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64_page souhaite offrir un tremplin aux jeunes auteurs en leur proposant un espace de création.
Un lieu pour se confronter aux lecteurs et démontrer leur savoir-faire, sans limite de techniques ou de sujets. En outre, 64_page présente trois auteurs ayant déjà publié : un jeune, un confirmé et une gloire du patrimoine du 9ème art.
Format atypique, contenu grand angle… bref, du neuf et de la fraîcheur dans l’univers BD !SOUTENEZ 64_page! 


Daniel FANO a rejoint sa Lune et ses poètes

Membre de l’équipe de 64_page depuis quasi le premier numéro, Daniel était notre Monsieur Cyclopède : Daniel, c’est plus de 5000 articles sur la littérature jeunesse, la bande dessinée…

Daniel et 64_page

Outre de nombreux articles : Hémoglobines, Le merveilleux à la petite cuillère (sur Will et Wasterlain) ; Clifton de Raymond Macherot, Le geste créateur, écrire et dessiner, Yvan Delporte, Serge Clerc, George Herriman,…  Daniel était notre premier lecteur, il se disait modeste « correcteur » mais son regard allait bien plus loin que la coquille ou la faute d’accord. Daniel apportait, à chaque article, son souci d’exactitude, son supplément de poésie, d’humour, de liberté…

J’avais un éternel bonheur de retrouver Daniel au Plattesteen, officiellement pour la relecture des articles de 64_page, mais surtout pour refaire le monde de la littérature belge, et plus si affinité Daniel était une source de savoir, combien d’auteurs n’avait-il pas rencontré comme journaliste ou comme alter ego écrivain.

Daniel va laisser un vide immense dans notre petite équipe. Il y jouait, discrètement, le rôle encyclopédique de celui qui corrigeait une date, un lieu, un mot plus juste, …

Merci Daniel pour cette présence essentielle et ta fabuleuse amitié.

Daniel Fano écrivain

Daniel Fano se disait  poète – « chroniqueur »,– belge et inclassable.

Né en 1947, longtemps journaliste (de 1971 à 2007), il a été découvert par Marc Dachy, adoubé par Henri Michaux et Dominique de Roux. Fano désamorce nos idéologies, nos mythes, décape nos idoles à l’humour noir. Fulgurants à l’origine, ses poèmes aux accents yéyé (dans Souvenirs of you, édité au Daily-Bul en 1981, Gainsbourg résonne aux oreilles du personnage de Typhus) s’amplifient avec le temps, deviennent de longues proses, où Fano se fait chroniqueur du cauchemar de l’Histoire, désorchestre la censure manichéiste du moment. (Jean-Édouard Delreux)

Petite bibliographie

  • L’année de la dernière chance
  • Le privilège du fou
  • Sur les ruines de l’Europe
  • La vie est un cheval mort
  • Westerns
  • Privé de parking
  • De la marchandise internationale
  • Fables et Fantaisies
  • Bientôt la convention des cannibales
  • (édition Les carnets du Dessert de Lune, sauf Privé de parking chez t-traverse)

 

Daniel à l’occasion de notre supplément « Le Trombone illustré » nous avait offert une nouvelle « Le piège » courte, illustrée par Patrice Réglat-Vizzavona que nous reprenons ici :

 

Le Piège

Daniel Fano, illustration Patrice Réglat-Vizzavona

Avec la fatigue, la fumée des cigarettes, peut-être ce verre ou deux dont elle n’avait pas l’habitude, elle s’était sentie un peu nauséeuse. Aux environs de minuit, Lulu était sortie pour vomir. Et Momo était là, dans l’ombre. Il n’attendait rien, personne. Il était là, simplement. Lulu n’y arrivait pas. Il avait voulu lui expliquer qu’il suffisait de mettre les doigts dans la gorge, mais elle lui avait dit d’aller se faire mettre ailleurs avec sa — ce qu’il ne pouvait encaisser, Momo, vu qu’il s’y connaissait en papillons, et pas qu’un peu. Là-dessus, Lulu avait ajouté que ses papillons, elle lui avait dit une chose affreuse, et Momo avait crié que ça suffisait comme ça. Lulu était alors allée se planter au milieu de la route, elle avait répété en gloussant la chose abominable qu’elle ferait. Momo avait sorti son couteau. Le reste, une formalité. Nuque bloquée. Lame enfoncée à la base du cou. Carotides tranchées. Chut. Chut. La blondasse avait réussi à retourner dans le bar, mais sans pouvoir s’empêcher de mourir encore une fois. Oui, bon. Soudain, le toit s’était écroulé sous le poids de milliers, de millions, de milliards de papillons. Les cadavres qu’on avait tirés de là n’étaient pas beaux à voir. La police était arrivée après le départ des papillons. Elle n’avait rien compris non plus à la disparition d’un certain Momo dont il ne restait que les vêtements complets, retrouvés à moins de cent mètres du lieu de la catastrophe.


 

 

64_page fête ses 5 ans le 12 septembre au Palace et à la librairie-galerie Brüsel

Deux expos, une Master class et une rencontre-débat

 

La Master Class #5

Les auteur.e.s de demain

Les exposés (de haut en bas et de gauche à droite): Pluie Acide, Lison Ferné, Romane Armand, Milena, Xan Harotin, Remedium, SylloD, Arcady Picardi, Mathilde Brosset, Éléonore Scardoni, Patrice Réglat-Vizzavona, Kristina Tzekova, Quentin Heroguer, Élodia Adelle et Basti DRK

La Cartoons Académie Cécile Bertrand

Thibault GALLET, SylloD, Tim LEWALLE, Jason McLARNIN, Xan HAROTIN, Élodie ADELLE, Lorenzo MARY, PAVÉ, Marion SONET, Olivier LAMBERT, REMEDIUM, Pluie ACIDE, VIKTOR, Benedetta FREZZOTTI, TINA, Quentin HEROGUER, LÉMEUKIBAILE



Mordillo nous a quitté mais il nous a laissé sa poésie

Plutôt que des mots quelques images de ses couples, de ses girafes, de ses éléphants, de ses joueurs de foot et de ses puzzles fous aux milliers de pièces


Xan HAROTIN lauréate du Festival BD de Roubaix !

