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Pensez à réserve une soirée à la lecture début mai !

Le 64_page #12 arrive!

Avec Mezzo

Jorge Gónzalez

Eric Heuvel

Julie M.

Gabrielle Vincent

Et cinq auteurs et autrices publié.e.s pour la première fois dans 64_page : Arcady Picardi, Basti DRK, Marion Sonet, Cécile Chainiaux et Zoé Bayenet.

Le nouvel album de Mathilde BROSSET

Le bout de la ligne 


Un petit garçon et son grand-père vont à la pêche.
L’enfant se demande ce qu’il pourrait bien attraper dans l’océan.
« Peut-être une daurade ou un turbot » lui répond son grand-père. Mais le garçon imagine que l’océan cache des créatures bien plus impressionnantes.
S’ensuit une énumération tout droit sortie de son imaginaire : deux dragons, quatre sirènes, cinq poissons des abysses…
On découvre les personnages assis sur une baleine, à cheval sur le dos d’hippocampes ou prisonniers des tentacules de trois énormes pieuvres.
La ligne ondule parmi les méduses, se tend sous les dents des requins, devient fouet ou lasso selon les animaux qu’elle attrape. 1, 2, 3 … et 10 squelettes sortent de l’eau tandis que nos deux héros s’agrippent au mât du vaisseau pirate.

Dès le 14 avril dans votre meilleure librairie:

« Moins indigent que beaucoup d’albums de ce genre,
Le Bout de la ligne est avant tout l’histoire d’une complicité entre un adulte bienveillant mais tellement A Gterre-à-terre et un petit garçon déterminé à réenchanter le
réel. » (Ed. l’Atelier du poisson soluble).

Mathilde sera en dédicace au Musée de l’Illustration Jeunesse de Moulins, le samedi 14 avril à 16h

A G E N D A  –  64_page – BLOQUEZ CETTE DATE! 

Mathilde BROSSET donnera, en compagnie de MEZZO, une Master class       le mercredi 23 mai à 16h au PALACE, 85, bd Anspach à 1000-Bruxelles.

Organisation en partenariat avec les librairies Brüsel et Het B-Gevaar, le cinéma PALACE, la Maison LEFEBVRE matériels pour artistes, KABOOMBD.tv et SANDAWE

 

 

 

 

 

64_page disponible à Paris!

Info importante pour nos amis français!

64_page est, depuis le 15 mars, disponible à la librairie Wallonie-Bruxelles, 46, rue Quincampoix – 75004 Paris.

Librairie Wallonie-Bruxelles
46 rue Quincampoix
75004 Paris
Tél. : 01 42 71 58 03
Fax : 01 42 71 58 09

Contact Mail: http://www.librairiewb.com/contact.php
www.librairiewb.com

 

Yslaire, de A à Z

Interview réalisée par Olivier Grenson.

[ndlr: 2 lettres seront postées tous les 2 jours]

Pour Yslaire, être un artiste, c’est écouter sa voix intérieure, se réinventer constamment au risque d’être incompris. Passer d’un médium à un autre jusqu’à « sculpter » la Joconde et redéfinir la spécificité de la bande dessinée. C’est expérimenter pour s’interroger sur la manière de raconter aujourd’hui, se positionner avec son temps et comprendre le présent.

Pour Yslaire chaque mot a son importance, chaque lettre a sa symbolique jusqu’au choix de sa signature. Voici

Yslaire de A à Z

A comme ÂME ou @nonymous

L’âme est une obsession chez moi. C’est revenu dans des tas de scénarios, souvent sous forme de dialogue. Ca doit être un substitut catholique. C’est l’idée de la suprématie de l’esprit sur le corps. Je pense qu’enfant, j’ai été traumatisé ou influencé par le catholicisme. L’âme est liée à la mort, mais je ne sais pas si elle est éternelle. Dans un tableau, ce qui compte, c’est l’âme et c’est le supplément d’âme qui fait l’art. C’est une définition très précise qui nous éloigne de la plastique pure puisque c’est quelque chose de spirituel.

B comme BERNARD ou BRUXELLES

Bruxelles est pour moi incontournable. Je suis né au cœur de Bruxelles, j’ai habité une dizaine de communes. J’y suis vraiment attaché. Depuis mes nombreux voyages, j’ai pris conscience de la richesse et de la modernité à travers la multi culturalité. C’est rare de voir des villes où l’on parle autant de langues différentes. Bruxelles a au moins cette double casquette, cette dualité et même si je ne parle pas le flamand, j’ai l’impression d’être plus flamand que francophone. J’aime Bruxelles pour son côté zinneke. L’art pour moi, c’est zinneke, bâtard. Et la BD c’est zinneke, c’est la littérature sans en être, c’est de l’illustration mais pas vraiment, c’est un truc entre les deux, l’alliance des contraires.

