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Antoine Breda: « J’envisage pour la suite de continuer à vivre comme je le fais déjà maintenant. »

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Raconte ton parcours, comment es-tu venu au dessin? A la BD?

Antoine Breda : Je dessine depuis que je suis tout petit, et comme j’ai toujours été nul en français, en maths, en géo, en néerlandais, en anglais, en gym… (mais pas en histoire, là j’étais bon)  ma mère ma poussé dans des études artistiques: « de toute façon, on pourra rien en tirer d’autre » qu’elle devait se dire. La BD m’est venu comme une évidence quand je devais avoir 15, 16 ans alors que je n’en lisais presque pas et après cette révélation, je suis tout de suite allé au cours du soir chez Foerster puis ai continué aux Beaux-art en BD. J’avoue que pendant mes études il y a beaucoup de moment ou j’ai pensé arrêter, mais je repensai à ce que se disait ma mère et je  reprenais mon crayon car de toute façon, je sais rien faire d’autre.

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Dans A en perdre la tête publié dans 64_page #10tu as un univers très personnel, et un dessin moderne mais faisant, curieusement penser aux enluminures du Moyen-âge, est-ce un style spécialement conçu pour ce récit ou comptes-tu le pérenniser?

Antoine Breda : Cela fait plusieurs année que je cherche « mon dessin », celui qui sort de moi sans contrainte et spontanément. Pour l’instant il est toujours en mouvement, il évolue avec moi. Peut-être qu’un jour lui et moi on se posera sur des bases qu’on aura établi mais pour l’instant on essaye tout ensemble, comme deux enfants qui font leur premières bêtises.

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Comment as-tu vécu cette publication dans 64_page? Qu'est-ce que cela t'apporte?

Antoine Breda : Je suis devenu imbu de moi-même, à moi la gloire et la fortune ! Sérieusement, cela me fait très plaisir. Je ne me voyais pas être publié dans une revue de cette qualité pendant mes études et le fait que mon chef d’atelier (le grand gourou Cossu) m’ai fait confiance et m’ai poussé et suivi pour cette publication m’encourage pour la suite.

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Comment envisages-tu ton avenir dans le monde 'impitoyable' de la BD?

Antoine Breda : Par contre la suite, le monde impitoyable de l’édition me fait peur (aveu d’un jeune étudiant). Mais si tout se passe bien, je me vois derrière une table à dessin à faire mes gribouillis sur des feuilles, 32 tasses à café, 28 canettes de bières, 17 barquettes de lasagne surgelées, 3 cendriers pleins à ras-bord sur le côté et pas un rond sur mon compte en banque. En fait, ce que j’envisage pour la suite c’est de continuer à vivre comme je le fais déjà maintenant.

 

Benedetta Frezzotti : « il y a un an et demi je me suis lancée sur mes propres projets comme auteur complet »

Benedetta_frezzotti_autoportrait graphiqueBenedetta Frezzotti est une bonne surprise qui nous est arrivée de Bologne. Elle publie Lost in translation dans le #10 de 64_page et un strip dans son supplément clandestin, Le Trombone Illustré


Peux-tu nous expliquer ton parcours ? Comment es-tu arrivée à concevoir ton projet professionnel ?

Benedetta Frezzotti : Mon parcours ne fut pas à proprement parler linéaire. Après mon école primaire je me suis entendue dire que je n’avais pas la fibre artistique, ainsi ai-je poursuivis mes études dans un lycée scientifique.

Mais mon désir de dessiner était tenace et par chance ma prof de dessin m’a beaucoup soutenue.

Pour finir, j’ai étudié à l’institut Européen du Design et s’il est vrai qu’en dessin je me sens moyenne j’ai construit avec le papier et de la pâte à modeler un style qui commence à me satisfaire.

Mais même après l’IED ce ne fut pas linéaire ; j’ai expérimenté diverses choses passant de la vidéo à l’illustration médicale. Contre toute attente c’est la Bande dessinée qui m’a passionnée parce qu’elle suscite des émotions fortes pour peu qu’on joue avec ses codes. L’interprétation de l’image cependant appartient au lecteur, il y a la une ambiguïté intéressante.

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Certains auteurs jouent de cette ambigüité créant des métaphores visuelles d’une force et d’une universalité que je leur envie… Cependant dans mon travail, me semble-t-il, cela ne me réussit pas particulièrement, rester trop vague me frustre.

Avec la bd, le texte et les séquences d’images je peux expliciter mes clefs de lectures et donner une empreinte plus narrative.

La Bande dessinée en Italie, vu d’ici se limite trop souvent à Hugo Pratt et Corto Maltese, peux-tu nous en dire plus ? Qu’est-ce que nous, les francophones ne devons pas perdre, dans la production italienne ?
 

Benedetta Frezzotti : En Italie si tu dis Hugo Pratt, automatiquement nous pensons à Crepax avec Valentina et à Manara aussi. Nous avons eu d’excellents auteurs humoristiques, comme Bonvi et Altan (Petite je collectionnais déjà les dessins de Altan).

Personnellement je ne suis pas fan de Andrea Pazienza (qui est en train d’être traduit en français) mais c’est l’auteur qui a plus que quiconque influencé la bd underground italienne.

J’apprécie beaucoup Giardino tant pour le dessin que pour ses histoires, (par exemple NO PASSARAN) qui sont située dans des périodes d’histoires récentes, très bien documentées et passionnantes.

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Mais si je devais choisir de manière absolue je choisirais Sergio Toppi, son dessin puissant et ses compositions magistrales font de chaque planche un vrai tableau sans rien enlever à la force de la narration.

Il avait une recherche esthétique qui sublima toutes les variantes du pinceau sans jamais être maniéré… Bon j’arrête de vous parler de Toppi sinon vous allez courir lire ces livres au lieu de lire le mien, LOST IN TRANSLATION (ça serait bien, mais ne le faite pas par pitié).

Comment as-tu découvert 64­_ page? Qu’est-ce qui t’a amené à y participer?
 