Ce 19 mai 2019, Xan Harotin a reçu le prix « premier album » du Festival BD de Roubaix (France, Nord) pour l’illustration du livre Le monstre plat paru chez « Les petites bulles éditions ». Elle a été publiée dans les numéros #12 et #13 de 64_page. Toutes nos félicitations pour cette belle continuité!

 

Patrice RÉGLAT-VIZZAVONA expose les planches originales de son album « Le passager  »


Il est là, le 64_page #15 nous arrive tout droit de l’imprimerie:

… Et bientôt dans votre boite aux lettres


La bible des scénaristes rééditée!

La dramaturgie – L’art du récit d’Yves Lavandier est réédité dans une nouvelle version. Amis scénaristes, un seul conseil: procurez-vous vite cette bible et convertissez-vous rapidement. Amen!

Découvrez cet ouvrage dans notre rubrique Albums.

Le cri de Remedium

Le 15 mars 2019, en France, un professeur des écoles s’est suicidé suite à des accusations de violences dont il avait été l’objet. Devant l’envie de la hiérarchie d’étouffer l’affaire, il convient de mettre des mots sur cette histoire afin qu’elle ne tombe pas trop vite dans l’oubli. Beaucoup d’enseignants se sont attelés à cette tâche, relayant les témoignages des collègues de Jean. Voici ma modeste participation à ce mouvement. Parce que, être enseignant en 2019, c’est aussi ça… #Pasdevague

 

2 PUBLICATIONS !!

64_page est fier de vous présenter les nouveaux albums parus de Patrice Réglat-Vizzavona (64_page #4 et #8) et Mathilde Brosset (64_page #10): le tremplin a marché, ils sont lancés!

Le passager, de Patrice Réglat-Vizzavona

Fatigué de son ancienne vie, poussé par un besoin de solitude, Henri largue les amarres. Après des jours paisibles au large, le bateau aborde une île déserte. Il pense alors avoir atteint son but. Mais rapidement, les choses se gâtent et par chance, il parvient à rejoindre la civilisation. A son retour dans le monde des hommes, quelque chose a changé. Il n’est plus le même. Petit à petit, il réalise… Il n’était pas seul à bord… Il y avait un autre passager.

Un thriller psychologique qui pousse un banal voyage en mer aux limites du fantastique, par un jeune auteur au dessin brillant et réaliste sublimé par un travail d’ambiance mêlant gravure et lavis.

Le Passager ©Patrice Réglat-Vizzavona, éditions Warum – 160 pages – 22€

Me fais pas rire !, de Mathilde Brosset

«- Hey ! T’as vu ? Y a un nouveau ! – Gnark Gnark Gnark. On va rire ! » Scène de moquerie ordinaire : gare à celui qui ne suivra pas la mode… même parmi les armures du musée ! Après avoir pratiqué le détournement de comptine avec Meunier tu dors ! , et lancé l’imagination à l’assaut du plus didactique des genres destinés à la petite enfance, le numéraire, avec Le Bout de la ligne, Mathilde Brosset se moque ici malicieusement des moqueurs. Ses images, toujours joyeuses, accompagnent la surenchère… jusqu’à la chute.

Me fais pas rire! ©Mathilde Brosset – éditions du Poisson Soluble – 52 pages – 15 €

 

QUAI DES BULLES 2019

CONCOURS JEUNES TALENTS 2019 
 » L’intelligence artificielle « 

Quai des Bulles organise son concours BD avec pour thème :  » L’intelligence artificielle « .  Cette année, le parrain du concours est Steve Cuzor.

Les auteurs amateurs sont invités à réaliser un projet en une ou deux planches BD (format A3) autour de ce thème. Un jury de professionnels examinera tous les travaux au mois de septembre. Les travaux sont à adresser à l’Association Quai des Bulles, BP 40652, 35406 St Malo cedex, avant le 31 août 2019.

LES PRIX
Le jury du festival décernera (parmi 15 projets sélectionnés) un grand prix et nommera un lauréat dans chaque catégorie :
– Moins de 12 ans
– 12/16 ans
– Plus de 16 ans

Le Grand Prix Jeune Talent 2019 remportera :
– Une bourse de 500 euros pour la création du visuel du concours Jeunes Talents 2020
– 300 euros de matériel d’artiste

Le Prix Jeune Espoir (moins de 12 ans) remportera :
– 100 euros de matériel d’artiste

Le Prix Jeune Espoir (entre 12 et 16 ans) remportera :
– Un stage BD offert par Quimperlé Communauté, encadré par les professionnels « Les Bédéastes Imageurs » à Quimperlé (29), nourri logé pendant 5 jours en juillet 2020
– 100 euros de matériel d’artiste

Le Prix Encouragement (plus de 16 ans) recevra :
– 100 euros de matériel d’artiste

Toutes les modalités de participation sont disponibles sur www.quaidesbulles.com . Le flyers a été réalisé par Quentin Heroguer, lauréat 2018.


Le dessin de la Saint Valentin de la Cartoons Académie Cécile Bertrand : Quentin HEROGUER 


Tomi Ungerer nous a quittés

Pour traverser nos vies, il nous a offert de belles histoires, de beaux dessins et de magnifiques albums.

En hommage, nous republions l’article que Remedium lui avait consacré au printemps 2017 dans 64_page #11.

