d’une hutte de sudation. Ça y sent l’humain à fond mais pas que, ça sent aussi le bouc et la sueur canine, la bouffe en putréfaction, les armées de bactéries et les hordes de chats. Il y a des territoires interdit aux humains. Enfin rien n’est vraiment interdit mais dans les faits aucun humain n’ose y aller. Ce qui est sûr c’est que ça expérimente dans tous les sens et que quand elle sera mise en place cette école c’est là que je zonerai.

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