Benedetta Frezzotti : J’ai trouvé 64 pages dans une librairie de Bruxelles, j’y étais pour moitié en vacances et l’autre pour étudier.

Ce qui m’a frappé c’est le soin et la qualité du projet éditorial, la volonté non seulement de mettre en avant des projets de débutant talentueux et originaux mais aussi de proposer des sujets et des auteurs pointus.

En Italie des revues de qualités tant sur la forme que sur la qualité du contenu éditorial me font penser ‘’A LA SCUOLA DEL FUMETTO’’ édité par COMICOUT, mais l’espace éditorial dédie à ceux qui veulent proposer une histoire originale est réduit.

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Comment  vois-tu sur ta carrière ? Quels sont tes objectifs ?

Benedetta Frezzotti : Question difficile, surtout en ce moment… Il y a peu encore je travaillais comme illustratrice seulement sur des textes d’autres, il y a un an et demi je me suis lancée sur mes propres projets comme auteur complet même si ces projets étaient différant entre eux. Petit à petit des résultats positifs sont arrivés que j’essaye maintenant de finaliser. Pendant que j’aboutis certains projets, j’en écris de nouveaux.

Évoluer dans ce sens ne me déplaît pas je me sens un peu comme le héros d’un film qui doit sauter d’un toit à l’autre et qui n’est pas sûr d’y arriver. J’espère avoir assez de recul pour arriver de l’autre côté et que je ne serai pas paralysée par le vide avant le grand saut !

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La bd d’auteurs en Italie en ce moment est très variées, elle est faite de cas particulier, il suffit de comparer Gippi et Zerocalvare (son KABANE COLLING devrait être traduit en Français prochainement) ou Igort.

Sans aucun doute sommes-nous encore sous l’effet de l’onde de choc provoquée par la veine autobiographique d’auteurs comme MARJANNE SATRAPI ou DAVID B., le style de Cyril Pedrosa nous a également beaucoup touchés.

Aujourd’hui cependant les jeunes sont influencés par l’esthétique et la narration Manga, des comics américains et dernièrement par les séries tv de qualités qui nous obligent à gérer des récits ou les personnage principaux et secondaires sont de plus en plus complexes.

Pour mon travail je regarde beaucoup vers la France pour ce qui concerne les essais réalisés par les expérimentations proposées par les auteurs sur tablettes et réalités virtuelles.

Ces langages nouveaux encore peu exploré m’attirent et j’aime m’y plonger avec délice.

Une belle réussite pour moi est ‘’PHALAINA’’ de Marietta Ren, je crois qu’une exposition lui a été consacrée à Angoulême.


 

Mathilde BROSSET : « J’ai choisi le collage comme alternative au dessin ».

autoportrait mathilde1 Quel est ton parcours? Comment et pourquoi es-tu arrivée à Bruxelles? Qu'est-ce que Bruxelles offre aux jeunes auteurs?

Mathilde : J’ai toujours aimé les histoires. Celles que l’on trouve dans les livres bien sûr mais aussi les textes des chansons, les films ou les pièces de théâtre.

A 18 ans, je suis entrée à l’école des Beaux-arts de Bordeaux. J’ai expérimenté de nombreuses techniques et je me suis intéressée au rapport texte/image par le biais d’installations sonores ou de livres d’artistes. Après mon diplôme, j’ai profité d’un échange universitaire pour partir à Montréal. Je me suis plongée dans la bande dessinée québécoise et j’ai commencé à imaginer mes propres projets.

A mon retour, j’ai intégré l’Institut saint Luc de Bruxelles en dernière année. C’était une année très riche où j’ai travaillé à la fois le dessin, le graphisme et la peinture. J’ai découvert des illustrateurs tels que Béatrice Alemagna, Wolf Erbrucht, Emmanuelle Houdart qui remplissent aujourd’hui ma bibliothèque. Je me suis prise d’admiration pour l’histoire des contes traditionnels et, en particulier, les contes d’Hoffmann. J’ai obtenu mon diplôme avec l’illustration de La pêche à la baleine de Jacques Prévert. A partir de là, j’ai continué à imaginer des projets de livres. Je suis restée à Bruxelles pour proposer des ateliers d’art aux enfants. Aujourd’hui, j’interviens dans plusieurs écoles primaires et dans divers lieux culturels. Je garde toujours un ou deux jours par semaine pour mon travail personnel.

Bruxelles est une ville pleine de possibilités pour les jeunes auteurs. La BD et l’illustration y occupent une vraie place et de nombreux lieux leurs sont dédiés. Je suis plutôt sédentaire, j’aime travailler de chez moi. Mais Bruxelles me permet d’avoir facilement accès aux nouveautés ou de visiter des expos de qualité.

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La pêche à la baleine

2 Tu es une technique personnelle, le papier découpé, explique le pourquoi de ce choix et ton cheminement?

Mathilde : J’ai choisi le collage comme alternative au dessin. Quand je suis arrivée à Saint Luc (Bruxelles), je n’avais jamais pris de « vrai » cours de dessin et je n’étais pas très à l’aise avec mon trait. Le collage m’a offert une certaine liberté. Il m’a permis de travailler sur des grands formats, de me concentrer sur les matières et les couleurs. Avec cette technique, on peut changer continuellement la composition. C’est comme un puzzle dont on bouge les pièces jusqu’à ce qu’elles trouvent la place parfaite. Une image peut rester des semaines en attente avant d’être fixée sur le papier.

Maintenant, je mélange collage et dessin. Mes tiroirs sont remplis de papiers à motifs, aplats de peinture ou extraits de magazines dans lesquels je découpe.

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Oki

En fonction des projets, le choix des matières change. Pour créer l’ambiance d’ Oki, j’ai choisi des teintes chaudes en découpant dans les photos des oeuvres de Rembrandt ou Vélasquez car le contraste entre les aplats de peinture jaune et les touches brunes de pinceaux me semblait adapté à l’univers que je voulais mettre en place.