Et nous vous proposons de découvrir un autre regard sur Tomi UNGERER en suivant le lien vers le blog de Lucie Cauwe, journaliste littéraire https://lu-cieandco.blogspot.com/2019/02/adieu-tomi-ungerer-sacre-vieux-brigand.html

TOMI UNGERER,

LA SOLITUDE ET LA SUBVERSION

Remedium

 

   Tout commence par une découverte fortuite. Comme tous, j’avais dans la tête des fragments de lectures remontant à ma prime enfance, des parcelles d’histoires éparses qui avaient marqué au fer rouge ma mémoire encore fragile. Jeune adulte, j’ignorais qui avait pu ainsi imprimer dans mon esprit des images si fortes qu’elles faisaient partie de mon expérience de vie. Jusqu’à ce que je devienne enseignant et que, à la recherche de livres pour mes élèves, les rayons des bibliothèques jeunesse ne viennent rassembler les pièces d’un puzzle si longtemps déconstruit.

Je redécouvris ainsi des récits marquants, ceux d’Arnold Lobel ou de Maurice Sendak. Mais un seul auteur avait réussi le tour de force de laisser son empreinte dans mon esprit à chacun de ses livres : Tomi Ungerer. Et, chose étonnante, je n’étais pas le seul, loin de là, à garder les mêmes souvenirs prégnants de l’auteur alsacien. Qu’est-ce qui pouvait à ce point marquer les enfants dans son œuvre ?

Quand Tomi Ungerer se lance dans les récits pour la jeunesse, il le fait avec sérieux et fougue. Alors que beaucoup d’auteurs réservent leurs efforts à des créations qu’ils estiment plus nobles (longtemps Hergé lui-même valorisa davantage ses travaux publicitaires que ses bandes dessinées), Ungerer déploie la même énergie quelque soit son public. Pas question pour lui de prendre les enfants pour de « petits imbéciles » ou de tomber dans ce déni de réalité conduisant nombre d’auteurs à pondre des récits angéliques. Chez Ungerer, le monde est dangereux, injuste, sale. En un mot, il est vrai.

Dans son œuvre-phare, Les Trois Brigands, publiée en 1963, l’auteur fait ainsi d’une inquiétante trinité les héros d’une histoire sombre, seulement éclairée par la lune, l’or dérobé et… Tiffany, une orpheline les émouvant tant qu’elle change leur destin. Grâce à elle, les sinistres voleurs deviennent des mécènes, accueillant les enfants abandonnés de la région dans un vaste château. Ceux-ci, tous vêtus de rouge, rappellent l’hôpital des Enfants-Rouges, ouvert au cœur de Paris en 1535 pour recevoir les orphelins.

Ce thème du deuil et de la séparation est une constante chez Ungerer. Il faut dire que l’auteur est un enfant de la guerre et du malheur. Né en 1931, à Strasbourg, il devient orphelin de père à trois ans. Dans Le Géant de Zéralda, publié en 1970, il évoque subtilement, au détour d’une image, le décès de la mère de l’héroïne, qui s’occupe en outre de son père souffrant. En 1974, Ungerer revisite dans un album un conte d’Andersen et L’Historiette d’Ambrose Bierce en racontant l’histoire d’Allumette qui « n’avait ni parents, ni maison » et « cherchait sa nourriture dans les poubelles ».

Mais la vie peut être tout aussi rude pour les enfants qui vivent avec leurs deux parents : les tensions intrafamiliales trouvent une place de choix chez Ungerer, qui décrit par exemple les rebellions infantiles d’un voyou en culottes courtes dans Pas de baiser pour Maman. Dans ce roman illustré, datant de 1973, Jo, un chaton rétif aux câlins et à la propreté, fait tout pour s’affranchir des règles, au risque d’être corrigé par son père. Et c’est sans doute là l’un des coups de génie d’Ungerer : non content de montrer des méchants devenant bons, il représente aussi l’enfant dans toute sa vérité. Jo est un petit caïd, irrespectueux et bagarreur, dont les errements le conduisent même à être sérieusement blessé.

Pour ces raisons, le livre est blâmé à sa sortie par certains parents… mais plébiscité par les enfants qui y trouvent un personnage qui leur correspond, imparfait et contradictoire. Loin de héros mièvres à la moralité exemplaire qui les complexeraient presque, les personnages d’Ungerer leur ressemblent. Ce sont de vrais enfants, avec leurs qualités et leurs tares, mais aussi leur mal-être et leurs questionnements sur le monde.

Si Ungerer est tellement en phase avec son lectorat, ce n’est pas un hasard. Après l’annexion de l’Alsace par les Nazis, le jeune garçon doit comme ses camarades apprendre que ses « ancêtres étaient les Germains » et que « Léonard de Vinci était d’origine allemande ». Il se voit obligé de parler allemand et observe de son œil innocent les affres de la collaboration, avant que la Libération ne vienne mettre un terme à la mascarade. Mais une obligation chasse l’autre : s’il peut de nouveau parler français, l’alsacien, patois auquel il est attaché, lui reste interdit dans une école où il est brimé par certains professeurs. De là lui vient cette irrépressible envie de renvoyer dos à dos tous les dogmes et toutes les atrocités, qu’ils soient étatiques ou qu’ils émanent d’un quelconque troufion se sentant galvanisé par l’infime portion de pouvoir qui lui a été confiée.

   Se plonger dans l’œuvre d’Ungerer, c’est ressentir le malaise d’être rejeté, en décalage dans un monde qu’on a du mal à saisir et qui ne nous comprend pas. Dans Jean de la Lune, Ungerer raconte l’histoire du seul habitant du satellite de la Terre, dont le rêve est de pouvoir « rien qu’une fois, [s’]amuser avec » les Terriens. Mais son voyage n’est qu’une suite de déconvenues : rejeté tant par les représentants du pouvoir que par le peuple, il ne trouve un peu de bonheur que « parmi les fleurs et les oiseaux ». Jean, n’ayant « pas été, en somme, bien reçu par les hommes de la Terre », regagne bien vite la Lune.