De la même manière, j’aime Bruxelles parce qu’il y a l’ange Saint Michel et le Manneken Pis. L’ange qui terrasse le dragon et le gamin qui fait pipi. J’aime Bruxelles pour ce K.O., pour cette contradiction, pour cette schizophrénie qui se retrouve dans tous les quartiers.

C comme Jean-Claude CARRIERE

Jean-Claude Carrière est une des meilleures choses qui me soit arrivé dans la vie. J’ai tout de suite accroché à Jean-Claude parce qu’il avait une vision Bouddhiste. A l’époque, j’étais très sensible au yin et au yang, au taoïsme, c’était l’époque où Harrison emmenait les Beatles chez Maharishi Mahesh Yogi pour pratiquer la méditation transcendantale. Ca a énormément influencé ma vie et je retrouvais tout ça dans ses livres. Plus tard, je lui ai proposé une collaboration pour le Louvre et je n’ai pas été déçu. Dès qu’on s’est rencontré, ça a tout de suite fonctionné. Il reste quelqu’un de très important pour moi, je suis très attaché à lui. Si un jour il disparaît, il restera une des personnes qui aura le plus compté dans ma vie.

D comme DESTIN ou DECOUPAGE

C’est amusant, parce que le découpage doit donner une impression de fatalité, c’est quelque chose que je recherche mais qui est un peu vain. Et pourtant je n’y échappe pas. Je continue à penser qu’il y a une bonne manière de raconter, adéquate à l’histoire que j’ai écrite. Il n’y a pas 50 formules pour trouver le bon découpage en adéquation avec le scénario. Tant que je n’ai pas trouvé cet angle d’attaque, je ne crois pas à mon histoire et je suis frustré. Le moment où ça devient limpide et qu’il me paraît bon, ça donne l’impression d’être une destinée. L’histoire se lit alors comme une fatalité. Du début à la fin, on ne peut plus rien enlever, c’est ce qui fait pour moi une bonne histoire. L’idéal de la forme qui rejoint le fond. Et la BD se résume au découpage des cases et l’espace entre les cases.

E comme EVA ou EGO

L’ego n’évoque pas grand-chose pour moi, je ne me pose pas cette question. Par contre Eva Sterne est un personnage tellement important. Je voulais faire quelque chose de biblique, l’art total dans cette épopée du XXe siècle. Quelque chose d’audacieux et expérimental, parler d’une genèse où de façon très bouddhiste, il n’y avait pas de commencement. Rapport à la genèse, Eve, et à la psychanalyse, comme transgression de la religion, qui inventait un autre Dieu : l’inconscient, présent partout, invisible, abstrait mais qui nous fait réagir. Eva devait logiquement être juive parce qu’au départ la psychanalyse est juive. Et Sterne qui veut dire étoile, comme une résonance à la recherche d’un ailleurs. L’idée propre au XXe siècle est de s’échapper de la terre dont la conquête spatiale est la quête. Ce sont tous ces liens qui finalement donnent du sens.

F comme FRIEDRICH

C’est le peintre romantique par excellence. C’est Alain Populaire qui me l’a fait découvrir. Si Carrière est un mentor à partir de 50 ans, Populaire vers mes 30 ans a fabriqué ma culture picturale. Il m’a fait découvrir un tas de choses en peinture et en musique. Friedrich en fait partir. Sambre est connue pour être une série romantique, mais pas dans le sens fleur bleue. Le romantisme est d’abord allemand, c’est une expression tragique de l’existence, c’est le rayon des pulsions, du ça, de l’inconscient. Friedrich ne dessine pas très bien, c’est un peu crispé, mais sa force, c’est la dimension spirituelle, une dimension morbide et mystique de la nature qui vient de la mort de ses proches. Sa mère et ses sœurs, puis son frère noyé en mer Baltique. On retrouve deux dimensions dans sa peinture, la nature et la mort.