3 Tu as déjà publié. C'est une étape dans une jeune carrière, comment cela s'est passé pour toi? Qu'est-ce que tu pourrais conseiller à celles et ceux qui seront confrontés à leur premier éditeur?

Mathilde : Meunier, tu dors ? est paru à l’Atelier du poisson soluble en septembre. C’est un livre pour les enfants qui, avant de sortir, a changé plusieurs fois de formes.

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Meunier tu dors ?

Au départ, ce projet était destiné à l’association Dédales qui sort, chaque année, une revue BD et illustration. Le thème de la revue était « La tempête » et j’ai imaginé un projet en lien avec ce thème. Puis, je l’ai envoyé à plusieurs éditeurs et c’est l’Atelier du poisson soluble qui m’a contacté. C’est une maison d’édition que j’aime beaucoup car son répertoire est très varié et plusieurs de ses albums m’ont touché.

Comme le projet était destiné à une revue graphique plutôt adulte, mon éditeur m’a demandé de changer des petites choses afin que l’album s’adresse aux enfants. J’ai donc gommé quelques gros mots, trouvé une fin plus rigolote et modifié le format pour que l’album puisse être imprimé en version cartonnée. C’est un vrai bonheur de sortir son premier livre et d’être accompagnée dans sa réalisation. Mais je pense que le choix de l’éditeur est primordial. J’ai eu la chance d’avoir un éditeur  qui était à l’écoute et avec qui j’ai pû progresser.

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La Belle et la Bête

4 Que retiens-tu de ta participation au Trombone illustré? Connaissais-tu cette aventure éditoriale initiée par Franquin et Delporte?

Mathilde : Comme beaucoup, j’ai connu les idées noires avant de connaître le Trombone illustré. Et c’est par le biais des couvertures de Franquin que j’ai lu le contenu de ce magazine pirate. Pour moi, il représente la naissance d’une BD adulte et iconoclaste au sein d’un hebdomadaire jeunesse.

Je suis ravie de faire partie de cette aventure et d’intégrer une revue collective aussi dynamique.

Travailler dans l’esprit du Trombone illustré m’a permis d’aborder des thèmes que je n’aborde pas d’habitude. Etant profondément athée, Je ne pensais pas un jour dessiner une vierge Marie ou une morue bigote ! Je suis impatiente de voir la revue imprimée et de découvrir les autres dessins.

5 Quels sont tes projets?
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Psautier Hop-Frog

Mathilde : Mon prochain projet est l’adaptation d’ Hop Frog d’Edgar Allan Poe pour Dédales éditions. Il raconte l’histoire d’ un nain qui a été enlevé de son pays natal pour devenir le bouffon d’un roi cruel et amateur de farces. C’est une histoire très noire que j’ai choisi de réécrire sous la forme d’une ballade et d’illustrer à travers une série d’enluminures inspirées de l’imagerie médiévale.

En parallèle, je reviens à l’univers de la pêche et travaille sur une projet d’album jeunesse où des baleines, des monstres marins, des squelettes de pirates et des pieuvres géantes sortent des eaux.,,,

Chloé Schuiten : « Il y a des territoires interdit aux humains. Enfin rien n’est vraiment interdit mais dans les faits aucun humain n’ose y aller. »

 masque (2)1. Raconte ton parcours? Quel a été ton cheminement vers le dessin, l'art...

Chloé Schuiten : J’ai commencé par étudier le stylisme mais je me suis vite rendue compte que je détestais le monde de la mode. Alors j’ai eu envie de raconter et de dessiner. J’ai entrepris un master en narration spéculative où j’ai gouté plein de trucs, j’ai fait de la bd, du cinéma d’animation, de la radio, des films, et j’ai fini par organiser un carnaval en forêt qui rassemblait parait-il 200 personnes, un événement qui a duré un mois et constitué uniquement de participants, une transe dont on n’est pas revenu indemne.

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Marre

Je voulais créer une fête qui réfléchit et désire repenser notre monde, une fête en rupture avec notre quotidien. On ne s’est pas enivré ni drogué parce que ça aurait été la routine. On a vécu tous ensemble dans une galerie en ville pour préparer et inventer la fête, puis on est parti en forêt. Je voulais qu’on ne se soucie pas de l’esthétique mais du sens de nos actes. On était déguisé pour se désinhiber, les costumes étaient faits de ce qui trainait en rue, l’esthétique est née des déchets trouvés. Je suis devenue styliste de l’arrache et des rebuts. Après ça, le « retour à la norme » fut foireux de mon côté. Depuis cet évènement j’ai décidé que mon but n’était pas de trouver de l’argent pour survivre mais de trouver comment virer l’argent de ma vie. Vivre dans le monde mais parallèle à lui.

2. Tu sembles être engagée dans des démarches originales où tu ne te contentes pas d'un petit 'ronron' à ta table de dessin? Explique-nous tes projets et tes démarches et surtout la philosophie qui sous-tend tes expériences?
 Comment construis-tu ces démarches?
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Chloé Schuiten : Le monde dans son état actuel ne me rassasie pas, alors je m’agite à en faire un autre, dedans mais parallèle, fantasmé et réel. Étant donné que l’on est lancé dans le capitalisme à fond et que ça y croit, je réfléchis à des stratagèmes pour vivre autrement dedans. Le voir comme un outil, retourner ces gros défauts en trucs bien pratiques. Par exemple le capitalisme dans son fonctionnement fournit une quantité colossale de déchets. Ces déchets sont pour moi une matière première parfaite, abondante, généreuse, neuve ou presque, gratuite, diversifiée et facile d’accès.  Mon travail de dessinatrice et conteuse se nourrit d’expériences de vie réelles que je multiplie. Je pars sans rien prévoir dormir en forêt, je ne m’habille qu’avec des trucs que je trouve dans la rue et que je transforme, je me fais par exemple un sac à main avec une botte en cuir trouvée sur le trottoir, je pars vivre au milieu des déchets en bord d’autoroute et me construis une cabane qu’avec ce que je trouve sur place, sacs en plastique, canettes, ballon de foot crevé et coque d’imprimante. Je fais des pains avec les miettes récupérées dans les trancheuses des supermarchés. Je pratique le jeûne et la mono diète lors de ces expériences de vie.  En vrai tous les aspects de la vie m’intéressent, j’aime réfléchir à comment les réorganiser, les réinventer et ce en ayant mine de rien l’envie complètement mégalo de changer le monde.