Comme Jo ou Allumette, Jean est un inadapté ; il n’est pas à sa place dans un monde qui, sous son vernis de valeurs bourgeoises, se construit sur le rejet de la différence. Idem pour le chien Flix, héros du récit éponyme de 1997, fils d’un couple de chats, « monstruosité génétique », isolé et moqué par les autres félins. Dans cette histoire, les chats vivent avec les chats et les chiens avec les chiens dans deux villes distinctes et tout le monde s’en contente. Il faudra que Flix accomplisse le double exploit de sauver de la noyade un chat et de l’incendie une chienne pour être accepté et que son aura nouvelle lui permette de réunir les deux villes. Des conditions désespérantes, qui expliquent que, dans d’autres projets, Ungerer invite les enfants à assumer leur différence. Ainsi, le Nuage bleu, du livre éponyme, ne « suit jamais les troupeaux de nuages », allant « au gré de ses envies ». Il faut dire que l’ado qu’était Tomi était lui-même vu par son proviseur comme un « élève d’une originalité voulue perverse et subversive ».

Cette porte ouverte par Ungerer a quelque chose de rassurant pour le lecteur, tant le monde qu’il expose à sa vue est malsain et tristement réel. Dans Le Géant de Zéralda, Ungerer illustre le concept ancestral de l’ogre, d’ordinaire abstrait : dès la première case, celui-ci est représenté avec un schlass sanguinolent devant une cage d’où dépassent deux petites mains. Dans la double-page suivante, pendant que des enfants se terrent dans des caves, le géant vient de vider un berceau de son bébé pour l’ajouter à son sac déjà bien rempli. Ces enfants-là ne s’en sortiront pas et, sans vraiment qu’ils ne se posent la question, les lecteurs le ressentent.

Dans ce monde contaminé par la haine de l’autre, le Nuage bleu découvre une ville en proie aux flammes suite à une guerre raciale, tandis qu’Allumette apporte son aide « partout où la famine, l’incendie, l’inondation, la guerre se déclar[ent] ». Dans Otto, en 1999, Ungerer évoque tout à la fois la Seconde Guerre mondiale, des horreurs du front aux camps de concentration, et les ravages de la pauvreté aux États-Unis, par le biais d’un ours en peluche.

Cette misère est mondiale et Tomi Ungerer la montre crument. Quand la mère de Jo, pour le faire culpabiliser, parle de « tous les petits chats mourant de faim dans ce monde », une image vient confirmer qu’il ne s’agit pas d’une légende. Et quand Allumette obtient de la nourriture qu’elle peut distribuer, « tous les mutilés, les estropiés, ceux qui avaient faim et froid, jeunes et vieux, les sans-travail, les sans-joie, les malades, les aveugles et les faibles d’esprit » envahissent les pages du livre.

Dans ce chaos, les petits bourgeois ressemblent à des moutons lobotomisés. Représentés avec leur parapluie planté au milieu du crâne dans Le Nuage bleu, ces gens insensibles ont l’indignation sélective : quand la mère de Jo pense aux petits chats, elle oublie toutes les souris transformées en pâté par son mari et elle. Et le père de Flix, qui réclame la tolérance pour son fils, écrase sans pitié des rats sous les pneus de son bolide.

Les riches sont les pires : agrippés à leurs privilèges, ils s’offusquent de la « conduite scandaleuse de gens qui oublient où est leur place ». On comprend que de jeunes lecteurs ayant du mal à mettre des mots sur les difficultés financières de leurs parents se retrouvent chez l’auteur alsacien.

Face à ce monde inique, peu de solutions existent. Le nuage bleu, qui se sacrifie en se laissant pleuvoir jusqu’à la dernière goutte sur la ville en flammes, réussit à rétablir la paix car tous les habitants deviennent uniformément bleus, n’ayant plus aucune raison de se faire la guerre. De la même manière, Jean de la Lune n’est accepté par les humains que lors du bal masqué où on le croit déguisé comme les autres. Allumette, elle, s’en remet à la prière pour résoudre ses problèmes.

La fraternité pourrait arranger les choses mais, chez Ungerer, cette valeur n’appartient qu’aux pauvres. David et Oskar, les personnages d’Otto, subissent des épreuves différentes (les camps pour David, la perte d’un père sur le front pour Oskar), mais leur douleur est commune : ils sont irrémédiablement liés par le malheur et se sentent en marge. Comme Tiffany et les brigands, ou Allumette et les quelques personnes qui l’aident. Il est d’ailleurs troublant de constater que les riches et les élites qui finissent par aider Allumette ne le font que parce qu’ils s’y « sentent poussés » ou « afin de sauver [leur] popularité », mais que personne n’est dupe de leur manège. Jean, lui, est aidé par un savant solitaire à retourner sur la Lune. Celui-ci, comme Allumette, acquerra la célébrité grâce à sa bonne action car, chez Ungerer, la fraternité paye.

Au final, ces personnages qui se sentent aussi différents que leurs lecteurs n’ont comme Jean qu’un moyen pour être heureux : s’isoler, à l’image des orphelins qui se réunissent dans une ville autour de laquelle ils bâtissent une muraille dans Les Trois Brigands. De même, David, Oskar et Otto vieillissent ensemble loin des autres, unis jusqu’au bout.

Ces fins d’histoires, empreintes de mélancolie, témoignent d’une autre caractéristique des récits d’Ungerer : chez lui, pas de happy end, juste un retour à la normalité, une acceptation de sa différence. On n’y éradique pas le mal, on apprend à vivre avec. Mais l’équilibre est fragile et rien ne laisse présager que la paix continuera de régner une fois le livre refermé. « On peut donc penser que leur vie fut heureuse jusqu’au bout », conclue Ungerer dans Le Géant de Zéralda, en montrant l’un des fils de l’héroïne des couverts à la main face au dernier né de la famille… et avant de montrer le buste de Zéralda momifié dans Guillaume l’apprenti sorcier.