G comme GENIE

Quand j’étais ado, j’ai dit à ma mère : « Maman, je crois que je suis un génie. » Elle m’a répondu qu’elle avait toujours pensé que tous ses fils étaient intelligents. J’étais blessé, frustré et pourtant sa réponse était très intelligente. Car du coup, je me sens très différent des autres garçons. Eux, ils sont un peu tous des génies pour leurs mamans. Et elles trouvent génial ce qu’ils font même si ce n’est pas forcément génial. Je n’ai jamais eu ça, je ne suis même pas sûr que ma mère ait lu mes albums. Des génies, j’en ai rencontrés, Gainsbourg, Moebius, son Major Fatal, c’est vraiment du génie et je n’oublie pas Jaco Van Dormael. Chez lui, il y a quelque chose qui dépasse l’entendement!

H comme HISLAIRE

Le H est une lettre maudite. D’abord parce qu’on ne la prononce pas. Hislaire peut donc s’écrire avec ou sans. Je ne veux pas me retrouver dans le dictionnaire entre Hergé et Hitler. J’ai tout fait pour me débarrasser du H et j’y suis arrivé.

I comme INTUITION

C’est la seule chose qui compte, c’est la seule chose qui reste. Avec les années, avec les modes, les belles théories s’envolent. Les intuitions nous aident à faire des choix, elles nous dirigent et nous permettent de faire la différence entre une promesse et un avenir.

J comme JE

Le je ? Je croyais que tu disais le jeu. Je ne joue pas. Mais c’est peut être ce qui me manque. Ceci dit, avec l’âge j’aime de plus en plus le jeu, la comédie humaine avec ses règles… Dans le dernier album, j’ai eu envie de créer un petit démon plutôt qu’un ange romantique blessé. Du coup, j’ai joué avec les codes et j’adore ce personnage, il est devenu mon personnage préféré, très humain.

Le petit démon s’appelle Judith Juin. Tiens tiens, deux J, il n’y a pas de hasard !

L comme LIGNE, ligne sombre en l’occurrence.

Ah oui. On est tous dans la BD en Belgique descendant d’Hergé, c’est comme une malédiction. Hergé a imposé la ligne. Cette ligne a quelque chose d’insupportable et c’était mon combat parce que mes crayonnés, c’est 10000 traits, un brouillard incroyable. Du coup, trouver le trait au moment de l’encrage était une souffrance terrible. Il fallait arriver à cette expression la plus neutre, tout raboter, un seul trait qui défini. C’est l’inverse de l’ego, l’inverse de l’émotion, l’inverse de l’âme. Mais appartenant à cette école, cette culture, j’ai fini par m’y faire et j’ai moins de peur de rater. Je sais que mon dessin c’est d’abord du trait et puis comme un sculpteur je dégrossis la masse pour arriver à des traits fins. Jijé travaillait par les taches d’abord et terminait par les traits fins. Moi, c’est l’inverse. Il m’arrive de travailler les décors avec les moindres détails et puis de tout noircir. Au moins j’ai l’impression que le noir est habité.

M comme MALEDICTION

De façon incroyable, l’enregistreur s’arrête. La conversation n’est pas enregistrée comme si la malédiction des Sambre était complice de l’interview. Avec le dessert, je coupe l’enregistreur et je le remets en route à la lettre N sans m’apercevoir que le M n’y est pas.

N comme NON

Court et bref. Le premier mot prononcé par un bébé. Preuve s’il en est que la race humaine est belle par nature. A qui ? A maman, Papa, qui à cet âge sont comme Dieu. A mon avis, l’homme est prométhéen par essence. Et c’est même ma définition de l’Art. Rébellion contre la vérité.

O comme OTHELLO

Vachement important, c’est la première pièce de Shakespeare que j’ai vu et qui m’a bouleversé. Le premier héros négatif sur le thème de la jalousie et tellement noir où l’amour est un amour souffrance. C’était fascinant même si je ne comprenais pas tout. C’était une réponse à toute mon enfance qui était catholique où je confondais les histoires horribles de la bible avec l’Histoire. Shakespeare a été pour moi l’introduction au romantisme. Shakespeare n’était pas romantique mais dans sa traduction en français, par le fils de Victor Hugo, il a reçu cette dimension romantique. Ca a été une réelle révélation avant Cyrano. Et sera déterminant sur mon travail dans la bande dessinée qui représentait un océan de pureté. La culture française a inventé une forme de mythologie à travers des grands auteurs dont fait partie Shakespeare. Il reste encore aujourd’hui ce qui nous construit, une structure sur notre vision de notre existence.