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3. Comment vois-tu ton avenir d'artiste? Qu'est-ce que tu pourrais définir comme ton objectif qui serait une réussite, ou un jalon sur le chemin d'une réussite?

Chloé Schuiten : Le summum serait de ne plus rien faire, plus rien d’utile et de productif mais me consacrer uniquement et totalement à n’être plus qu’un corps en ultra juste et précise connexion avec son milieu. Par exemple vivre dans un buisson d’algue et me laisser flotter dans l’eau de la mer. Viser à optimiser mon humidification par tous les accès possibles, vivre chaque entrée d’eau en moi comme un plaisir hautement libidinal, être complètement camée au sel marin et à sa multitude d’oligo-éléments. Trouver que respirer c’est un truc de frimeur. Se nourrir uniquement des algues contenues dans le buisson et se laisser balader au rythme des marées, en avant en arrière. Être super sensible et émue à ce ballottement et donc évidement ultra connectée et soumise à la lune qui gouverne tout ce bazar de là bas. Qu’à chaque grande marée ce soit la grosse fête, une énorme vague d’émotion en moi, le tremblement épileptique de la jouissance.
Objectif méduse, faite d’eau dans l’eau avec comme seul ami l’eau la lune et leurs mouvements.

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4. Qu'est-ce que ta publication dans 64_page t'a apporté (pour le cas bien sûr où cela est une réussite!) ? Qu'est-ce qui selon toi devrait être mis en place pour soutenir les jeunes créateurs?
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Chloé Schuiten : Je me dis qu’il faudrait mettre en place une école pour après l’école. Parce que l’école c’est quand même ce qu’il y a de mieux, apprendre c’est le luxe absolu. Ce serait bien qu’il y ait un grand bâtiment complètement libre où tous les gens qui y entrent sont autant profs qu’élèves, les rôles n’arrêtent pas de tourner, tellement que plus personne ne s’y retrouve. Dans cette école le sommeil serait estimé à sa juste importance, partout il y aurait des matelas et autres formes expérimentales de dispositifs de sommeil qui trainent. D’ailleurs l’école serait squattée en permanence par plein de clochards. Il y aurait des gars que l’on ne verrait jamais éveillés, ce sont les gros pros, les grosses têtes de l’école, parait même que le directeur traine là dedans. Ce serait une école où l’on apprend tout ce que l’on veut, on y va quand on veut. Puis on n’y va plus aussi. On lui envoie des cartes postales quand elle nous manque et il y a toujours un type qui s’amusera à y répondre. Dans cette école il fait tout le temps super chaud, pas parce que l’on y met le chauffage non faut pas croire qu’elle a la tune pour ça cette école, mais parce qu’il y a toujours un monde dingue qui y gigote et qui, à la manière des abeilles, fait en sorte d’y maintenir une chaleur digne d’une hutte de sudation. Ça y sent l’humain à fond mais pas que, ça sent aussi le bouc et la sueur canine, la bouffe en putréfaction, les armées de bactéries et les hordes de chats. Il y a des territoires interdit aux humains. Enfin rien n’est vraiment interdit mais dans les faits aucun humain n’ose y aller. Ce qui est sûr c’est que ça expérimente dans tous les sens et que quand elle sera mise en place cette école c’est là que je zonerai.

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Quentin Lefebvre: « J’ai compris que l’on pouvait aller très loin, écrire 600 pages et parler de la puissance des sentiments. « 

 

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    Après une démarche personnelle, Quentin Lefebvre nous est arrivé à la fin de l’été 2016. Ses quatre premières planches seront publiées dans notre 64_page #10 (parution, début mars 2017).

  2. Quentin Lefebvre: 1. J’ai essayé de faire de la bd un jour par curiosité, à 13 ans et j’ai adoré ! Ça c’est alors imposé comme une passion, très vite j’ai dit que je serai auteur de BD ! Juste avant j’imaginais des nouvelles consoles de jeux en dessin, j’avais déja un côté créatif. Depuis, ça rempli bien ma vie ! J’ai fréquenté 2 écoles d’arts appliqués, une en Savoie, l’autre en Belgique. Mon grand saut dans le monde de l’édition s’est fait en 2014 quand j’ai auto-édité la 1er album de ma saga BD Handman, un ado qui devient un super- héros avec des pouvoirs dans les mains ! J’ai publié le tome 2 en 2016 et le tome 3 arrive à l’Automne 2017.

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Croquis de gens (2016)

  1.  Tu seras publiés dans 64_page #10 dont la parution est début mars, comment as-tu découvert 64_page? Qu'est-ce qui t'a motivé à envoyer un projet? Qu'est-ce que tu crois que cette publication peut t'apporter?

    Quentin Lefebvre:  J’ai découvert 64_page un jour grâce au conseil d’un libraire, qui m’a présenté la revue. Je trouve que c’est une belle vitrine qui peut apporter à des jeunes auteurs comme moi une visibilité, un éclairage, une émulation ! C’est très varié, il y a plein de styles, c’est super. J’ai pensé que mon histoire pourrait coller à la revue, je suis ravi que ça soit le cas ! Cette histoire de 4 pages est, comme on peut s’en douter, un point de départ d’un projet d’album, où j’interroge des gens pour trouver des solutions pour rendre le monde meilleur.

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Autoportrait

  1.  La BD que tu nous as proposé est très didactique, est-ce une piste que tu souhaites explorer? Quels sont les autres types de récits qui te tentent? Qu'est-ce que tu lis comme BD? Quels sont les auteurs qui t'inspirent?