Tous ces ingrédients, d’une maturité rare dans les livres pour la jeunesse, expliquent sans doute le succès de Tomi Ungerer chez des enfants dont il a su comprendre les craintes et les questionnements et, surtout, la trace indélébile qu’il laisse dans leur esprit, entre besoin de solitude et désir de subversion.


 

 

Antonio ALTARRIBA et KEKO,

prix TOURNESOL Planète BD au Festival d’Angoulême 2019 pour

Moi, fou

Invité par 64_page, Antonio Altarriba sera à Bruxelles les 13 et 14 février. En visite privée au Centre Belge de la Bande Dessinée, mais aussi en dédicaces de 14 à 16h30 à la librairie BRÜSEL, 100 Bd Anspach 1000 Bruxelles et à partir de 17h à la Master class de 64_page en compagnie du jeune auteur Patrice RÉGLAT-VIZZAVONA – Académie des Beaux-arts de Bruxelles, 144 rue du Midi.

Le jeudi 14, Antonio Altarriba sera sur la Foire du Livre de Bruxelles (à Tour et Taxis) et plus particulièrement en dédicaces sur le stand 241 de 180° Éditions (éditeur de 64_page).

Dédicaces de 14h30 à 17hAntonio ALTARRIBA en compagnie de la cartooniste Cécile BERTRAND et de l’illustratrice pour enfants Mathilde BROSSET.

éditions Denoël Graphic


 

 

 

 

 

 

 

NOUVEAU POINT DE VENTE!

Exclusif à Namur

Depuis ce 2 janvier 2019, 64_page

est en dépôt à la jolie librairie Papyrus

16, rue Bas de la Place à NAMUR.

Dépôt exclusif pour Namur et sa région.
Les namurois, aussi, peuvent découvrir dès aujourd’hui les grand.e.s auteur.e.s de demain dans 64_page

Bruxelles: Cinéma NOVA, MicrobouBtiek,

3 rue d’Arenberg, 1000 Bruxelles

Microboutiek ouverte les jours de séances, information sur  https://www.nova-cinema.org/

https://microboutiek.nova-cinéma.org

Bruxelles:

Librairie Candide,

2 Place Brugmann, 1050 Ixelles

 

64_page au Workshop annuel du Centre Belge de la Bande Dessinée

Le #11 de 64_page est enfin dans les bacs…

… des libraires bruxellois et bientôt dans les boites-aux-lettres de nos abonnés !

Rejoignez-nous !

Vous pouvez:

vous abonner à 64_page en versant 38€ sur le compte                           BE45 3630 5712 8289 de 180° Éditions avec la mention « abo 64_page »

commander au numéro en versant 9€50 + Frais de port 2€22 pour la Belgique ou 6€78 pour l’Union Européenne sur le compte                    BE45 3630 5712 8289 de 180° Éditions (BIC BBRUBEBB)                        avec la mention « 64_page et le numéro souhaité » (tous les numéros sont encore disponibles)

Ou eencore soutenir notre projet en participant à notre crowdfunding en suivant lien https://www.sandawe.com/fr/projets-auto-finances/64-page   et en bénéficiant de cadeaux des albums, ex-libris, et tirages limités… que nous offrons à ceux qui soutiennent notre projet.

 

Dlingdinggeding 64_page en tram

64_page prend le TRAM de BX1

Philippe Decloux (coordinateur de la rédaction et fondateur de 64_page) prend le tram et parle du projet 64_page, la revue de récits graphiques qui se veut un tremplin pour les jeunes auteurs et qui tente de montrer que: « La BD n’est pas un univers fermé avec des petites cases d’une grammaire bien connue »​!
On y voit aussi la BD fraîchement publiée d’un jeune auteur qui désormais fait aussi partie de notre équipe: Remedium Timoris et ses Contes noirs du chien de la casse que je vous conseille vivement!
Super émission, à voir. (Angela Verdejo, Facebook)!

L’émission comme si vous y étiez: https://bx1.be/emission/le-tram-32/

Ils ont vu l’émission et ils en parlent (en bien) :

Le Tram. Je ne m'attendais pas à une telle durée - je n'ai connu personnellement que des interviews diffusées dans des versions très rabotées n'excédant jamais cinq minutes. C'est bien. J'ignore qui regarde cette émission mais c'est conséquent, pourvu que ce soit suivi d'effets, que ça élargisse l'audience de 64_Page. (Daniel F. poète, Bruxelles)

Super Philipe, j'ai pris un plaisir fou à te voir et à t'écouter,  j'ai appris plein de choses sur la BD. Tu es une mine d'infos. Quel bonhomme!!!je t'embrasse. (Jean D., sociologue, Besançon)

Merci ! J'ai pu le visionner à 23h quand Xavier me l'a ouvert sur un autre serveur, mais cela a eu de bon que nous l'avons regardé ensemble... et je peux te dire que nous t'avons trouvé formidable... nous nous sommes bien marrés quand tu as parlé de la metteuse en scène espagnole d'origine chilienne... hahahha franchement tu as été TOP! Xavier qui ne te connaissait pas t'a trouvé brillant, il a dit que tu avais le don d'intéresser les gens et de partager ainsi tes passions, que tu étais un type avec un parcours extraordinaire et que tu ne te la pétais même pas! hahahha je partage bien évidemment son avis, tu as vraiment "assuré grave" pour parler djeûn! (Angela V., écrivain et Xavier F., proviseur, Alicante) 