P comme PAPILLON ou POESIE

Je ne vois pas de poésie dans papillon. C’est un élément qui devient très important dans Sambre et qui était déjà présent dans le ciel au-dessus de Bruxelles. C’est l’histoire de l’éphémère mais qui en même temps représente une forme d’éternité par l’idée de la transformation, la chrysalide. C’est une très belle métaphore de l’amour car ils ne vivent que pour se reproduire. Il ne mange pas, il naît juste pour aimer, se reproduire et mourir. Ca colle parfaitement à Sambre et à la thématique du romantisme, mais aussi d’anges, d’ailes, d’esprits…

Q Comme QUÊTE ou QUESTION, remise en QUESTION…

Quête = question, c’est évident. La réponse est dans ta question Olivier.

Il y a deux types d’artistes, ceux qui cherchent et ceux qui trouvent, je fais partie de ceux qui cherchent. Jean-Marie Brouyère, scénariste avec qui j’ai travaillé au début de ma carrière, a dit une phrase étonnante : « C’est dans l’ignorance de la direction à prendre qu’on fait tout le chemin ». On ne sait pas où on va mais en même temps, sans le savoir, on y va. Jean-Marie était quelqu’un de très important pour moi, c’était les années 70, les hippies, la beat génération, une volonté d’aller chercher ce qui n’a pas d’explication. Une culture formidable qui reste encore aujourd’hui une référence.

R comme ROMANTISME, ROUGE, REVOLUTION

Le romantisme allemand m’a beaucoup plus parlé que le romantisme français, même si les lettres d’Hugo sont magnifiques. Globalement, les français l’interprètent comme fleur bleue. La dimension germanique anglo-saxonne me plaît beaucoup plus. Il y a le nord de l’Europe et le sud. Cyrano, c’est le sud, latin, accessible, c’est du verbe, du panache ça fait pleurer les foules, mais ça n’a pas cette dimension profonde parfois incompréhensible, cette force expressive qu’on retrouve dans Hamlet et cette forme de cri de la peinture allemande et en même temps de vide métaphysique, j’aime cette douleur et cette crudité qui touche le spirituel. La révolution, c’est toujours des morts, la révolution a du sens qu’une guerre n’a pas nécessairement. Avec les années, je deviens Créon dans Antigone. J’essaye de ne pas oublier Antigone en moi. Sambre c’est Antigone.

S comme SIGNATURE

Je l’ai passé sans m’en rendre compte, mais on sait que c’est une question de lettre. Que, même si la lettre change, c’est le dessin qui est la vraie signature.

Changer de dessin, c’est changer d’orthographe.

T comme THEÂTRE ou TRAGEDIE

Le théâtre est une influence déterminante pour moi, plus que le cinéma. Il y a quelque chose de similaire entre le théâtre la BD, c’est la représentation contrairement au cinéma qui cherche le réel. L’autre aspect, c’est le cadre, pas de mouvement, pas de travelling, pas d’effets spéciaux, du texte mais pas de musique et enfin, un langage très codé. Les thèmes au théâtre me semblent plus proches de la BD, des thèmes qui parlent de l’être humain qui traverse les siècles alors que le cinéma parle du présent. Aujourd’hui, la BD a évolué, a changé et la volonté de toucher plus au présent, d’aller de plus en plus vite au détriment de l’esthétique. Le vrai plutôt que l’esthétique. Pour moi, la bande dessinée reste une question de prendre le temps, de recréer et de penser l’esthétique. La dimension que j’ai toujours aimée dans la BD, c’est être relu. Ce qui m’encourage à prendre le temps.

U comme UROPIA

C’est l’Europe rêvée et ce qui me fait rêver c’est le futur. J’ai voulu imaginer avec Laurence ce qui pourrait se passer dans 20 ans.

C’était une forme de création qui n’est ni le cinéma, ni la BD, ni le théâtre, c’était le rêve des années 70, comme internet créé par des hippies, c’est l’art total qui mélange tout, un multimédia comme un opéra rock, c’était un magazine de news sur Ipad et qui jette des pistes sur un avenir pour voir à quoi il ressemble. Mais je vais y revenir un jour. Ce n’est pas facile, mais je n’abandonne pas.

V Comme VIOLETTE

Mon personnage préféré. Il a quelque chose d’une certaine perfection. J’ai eu tellement de difficulté à le dessiner. Le personnage féminin dont je suis le plus fier.

En pensant à Violette, j’ai l’image d’un équilibriste qui marche sur un fil…un petit trait à gauche ou à droite on peut tomber. Il n’y a pas une image qui y ressemble ?