Quentin Lefebvre:  Oui, je pense que la bd peut être didactique, qu’elle peut faire prendre conscience de plein de choses, qu’elle peut changer le monde ! Tous les thèmes m’intéressent. Je travaille sur le thème des super héros avec ma BD Handman, je fais des bd autobiographiques, là avec cette BD de 4 pages j’aborde la bd documentaire…
Le 9ème art permet tout ! J’ai plein de projets, je prends le temps de les faire bien, je dois être à l’aise avec mon sujet pour avancer.
Il y a des tas d’auteurs qui m’ont inspiré et m’inspirent encore.

Un exemple : Craig Thompson a changé ma vision de la BD avec son roman graphique « Blankets » que j’ai lu étant ado. J’ai compris que l’on pouvait aller très loin, écrire 600 pages et parler de la puissance des sentiments. Autre exemple, j’aime beaucoup comment Tome et Janry avaient fait évoluer Spirou vers l’amour, le thriller, le réalisme, mais sans trahir le personnage ! Je suis inspiré par le cinéma, l’animation, le dessin de presse…Il y a tellement de choses à notre époque, dans tous les sens !

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  1.  Comment vois-tu ton avenir (dans la BD, l'art ou dans tout autres domaines) ? Que crois-tu qu'il manque, aujourd'hui, aux jeunes auteurs pour être publiés, être reconnus, se faire un nom dans le 9ème art?

Quentin Lefebvre:  Je pense qu’il ne manque rien aux jeunes auteurs de BD aujourd’hui pour se lancer dans des beaux projets. On a tout : internet, 1000 sujets à traiter, des festivals un peu partout…et la BD est plus reconnue d’année en année ! Il faut y aller à fond.
Je pense que des belles carrières sont possibles aux gens de ma génération, si nous osons pousser nos projets et nos rêves loin !

 

Sachimir : La BD a été pour moi un point de départ qui a attisé ma curiosité et mon intérêt pour l’art

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Il aurait pu être avocat, mais une cohabitation sur banc d’école lui a ouvert le monde du dessin.

Sa découverte de la BD est le point de départ d’une belle aventure qui l’a déjà conduit de l’Académie de Watermael-Boitsfort à la KASK de Gand en passant par l’ESA Saint-Luc...

  1. 1. Raconte ton parcours? Pourquoi et comment le dessin? L'art?

Sachimir : Le petit snotneus de onze ans que j’ai pu être s’est un jour retrouvé assis en classe de français à coté d’un autre petit snotneus qui se sentait plus concerné par son crayon, ses marqueurs et ses cahiers Atoma remplis de crobards, que par la conjugaison du verbe « être » au plus-que-parfait du subjonctif. Je dois bien reconnaître que si ces deux morveux eussent été capables de conjuguer ce verbe correctement, je serais sans doute aujourd’hui en train d’attaquer ma quatrième année d’études de droit, plutôt que de rêvasser derrière ma table à dessin jour et nuit, surtout la nuit. C’est donc grâce à ou à cause de cette rencontre que l’idée de créer des histoires en dessinant des bonshommes dans des petites cases ne s’est pas contentée d’effleurer mon esprit mais est devenue une réelle obsession.

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Drôle d’oiseau

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Voyant que cette passion n’était pas passagère, mes parents ont décidé de m’inscrire à l’Académie de Watermael-Boitsfort où j’ai pu suivre les sages enseignements du grand gourou Philippe Cenci. C’est dans cet atelier que j’ai appris l’existence d’une option BD à l’ESA Saint-Luc à Bruxelles où, une fois mes études secondaires achevées, je suis parti en pèlerinage.

En prenant du recul aujourd’hui, je me rends compte que ce n’est pas une passion pour le dessin qui m’a poussé à faire de la BD mais plutôt l’inverse. La BD a été pour moi un point de départ qui a attisé ma curiosité et mon intérêt pour l’art sous toutes ses formes.

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One note samba

  1.  Qu'est-ce que tu as retiré personnellement de ta publication dans 64_page et de l'exposition au Centre Belge de la BD? Aurais-tu eu d'autres espoirs? Que crois-tu qu'il faudrait mettre en place pour aider les jeunes auteurs?

Sachimir : Avoir été publié et exposé m’a fait du bien. A force d’entendre que le métier d’auteur de BD est un métier de « crevard », on finit parfois par être découragé. Cette publication, je l’ai vécue comme un coup de fouet me poussant ày croire d’avantage.

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A mon avis, le plus dur pour nous, les jeunes auteurs, c’est d’arriver à montrer qu’on existe. Quand on fait des études artistiques, qu’on reste enfermé dans sa chambre, on est tout à fait déconnecté de la réalité éditoriale. C’est un métier très solitaire et ce n’est pas facile en tant que jeune de s’imposer dans cette réalité qui de notre petite table à dessin nous paraît si abstraite. Hormis certains festivals de livre ou de BD, l’on a rarement l’occasion de rencontrer des éditeurs ou d’autres auteurs. La création de revues telles que 64_Page privilégiant la publication de jeunes et nouveaux auteurs pourrait remédier à ce manque de contact.

  1.  Comment imagines-tu ton avenir et que comptes-tu mettre en place pour atteindre tes objectifs?

Sachimir : Vivre de mes dessins est mon plus grand souhait. Que ce soit de la BD, de l’illustration, de l’animation, du dessin de presse ou de la publicité, tant que je passe mes journées derrière une planche à dessin, je suis heureux. Je reste ce doux-rêveur de onze ans qui ne pense qu’à sa passion, je laisse le cynisme et la névrose pour plus tard, quand il sera temps que je trouve un vrai boulot.

En ce moment je travaille sur un projet d’album dans l’espoir d’attirer l’attention d’une maison d’édition, tout en continuant des études d’animation à KASK à Gand.

  1.  Qu'est-ce que tu lis comme bd et pourquoi?

 Sachimir : Mes lectures varient énormément. J’aime explorer les abysses des librairies spécialisées, allant des BDs les plus anciennes au plus récentes, des plus populaires aux plus obscures, venant de continents et cultures divers. Il n’y a pas de limite à ce que ce médium peut offrir et j’éprouve plus de plaisir à découvrir les formes différentes qu’il peut prendre plutôt qu’à me cantonner à une zone de confort.