Super interview pour découvrir ton travail et aussi les dessous de la création du parcours BD à Bruxelles!
Ça m'a donné envie de redécouvrir ce parcours que j'ai fait il y a quelques années déjà.  (Hervé D. économiste, Bruxelles)

chouette :-) (Malika A. circassienne et dessinatrice, Bruxelles)

Super simpatico. Plaisir de te voir et que les tes projets marchent J'attend nouvelles par toi et je t'embrasse.
Baci grandi a toi, et à tous vous. (Vanna V., dessinatrice, Bologna)

Xan Harotin expose au Wolf

Xan HAROTIN expose au WOLF

expo Wolf

Xan Harotin a rejoint, récemment, le groupe des jeunes auteurs de 64_page. Elle n’a pas encore été publiée dans la revue, mais cette expo est une occasion pour découvrir ses dessins animalier, son traits frais et son humour tout en douceur…

64_page publie une interview exclusive de Xan:

autoportrait Xan : »J’aime raconter des histoires sous formes d’illustrations, de petits livres et de bandes dessinées. Depuis quelques année, je suis professeur de dessin dans une académie. »

 

1. Comment es-tu arrivée au dessin? Quel est ton parcours jusqu’ici?

Xan : Je dessine depuis que je suis toute petite. Mais je m’y suis vraiment mise après mes secondaires lorsque j ai commencé des études d’illustration à l Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles. J’ai ensuite fait un master aux Beaux-Arts de Tournai ainsi que l’agrégation. Je donne depuis quelques année des cours de dessin à l’académie de Saint-Josse. J’ai également illustré une histoire qui paraîtra l’année prochaine chez une petite maison d’édition « Les petites bulles ». 

le-temps-d'une-tasse-de-thé

Le temps d’une tasse de thé

2. Quels sont les auteur(e)s qui t’intéressent, t’inspirent? Comment conçois-tu un dessin? un récit?

Xan :  Parmi les auteurs qui m inspirent, j’aime le travail d Anne Montel, Mélanie Rutten, Renaud Dillies, Bastien Vives, Manu Larcenet, Lewis Trondheim,…

Pour des récits, l’histoire me vient généralement en premier. A partir de là, je commence des dessins, je découpe mon texte, je cherche des attitudes qui me semblent juste…

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Réunion de printemps

3. En dehors du dessin, quels sont les formats artistiques qui t’intéressent?

Xan :  J’apprécie la photo et la sérigraphie, j’ai eu l’occasion d’en faire un peu pendant mes études. Si j’avais plus de temps ça ne me déplairait pas d’approfondir ces médiums.

4. Qu’est-ce qui influencent ton travail de graphiste? Qu’est-ce que cela t’apporte comme originalité? Dans ton regard? Tes techniques? Ton univers graphique?

Xan :  Dans mon univers, on trouve des choses simples, on s’attarde sur les petits instants de la vie. J’ai l’impression que l’on peut ressentir du calme et de la douceur dans certaines de mes images. Mais j’ai également des personnages espiègles. J’aime dessiner des arbres, des plantes, des animaux… On les retrouve dans mes histoires remplies de personnages animaliers. Mes techniques principales sont la plume, l’encre de Chine, l’aquarelle, le rotring.

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Ça roule…

Quentin Lefèvbre

Plus fort que tout !

Le tome 3 de HANDMAN de Quentin Lefèbvre.

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Quentin est un des auteurs publiés par 64_page (numéro #10), son troisième opus de son héros Handman vient de sortir et à fait l’objet d’une présentation publique en Savoie. Ce lien vous permet de découvrir cette sympathique rencontre-dédicaces:

www.youtube.com/watch?v=amr4vKkwMtU&feature=youtu.be

Pour suivre Quentin : www.quentinlefebvre.fr

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Antoine Breda: « J’envisage pour la suite de continuer à vivre comme je le fais déjà maintenant. »

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Raconte ton parcours, comment es-tu venu au dessin? A la BD?

Antoine Breda : Je dessine depuis que je suis tout petit, et comme j’ai toujours été nul en français, en maths, en géo, en néerlandais, en anglais, en gym… (mais pas en histoire, là j’étais bon)  ma mère ma poussé dans des études artistiques: « de toute façon, on pourra rien en tirer d’autre » qu’elle devait se dire. La BD m’est venu comme une évidence quand je devais avoir 15, 16 ans alors que je n’en lisais presque pas et après cette révélation, je suis tout de suite allé au cours du soir chez Foerster puis ai continué aux Beaux-art en BD. J’avoue que pendant mes études il y a beaucoup de moment ou j’ai pensé arrêter, mais je repensai à ce que se disait ma mère et je  reprenais mon crayon car de toute façon, je sais rien faire d’autre.

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Dans A en perdre la tête publié dans 64_page #10tu as un univers très personnel, et un dessin moderne mais faisant, curieusement penser aux enluminures du Moyen-âge, est-ce un style spécialement conçu pour ce récit ou comptes-tu le pérenniser?

Antoine Breda : Cela fait plusieurs année que je cherche « mon dessin », celui qui sort de moi sans contrainte et spontanément. Pour l’instant il est toujours en mouvement, il évolue avec moi. Peut-être qu’un jour lui et moi on se posera sur des bases qu’on aura établi mais pour l’instant on essaye tout ensemble, comme deux enfants qui font leur premières bêtises.

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Comment as-tu vécu cette publication dans 64_page? Qu'est-ce que cela t'apporte?

Antoine Breda : Je suis devenu imbu de moi-même, à moi la gloire et la fortune ! Sérieusement, cela me fait très plaisir. Je ne me voyais pas être publié dans une revue de cette qualité pendant mes études et le fait que mon chef d’atelier (le grand gourou Cossu) m’ai fait confiance et m’ai poussé et suivi pour cette publication m’encourage pour la suite.