OUI tout à fait! C’est la plus belle case que j’ai dessiné dans Bidouille et Violette ! C’est l’essence même du personnage féminin asexué, distrait, décalé, vis-à-vis de la réalité en dehors de tous clichés. C’était une vraie trouvaille pour moi.

W Comme WINNER ou WATERLOO

Ce n’est pas vraiment un hasard que j’habite Waterloo, quand j’étais petit, j’avais une fascination pour Napoléon et quand je voyais les images du film d’Abel Gance, je pensais que c’était les images de la vraie bataille. Combien de cadavres se trouvent sous la ville ? Et les débuts des misérables c’est Waterloo. Ce qui rejoint Sambre.

X comme XXe ciel

Quelle belle aventure, c’est ma fierté, j’ai dû me battre pour qu’elle existe. Encore aujourd’hui incomprise, elle a quelque chose de maudit, en même temps c’est constamment réédité. Je pense avoir fait mon Major fatal, je voulais quelque chose d’expérimental, mais ma référence c’était Beyrouth, le côté cassé, des fragments qui s’assemblent et qui ont du sens… ça se rapproche de la beat génération. C’est cet esprit là qui a fondé internet, la fragmentation pour échappé à l’armée et diffuser des informations. Un rêve qui a bien fonctionné. Dans cette démarche, je pense avoir fait quelque chose d’avant-gardiste. Incompris et j’ai eu l’impression de donner le meilleur de d’avoir face à moi des réactions conformistes. Je pouvais passer de Sambre au XXe.

Y comme YSLAIRE ou YEUX ou YANN

C’est une lettre importante. C’est l’occasion de dire à Yann que je lui suis vachement reconnaissant, c’est un peu comme les groupes rock, nous n’étions pas prêt au succès. A l’époque on passe de Spirou à Glénat pour réinventer quelque chose, pour provoquer, pour relancer de nouvelles créations et le succès a été immédiat. Il y a eu une forme de folie autour du premier tome. Tout a changé trop vite, nous n’y étions pas préparés. Je l’ai toujours regretté ce clash. Il y avait pourtant une espèce de fusion qui se concrétise par le changement de signature. Et inconsciemment, alors que Yann change de signature juste pour faire la différence avec les innommables : Balac commence par B, la lettre pour Bernard et le Y de Yslaire et aussi celui de Yann.

D’où Yslaire de A à Z et donc voici le Z

Z comme la maîtrise de A à Z

J’ai passé mon temps à rêver dans les dictionnaires, mais en ouvrant le livre au milieu. Je ne peux pas commencer par le début d’une histoire. De A à Z, pour moi c’est impossible. Cet ordre, c’est une idée de la vie et de la mort qui me terrifie. Quand j’écris, je ne commence pas par le début. Quand je dessine non plus. Je mélange tout.

Et c’est le propre de cette interview, on peut la commencer n’importe où.

Multilingue et multi techniques: Sandro Cocco

 Onirisme, psychédélisme,

Sandro COCCO un créateur étonnant

Sandro COCCO est un créateur atypique travaillant de nombreuse techniques qui servent à merveille des scénarios bien ficelés et un humour très particulier… Découverte!
  1. Peux-tu nous expliquer ton parcours qui est assez original? Et le pourquoi de ton installation à Rochefort? 

J’ai étudié peinture aux Beaux-arts à la Karel de Grote Hogeschool à Anvers (1994-1998). Pendant ces études j’explorais à côté des matériaux classiques comme

l’aquarelle et la peinture à l’huile avec des autres médias comme gravure, sculpture, installation, vidéo et à la fin photomontage analogue et numérique qui sont mes premières essaies de narration. Après avoir étudié les thèmes classiques comme le nu, la nature morte et le paysage d’après observation, je voulais être plus proche de la forme alors j’arrêtais à regarder mon papier de dessin sur laquelle je dessinais. J’ai commencé dessiner qu’en regardant le modèle devant moi. Mais le dessin à l’aveugle d’après nature ne me suffisait plus à un certain moment. Je continuais à être intéressé à la forme, mais en laissant l’observation d’après la nature de côté et voir quelles formes allaient se produire de moi-même.