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Si je devais parler de quelques récentes belles trouvailles je citerais: ZAÏ ZAÏ ZAÏ ZAÏ de Fabcaro, Pouvoirpoint de Erwann Surcouf, Sunny de Taiyo Matsumoto, les albums sur le thème du blues de Frantz Duchazeau, Love in vain de Mezzo et J.M. Dupont, Hubert de Ben Gijsemans, Sam & Max de Steve Purcell, Ed the happy clown de Chester Brown etc.

Mis à part ça, il m’arrive encore souvent de consulter les oeuvres des grands maîtres tels que Franquin, Hergé, René Goscinny, Jean Giraud Moebius, Will Eisner, Osamu Tezuka… la liste est longue.

Adley : « J’ai toujours beaucoup aimé observer et essayer de m’imprégner de ce qui m’entourait, de ce que je voyais »

  1. portrait-ldLa question bateau, qu'est-ce qui t'a amené à choisir le dessin, l'art comme études et projet de carrière?

Adley : L’envie de faire du dessin est venue petit à petit. Quand j’étais enfant, je rêvais plutôt de devenir écrivain. Plus tard, je voulais me former à un métier artistique mais ne savais lequel choisir : j’avais beaucoup d’envies mais n’en avais aucune qui prévalait sur les autres. C’est un peu le hasard qui m’a poussée dans cette voie, et peut-être la fascination que j’éprouvais envers ceux qui savaient dessiner.

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« Mourir à Bénares » pour Citrus

Je ne parviens pas à me souvenir d’un moment de déclic, il y a peut-être toujours eu une partie de moi rêvant de devenir dessinatrice même si cela restait lointain et inatteignable : je dessinais très mal.
Mais au delà de ça, j’ai toujours beaucoup aimé observer et essayer de m’imprégner de ce qui m’entourait, de ce que je voyais. Enfant, je passais beaucoup de temps dehors, à regarder la nature et mon environnement. Je ne parlais pas beaucoup, je contemplais.

2. Tu as été publiée dans le 64_page #5 et tu as participé à l'exposition 64_page, la suite... au Centre Belge de la BD, qu'est-ce que tu attendais de ces expériences et que t'ont-elles réellement apportées?

Adley : Une certaine visibilité, une porte d’entrée dans le monde de la bande-dessinée belge. Quelques bonnes rencontres aussi dont une, tout spécialement, qui m’a permis de vendre mes premiers originaux. Une première expérience d’exposition en dehors des murs de l’école.
Mais je me sens un peu déconnectée, en travaillant seule chez moi, difficile d’imaginer les impacts réels que 64_page peut avoir, de son rayonnement au sein de la communauté de la culture et à l’extérieur. 64_page nous permet de montrer qu’on existe. On distribue nos cartes et on croise les doigts pour des retombées futures.

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Raincatcher

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Raincatcher – 4

  1. Selon toi, qu'est-ce qu'il faudrait mettre en place pour valoriser les auteurs débutants, pour favoriser votre accès à l'édition?

Adley : 

Je ne suis pas sure qu’on puisse faire quoi que ce soit pour favoriser notre accès à l’édition. J’ai l’impression que le monde de l’édition est très fermé : trop d’auteurs, pas assez de projets et peu de prises de risque. Mais il y a beaucoup d’autres possibilités qui peuvent nous amener à développer notre travail et à gagner une certaine reconnaissance sans passer par les maisons d’édition dans un premier temps. Ce sont nos projets qui nous portent. Peut-être faut-il simplement nous rendre plus visibles. Peut-être faudrait-il plus de projets comme Radio Grand papier qui mêlent des auteurs et des maisons d’éditions établis à de plus jeunes auteurs, à des fanzines, etc. Des médias qui parlent des multiples formes que peut prendre la bande dessinée sans rapport d’échelle. Peut-être qu’il nous faudrait plus d’aide pour nous permettre de continuer à créer et/ou s’autoéditer. Ceux qui s’en sortent le mieux, d’après moi, sont ceux qui ont créé un collectif durant leurs études et qui ont continué de le faire vivre. Il est plus difficile d’être seul pour se lancer dans l’aventure.

Un bon nombre de collectifs de fanzine, microédition, autoedition, etc poussent les jeunes auteurs à imaginer leur place dans le monde de l’édition et de la bande-dessinée. Je pense à des collectifs comme Jean Guichon éditeur, Tieten met haar, Kool kids klub, la revue Nyctalope, la revue Lagon, etc. Il y a une énergie et une qualité qui émanent de ce qu’ils font qui sont vraiment chouettes. Ils ont réussi à donner de l’envergure à leur projet collectif. C’est très inspirant.

Ce qu’il manque aux auteurs débutants finalement ce ne sont pas les possibilités de créer quelque chose ou de s’autoéditer.  Ce qu’il nous manque, lorsque l’on sort de l’école, c’est de savoir quoi faire, ce qui existe, ce qui est accessible et ce qui ne l’est pas, comment fonctionne le milieu, à qui s’adresser, comment y accéder. Les écoles d’art nous donnent beaucoup d’armes pour développer des pratiques personnelles et intéressantes mais nous en sortons presque ignares en ce qui concerne les démarches concrètes qu’il faudra entamer à notre sortie (statut, aide, subvention, résidence, facture, contrat, etc.). On manque d’un guide. On se retrouve dans un monde hyper vaste avec d’infinies possibilités.