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Comment envisages-tu ton avenir dans le monde 'impitoyable' de la BD?

Antoine Breda : Par contre la suite, le monde impitoyable de l’édition me fait peur (aveu d’un jeune étudiant). Mais si tout se passe bien, je me vois derrière une table à dessin à faire mes gribouillis sur des feuilles, 32 tasses à café, 28 canettes de bières, 17 barquettes de lasagne surgelées, 3 cendriers pleins à ras-bord sur le côté et pas un rond sur mon compte en banque. En fait, ce que j’envisage pour la suite c’est de continuer à vivre comme je le fais déjà maintenant.

 

Quand les jeunes créateurs de 64_page rendent hommage à Yvan Delporte et André Franquin

64_page retrouve la cave où ils ont conçu 

Le Trombone Illustré…

Dans le #10 de 64_page, retrouvez, ou découvrez, le plus fameux hebdo BD clandestin… Recréé pour ses 40 ans par l’équipe de 64_page! 

Avec 3 textes inédits d’Yvan Delporte.

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Il y a 40 ans, en mars 1977, André Franquin et Yvan Delporte concevaient, dans la cave de la rédaction de Spirou, rue de Livourne, un magazine clandestin : Le Trombone Illustré. Les sept mois d’existence du Trombone sont l’occasion de railler et défier les autorités, que ce soient les hommes d’affaires, les financiers, les comptables, les rédacteurs en chef, les éditeurs, les policiers, les religieux, les militaires… Tous ceux qui gâchent la vie des autres pour tenter de donner un semblant d’intérêt à la leur.

Mais c’est surtout l’occasion de faire bouger les lignes, d’éclater les cases et leurs contenus, Le Trombone participe à la fois au renouveau de la bande dessinée jeunesse et à l’explosion de la bd adulte. L’humour et la poésie se faufilent dans toutes les cases, dans tous les textes, le lecteur devient un complice invité à s’immiscer dans l’alchimie obscure des deux enchanteurs et à se mêler aux ombres furtives et fantasmagoriques qui se glissent et s’agitent autour du pui(t)s mirifique qui embaume tous les étages de la rédaction. Quand, le 20 octobre 1977, l’aventure du Trombone Illustré se referme, c’est tout le 9ème art qui en sera définitivement changé. Mais personne ne le sait encore… En 31 numéros, Le Trombone va offrir un espace de liberté à de nombreux auteurs confirmés mais aussi à de nombreux jeunes qui y tailleront leurs premières plumes. Ce fut, notamment, le cas de Fred Jannin qui y créera, avec Thierry Culliford, Germain et nous. 

Le Trombone Illustré, un labo de création, un lieu de transmission entre les générations. Cette expérience exceptionnelle ne pouvait que rencontrer les projets de l’équipe éditoriale de 64_page.

64_page propose depuis trente mois déjà d’offrir un espace de publication «papier» de qualité pour les jeunes auteurs débutants. En 10 numéros, 64_page a permis une première expérience d’édition à une cinquantaine de jeunes auteurs qui souhaitent imposer leurs univers.

64_page a voulu partager cette fabuleuse météorite avec ses jeunes auteurs qui, pour certains, ont découvert une aventure datant quasi du mésozoïque, en tout cas de bien avant leur naissance. Découvrir Le Trombone Illustré et avoir le désir de revivre cette équipée de l’intérieur, comme un amour revisité, mettre sa plume dans l’esprit d’André, d’Yvan et de la quarantaine d’auteurs qui l’avaient vécues. Dont Fred Jannin que nous ne remercierons jamais assez pour son enthousiasme et son réel bonheur à rendre notre aventure possible : Un Trombone Illustré, supplément clandestin de ce 64_page #10 !

Des illustrations en haute déf. sont disponibles sur http://www.64page.com/presse/

L’équipe de 64_page : Angela Verdejo (écrivain, metteur en scène), Christophe Tardieu (dessinateur, professeur), Daniel Fano (écrivain, poète), Erik Deneyer (libraire), Karin Welschen (professeur de littérature), Marianne Pierre (éditrice littérature jeunesse), Matthias Decloux (artiste numérique), Olivier Grenson (dessinateur, professeur), Philippe Decloux (formateur), Robert Nahum (éditeur), Vincent Baudoux (enseignant retraité), Xavier Zeegers (chroniqueur), Yacine Saïdi (graphiste).

Les jeunes auteurs impliqués dans ce projet :

Adley, BastiDRK, Benedetta Frezzotti, Éléonore Scardoni, FJ Bubblenoise†, Dake 25, Jay Aël, Mathilde Brosset, Patrice Réglat-Vizzavona, Pierre Mercier, Pluie Acide, Priscilla Suarez-Bock, Quentin Lefebvre, Remedium, Romane Armand, Thomas Vermeire. Avec Fred Jannin et Antonio Cossu.

 

Benedetta Frezzotti : « il y a un an et demi je me suis lancée sur mes propres projets comme auteur complet »

Benedetta_frezzotti_autoportrait graphiqueBenedetta Frezzotti est une bonne surprise qui nous est arrivée de Bologne. Elle publie Lost in translation dans le #10 de 64_page et un strip dans son supplément clandestin, Le Trombone Illustré


Peux-tu nous expliquer ton parcours ? Comment es-tu arrivée à concevoir ton projet professionnel ?

Benedetta Frezzotti : Mon parcours ne fut pas à proprement parler linéaire. Après mon école primaire je me suis entendue dire que je n’avais pas la fibre artistique, ainsi ai-je poursuivis mes études dans un lycée scientifique.

Mais mon désir de dessiner était tenace et par chance ma prof de dessin m’a beaucoup soutenue.

Pour finir, j’ai étudié à l’institut Européen du Design et s’il est vrai qu’en dessin je me sens moyenne j’ai construit avec le papier et de la pâte à modeler un style qui commence à me satisfaire.