Alors, j’évoluais vers l’écriture automatique. Pendant les cours de théorie, je commençais à gribouiller comme beaucoup de gens font en téléphonant. Ces gribouilles sont devenus des dessins amorphes: des formes sans forme particulière. Pour certains ils ressemblaient à des nuages, des îles, d’autres voyaient des animaux dedans, des visages… Premièrement, des dessins au bistre puis pour devenir l’objet d’une installation en les peignant à la peinture à l’huile sur les mûrs de mon atelier à l’école et ensuite pour devenir des sculptures en plâtre. Mon étude de forme se termine en créant des amorphes en symétrie… Après avoir été fasciné un bout d’un moment par le monde de l’installation j’ai appris que construire des installations laborieuses dans la réalité avec de la matière n’était pas pour moi. Après quelques projets plutôt conceptuels comme mes surpeintures: une toile que je continuais à surpeindre en prenant des diapositives de chaque étape, je suis arrivé à me vouloir exprimer uniquement avec des concepts immatériels dans mon livre d’esquisses. En voulant savoir visualiser mes idées que j’avais noté dans mon cahier, je suis arrivé à la construction des photomontages à l’aide de la photographie numérique. C’était revenir au moment que j’avais 14 ans et que mon copain de classe me montrait son ordinateur Amiga dont sur lequel il y avait un premier logiciel pour éditer des photos. Disons que c’était un prédécesseur préhistorique de Photoshop comme on le connaît aujourd’hui avec toutes ces fonctions inutiles, superflues. Mais avec ce logiciel je pouvais utiliser les deux fonctions que j’utilise le plus à présent: copier et coller. Mon prochain objet d’étude était donc chercher une façon comment visualiser mes idées. Je commence alors à construire des photomontages afin de visualiser mes idées à l’aide des personnages qui montrent une ou plusieurs actions dans une pièce: mon atelier, mon studio, la salle de bain. Parce que mes compagnons de classe étaient tous occupés avec leurs propres projets, je ne pouvais pas les déranger pour visualiser des poses. Je commençais alors à utiliser moi-même comme modèle. Mes premières tentatives de narration commencent à se voir. Mais en 1998 pour mon professeur de peinture, la narration était tabou. Donc avec mon projet de fin d’études, une vingtaine de photomontages, je réussis à peine mes études avec une note juste suffisante. Après mes études je me concentre à créer des photomontages en toute liberté avec des photos analogues et numériques (1998-2001). Après une expérience de travail dans le musée d’art contemporain (S.M.A.K.) comme gardien en 1999, je décide d’étudier la BD à Sint-Lucas à Gand (2001-2003). Cette méthode de photomontages avec laquelle j’ai fini mes études de peinture, c’était tout à fait logique pour moi que j’allais l’utiliser pour faire de la BD. Le Peintre est ma toute première planche de BD avec cette méthode. Ce style de dessin est à base de calque de photomontages. Ce sont des photos que je prends moi-même. Je me sens confortable avec ce style de dessin parce que le plus important pour moi est de pouvoir visualiser mes idées. Je trouve que la réalité qui m’entoure est plein de forme est de couleur et cela me suffit largement pour raconter une histoire. Le Carton à dessin est fait entièrement dans mon salon. J’ai utilisé ma femme et moi-même comme modèle. C’est la première fois que j’ai utilisé une tablette graphique Wacom. Mon album L’autre Côté était encore dessiné entièrement avec la souris. Après mes études de BD, je me consacrais à écrire dans mon journal, écrire des histoires courtes et la création des dessins des chambres imaginaires à l’encre de chine et aquarelle. Pour moi, ce sont des visualisations d’idées qui peuvent être réalisées comme des installations. Pendant que je travaillais comme bibliothécaire, je reviens à la BD. En 2008 j’envoyais mon manuscrit L’Autre Côté à quelques maisons d’édition. Quand je visitais un festival de BD à Arlon, je rencontrais, par hasard, Anick Lillienthal qui était immédiatement d’accord pour éditer mon projet. L’Autre Côté, histoire d’une psychose est publié en juillet 2013 chez Le Moule à Gaufres à Nancy. Depuis ce moment je prends de nouveau aux sérieux la possibilité de faire de la BD comme mon métier. Je commence à traduire L’Autre Côté en anglais depuis la version originale en néerlandais, ma langue maternelle. Puis en allemand, en italien et ma femme à fait la traduction en japonais. Ce moment j’ai repris mon premier projet La Visite pour en faire un album cette fois-ci.