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Contemplation

 

  1. Comment conçois-tu un récit, une histoire? Et comment envisages-tu ton avenir proche?

Adley : Les histoires qui m’ont réellement marquées sont celles qui m’ont fait réfléchir sur les sujets qu’elles abordent. Ce que je recherche lorsque je rencontre une œuvre, c’est quelle m’ouvre l’esprit. Qu’elle me montre un point de vue que je n’ai jamais rencontré. Qu’un glissement s’opère et que je puisse envisager une nouvelle manière de regarder le monde.
C’est ce que j’attends d’un récit, donc de mes récits. J’essaie, lorsque je construis une narration, de chercher des points de vue qui m’intéressent, qui me bouleversent ou tout simplement qui questionnent mon sujet. Je m’inspire souvent de penseurs tels qu’Isabelle Stener ou Émilie Hache par exemple. Je cherche ce qui va me faire découvrir un aspect des choses auquel je n’avais jamais pensé et je le réinsuffle dans mon histoire. Parfois ces glissements, que j’essaie d’intercepter, surgissent de personnes, de rencontres, de ce qu’il se passe dans la rue et même du quotidien. Tout peut être une base d’inspiration et de réflexion pour créer des ouvertures.

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La légende du comte fetti – déplacement

Bien sûr, lorsque je raconte quelque chose, j’espère aussi que cela touchera celui qui lira et que mon histoire sera assez ouverte pour qu’il puisse se la réapproprier. J’aime les histoires où il est impossible de connaitre le point de vue personnel de l’auteur, où plusieurs points de vue sont possibles. Je préfère mettre en lumière une question qu’une réponse.
Pour ce qui est de mon avenir proche, je guette les projets dans lesquels me lancer. J’aimerais beaucoup décrocher une résidence pour pouvoir me concentrer sur le développement de ma pratique. Je participe également à la mise en place d’un atelier de sérigraphie (à Lille) avec Félix Bisiaux qui s’appellera Spectre Edition.

 

Romane Armand : « Je nourris mes récits de ce qui m’entoure et me questionne ».


  1. autoportrait-dessine-romaneRomane a sa première publication dans 64_page #9 en vente en ce mois de décembre 2016. Elle nous offre un roman graphique qui nous plonge dans jungle nicaraguayenne. Dans la puissance de ses couleurs, Romane nous fait découvrir la faune et la flore… 
  2. Raconte-nous ton parcours, qu'est-ce qui t'a amené à vouloir faire du dessin, de l'art ton métier?

Romane : Mes parents sont tous les deux amoureux des livres et des mots. Ma mère est poétesse et ma toujours emmenée avec elle lors de rencontres et de lecture. Pendant ces rencontres j’avais toujours de quoi dessiner pour ne pas m’ennuyer au cas où.

Je me suis donc plus tournée vers les images que les mots. J’ai commencé mes études à l’Erg il y a 5 ans, et j’ai commencé à allier mots et images pour raconter des histoires. 

En cour de route, je suis partie en Erasmus aux Arts décoratifs de Strasbourg pour y découvrir la section ‘livre-objet’ pendant un an. J’ai eu accès à de nombreux ateliers de gravure, sérigraphie, conception de livre de A à Z et ça a été une très belle expérience qui a confirmé mon envie de travailler dans le domaine du livre et de la création de récits… 

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Eau

2. Que représente pour toi cette première publication dans la revue 64_page? Qu'est-ce que tu voudrais que cela t'apporte? Qu'attends-tu de ce type d'expérience?

Romane :  Cette première publication dans la revue 64_page, est pour moi une première expérience de publication. Cela me permet de donner à voir et à lire mon travail dans un autre cadre que l’école. Et de pouvoir me confronter à un regard plus large. C’est assez excitant de pouvoir regarder son travail publié, c’est un nouvel angle.

C’est peut-être aussi l’opportunité de rencontrer de nouveaux auteurs et de créer des histoires à quatre mains par la suite.

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Friche – 1

  1. Comment conçois-tu tes récits? Explique les différentes étapes d'un de tes projets? Sur quel projet travailles-tu pour l'instant?

Romane :  Je n’ai pas un protocole strict, je collecte beaucoup d’images, d’objets, et d’histoires familiales rocambolesques. Je nourris mes récits de ce qui m’entoure et me questionne. Mais je n’ai pas un modèle type de fabrication d’histoire. C’est plutôt, les récits que je construis, qui en fonction de ce qu’ils amènent comme question me force à développer des manières d’y répondre.

Pour le moment je travaille sur le récit d’une femme qui est sous l’emprise d’une force qui la dépasse. Selon le monde l’entoure elle doit être maîtrisé par la force et la discipline. Cependant, elle essaye de la contenir et de la maîtriser. Pour se faire elle rejette les normes sociales mais très vite elle perd pied. Et tente de se donner la mort. Cette force qui l’habitait ne peut disparaître même si elle n’a plus d’enveloppe charnelle.

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Friche 2

4. Selon toi, que faudrait-il mettre en place pour valoriser les jeunes auteurs comme toi? Comment envisages-tu ton avenir? Que comptes-tu mettre en place pour y parvenir?

Romane :  Comment envisager l’avenir ? C’est à la fois très excitant de voir toutes les possibilités qui existe : publications, collectifs, résidences, rencontres et échanges… J’ai beaucoup d’envies notamment de continuer à créer mes récits mais aussi de fabriquer un lieu d’accompagnement de jeunes auteurs qui serait un lieu où on peut réfléchir au fond de son histoire mais qu’on puisse aussi créer la forme qui lui correspond. Le milieu de l’édition a beaucoup de facette, mais  parfois ne répond pas assez aux envies des jeunes auteurs. Les formes que prennent les récits doivent autant s’adapter que la manière de créer de nouveaux récits. Il faut des nouvelles manières de raconter, mais aussi des nouvelles manières de les diffuser.


 

Thomas Vermeire: « J’ai appris à voir les choses différemment ».

  1. autoportr64pThomas Vermeire était devenu Judey et depuis c’est Judey qui est redevenu Thomas Vermeire.

    Rencontre avec un humoriste débridé et un imaginaire délirant… 

    1. Quel est ton parcours? Comment es-tu venu au dessin? Et à ce dessin d'humour très débridé, très libre c'est le fruit d'un long travail ou c'est ton style naturel?