Mais même après l’IED ce ne fut pas linéaire ; j’ai expérimenté diverses choses passant de la vidéo à l’illustration médicale. Contre toute attente c’est la Bande dessinée qui m’a passionnée parce qu’elle suscite des émotions fortes pour peu qu’on joue avec ses codes. L’interprétation de l’image cependant appartient au lecteur, il y a la une ambiguïté intéressante.

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Certains auteurs jouent de cette ambigüité créant des métaphores visuelles d’une force et d’une universalité que je leur envie… Cependant dans mon travail, me semble-t-il, cela ne me réussit pas particulièrement, rester trop vague me frustre.

Avec la bd, le texte et les séquences d’images je peux expliciter mes clefs de lectures et donner une empreinte plus narrative.

La Bande dessinée en Italie, vu d’ici se limite trop souvent à Hugo Pratt et Corto Maltese, peux-tu nous en dire plus ? Qu’est-ce que nous, les francophones ne devons pas perdre, dans la production italienne ?
 

Benedetta Frezzotti : En Italie si tu dis Hugo Pratt, automatiquement nous pensons à Crepax avec Valentina et à Manara aussi. Nous avons eu d’excellents auteurs humoristiques, comme Bonvi et Altan (Petite je collectionnais déjà les dessins de Altan).

Personnellement je ne suis pas fan de Andrea Pazienza (qui est en train d’être traduit en français) mais c’est l’auteur qui a plus que quiconque influencé la bd underground italienne.

J’apprécie beaucoup Giardino tant pour le dessin que pour ses histoires, (par exemple NO PASSARAN) qui sont située dans des périodes d’histoires récentes, très bien documentées et passionnantes.

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Mais si je devais choisir de manière absolue je choisirais Sergio Toppi, son dessin puissant et ses compositions magistrales font de chaque planche un vrai tableau sans rien enlever à la force de la narration.

Il avait une recherche esthétique qui sublima toutes les variantes du pinceau sans jamais être maniéré… Bon j’arrête de vous parler de Toppi sinon vous allez courir lire ces livres au lieu de lire le mien, LOST IN TRANSLATION (ça serait bien, mais ne le faite pas par pitié).

Comment as-tu découvert 64­_ page? Qu’est-ce qui t’a amené à y participer?
 

Benedetta Frezzotti : J’ai trouvé 64 pages dans une librairie de Bruxelles, j’y étais pour moitié en vacances et l’autre pour étudier.

Ce qui m’a frappé c’est le soin et la qualité du projet éditorial, la volonté non seulement de mettre en avant des projets de débutant talentueux et originaux mais aussi de proposer des sujets et des auteurs pointus.

En Italie des revues de qualités tant sur la forme que sur la qualité du contenu éditorial me font penser ‘’A LA SCUOLA DEL FUMETTO’’ édité par COMICOUT, mais l’espace éditorial dédie à ceux qui veulent proposer une histoire originale est réduit.

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Comment  vois-tu sur ta carrière ? Quels sont tes objectifs ?

Benedetta Frezzotti : Question difficile, surtout en ce moment… Il y a peu encore je travaillais comme illustratrice seulement sur des textes d’autres, il y a un an et demi je me suis lancée sur mes propres projets comme auteur complet même si ces projets étaient différant entre eux. Petit à petit des résultats positifs sont arrivés que j’essaye maintenant de finaliser. Pendant que j’aboutis certains projets, j’en écris de nouveaux.

Évoluer dans ce sens ne me déplaît pas je me sens un peu comme le héros d’un film qui doit sauter d’un toit à l’autre et qui n’est pas sûr d’y arriver. J’espère avoir assez de recul pour arriver de l’autre côté et que je ne serai pas paralysée par le vide avant le grand saut !

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La bd d’auteurs en Italie en ce moment est très variées, elle est faite de cas particulier, il suffit de comparer Gippi et Zerocalvare (son KABANE COLLING devrait être traduit en Français prochainement) ou Igort.

Sans aucun doute sommes-nous encore sous l’effet de l’onde de choc provoquée par la veine autobiographique d’auteurs comme MARJANNE SATRAPI ou DAVID B., le style de Cyril Pedrosa nous a également beaucoup touchés.

Aujourd’hui cependant les jeunes sont influencés par l’esthétique et la narration Manga, des comics américains et dernièrement par les séries tv de qualités qui nous obligent à gérer des récits ou les personnage principaux et secondaires sont de plus en plus complexes.

Pour mon travail je regarde beaucoup vers la France pour ce qui concerne les essais réalisés par les expérimentations proposées par les auteurs sur tablettes et réalités virtuelles.

Ces langages nouveaux encore peu exploré m’attirent et j’aime m’y plonger avec délice.

Une belle réussite pour moi est ‘’PHALAINA’’ de Marietta Ren, je crois qu’une exposition lui a été consacrée à Angoulême.


 

Notre ami et collaborateur FJ Bubblenoise nous a quitté. Son humour nous manquera éternellement.

François joseph bubblenoise

François Joseph Bubblenoise – autoportrait

Jean-Luc BLOKIAU, alias François-Joseph BUBBLENOISE, a perdu son combat contre le crabe.
Il était un ami et un collaborateur régulier de 64_page. Il signe une demi-page dans le TROMBONE ILLUSTRÉ supplément clandestin de 64_page #10 qui paraîtra ce 23 février. Retrouvez son interview sur ce site (mots clés FJ Bubblenoise ou interviews jeunes auteurs)
Son humour, son dessin rapide et efficace nous manquera éternellement.
Toutes nos condoléances à sa famille et à ses proches. 64_page.

 

Mon voisin est un vampire ©FJ Bubblenoise 64_page #3- 2015
Bubblenoise couleurs
Bubblenoise original

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