Par rapport à mon installation à Rochefort. Mes parents parlaient français et italien à la maison. Pendant mes études secondaires j’ai étudié les langues: néerlandais, français, anglais et allemand. Quand j’habitais à Renaix, une ville à facilités linguistiques je me suis commencé à m’exprimer en français grâce à quelques copains francophones. En 2006 je vends ma maison et j’essaie d’habiter en Sardaigne. Après quelques mois je retourne en Belgique. Ma décision d’aller habiter à Rochefort n’était plus difficile. J’ai visité les Ardennes plusieurs fois quand j’étais enfant et l’omniprésence de la nature m’a beaucoup plu.

  1.  Tu vis une expérience artistique double puisque ton épouse elle aussi est artiste, qu'est-ce que ce partage et les confrontations quotidiennes de vos créativités vous apportent sur le plan artistique?

J’ai rencontré ma femme Kanako Higa à Anvers en 1996 quand j’étais dans ma deuxième année de peinture. Elle est japonaise. Après ses études de peinture aux Beaux-arts à Okinawa, elle étudiait un an la gravure au Karel de Grote Hogeschool à Anvers. Après elle, retourne au Japon pour payer ses études et commencer une carrière d’artiste. Après quelques années elle commence à enseigner la gravure à l’université des Beaux-Arts à Okinawa. Après 12 ans nous nous rencontrons de nouveau. Après des années de travaux à la maison et élever les enfants jusqu’à l’âge qu’ils commencent aller à l’école nous commençons à avoir du temps pour nous-mêmes et exposer. D’abord dans le centre culturel de Rochefort et de Dinant, l’académie de Huy et pour l’instant à Namur. Nous ne nous trouvons pas toujours dans notre travail artistique parce que nos oeuvres et visions sont assez différentes. Mais j’espère qu’on peut travailler ensemble à des projets dans le futur comme des BD ou des livres d’enfants. Dans l’histoire courte Le Carton à dessin c’est la première fois que j’ai utilisé ma femme comme personnage.

  1.  Tu as édité une BD, L'autre côté qui aborde un sujet difficile, la psychose de ton frère, qu'est-ce que ce projet représente pour toi? Comment s'inscrit-il dans tes réalisations habituelles?

Tout a commencé avec un pari entre moi et mon prof Ferry, auteur de Chroniques de Pancrysia et Ian Kaledine et président actuel du Centre de la BD à Bruxelles. La première chose qu’il me disait est qu’il faut savoir dessiner pour faire de la BD. Je ne suis pas d’accord avec ça. Je suis convainçu que c’est parfaitement possible de faire une BD sans être un virtuose en dessin. Je lui ai prouvé avec la publication de mon album L’Autre Côté. C’est fait entièrement avec des photos que j’ai calquées. Ce projet est très important pour moi parce que c’est la première fois que je pouvais visualiser une idée, une histoire sans utiliser de la matière. Il n’y a aucun trait de crayon ou encre sur papier. Ce qu’on voit est entièrement dessiné avec des pixels. J’espère pouvoir apporter un outil pour tout le monde qui aimerait faire de la BD, mais qui n’ose pas parce qu’il croit qu’il ne sait pas dessiner. Quand mon frère Pasqualino me confiait sa psychose, j’étais impressionné du côté poétique de son expérience. Cela me parlait tellement que je voulais la raconter. Quand j’avais réalisé la BD et lui ai montré, j’espérais que cela pouvait lui peut-être aider de prendre de recul de son expérience. Maintenant mon frère sait tenir l’album en français dans ses mains, mais j’espère un jour le pouvoir publier en néerlandais qu’il peut le lire dans notre langue maternelle.

  1.  Qu'elles sont tes projets actuels? Comment vois-tu ton avenir dans le monde de la BD?

Pour l’instant j’ai le synopsis, le story-board, la couverture, les trois premières planches et une page qui présente les personnages pour mon prochain album La Visite. Je refuse de continuer à dessiner parce que je ne veux pas être dans la même situation comme avec mes deux autres albums Le Pick-Up et Une BD sur une BD. L’Autre Côté j’ai créé en 2002 et ce n’est que publié en 2013. J’espère trouver un éditeur un jour qui croit en moi et qui veut me rémunérer pour mon travail. Je n’ai pas besoin de beaucoup. Le même montant que le RIS m’est suffisant dont je vis pour l’instant. Le 19 janvier mon petit frère s’est suicidé. Cela me choque encore chaque jour et je cherche comment m’exprimer autour de cela. Ma mère était schizophrène et a vécu 30 ans dans une psychiatrie. J’ai un frère otaku et moi j’étais hikikomori. Mes études de peinture étaient une expérience surréaliste. Ce sont tout des choses qui me tiennent à coeur et ce sont sûrement des sujets qui vont apparaître dans mes prochains BD. J’espère de pouvoir démarrer dans le monde de la BD et l’illustration. En 2016 j’ai obtenu mon Certificat d’Aptitude Pédagogique et un jour j’espère de pouvoir passer mes connaissances en matière de dessin, peinture, photographie numérique ou BD…