Thomas : Enfants, j’avais toujours des supers commentaires sur mes dessins, je pense que c’est ce qui m’a encouragé à continuer à faire ça et à me perfectionner plus tard en recopiant tous ce qui visuellement m’intéressait. J’ai toujours eu tendance à me servir de tous ce que je créais pour raconter des histoires. C’est donc naturellement que je me suis tourné vers la bande dessinée.

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Islandsea

Par rapport à l’humour, je pense qu’il vient d’abord de mon père qui a toujours eu un humour très absurde. Quand j’avais 12 ans, il m’a fait découvrir les films des Monty Pythons, les Nuls, les Robins des bois … Et je pense que naturellement cet humour s’est ancré en moi. Ça m’a vraiment apprit à regarder les choses différemment et pas toujours sous le même angle.

  1. Tu as collaboré un an au magazine Focus, comment cela s'est-il fait et qu'est-ce que cela t'a apporté dans ton travail quotidien?

Thomas : Ça a été une chouette expérience car ça m’a permit de réguler mon travail. Quand tu as une planche et un strip à rendre chaque semaine, ça te met la pression pour bosser tous les jours. On peut voir une réelle évolution dans mon style au fur et à mesure des semaines. Et puis je me suis éclaté à faire les strips de Fanjo et Lémo, qui reste des personnages super importants pour moi. (pour découvrir Fanjo et Lémo : https://www.google.be/search?q=F+anjo+et++l%C3%A9mo&biw=1015&bih=444&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwjSmKviy9jQAhVHqxoKHSB2AHUQ_AUIBigB )

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  1. Tu as participé aux deux expos de 64_page au Centre Belge de la BD et tu as publié dans deux numéros (#4, septembre 2015 et #8, septembre 2016) qu’est-ce que ce type d’expériences t’apporte?

Thomas : Les deux récits que j’ai publiés dans les numéros de 64 pages sont mes travaux les plus aboutis, donc oui, je suis super fier qu’ils aient pu être exposé au CBBD. J’aime beaucoup travailler sur des récits courts, avec une histoire qui a un début et une fin. Ca me permet d’avoir des œuvres finies et de prendre du recul à chaque fois sur ce que j’ai écris, pour continuer à évoluer par la suite. Ca me rassure de voir que je continue toujours à progresser.

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  1. Quels sont tes projets? Comment vois-tu ton avenir?
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Whispering dolphins small

Thomas : J’ai toujours plein de projets en tête. En ce moment, j’ai plusieurs histoires démarrée qui verront peut être le jour, comme l’histoire d’un garçon qui parcoure le monde pour combattre des géants, ou encore des projets autobiographiques qui sont écrit et que retravaillerai plus tard. En tout cas j’ai pas mal de matière. Je suis toujours dans l’auto-publication et je vais bientôt commencer à lancer une série de fanzines scientifiques appelés «  Puddles »

 

Léo Gillet : « Je suis quelqu’un d’assez impatient, j’aime les choses rapides et bien faites. »

 

  1. leo-gillet-autoportraitRaconte-nous ton parcours? Ton choix de t'orienter vers des études artistiques?

Léo Gillet : Donc moi c’est Léo, j’ai 20 ans et je suis en Bac 03 illustration/ Graphisme à l’Ecole de recherche graphique.

Depuis tout gamin, je dessine des conneries, des bonhommes avec des gros pifs, des femmes à poil,etc. J’aimais bien faire rire autour de moi. Selon mes proches j’étais destiné à devenir dessinateur de bd et j’avoue que cela ne m’aurait pas déplu.

Par la force des choses, j’ai pris l’option art dans mon lycée, pour ensuite rentrer à L’ERG en 2014.

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L’année passée, j’ai commencé à bosser sur mon projet de strips qui finira dans le numéro #7 de 64 page.

C’est le premier vrai projet bd que je mène à bien après une formation en cinéma d’animation.

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De Nicolard

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Gloire

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Les histoires de Francis

 

  1. 64_page a publié (cf #7 de juin 2016) une vingtaine de tes strips en 3 cases, tu as un humour assez trash et un style graphique simple et efficace. En quelques traits et/ou quelques mots tu mets en place des récits fulgurants, désopilants, voire dérangeants. Comment t'es-tu découvert cette efficacité graphique et cet esprit de synthèse?

Léo Gillet : Je suis quelqu’un d’assez impatient, j’aime les choses rapides et bien faites. C’est cela qui m’a malheureusement détourné du cinéma d’animation. Cela me demandait énormément de temps pour un très petit résultat.

Alors j’ai décidé de suivre mon intuition et les notes que j’avais sur mon iphone. En m’inspirant de « la vie secrète des jeunes » de Riad Sattouf, j’ai commencé à dessiner des scènes de la vie de tous les jours. Des scènes banales qui, à priori ne sont pas spécialement intéressantes mais qui le deviennent une fois mises sur papier.

Je n’ai pas voulu m’attarder sur le dessin car pour moi l’idée générale du strip était plus importante. L’humour est absurde, potache et un peu con mais j’ai le sentiment que cela représente un peu la société dans laquelle nous vivons.

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Mode de la route

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Nausée

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Point-Culture

  1. Quels sont tes projets?

Léo Gillet : Pour le moment, je travaille sur un projet bd qui raconte l’histoire d’un serial killer qui n’opèrent que dans les fast food.

Sinon, j’ai la chance d’étudier dans une école pluridisciplinaire qui me permet de tester énormément de médiums comme la vidéo, le graphisme, le son, etc. J’essaye de toucher à tout tant que j’en ai l’occasion.

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  1. Qu'est-ce que t'a rapporté cette publication dans 64_page et cette première expo au Centre Belge de la BD?

Léo Gillet : L’exposition 64 page a donné une vraie visibilité à mon travail et m’encourage à continuer dans ce domaine. C’est vraiment jouissif de voir ses dessins dans une vraie édition et je remercie énormément toute l’équipe pour cette opportunité!

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Puissance du cromi

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Souriez

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Tension

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Trop perché


 

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