 

64_page au Workshop annuel du Centre Belge de la Bande Dessinée

Une de nos jeunes auteures primée à Angoulême

Bien, Monsieur. Le collectif reçoit le prix de la BD alternative au 45ème festival d’Angoulême

Parmi les membre du collectif Bien, Lison Ferné fait partie de l’équipe distinguée et est aussi une des auteures publiées, dès 2015, par 64_page dans nos revue #3 et #8. (à revoir dans notre rubrique revue)

Fondé par, Elsa Abderhamani et Juliette Mancini le le Collectif Bien,Monsieur. se définit comme ceci:

La ligne éditoriale de Bien, Monsieur est ancrée dans le monde contemporain. La volonté du collectif est de témoigner et de s’exprimer sur des faits d’actualité, en passant parfois par l’autobiographie et souvent par l’humour, de dénoncer certains travers de nos sociétés et de porter un point de vue proche des auteurs comme des lecteurs, en assumant une part de subjectivité et d’engagement politique. Il est ainsi question, dans ce huitième opus, d’environnement (avec Timothée Gouraud) et de féminisme (avec Charlotte Melly et Lison Ferné) par exemple.

L’exigence artistique est indissociable, chez ce collectif, de cette analyse sociale acérée. La couleur, qui change à chaque numéro, demeure assez rare dans le fanzinat. Elle permet ici une continuité forte d’un récit à l’autre, créant une unité visuelle qui n’empêche pas la diversité des styles. Chaque auteur conserve son graphisme, sa personnalité, ses choix.

Bien, Monsieur. a également a accueilli dans ses pages Timothée Gouraud, Pierre Mortel, Lison Ferné, Frédéric Mancini, Charlotte Melly, Lucas Ferrero, Oriane Lassus et Jochen Gerner. Nous les retrouvons tous dans ce numéro 8, composé de dix récits pour un peu moins de cent pages, disponible ou à commander chez votre bon libraire! (d’après ActuaBD)

Toutes nos félicitations au collectif et plus particulièrement à Lison, dont voici une page de Ni force, ni taille sa BD publiée par Bien, Monsieur.

Le #11 de 64_page est enfin dans les bacs…

… des libraires bruxellois et bientôt dans les boites-aux-lettres de nos abonnés !

Rejoignez-nous !

Vous pouvez:

vous abonner à 64_page en versant 38€ sur le compte                           BE45 3630 5712 8289 de 180° Éditions avec la mention « abo 64_page »

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Ou eencore soutenir notre projet en participant à notre crowdfunding en suivant lien https://www.sandawe.com/fr/projets-auto-finances/64-page   et en bénéficiant de cadeaux des albums, ex-libris, et tirages limités… que nous offrons à ceux qui soutiennent notre projet.

 

Le #11 de 64_page est enfin là!

Mais nous avons besoin de vous! 

Après neuf mois d’incubation, le #11 numéro de 64_page sortira enfin la semaine prochaine… Nous nous excusons pour cette attente et ce retard qui s’explique par des difficultés financières. 64_page vit grâce à une équipe formidable de bénévoles et au mécénat de notre extraordinaire éditeur, 180° Éditions. Ces efforts conjugués avaient permis de publier 10 numéros. Nous avons aussi repensé la ligne éditoriale  et vous découvrirez dans ce #11 les premiers changements qui se poursuivront au fil des prochaines parutions…

Comme chaque fois, ce #11 vous fera découvrir des jeunes auteurs talentueux: Aurélie Wilmet, Sandro Cocco, Wout Van Ghijseghem et Quentin Héroguer.

Et quelques pointures du monde de la BD et de l’illustration. Tomi Ungerer, Serge Clerc, Yslaire, Jaines Martin, Sophie Guerrive, Wilbert van der Steen et deux jeunes auteurs de mangas Kevin Trans et Fanny Antigny.

Heureux de vous retrouvez dans nos pages et merci pour votre indispensable soutien aussi petit soit-il;

Nos jeunes auteur.e.s ont besoin de vous! 

Belle année 2018

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